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Full text of "Revue d'Ardenne et d'Argonne"

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SEDAN 
IMPRIMERIE EMILE LAROCHE 



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Dl PKIUET DE BÉOSGAIISIITIOII TEliSITOIIIJIll 

DE LA FRANCE 



CE QUE DETIERDRilENT LES lEDEHHES 



La dirigioii eu dt^parlements ej^t la base actuelle du gouver- 
nemeiil et de radiuiiiislraliou de la Krance. Elle date de la 
RévoliiLion et fut créée de toutes pièces en ct-lte ii-ême année 1790 
qui vit le pa^^a^,'e d« Taticien au nouveau régime et qui se trouva 
marquée tout entière, pour ainsi dire, par la construcliou du 
nouvel édifice que l'Assemblée Constituante dressait au milieu ■ 
des décombres et des ruines eucore Fumautes du passé. 

Dans les Gabiers de doléances des Etats généraux de 1789, 
l'opinion s'était Tortement prononcée contre la multiplicité, 
l'euchevélrement el la contradiction des anciennes divi^ion8 
territoriales. Jne^que-là, en elTet, les diverses provinces fran- 
çaises vivaient isolément, cliacune ayant ses habitudes, ses lois, 
se» coutumes propres, el ne possédant qn*un seuliment bien 
confuii de 1» grande unité nationale. L'unification de la France 
avait été i*œuvre du temps. Tour À tour, par conquête ou par 
héritage, les provinces étaient venues s'agré^rer au domaine 
royal, dont Tlle-de- France avait constitué le premier noyau. 
Sous la pression des événements et par la nécessUé même des 
relations, l'esprit local s'était un peu élargi, les contrastes origi- 
Daires s'étaient Tondus. 

Uais l'unité politique n'avait jamais été complètement réalisée. 
Les trente-trois gouvernements ou provinces de France n'avaient 
ni des étendues comparables, ni même organisation, ni mêmes 
droits. Des différences esnenlielles distinguaient les pays d'élec- 
i ons des pays d'Etat. Ni les juridictions civiles, ni les juridictions 
ecc1ésia^liques, ni les restons judiciaires ne concordaient. 
AuBsî, désireuse d'assurer avant tout l'œuvre de la régénération 
Rn. t'An. n d'Am. T. XT, ■" 1 « 



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- 2 - 

naliuDale, l'Assemblée ConstiluaDte avait résolu de ne coaserrer 
aucune des circonscriplions aocienneR el d'adopler une divisiou 
territoriale unique, capable de donner à la France une puissante 
unité et d'anéantir h jamais non seulement les rivalités et les 
disparités de prorince à proTÏnce, mais lous les éléments béléro- 
gènes qui, depuis des siècles, s'opposaient à l'oi^anisaLion régu- 
lière du corps politique el social. 

Les deux principes sur lesquels reposait l'ancien régime, arbi- 
traire el privilège, allaient donc faire place, ici comme partout, à 
la double devise révolutiounaire : liberté et égalité. 

On sait que dans la fameuse ni^il du 4 aoAt les provinces, les 
pays et les villes avaient renoncé à leurs privilèges. Bientôt 
après, pour abolir jusqu'au souvenir de toutes le» vieilles distinc- 
tions, de toutes les vieilles autonomies, l'Assemblée Constituante, 
les 1t et 12 novembre 1789, décréta, à la suite d'un rapport de 
Tbourel (I), que le royaume serait divisé en départements, au 
nombre de 73 à 8S, et que ces déparlements seraient subdivisés 
en districts. 

De longs débats eurent lieu eur la façon d'opérer cette division. 
La méthode purement géométrique et rationnelle parut d'abord 
pouvoir mettre seule de l'ordre dans le chaos de l'ancien régime ; 
mais, peu à peu, c'est une méthode expérimentale et en quelque 
sorte historique qui prévalut. On convint de respecter autant que 
possible les limites des anciennes provinces et l'on confia le soiu 
de préparer un projet de division aux députés qui, par la situation 
de leurs circonscriptions éteclorales, se trouvaient le mieux 
connaître ces provinces. Ce sont donc les provinces elles-mêmes 
qui, par les soins de leurs représentants, se subdivisèrent en 

(I) Sie^èt, lepremiw, iviit rA^liméh fornulkin iTna Comité dontli ■Dissiofl S8ni( d'^tadter 
on remnicinnil des pruvioces > tel que b Pranr.e ne rormât enSn qu'un sta\ loui ensemble, 
lauTemi' dans lau'ei ses parties pir une li^slation et par une adminislntinn cumoiunes ■. 
Ce Comité lut institué par i'Assembli'e Conaliluanta et ThourM en fut nonimi! rapporldur. 
Quinil ee Comité présenta it» prapositions, on les discuta rivemenl. VerJet voulait qu'on 
divlslt b Fnnce. d'apiès I* papulatian, en 7i5 communeii. chaque commune en 18 munici- 
palités : les provincea, pour le surplus, Rardnnt leurs anciennes limites et réunissant, en une 
ou plusieurs )s»eoihlées administratives supérieures, liiutes les rammones de leur ressort. 
Miraheiu rcjeuit celte division mathématique guasi idiiali>. proposait rcnl. vingt diipailcments 
M tnpprimait toutes les aulr«s divisions intermédiaires. On eùi eommiiniqué oirectement des 
nilen et das villages au etieMieu du département, et, de chaque département, au Pouvoir 
ta(ta\Àt et 1 TAsseiiibl^e DalirHiale. Beojty de Puv-Vallée ne demandait que V) dt'paitements 
infgMii ea snperflde, mais igam en population : chnque département ilevait t\n le siège d'une 
asMOibMe proviaciale divIMe en dii districts, el chaque ilisirict n'aurait d'autre divitioa que 
ceDa de ses villes et de ses paroisses. B^rrère propasail d'i'lablir deux snries de municipalités : 
les ima priDGîpales et les aulres secondaires, cellas-d dépendant pour ceiiains cas des pnnct- 
pales. loDn, poar se Hmiler ani principales positions, Aubry dti Borltel partain^il le territoire 
en 110 départements, dont chicon AiriDerail une assemblée provinciale, un siège épiicopal et 
une w ptmiaan eeon de jatlice «quivalraiei m anciens (Mtidian. 



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départements. Quand il parut nécessaire qu'une province n e'&r- 
ran^eàt » avec une province voisiae soit pour lui céder, soil pour 
lui reprendre du leniloire, cel arran^euietit se ûl à l'amiable 
enlre les députés de ces provinces. Eu g'énéral, on respecla les 
limites des prov)ncei>, dont la vie propre avait eu uae réalité 
historique : la Bretagne, l'Alsace, la Pranche-Cumlé, la Provence, 
le Dauphiné ; on respecta également les habitudes morales et 
même les répugnances des habitants. Les déparlemeula formés 
de morceaux de plusieurs provinces furent relativemeot assez 
rares. EnGo l'on discuta beaucoup ; il y eut de nombreux amen- 
dements, mais l'on s'euleridit assez vile. Le 15 janvier 1790, 
l'Assemblée put décréter la division de la France en 83 départe- 
meols, et le 26 février suivant, elle vota les dénominations de 
ces départements, qui furent empruntées aux raunlagnes, aux 
cours d'eau, aux foiëls et autres particulatilée de leur topogra- 
phie. C'est ainsi que notre département, après s'être appelé 
provisoirement département septentrional de la Champagne, prit le 
nom de département des Ardennes. On n'eut pas à imposer cette 
division nouvelle : elle fut acceptée paiLoul avec recoutiaissance. 
Des querelles surgirent seulement au sujet des villes où serait 
placé le siège de l'administration de département ou de district, 
du Iribuual, de l'évéché. La Consliluante dut à cet égard adopter 
d'abord, pour quelques départements, un système provisoire 
d'alternats qu'elle supprima le )1 septembre 1791, date à laquelle 
les chefs-lieux furenl définitivement fixés. Quant au département 
des Ardennes, on sait que sa situation à ce point de vue avait été 
réglée dès le 13 mai 17yo par la a proclamation du roi » recon- 
naissant Mézières comme chef-lieu (1). 

Enlin les départements furent subdivisés en districts ou arron- 
dissements, les districts en cantons, les cantons en communes. 
Ainsi, dès lors, l'unité nationale, ébauchée seulement par les 
plus grands de nos rois, se trouva consommée. On ne distingua 

(1] Rappelons, à tilre doraniecUire, relie proclimalioa : 

< Vu par le roi le dfael ûe l'Assemblée naliuntlc, du 8 n\»i 1T90, doiil ti teneur snil . 

( L'Assemhli'fl naliODiile. oui le raproit da Comité de ronslllutïon, conSmiant le rhnli par 
1 les iileOeDi^ dn di^parlemert de» Aramne». en veitu du di<rrp( du 36 Mvrier dernier, j^ci'ète 
I ijue l'AssPnibl^e du di^im leminl des Ardennes se tiendra daus la ville de Matières, et que h 
( ville de Charlevillc demeiiicra di'nnilivenient le c!ie[-lien de son di^^lrel. - 



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_ 4 — 

plus des Bretons, des Flamands, des Alsaciens, des Provençaux. 
11 n'y eut plus que des Français, ayant tous les mêmes devoirs 
ei les mêmes droits. Mirabeau avait dit : » Il faut multiplier le 
nombre des départements, parce qu'après avoir aboli les préten- 
tions et les privilèges, il serait imprudent de laisser une admi- 
nistration qui pourrait offrir des moyens de les reprendre. Il n'y 
aura plus diverses nations dans le royaume ; il n'y aura que des 
Français, n Sa prédiction était réalisée. 

Cette grande réforme, que le carloicraphe Robert de Hesseln 
avait préconisée dès 1786 et que l'Assemblée Constilnanle venait 
de réaliser, n'était point exemple de repraches. Il eM été dési- 
rable, en particulier, que, sans avoir é^^ard aux anciennes délimi- 
tations des provinces, on donnât pour limites aux dépari^meiits 
celtes qu'oiTraient la nature : les rivières, les cours d'eau, les 
montagnes, et qu'elles fussent cumbinéKS de manière à ce que 
les cbefs-lieux de déparlement, ceux de district, se trouvassent 
toujours au centre de la circonscription pour permettre à l'admi- 
nielration un moyen de surveillance plus active. Uais, si l'on 
tODge à la nécessité de conserver aux villes principales l'impor- 
tance de leur industrie, de leur population, et l'influence que 
leur avait acquise le siège des administrations provincidies ; si 
l'on aoage & la difflculté d'établir entre toutes une juste récipro- 
cité d'avantages, en retour deb rmnchises ou des droits qu'elles 
avaient perdus; si l'on songe enfin à l'impossibilité de changer 
la circonscription des communes et de tout concilier dans une 
tâche aussi considérable, à laquelle le temps eât à peine suffi, 
on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'Assemblée Oonsti- 
tuaiile salisBt, autant que le permettaient les circonstances et la 
oature des choses, aux grandes conditions qu'elle s'était imposées 
et qu'en peu de mois elle résolut un problème jusqu'alors consi- 
déré comme insoluble. 

En particulier il ne faut pas oublier qu'f>n dehors du souci de 
l'unité nationale, elle avait tenu à répondre au vœu des popula- 
tious, qui étaient toutes désireuses de se rapprocher de l'autorité 
administrative. 

■ Nous réclamons, disait Thouret (^ novembre 1789), une nou- 
velle division du royaume, parceque la uâtre n'est pas commode, 
BOit à l'administrateur, soit à toutes les parties du territoire 
administré. 

« Dans l'état de nos communications, l'iatérdt des gouvernés 



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— 5 — 

exige que le district de chaque administrateur soit mesuré de 
mauière qu'il pui&se âurQre à tous les objets de sui-reiUauce 
publique el à la prompln eséciitiou des affaires. • 

On avait retrouvé le mèiae arK:umeol dans la bouche de 
Mirabeau : « Je demaude de uombreux départements aflu que 
l'étendue du département el sa position géographique permettent 
aujourd'hui aux députés de^ villes el des villages de se rendre 
facilement au chef-lieu. > 

a Je soutiens, avait déclaré également Duquesnoy, la division 
proposée par le Comité, parce qu'elle évite les dt^placements si 
longs des habitants îles villages qui ont un centre rapproché 
d'eux ; ii Taut leur épargner les Ttais éuormes qu'occasionnent 
des voyages si longs dans l'état de ttos chemins. » 

Rab»ud b^Etienue, Gosset, Target el bien d'autres avaient 
insisté sur cet éloignemeiit el sur celte difficulté des communi- 
cations. H En divisant le leiriloire en plus de quatre-vingts 
parcelles, nous avons voulu, pour citer encore l'opinion de 
Tai^et, nous avons voulu que, de tous les points du départe- 
ment, on pniosft arriver au centre de l'administration en une 
journée de voyage. » 

Ainsi le petit nombre el le mauvais étal des roules, l'éloigae- 
menl du chef-lieu, la nécessité d'un long voyage pour arriver au 
centre de l'adminielration, loul cela aurait sufB pour jusUBer 
l'èmieltemeut des nouvelles divisions territoriales créées parla 
Révolution. 



Pourtant, malgré tant d'excellentes raisons, les nécessités 
impérieuses de l'unité nationale comme le désir de faciliter les 
rapports des populations avec les autorités, la substitution des 
qualre-vingL-truib di^parlements aux anciennes provinces n'avait 
pas été sans soulever cerlaiues objections de ta part même des 
contemporains. 

Deux hommes surtout, qui semblaient lire dans l'avenir, 
avaient protesté avec vigueur contre le morcellement, exagéré à 
leur sens, du terriloire. L'un, Bengy de Puy- Vallée, avait signalé 
à rAssemblée les frais considérables d'administration qu'entraî- 
nerait forcément la multiplication îles départements : « Eu poli- 
tique comme en mécanique, avail-il déclaré, la simplicité est le 
chef-d'œuvre de l'art. >• 



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L'autre, un député de Besançon, Marlio, avait proposé égale- 
ment de restreindre le nombre des dépaitemeiils ; « Eisl-il beeioÎD, 
s'écriait-il, de hacher par dix-huil lieues sur dix-huit la 
FraDche-Comlé, l'Alsace, la Provence? Certes, si quelquefois de 
vastes admiuislralions dépassent les forces humaines, cinquante- 
quatre ciloyens zélés suffisent peut-être pour régir celte circona- 
cripUon ! Vous ne voulez sans doute multiplier les départements, 
diviser les petites provinces en trois ou quatre circonscriptions 
que pour établir, dans chacune d'elles, trois ou quatre adminis- 
trations provinciales et tout ce qui s'ensuit. Vous allez tripler et 
quadrupler les frais. 

H Si vous avez trois départements en Franche-Comté, par 
exemple, il faudra trois hôtels d'administration, trois commis- 
sions intermédiaires, trois secrétaires greffiers, trois receveurs 
généraux, six procureurs-syndics... Vous triplez tout! Voyez 
plutôt sur la carte si de telles circonscriptions oui besoin de tout 
cet attirail ! o 

Ces objections n'ont pas été perdues pour le dix-neuvième 
siècle. Depuis la Révolution, c'est à plusieui-s reprises qu'on les 
retrouve formulées par les écrivains el par les hommes d'Etat les 
plus divers. 

Dès 18ïi9, des membres du Parlement réclamaient avec instance 
une refonte de notre division déparlemenlale. el M. de Marliguac, 
alors ministre de l'Intérieur, en présenlanl le texte de vingl-siz 
projets de lois relatifs à de nouvelles cii'conscriptionF> commu- 
nales, proposait en ces termes une réorganisation générale : 
a II faut de loule néce<^sité faire di^paratUe les traces de la 
précipilation avec laquelle on procéda dans d'autres temps k la 
démarcation des linnles des déparlemenls. arrondissemenls, 
cantons et communes. » En 1838, la même opinion est exprimée 
de nouveau dans de nombreux rii[iporls parlementaires et en 
1871, on voit M. Limayrac réclamer d'une façon 1res radicale la 
diminution du nombre des déparlemenls. Ce dernier vaut la peine 
d'être cité en raison des arguments nouveaux qu'il apporte : 

« Je voudrais, disait M. Limayrac, que les départements 
fussent groupés en larges circonscriptions, afin de diminuer 
l'influence exagérée de la capitale et d'établir, comme chez les 
autres nations, des centres scientifiques, liltéraîres, arlisliques, 
qui ramèneraient la vie du centre aux estrémilés. Cette organi- 
sation ne proBteia pas seulement à l'indépendance du pouvoir. 



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_ 7 - 

elle permettra de simplifier les rouages administratifs, de modifier 
le Dombre du personnel, le modederecrulemenletd'aTaocemeDt 
des employés, de faire disparaître la plaie du fonctiouDarisme 
qui abaisse le niveau moral du pays. » 

Quelque temps après, c'est Gambetta lui-même qui demande & 
la Commission du Budget de s*occuper du remauiemeut de la 
carte admiuislralive et qui iosisLe sur la grande utilité de celte 
réforme. En 1886, nouvelle étape : M. Colfavru constate que iesi 
progrès de notre ré);ime de vicinalilé devraient entraîner néces- 
sairement une transformation dans nos habitudes administratives. 
Enfin, l'année suivante, voici en quels termes s'exprime M. René 
Goblet dans son fameux rapport sur les sous-préfectures : 

« Nous avons résolu d'entreprendre la transformation complète 
de notre organisation administrative et de la poursuivre dans la 
mesure où elle paraîtra compatible avec les besoins du service 
et les nécessités gouvernementales. La situation du pays, au 
point de vue de la facilité des relations entre la population et 
les représentauts du gouvernement, s'est considérablement 
modifiée depuis la loi de l'an VIII; il semble, en conséquence, 
que les divisions adminislratives créées à cette époque pour un 
état de choses difi'éi'eut n'aient plus de raisons d'être et qu'elles 
doivent en grande partie disparaître, u 

L'opinion des parlementaires se trouve encore appuyée par 
celle des jurisconsultes les plus compétents en la matière. 

Dès 1855, un membre éminenl du Conseil d'Etat, Vivien, 
réclamait dans ses Etudes Administratives la réorganisation 
départementale. 

a La constitution de départements forts et étendus, dîsait-U, 
pouvait être un péril pour TElat, au début de la Révolution, 
quand les anciennes provinces, rayées de la carte par un simple 
article de loi, vivaient encore de leurs souvenirs et de leurs 
traditions et pouvaient de nouveau former des Etats dans l'Etat ; 
il n'en est plus ainsi, et, quels que fussent les changements que 
l'organisation territoriale reçut, il ne peut y avoir qu'une France, 
& laquelle ses enfants sont heureux d'appartenir et dont aucuD 
ue songerai à se détacher. La Conetituaute conQul une grande 
peusée le jour où elle a substitué de si nombreux départements 
anx provinces ; mais, en celle occasion, les circonstances domi- 
nèrent rAssemblée. Il est permis de se demander aujourd'hui si 
la Constituante n'a pas souvent dépassé le but pour mieux 



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l'aUeindre : le lerriloire des département? est trop étroit, leur 
nombre trop graud. Des circouscriiiliuii^ plus Lir^eâ ont été 
adoptées déjà pour L'aduiinistration militaire, la justice, l'iuïtruc- 
tioD publique; pourquoi ne pas suivre cet exemple à l'ét^ai'd de 
l'ÂdmiuistiatioD ? » 

EtiQn, dans ces dernières années, un ancien trésorier général, 
M. Heynaud, a cotie-acré tout un ouvraiçe â préconiser une révision 
el un a^raudissemeul de nos circonscriptions déparlemeu taies. 



Ainsi, depuis la Révolution, ce n'e^l qu'un déHIé conliau 
d'hommes d'Etal, d'écriv»ins, de runctiunnaires el de juris- 
consulloâ qui ont tous demandé le remaniement de la carte 
admiriîslialiTe de la France. 

Un pareil accord ept caractéristique. Aussi n'a-l-il pas échappé 
à un dépiilé de la létrislalore présente. M. Charles Bcauquier, 
qui s'est inspiré de toutes les opinions précédentes pour proposer, 
celle année même, une loi lendanl à la constitution de vingt-ànq 
régiom en remplacement des déparlements actuels (I). 

U. Charles Beauquier a Tait précéder sa propohition d'un exposé 
des motifs très sérieux el liés étudié. Nous nous bornerous à en 
dégager les arguments essentiels. 

On a vu que la principale ^ai^on qui avait déterminé la création 
de nombreux départements fut le désir de réaliser l'unité 
nationale en brisant l'aulonomie des vieilles provinces. Cette 
raison n'a plus de valeur aujourd'hui. Le méhinjîe des races, en 
effet, s'est produit en France d'une manière si complète que le 
dangi^r de leur ^econ^titnlion el de leur hostilité semble bien à 
jamais écarté. 

Quant aux dirflcultés des communications sous l'ancien régime, 
qui avaient justifié le morcellement départemental, elles soûl 
passées à l'état de légende el l'on est obligé de convenir qu'avec 
les chemins de fer, les automobiles, le télégraphe et le téléphone, 
qui ont si singulièrement rapproché les distances et si consi- 
dérablement modifié DOS habitudes, la France ne peut plus €tre 

(1] Propaiilion ito loi tendint 1 la tnnslilnlinD àe Tinut-rinq n'itioi» en rpmrhrenent im 
djpàitemi-nis m-riiehi, pn'seiil'i' |i;ir M rjiaHpsn»<N|niprel|iliiHPi>rs))e >ps nillèiiiH'», d''nil/t. 
— raris. inipnniiTie ilc In lUianibre dt-s D'iDli'f, Mollcuu et Unrfinel, ditri-teiir', T, nie 
Saini-Bi'ntrii, l!H)7. |N>731. dniiiliir rli-s D>'|iiiii<.'i, nrunèuie I^Ei>klui'e, Misiua de 1W7. 
rlial do la si>.inre du r. Wviicr 1»»".) 



>lie [ihipoï 



du cuite* et de 11 ddceotralisalian. 



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divisée adminislralivement comme au temps des dilifrences et 
de» lélé};raplies Cliaftpc. GiAce aux niuyeu> atrcéléréts de commu- 
iiicitlioti, )a Ki-Kiice s'est rétiécie puni- muA dire ; peiidctiit chaque 
année du tiède dernier, les extrémités se sont rappructiées du 
centre. Encoi-e il y a ciiiquaulK ans, personne, si ce n'est uq 
courrier Epécial, n'aurait pu traverser te lerriluire français de 
Duukerque à Baronne el de t^herbourK à Nice, eu moins d'une 
semaine d'un voyage non interrompu, et bien rares étaient les 
persotineâ qui soujceuienl à s'exposer à pareille Tati^fue. Actuelle- 
ment un peut se rendre en un seul jour d'un bout de la France k 
l'autre. Au point de vue deb dislances, le territoire eî^t donc sept 
fuis moins long et sept fui^ moins lar^^e qu'il ne l'était ily a deux 
générations : il a diminué jusqu'à n'être plus qu'un cinquantième 
de ce qu'il était aulrefuis. Bien plus, les populations des villes et 
même des campagnes, dans une certaine mesure, se sont non 
seulement rapprochées de Tait, elles vivent aussi d'une véritable 
vie commune, tC'àce â l'éclianife incessant des livres, des journaux, 
des lettres, des télé^^ranimes; elles acquièrent ain>i, comme l'a 
dit Heclus, une sorte d'ubiquité. C'est une circulation nerveuse, 
encore plus rapide que la circulation matérielle du commerce, 
qui met donc en relations incessantes tuuf les pointe du territoire. 
D'antre part, si l'on compare le uumbi'e de nos uivit^ions admi- 
nistratives à celles des antres p.tys, on s'aperçoit que notre 
territoire es>t le plus morcelé. Titudis que poi r les 53(i,»00 kilo- 
mètres de notre Bul, nuu:s avons qualre-vin^l-Ëix déparlements, 
c'esl-à-dire quatre-vinj^t-six unités administratives, l'Espat^ne 
n'en compte que quarante-neuf, et elle a un territoire à peu près 
équivalent au nOlre (SuO.Olili kilum. carrés). L'Autriche-llon^rie, 
dont la sjpeilïcie e^l supérieureà la iidlre(i)2'2,5lio kilum. carrés], 
ne compte que vinut el une fraudes circonscriptions; l'Alle- 
majfiie, qui mesure 540,IIUU kilomètres ^arré^, ne comprend que 
vingt-six divisions; le Poitujral (liiu,0<iii kilomètres carrés), huit 
circonscriptions administratives ; eiiQn les vattes Elats-Unis 
d'Amérique sont divisés seuleiQeut en quaraute-huit clrcouscrip- 

UODS. 

La simplification des rouages, la diminution des fonctionnaires, 
les économies budgétaires seraient la cunséquence d'un agran- 
di^ïemellt des ciiconscriptioiis territoriales. Mais, en dehors de 
ces multiples avanla^^es, il y a lieu d'envisager te réaullal moral, 
qui serait immenBe. 



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- 10 — 

Malgré l'excessive centralisation de l'ancienDe monarchie, les 
provinces conservaient encore un reste d'indépendance, de di^^nité 
el de vie inlellecluelle ; elles avaient le souvenir vivanl de leurs 
antiques libertés, el c'est ce soiiveiiii' même qui a fait la grandeur 
de l'Assemblée nationale. Les déclarations de principe qui l'ont 
immortalisée avaient été formulées en effet dans les Assemblées 
provinciales, et les membres de ces Assemblées avaient aussi 
rédigé les précieux Cahiers de 1789. ' 

Or, depuis un siècle, la province a été tenue dans une véritable 
servitude envers la capitale, siège du gouvernement comme de 
toutes les adminislratious. On a cherché à étouffer chez elle 
presque tout développement iutellecluel. Il en est résulté un 
manque d'équilibre très re^Tctlable entre Paris el la province, el 
cet équilibre ne peut être rétabli que par la création d'autres 
centres assez puissants pour réunir des éléments suffisants de 
vitalité et ouvrir à tous les hommes de mérite une carrière 
en rapport avec leur talent, à toutes les entreprises une voie 
féconde, à tous les travaux de l'intelligence ou de l'iodustne de 
vastes débouchés. 

Il faut donc renoncer à la centratisalion actuelle, qui finirait 
par faire de la France comme une grande caserne d'employés. 
Depuis la Révolution, l'action la plus visible dans notre pays, 
celle qui se manifeste à tous les instants, c'est l'action du pouvoir 
central. 

Pourtant la nation fait de son côté d'incessants efforts pour 
ressaisir sa libre initiative. Mais elle a besoin qu'on lui vienne en 
aide, el le meilleur moyen c'est d'asnurer à la vie provinciale le 
plus large développement pof^sible. 

Ainsi l'organit^ation actuelle, à quelque point de vue qu'on 
se place, apparaît surannée et dangereuse, el il convieul d'y 
substituer, suivant le mol de M. Beauquier, un régime de stlf- 
goi>emment plus rationnel. 



U nous reste à voir maintenant en quoi consiste la proposition 
de M. Beauquier et de ses collègues (1). 
D'aprèf? celle proposition, la France serait divisée en vingt-cinq 

régions, désignées par les noms de leurs capitales : Lille, Amiens, 



(1) U propo»li 
Jwpiteau, Berthti, 



Uwpiteau, Berthti, Ihui, U&em, Hod«sle Leroy, Dû]«au, 



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— 11 - 

Roueo.Caen, Orléans, Versailles, Reims, Troyea, Nancy, Besançon, 
Dijon, Bourges,Tonrs, Nantes, Hen lies, Poiliers.Clerni'jnt-Ferraud, 
Lyon, Grenoble, Marseille (avec la Corse}, Nîines, Mynipellier, 
Toulouse, Bordeaux el Pau. Qnanl aux arrondissemeuts avec 
leurs Conseils, ils seraient supprimés. 

D'autre part, le Conseil régional, au lieu d'Être réduit, comme 
le Conseil général actuel, ix voler seulemeul quelques fonds, & 
émettre des avis ou des vœux et à conlrûler les actes rlu préfet, 
•disposerait complètement de la gestion directe, avec un important 
budi^et et des attributions très étendues. 

Il nommerait son Comité exécutif et statuerait en général sur 
tous les intérêts de la région. 

Le Comité exécutif aurait l'application des décisions prises el 
traiterait journellement les affaires couraule^ aujourd'hui dévolues 
à l'adminiiilration préfectorale. 

Quant au commissaire régional, représentant du Gouverne- 
ment, il aurait pour mission de veiller au refipect des lois, au 
bon ordre el à la sûreté des personnes et des biens, et, à cet effet, 
il disposerait de la force publique. 

Voilà, eu résumé, les grandes lignes de la proposition. 

M. Beauquier a cru devoir avec raison y annexer un curieux 
rapport qu'un député de la précédente législature, M. Emile 
Uorlot, avait présenté au nom de la Commission de décentrali- 
aalion administrative, le 6 décembre 1902, à la suile d'une 
première proposition de M. Beauquier, C'est un travail très 
intéresf<ant, établi avec soin pour justiGer, au point de vue 
géographique, historique, ethnographique, économique, etc., la 
division de la France en vingt-cinq régions. 

Il nous semble indispensable d'en reproduire toute la partie 
relative au département des Ardennes, qui serait compris daus la 
septième circouscription avec Reims pour capitale : 

... (( La teptiime circonscription serait située à l'est de la deuxiime 
et de la sixième (1 ). Elle serait formée de tout le pays qui entoure ta 
ville de Reims et aurait cette nieille cité comme capitale. Bien entendu, 
U passé historique de Reims n'entre pour rien dans ce droit, puisqu'il 
est dans tesprit de ce tratail de ne léntr compte des traditions que 

(1) u 2"' riWoD, c'wl-inliro La TffMO d'Amien,», comprenani la Somne el l'Oise, i»ec 
des purtinn! du Pis-de-Calat;., de l'Aisne et rio la Selnc-Inri'riBiii'e. 

U B" l'^iiioa, c'es4-i^ire celle cuasiiiui<e |iai' le» envhoDs da Puis, la ralliie da li Seine 
1* de It nlUa da l'UiH «t da la nlMe de ti Uanw. 



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— 12 — 

dang la mesure où elles se conforment aux habitudes du présent et Us 
faroriseni. Mais Heims est non seulement fa ville de beaucoup la plus 
eonsidirable de celte contrée ; elle en est véritablement le centre, d'abord 
en ce sens qu'elle est le point de cimcent ration de toulfx Us lignes de 
chemins de fer qui desservent la région et ensuite qu'elle est U foyer 
d'attraction de toute l'actioité commerciale et industrielle de cette 
partie de la France, Aucun des trois chefsAxèux de département qui 
entourent Heims, ne peut, sous ce rapport, rivaliser a oec celte grande 
ville et, dans une nouvelle division géographique de la France, lui 
disputer ce titre de capitale de région qui, par sa situation, semble 
lui revenir comme de droit. 

En indiquant les éléments constitutifs de la deutifme et de la sirième 
région ( I }, nous atons par là même déterminé jusqu'où devait s'étendre 
à l'ouest la région de Heims; au nord, elle doit englober tout le pays 
qui se trouve jusqu'à la frontière belge; à l'est, elle doit s'allonger 
jusqu'à la limite extrême où finit le cercle d'attraction de la ville de 
Heims et où commence celui de la ville de Nancy ; enfin, comme tout 
U département de la ilarne, qui se trouve au sud et à l'est de fieimt, 
est naiurtltement dans ce cas, ta région devra englober le dé/iartement 
de la Marne. Heims se trouée ainsi presque au centre géométrique de 
la région dont elle devient la capitale. 

Cette région comprendrait donc exactement la plus grande partie du 
département de l'Aisne, tous les cantons qui n'ont pas été rattachés 
toit à la région d'Amiens, soit à celle de Versailles. f.'e sont Us cantons 
de la Capelle, d'Hiison, d'Aubenton, de Veroins et de Sains dans 
l'arrondissement de Vervins; tous les cantons de Carrondixsement de 
Laon, sauf celui deChauny et plus la commune de La Ferlé-Chevrests; 
tous ceux de l'arrondissement de Soissons et enfin, les cantons de 
Condé-en-Rrie et de Fère-en-Tardenois dans l'arrondissement de 
Château-Thierry. Elle engloberait ensuite intégralement le déparlement 
des Ardennes et le département de la Marne, moins la petite pointe 
qui se trouve dans le bassin de la Seine, d'ailleurs sans communication 
directe acec le reste du déparlement, c'est-à-dire le canton d'Anglure 
et l'extrime sud du canton d'Esternay (communes de Bethou, de 
Ckantemerle et de PolangisJ. Enfin pourrait être rattachée à Reims 
une petite pariU du déparlement de la Meuse, qui se trouve desservie 
par la ligne de Chdions à Verdun et qui semble tramer un débouché 
plus naturel vers Heims que vers i\ancy. C'est le pays central de 

(1) Vfrir 



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-13- 

CArgonne, c'est-à-dire le canton de Vartnnn-rn-Argonne presque en 
entier, les deux cantons de Clermonl-en-Argonne et de Triawourt, et 
une partie de chacun des deur cantons de Sottillif cl de Vaubécourl. 

La r^ion serait donc hornée à Couext par la limite précédemment 
indiquée à l'ent des xiriime et deurième ri'gions ; au nord par la 
limite de la région de Lille et par la frontière belge ; à l'est par la ligne 
qui s/pare les Ardennes de l'arrondissement de Montmédy (Meuse}, 
puis par une ligne de démarcation qui, prenant au nord du canton de 
Varennes, épouserait la limite de ce canton jusqu'au point oà elle 
coupe les crêtes de séparation des vallées de la Meuse et de f Aisne, 
suivrait ensuite cette erile û test du canton de Clermont et à tracen 
le canton de Souillg, puis couperait la vallée de 1^ Aisne au sud de la 
commune de Courcelles dans le canton de Vaubécourl, traverserait 
enfin ce canton suivant la quasi diagonale formée par la crête de 
séparation de f Aisne et de la Chée jusqu'à son point de pénétration 
dans la Marne. La limite de la région descendrait ensuite au md, se 
confondant avec celle du département de la Marne, et cela jusqu'au 
point de la limite d'intersection de la limite nord du canton d'Anglure 
avec te département de l'Aube. Elle contournerait ensuite par le nord 
le canton iT.inglure et couperait le canton d'Eslernay, suivant le 
sommet des collines, au sud du ruisseau de Villenauxe, elle se confon- 
drait de nouBfou avec la limite du département de la Marne jusqu'au 
point où celle-ci commence d borner à [ouest la sixième région. 

Les différentes parties de la région de Iteims ainsi constituée 
communiqueraient avec leur capitale et toutes entre elles, tout au 
moins en passant par lieims. La ligne d'Hirson à Reims pur Laon 
et la ligne des Àrdennes, avec tous les embranchements transversaux, 
assureraient les relations avec le nord de la région. L'ouest communi- 
querait par les lignes de Soissons à lieims, de Meaux à lieims par 
Fire-en-Tardenois, de Ckâteau- Thierry à Reims par Epernay; tout le 
sud se sercirait de celte dernière ligne sur laquelle viennent s'embrancher 
les lignes secondaires de Mézy à Eslernag et de Oiry à Sézanne qui 
traeersent tout Carrondissement d'Epemay. Enfin par la ligne de 
Chdlons à Reims sur laquelle bifurque la ligne de S'erdun, les rapports 
de Cest de la région avec Reims seraient largement assurés. 

Pour diviseï- le territoire de cette région en subdivisions de l'impor- 
tance du type que nous atons en vue dans ce travail, il faudrait créer 
six circonscriptions auxquelles l'on donnerait respectivement pour 
chefs-lieux : Méz^res, Relhel, Laon, Reims, Epemay et Chdlons- 
MP-Jform. 



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- 14 - 

Les deux premières mhdirûiont engloberaient tout le département 
éet Ardennex. Ce déparlement est traterté du nord au sud par le 
chemin de fer de Heims A !*iamur et toits tes emliranchements qui 
$iltonnent les différents arrondissements viennent aboutir sur celte 
ligne principale. De ce fait ressort la nécessité de placer tes ckels-lieax 
de ces subdivisions sur la ligne de Retins à Namur. Cela posé, les villes 
à choisir se trouoent toutes désignées. Cest MézièresCharkcHle au 
milieu de la vallée de la Meuse, et Helhel au centre de la vallée de 
tAisne. Quant à la ligne de séparation des deux circonscriptions elle 
résulterait autant de Céiat actuel des arrondissements que de la 
position des lignes de chemin de fer. Bile passerait Sabord entre Us 
deux arrondissements de Sedan et de Vouziers, puis de Mézières et de 
Reihel; elle suivrait ensuite la limite nord des deux cantons de 
SignyC Abbaye et de Rumigny, qui, bien qu'appartenant aux arron- 
dissements du Nord, communi<fuent dans leur ensemble heawoup plus 
aisément avec Relkel qu'avec Hézières. Il en sera cependant autrement 
quand sera consiruite la ligne de Liart à .Vézières (11, et peut-ilre, à 
raison de cette perspective, conviendraii-U de laisser U canton de 
Ilumigny dans la subdivision de Reihel? 

En attendant, la subdivision de Mézitres serait composée de f afron- 
dissement de Sedan, de l'arrondissement de Mézières moins le canton 
de Signy-C Abbaye et de l'arrondissement de Hocroi, moins le canton 
de Rumigny. Les lignes de Montmédy à Sedan, de Verdun à Sedan, 
de Vouziers à Sedan, puis de Sedan à Charleville font communiquer 
tous les contons de test avec Méiières. La ligne de Charleville i Namur 
fait de mime pour les cantons du nord et la voie ferrée qui relie 
Charleville à Hirson, avec te petit chemin de fer de Rocroi, assure 
les relations des cantons ouest. 

La subdivision de Reihel comprendrait les deux arrondissements 
de Vouziers et de Reihel, plus les deux cantons de Rumigny et de 
Signy-l'Ahboye. l'es cantons, en effet, par ta ligne d'Hirson à 
Amagne sont en communication presque directe avec Rethel, tandis 
qu'aujourd'hui, et tant que la roie de Liart à Mésiires ne sera pas 
ouverte, leurs habiianis ne peuvent aller à Charleville par le train 
qu'en passant à Hirson ou à Âmagne. Leur incorporation à la 
circonscription de Rethel se trouve ainsi justifiée. Les communications 
des cantons de t' arrondissement de Rethel avec leur chef-lieu seront 
u qu'elles sont aujourd'hui. Quant à celles de Carrondisiement de 

{i) CaUe Sf^etiU litrrtt 1 rnpIwIitkH «n déccobrc IW. 



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- 15- 

Vouziers, ellei sont aisément assurées par les lignes de Sedan à 
Vouziers, de Sainte- Menehottld à Vouziers, puis de Vouziers à 
A magne, important point de bifurcation, à 10 kilomètres de Hethel. 

La troisième circonscription, à l'ouest des précédentes, embrasserait 
tes cantons de l'arrondissement de Vervins compris dans ta région et 
VaiTondissement de Laon, moins le canton de Chauny détaché dans la 
deuj-ième région, et les cantons de Craonne et de Nevfchâtel, qu'il est 
préférable de rattacher à Reims. Le canton de Neufckdtel traversé par 
la ligne de Laon à Heims, se troute plus à proximité de celte ville que 
de la première. La station centrale de (luignicaurt est à 20 kilomètres 
de Reims et à 30 kilomètres de Laon. En dehors de celte raison, tout 
le sud du canton de Neufchâtel et le canton de Craonne seront bientôt 
desservis par la ligne projetée de Soissons à Rethel par la vallée de 
r Aisne (1), chemin de fer à voie étroite il est vrai, mais qui reliera 
tout ce pays à Reims par Cormicy. Quant au chef-lieu à donner à la 
subdivision ainsi constituée, il ne saurait être autre que Laon. C'est 
non seulement la ville la plus importante et déjà un chef- lieu de 
département avec toutes ses installations, mais aussi le point de 
concentration de tous les chemins de fer de la contrée. Autour de la 
ville, les voies ferrées cenant de Reims, de Soissons, de Chauny. de 
La Fère, de (iuise, d'Hirson et de Liart sont comme les rayons d'une 
roue et assurent le chef-lieu des communications rapides que complètent, 
pour les cantons du Nord, les lignes transversales de Busigny à Hirson 
et d'Hirson d Mizières et à Àmagne. 

La quatrième subdirision s'étendrait, au sud de ta précédente, sur 
tout le pai/s jusqu'à la Marne, c'est-à-dire sur la partie des vallées de 
t.Aitne et de rOurcq, située dans les départements de l'Aisne à la 
Marne. Elle comprendrait donc : 1" tes deux cantons de Craonne et de 
Ifeufchdtel dans l'arrondissement de Laon; S" l'arrondissement de 
Soissons; 5" te canton de Père-en-Tardenois dans l'arrondissement de 
Château-Thierry; 4" enfin tout Pairondissement de Reims. Toute 
cette circonscription aurait pour chef-lieu administratif la capitale 
de la région. Aucune autre ville, du reste, ne présente tes mêmes 
avantages au point de vue de la facilité des communications. Tous les 
cantons de l'arrondissement de Reims communiqueront naturellement 
comme aujourd'hui, et d'autre part, tous les chefs-lieux de canton de 
l'Aisne compris dans la circonscripiton seront en relations directes 
avec Reims par les lignes de Compiègne à Soissons. de Paris à Soissons, 

(r Cette 6ftt Mt laMllemant lerainfe M liVrée ii l'exploitilion. 



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- 16- 

puis de Snisson» à Reims, par la ligne de Meavx à Reims, par celle de 
Laon à Reims, et enfin par le chemin de fer en projet de la vallée de 
P Aisne gai reliera Vailly et Craonne à leur nouveau clief-lieu. 

Au sud de celle circonscription, il sera nécessaire de créer une 
einquièmfi subdivision, qiti ne sera pas très importante, mais qui sera 
formée d'un pays dans lequel les communications avec Reims sont 
beaucoup moins aisées que pour les cantons dont nous venons de 
parler. Il eût, en outre, été difffcile de les rattacher à Reims, sans 
risquer de créer «n« circonscription administrative extraordinaire, 
plus considérable qu'il ne convient pour ta bonne gestion des affaires 
publiques. 

Celte subdicUion se composerait de rarrondûsement d'Epernay, 
auquel on ajouterait le canton de Condé-en-lirie (Aisne) et le canton 
de Vrrlus, dépendant de farrondissemeni de Chdions. f'es deux cantons 
sont, en effet, traversés par des lignes de l'arrondissement d'Epernay, 
f un par celle d'Epernay à Mézy, l'autre par celle de Fère- f'hampenoise 
à Oiry ; ellrs s'embranchent, l'une et Cautre, sur la grande ligne de 
Paris à Châlons par Epernag et par suite assurent à ces cantons des 
communications faciles avec cette ville qui serait choisie comme 
chef-lieu de la subdicision. Il y a lieu de rappeler ici que l'on a 
distrait de l'arrondissement d'Epernay pour les rattacher à une 
autre région, le canton ((Anglure et quelques communes du canton 
d'Esternay, 

La sixième circonscription serait formée par le reste de la région, 
c'est-à-dire l'arrondissement de Chdlons-sur-Marne moins le canton de 
Vertus, et les deux arrondissements de Viiry et de Sainte- IHenehould, 
enfin la partie compiise dans la région, soit les cantons de Varennes- 
en-Argonne (moins quelques communes), de Clermont-en-Argonne et 
de Triaucourt, ainsi qu'une partie des deux cantons de Souilly et de 
Vauhécourt. 

Cette circonscription ne peut avoir d'autre chef-lieu que Ckâliins- 
sur-Harne ; c'est tout d la fois la cille la plus considérable, un chef lieu 
de département et le point de jonction des lignes qui Iracersent l'arron- 
dissement de Vitry, d'une part, et celui de Sainte-Mcnehould, deTautre. 
Il n'existe, en effet, de communications entre ces deux arrondissements 
que par Ckdlons. Il est donc tout indiqué d'en faire te chef-lieu de la 
circonscription. L'arrondissement de Vitry communiquera avec lui 
par la grande ligne de Châlons i Nancy et celui de Sainte-Menekould 
ainsi que ta partie de l'Argonne rattachée à la région par la ligne de 
Ch^ont à Verdun. 



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- 17 - 

. La région dont nous venon» de déerin Ut ilémenU eomtituUft 
compretidrait 91 cantons, dont 13 dans la aubiivùion de Laon, H dans 
celle de Heims, 15 dans celle de Mézières, 16 dam celle de Retfiel, 
10 dans celle d'Epemay et iù dans le canton de Châlons-sur-Mame. 
La superficie serait de 1 ,919,600 hectares et la population de 1,103,400 
kabilants ainsi réparties entre les subdivisions : 



Laon 

Reims 

Mézières 

Relliel 

Epernaj- 

Cb&lons-sur-Marne. . 



Kaius 


UMTmS 


tmm 


«nn 


279,400 


185.400 


13 


291 


305,000 


311,500 


21 


470 


218.200 


225,300 


15 


220 


305,400 


115,300 


16 


283 


251,600 


109,500 


10 


206 


«0,000 


156,400 


16 


344 


I 




91 


1,814 



Il ne uoue appartienl pas de discuter ici la proposilioQ de loi 
de M. Beauquier : nous n'avons ni à l'apprécier, ni à préjuger 
le sort qui lui esl réservé. Nous avions seulement le devoir 
de l'esposeï', d'en expliquer les oritrines bisloriques et de la 
signaler surtout cumme un document curieux intéressant, au 
moins pour une part, l'hititoire administrative du département 
des Ardennes. 

Jean Boubquionon. 



1/ Google 



A propos de RIMBAUD 

SOUVENIRS FAMILIERS 

(suite). 



A CliartBi HoDiK. 



Dodo CharleviUe se glissa chez la Toisine, chez la rivale, en 
écarquillaDt de grands yeux curieux surtout, un peu narquois 
aussi, UD peu attendris tout de même, el je dois lui rendre cette 
justice, à peioe joyeux. 

En tout cas, du premier groupe qui guettait l'ouverture des 
portes, TOUS pensez bien que fut Rimbaud. 

Quand Hézières était sur ses pattes, il ne la trouvail pas jolie, 
jolie ; en la voyant abattue, notre ami fut moins satisfait encore. 
Fantasque humanité !... Les « Misères de la guerre » nous 
amusent, dessinées par Callot; toutes Tivantes et toutes crues 
elles nous répugnent. Ce qui le dégoûtait particulièrement, c'est 
que, dans l'intervalle, sur ramoncellemeot des ruinée brillantes 
il était tombé de la neige, et celte énorme quantité de cendres 
mouillées, provenant de toute origine, exhalait un concert d'acres 
peaUlences qui serraient Le cœur, offensaient les narines, faisaient 
tousser... D'autre part, ces pauvres maisons à ventres ouverts, 
qui laissaient voir leurs entrailles de poutres noircies, de tentures 
en loques, manquaient vraiment de style ; bref, c'était partout — 
si l'exprestiion ne tous parait excessive — du « marmiteux » dans 
du nauséabond. 

Pourtant il s'égaya aux ébabissements des gens qui visitaient 
« le malheur ». Une bonne feiume de Monlcy ou d'Etion, sa holle 
3ur le dos ~- genre d^ toilette qu'arboraient obligatoirement les 
paysannes de ce temps-)à chaque fois qu'elles venaieut en 
rille — s'effarait bruyamment, juchée sur le plus haut las de 
lécombres, el avait engaeé une discussion très animée avec un 
rieux monsieur, d'allures militaires, qui s'obstinait, dans sa 
codeur, à lui souleuir que la destruction, par l'arlillerie, des 
maisons bourgeoises n'est qu'une opération toute naturelle. 

— TaiMt-TousI... erisdl la campagnarde en ce bel accent qui 

Di: ■zf!!), v^iWWVlC 



a" 



- 19 - 

florissait encore eo 71 — et qui tead à se perdre, malheureu- 
semenl !... — Taiset-Tous !... C'eet pu det guéérres 1... 

— Comment ? ce ne sont plus des guerres... Mais, ma bonne, 
si TOUS aviez vu comme moi tes ruines de SébaBlopol... 

— U'e&l pu ça !... C'esl pu comm' là dans l'teinps !... On fsait la 
guéérre chez lel z'auU'...; on a' la fsail mie chez nous I... 

— Uais saprisli de saprisli I... gémissait l'ancien, déconcerté 
par en raisonnement qui bouleversait (ouïe sa logique... 

— Taiset-TouB I... C'est pu del guéérres... c'est del massac's !... 
El la femme, secouant sa hotte, escalada Tivement un autre 

tas, pourvoir encore des horreurs. 

Quelques pas plus loin, de bruyantes exclamations s'élevaient 
aulour d'un Irou de cave d'où sortait, clopinante, une vieille 
dame en camisule. 

— Eh beoT eh ben?... ma pauv'mame Journel!,.. Ben c'est 
TOUS. là !... Pas poesib'?... Et qu'on croyait qu'vousy étiyi passée 
ossi comme i' n' n'est tant !... (I). 

D'autres exhumés sortaient du souterrain, derrière l'ancêtre 
qui chevrotait des explications à n'en plus finir... — Comment sa 
cave se prolongeait, loin sous le château, eu plusieurs grottes 
profondes dont le plus énergique et le plus avisé de ses compa- 
gnons réussit, par une série de travaux, à proléger la dernière 
contre l'invasion de la fumée ; comment ils avaient des provisions 
qui leur permirent de vivre ces troib jours..., etc.. 

11 en résulta que parmi les assistants l'on parla beaucoup de 
tous ceux qui n'avaient pas reparu, el qui, peut-être... Ce soupgon 
occupait la cervelle de Rimbaud dans le moment où, parvenu au 
coin de la rue du Pont-de-Pierre, il constatait, sans étonnemenl, 
que notre maison avait bien suivi l'exemple de ses compagnes 
el, sauf un mur resté debout, s'était consciencieusement résolue 
en un ros&lre monticule de cendres mêlées de quelques vils 
métaux tels que fragments de fourchettes, cuillers, chandeliers... 
il y donna un coup de pied dédaigneux... Le mur laissait voir 
l'embrasure d'une porte qui donnait sur la ruelle dite a des 
gendarmes ». Enire la porte et le tas de cendres, un enfoncement 
garni d'un éboulis de pierres calcinées qu'il vit soudain — 
prodige I — faire des pirouettes... Il s'approcha... Parmi ces 



[I) Les ArdfHius smri lelltinent cinlis^, • 1 c't'heei-e i, qna, flH-M miqiifmnl pour le 
ihou-beci de nos jours \ateelii d'iiulruclion nrioiiire, je uou deroir Induire celte denùèn 
Éni* : • -'. Il rm tnjtil tHen (|im mii j êlU* p»**ée idmÎ, eoime il ; «o a lulL.. 



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— 20 - 

pierres mouvantes s'agitaient, à des hauteurs diverses, Irois 
bérets noirs décorés chacun d'une lai^e bande rouge, et en 
dessous, tout simplement, trois hvtcct de la plus belle venue. 
Ces bons troupiers s'occupaient activement à déblayer l'entrée 
de la cave. Non qu'ils eussent été le moins du monde, pour cet 
ofBce humanitaire, envoyés par la « comroandatur u, mais par 
l'unique souci d'imiter beaucoup de leurs camarades qui profi- 
taient d'un petit congé pour faire la chasse... aux liqueurs... 
HeinT... cher ami... n'est-ce pas le cas de s'écrier avec la dame 
d'Etion: « C'est pu det guéérres!... u II est certain, toutefois, 
qu'ils n'avaient envie de massacrer personne. Ils sourireut à 
Himbaud, qui les aida, pressé de s'assurer si mes restes ne 
gisaient pas, déplorablemenl racornis, au bas de l'escalier. 
I^es Prussiens, toujours débrouillards, s'étaient munis d'une 
chandelle. Odieux vainqueurs!... Votre déconvenue fut grande. 
Tous ne découvrîtes qu'une caisse de savou et un fût de bière 
dont le robinet vous livra, pour tout régal, en ce caveau 
sérieusement enfumé, quelque chose qui vous fit faire la grimace 
et gazouiller — gourmands I — votre habituel i Nix buuna I... » 
Le poète, lui, cherchait aux cadavres. Il en trouva deux: 
Catherine et Catherinelte. C'étaient des chuttes: la mère et la 
fille. Depuis longtemps elles vivaient en mauvaiise intelligence. 
Le danger commun ayant dissipé leur rancune, elles étaient 
mortes, asphyxiées, « dans les bras » l'une de l'autre. Bt nune 
reges emdimini... Rimbaud remonta, désormais trauquiile sur 
mon compte. Il alla plus loin. 

Au milieu de ce qui semblait un océan de ruines, telle une 
chapelle votive domine le flot tumultueux des flots en folie, se 
drexeait, petite solennité froide, avec son fronton grec et ses 
deux colonnes si peu que rien égratignées, la Cour d'Assises. 

— Allons I... pensa-t-il, je reconnais bien là l'esprit du canon : 
il brûle les ambulances, écrase les échoppes, mais épargne avec 
soin les tribunaux. Gageons qu'il n'a pas touché h la geûle !... 

Pour s'en assurer, il fit le tour de la prison, indemne en effet, 
se trouva devant un autre établissement qui y touchait de même 
qu'à la Cour d'Assises. Et c'était la « vieille gendarmerie ». 

— Bravo!... reprit la songerie du jeune révolutionnaire, cela 
encore est demeuré. Le nom seul de celte b&tisse — le souvenir, 
ridée qu'il évoque — l'a garantie comme une égide. Il n'y restait 
plue de gendarmes, soit!... il y en avait eu: c'était suffisant pour 

Di:iilizf.!!),'v^H.>V_IVH- 



— al- 
la rendre sacrée. L'iocendie toul autour a Tftit rage, loul autour 
ce ne sont que débris el fumerolles, mais les obus respectueux 

— saur quelques rares étourdis, à en juger par ces écorniQureB... 

— ont caulieusement parli^ leur averse à droite el à gauche 
du groupe saint des trois templei»... Or, quel est ce jeune 
auvergnat ?... 

Sous l'ombre d'un large feutre (1) où disparaUsait k demi sa 
figure de papier mftcbé, tauverpin en questioa se trourail n'être 
pas un autre que moi-même, qui ayanl aperçu le cher camarade, 
courais à lui, tous pensez avec quel bonheur... Et ce récit!... 
Non [...C'était trop beau... tout me venait ensemble... — Attends!... 
pas ça!... d'abord... mais avant... 

Son habitude de traduire les auteurs difficiles lui permit 
cependant de discerner, dans mon fouillia, l'essentiel : — ma 
famille et moi, au moment où notre maison commence à flamber, 
la quittant dans l'intention de gagner les casemates... Arrivés à 
l'entrée de la rue Saint- Julien, hésitation bien légitime en face 
de ce double mur de feu, coup d'œil pluldt embarrassé vers 
la Grande Rue où c'était pareil... découverte, heureusement, 
d'un coin plus sombre, fuite par U... et la cour de la a vieille 
gendarmerie u ouverte, et l'idée d'y chercher refuge, d'autant 
plus que nous connaissions l'homme qui l'avait louée pour faire 
le commerce des vins : l'excellent U. Joram, chez qui, d'ailleurs, 
nous trouvons d'autres, comme nouii, •< rescapés s... Et les 
détails, les incidents, la nuit dans la cave, la pluie rouge des 
étincelles, sur un fond rose changeant, contemplée de longues 
heures à travers le soupirail... et précédemment — je mêlais 
toul I — les instants passés dans la salle du rez-de-chauRsée 
parmi une vingtaine de gens qui pleurent ou qui jabotent, l'obus 
tombé dans la cheminée, éclatant — quelle chance I — avant 
d'être en bas, mais, par l'effet de la poussée atmosphérique, 
fichant tout le monde par terre... nuit soudaine, piaillements, 
grappe de mioches dégringolant sur moi qui me relève à grand'- 
peine... liquide chaud et gluant coulant sur ma joue... Quelqu'un 
est blessé?... du sangl... Non, c'est l'huile de la lampe... 

Rimbaud m'écoutait, légèrement ironique ; il prit un air sévère 
pour me demauder: 

— Avec tout ça... qu'as-tu fait des pipesf... 

(1) CrtU eoiAire ds fortoM raiait de n'tlre olbctc en pur don, pour remnhcer moa kfoi 
i^eJutimftÙa dM ta h^tm. ,- , r~. r-" p 



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.,.Çe. fui .I9PU tpur d« rire : 

— Je t'assure que les avais rangées avec soin ; tu vas voir où 
eUes sODt... 

Je le conduisis sur les décombres de noire maison qu'il avait 
déjà explorées. 

— Mais, lui dis-je, il y a quelque chose que lu n'as pas 
vu. R^arde lâ-haul... sur ce mur... à la bauleur du premier 
étage... 

— A.hl... une cheminée dont la plaque de foyer est resiée 
suspendue. 

— El sur celle plaque, un poêle... 

— Oui, eu eSet... c'est cbmîque 1... 

— fih bien I dans le four du poêle, lequel n'était pas allumé, 
Daturellemenl, j'avais caché les deux pipes. Elles y sont toujours. 
Va les chepcber... 

Il bocba la tête, et nous lomb&mes d'accord pour afârmer que 
la guerre, après tout... c'est idiot. 

Quelques jours plus tard, ma famille recevait rtiospitalilé dans 
le village de Prix, chez un autre ami charitable, M. Bourgeois, 
mécanicien des ateliers de Mohon. ouvrier d'une intelligence 
vive et d'opinions républicaines avancées, qui gagna promptement 
l'estime de Rimbaud. Car celui-ci— la réouverture du collège étant 
ajournée indéâoîmenl — vint à Prix, comme il venait à Hézières, 
quotidiennement ou peu s'en faut. C'était deux kilomètres de 
plus, mais pour des jambes comme tes tiennes... 

El vous pouvez croire que nous en fîmes des lieues, dans la 
boue, dans la neige, vers Warcq, Evigny, Warnécourt, La Fran- 
cheville... par les chemins de traverse où l'on pataugeait, 
însoacieux, dans les profondes ornières ou sur la tirand'rouLe 
aux peupliers sonores !... Il me liaaiL alors ses derniers poèmes : 
Aeeroupitsemenls, Oraison du soir... Il avait lu des journaux, 
apportait des nouvelles, Je me souviens de notre émotion quand 
nous apprîmes que les Prussiens avaient commencé le bombar- 
demenl de Paris. Songez donc I pour des gaillards de noire 
H envergure », qu'était la destruction d'un « Mézièrot de quatre 
BOUS H, nid de regraltiers et de falots papolards, où l'oti ne 
conuais^ait même pas Baudelaire 7... Tandis que la grande Ville* 
ce o phare », ce « guide », ce " cœur », celte « cousciânce de 
l'humanilé «... elcœlerapanloufle... et tou» 1«8 lacatalM k la 



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Hugo I... — Rimbaud deriët apprendre IrinrtOt ^ue faris, 
proportIoDaellemeal au nombre de gens qui l'hibitent. nt bien 
plus brulalemeul Ignare, plus groasièrement posilif qua telle 
humble boui^ade. Ed alteDdaot, il ne savait pas, il croyait, il Fut 
consterné, je vous assure, de très bonne Toi. 

Pour des raisons spéciales, d'ailleurs. 

Assez indifférent au dunfrer couru par les architectures plus ou 
moins précieuses de la capitale, prêt à faire f>on deuil, aisément, 
des richesses du Louvre et de tout ce qui représente le passé, il né 
voulait voir là-bas qu'une concentration d'éléments intellectuels 
révolutionnaires, et Paris mort, c'était la dispersion, la paralysie 
pour longtemps de ces Torces en qui l'élève de Rousseau mettait 
sa confiance et tout son espoir. 

Mais quand ou a seize ans, l'&me possède une Torce de réaction 
prodigieuse : — la cité sainte, anéantie, renaîtrait plus belle el 
plus rayonnante... Qu'importait la déraile?... Epuremenl, refonte, 
vie nouvelle, coup de fouet vers l'avenir!... 

Là-dessus, on s'emballait ferme. L'&pre vent d'hiver, qui 
pousbait devant lui des paquets de feuilles mortes, stitf^ieudrëes 
de glace, k travers les champs désolés, nouS grisait et emportait 
ausM, au diable, nos pensées folles. Nous rencontrions parfois, 
lourdement balancés au pas de leurs attelages où cliquetaient 
les grands sabres larges comme la ra^o, des soldtftft du Iraifl M 
l'armée ennemie, qui nous regardaient en passant, l'ceil paterne, 
et sans doute inspirés par les souvenirs de leur enfance rurale, 
noua saluaient d'un a Ponne promenate I... >> Rimbaud gloussait, 
moqueur, au nez de ces esclaves. 

Et le Progrès det Ardènaet? me demanderez-vuus... et cette 
collaboration à laquelle, dans les derniers jours de décembre, 
nous avait presque invités Jacoby t Ab ! voilà... Nouvelle consé- 
quence du désastre, qui nous pardi aussi grave que la perte de 
nos pipes — remplacées, du reste, mais nous n'en trouv&mes 
jamais d'aussi bonnes ! — Une visite à fond de Mézières, quand 
tout fut n décembre », nous révéla que l'imprimerie Devin était, 
pour cause de totale ignition, dans l'impossibilité de continuer le 
tirage de cet oi^ane tout dévoué à la démocratie, et le Progrèi ne 
pouvant, bien euLendu, compter sur les presses de M. Poullliard, 
nos ambitions de folliculaires se trouvaient — pour employer 



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-24 - 



un mot dQ l'époque — absolument et irrémédiablement.... 
t capoult 1 s (1). 

Mais janvier venait de Qnir, et l'on apprit l'armielice qui mettait 
&n au siège de Paris... pas brûlé du tout : Bismark, très moder- 
niste el appréciant les beautés du commerce international, s'était 
bien gardé de laisser faire une pareille gaffe. Dès le commen- 
cement de février, Rimbaud filait comme un zèbre, ou, en 'raulree 
termes, vendait sa montre d'argent pour payer le billet de déclasse 
qui lui permit de parvenir une seconde fois au Paris de ses rêves. 
Là, recherche de maints artistes et poètes, introuvables pour 
la plupart, visite à Gill, promenades affamées, hareng saur, 
couchage dans bateaux à charbon, retour pédestre, quand il eut 
reconnu que, pour l'instant, rien à faire : vous connaissez toutes 
ces choses, puisque vous les cobl&les au long daus la présente 
Revue d'Ardenne n d'Argonne. 

Dans l'intervalle, ma famille avait quille Prix, et nous avions 
trouvé un logement dans un autre villaKC, presque faubourg de 
Uézières : le Theux. Rimbaud m'y dénicha dès son retour. 



(A suitre). 



Ernest Delahaye. 



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Sonnez, ionnez la mort, cloches du vieux clocher ; 

La feuillet mortes vont les (leurs mortes cacher ; 

Il est venu, Novembre, avec son soteil pâle. 

Avec son manteau jaune et sa brise qui râle; 

Les oiseaux sont partis, les beaux jours sont passés. 

Sonnez, clockes, sonnez pour tous les trépassés. 

Pour les rois, les puissants, les reines enviées ; 

Sonnez, clockes, sonnez pour les tombes sans croix, 

Pour les tombes sans fleurs, les tombes oi^liées ; 

Qu'ils entendent aussi voire profonde voix, 

Veux-là, qui sont roulés au hasard de l'orage. 

Dans les sables mouvants des déserts, aux flots £or. 

Ou dans l'immense mer, sans fond et sans rivage ; 

Cloches du vieux clocher, sonnez, sonnez la mort. 

Cloches du vieux clocher, allez, de notes graves. 

Emplir l'espace vide, implorer le pardon ; 

Sonnez pour les vailtantt et sonnez pour les braves. 

Sonnez pour le damné, sonnez pour le félon ; 

Les morts en leur tombeau, comme les morts tans tombe, 

Moru pleures, moru maudits, tous vous écouteront, 

Et moins tristes alors, ils se rendormiront. 

Cloches du vieux clocher, c'est l'heure où la nuit tombe. 

L'heure lugubre et sainte où le passé revient, 

L'heure où fenfant a peur; c'est l'heure où chacun rive, 

L'heure où pour un moment chaque mort se soulève. 

L'heure où la femme pleure, où thomme se souvient. 

H est venu. Novembre, avec son loUil pAU, 
An» son manteau jaune et sa brise qui râle ; 
Les feuillus mortes vont les fleurs mortes cacher; 
Sonnez, sonnez ta mort, cloches du vieux clocher. 

H. Sarthot. 



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CHRONIQUE 



Le deuxième oentenaire de Mabillon. 

Le aamedi 28 décembre t901 une impoeaute cérémoDÏe eut lieu, 
en l'église Saint-Germain-des-Prés, à l'occasion du deuxième 
centeiiaij'e de la morl de uotre illustre compalrîole, Jean 
Mabillon. Celle église conserve la dépouille du savant bénédicUn, 
qui naquit en 1632 à Saint- Pierremonl el mourut en 1707 ea 
l'abbaye de Saiul-Germain-des-Pi'és ; dans' une des chapelles 
latérales, à droile du cliœur, on lit, sur uoe dalle Tunéraire une 
iuscriplion qui rappelle ce qu'il fut. 

M"" Amélie, coadjuleur du cardinal-archeTêque de Paria, pré- 
sidait celle solennité relii^ieuse. Une messe, accompagnée de 
cbanU, fut dite par l'abbé Tbédenat, membte de l'Académie des 
Inscriptions el Belles-Lettres; puiit Dom Fernand Gabrol pro- 
nonça l'éloge de Mabillon dans un magnifique diâcours, où il 
relraça SJëlemenl ta vie de labeur génial du célèbre moine et Gt 
ressortir, en lermef aus^^i éloquents que précis, la baule portée 
de son œuvre lit&turique. 



BULLETIN BIBLIOGRAPEUQUE 



Institut Archéologique do Lnxemboorg. Annales. Tome XL, aanée 
1905. ~ J.-B. Sibenaler : Ouvk illuslré d» Mvée lapidaife-romain 
d'Ârltm (pp. 1-132, avec 96 planches). — Le R. P. Gofhnet : X'ancùiuM 
abbaye de Clairefontaine. /foliée hisUrrique. — Seconde partie : Les 
abbesses de Clairefontaine (pp. 13M60, avec 1 planche hors texte). 
[La 1" partie de cette Notice avait paru dans les AnnaUs en 1884 et 
1894 et le P. GofGnet était mort avant d'en avoir achevé la publi- 
cation ; il avait édile en 1877 le Cartulaire dé ClairefonlaiTie]. — Emile 
Tandel : Un autographe de Drouel (pp. 16Î-164, aTec (w-similé). (Cet 
autographe a été communiqué par M. Defrance, propriétaire à 
Viliers-devanl4rv&l \ il est daté de Paris, 4 Juillet 1791, c'est-à-dire 
douze jours après l'arrestation de Louis XVI. C'est une quittance 
donnée pour montant des gages, salaires et gratifications, à lui 
Drouet accordées pour le transport des malles pendant les six premiers 
mois de l'année 1791. C'est une Cûïûctdefice curieuse, mais la somme 



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- «- 

p«yée u'a Hruioenent rien k Toir avec les Kratifications roMes ft 
DrOu«t par l'ASseniblée lëglBlatiTe]. -^ Binil« Tandsl ; Prat (Gt&rgu^ 
fonçais) (pp. 166-167). [Notice sur Pral, historien, publicisle et 
jarïste, d'origine belge, né ft Commercy (France) le 23 mars 1902, 
mort à Quatre-Vents-lez-Arlon le 1" décembre 1815, créateur de 
l'Institut archéologique de Latembourg. Parmi ses travaux, il y a 
lieu de citer : Etymologie des noms de lieux de la province de Luxem- 
bourg (Bruxelles, Hayez, 1866), et surtout son HUUnre d'Àrlon (Arlon, 
Brùck, 1873-1874; 2 vol. in-8')]. — Jules Vanneras : Le Coflulaife 
Teach de Fresnoy- la -Montagne (i4i5-1746) (pp. 168-221). [Ce eartU- 
laire, qui appartient à Hastitut archéolc^ique de Luxembourg, est 
an gros registre in-rolio, écrit tout entier, de 1725 h 1746, de la main 
de François Woirgang de Teseh. Il contient de nombreuses pièces 
relatives à la famille de Cu9Eine d'Autlaoce, dont l'histoire est inti- 
mement liée il celle de Fresnoy-la-Montagne, et à diverses localités 
des arrondissements de Sedan et de Montmédy]. — B** Alfred de 
Loë : Fouille d'wn cimelière beigo-romain à Fonlenoitle (pp. 280-284, 
avec 4 planches). [Résultats des fouilles faites en 1901 et 1905 k 
fontenoille, près de Florenville]. — Am. de Leuze : Fiefs du comté 
de Laroche (pp. 285-304). (Résumé des actes qui se trouvent consi- 
gnés dans les 9 registres de la Cour Féodale de Laroche, déposés aux 
archives de l'Etat à Arlon (1563-1790). La ville de Laroche-sur*- 
Onrthe devint, à partir du xii* siècle, la capitale d'un comté très 
important qui comprenait quatre pairies, HoulTalize, Beauraing, 
Ban'Su^Lesse, Bumain et un grand nombre de seigneuries. Suivant 
ane déclaration des pairies et des pleins fiefs du 1*' juillet 1572, 
figurait comme plein fief la seigneurie tX'lUy près de Sedan (en relief 
depuis 1440). — Les actes relatifs ji la baronnie et pairie de Beau- 
raii% concernent k plusieurs reprises les seigneuries de Hiet^es et 
de Vireui-Wallerand]. 

Tome XLI, année 1903, — Le R. P. Gof&Det : L'ancienne abbaye d» 
Ctairefontaine. Noi'ce historique. — Seconde partie, suite (pp. 1-31, 
arec 1 planche hors texte). [Récit détaillé de la nomination de la ' 
dix-septiéme abbesse de Clairefontaine, Marguerite de Pouilly, Qée & 
Viviers en 1599, professe à l'abbaye depuis 1615, élue le 23 sep- 
teoibre 1644; elle devait appartenir à la branche ardennaise de la 
famille de Pouilly, car elle emprunta k Messieurs de Pouilly de 
Fléville 900 florins pour les besoins de l'abbaye dévastée par la 
Guerre de Trente Ans ; elle mourut le 9 décembre Iftli). — ftles 
VMUléru* : Im fûmiUm UMfmitbtu rg mùm «• tAapitti mtHe ik MMM 



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Wawtrv, à Mont (pp. 36-101). [Notions g6D6al<^que9 extraites des 
Archives de TEtai de Hons, dont quelques-uaes concernent des 
familles ardeonaises ou apparentées aux Ardennes : ^AUaraimt 
(dont Jean d'Allamont, seigneur de Malandt7, gouverneur de Mont- 
méd>') ; de Custine, seigneur d'Auflance, de Villy, Lombut, Pouru, etc. ; 
de La Marck ; de Lambertye ; de Luxembourg (avec notes sur la famille 
de Savigny de Rosne ; un de Hosne est connu par son rôle joué dans 
les environs de Sedan pendant les guerres duxvi* siècle); de 
Moilrey; d'Orjo ou d'Orjaui (avec famille Le Danois, seigneur de 
Novion, Provizy, Sery, etc.)]. — Louis Schaudel : La seignetme de 
Breux(pp. tl3-153). [L'histoire de Breux, qui confine à la Belgique 
et au département des Ardeunes par les communes limitrophes de 
Hargny et d'Herbeuval, est intimement mëlëe à celle de notre 
région, ainsi qu'à l'histoire du comté de Cbiny et de l-'abbaye d'Orval. 
L'auteur donne la généalogie des premières familles qui possédèrent 
la seigneurie de Breux jusqu'au xvi* siècle : maison de Briey, 
familles de Chinery et de BrandenbourgJ. — J.-B. Sibenaler : Mvtée 
de Peintwre el des Beaiix-Arls de l'Institut archéologique du Luxembourg à 
Arton (pp. 159-nO). [Gr^ à la ténacité de ses fondateurs, le musée 
de la petite capitale luxembourgeoise forme aujourd'hui une impor- 
tante collection de 107 numéros, dont plusieurs sont très précieux 
pour l'histoire locale et provinciale. Nou> y relevons les portraits de 
deux abbés d'Orval : n" 11, portrait de l'abbé de Hontgailtard-Percin, 
(1563-1628) (ce tableau est curieux,' car on y trouve représenté en 
perspective un plan de l'abbaye, comprenant les b&timonts, jardins 
et dépendances de cette époque ; ce plan est le seul vestige authen- 
tique qui existe encore des parties ajiciennes de l'abbaye) \ et n" 33, 
portrait de Dom Arsène Freymuth, de Hondelange, dernier abbé 
d'Orval (1757-1837), tableau provenant d'Orval. — Signalons encore 
le n" 16, une Sainte-Vierge, par le frère Abraham Gilsoa, moine 
d'Orval dont plusieui-s églises ardennaises possèdent des tableaux ; 
à ce titre, il est intéressant de reproduire la notice de M. Sibenaler 
• sur le frère Abraham, qui, né k Habay-la-Vieille en 174i, entra en 
religion à l*&ge de ii ans. Il fit des études à Rome, Bruxelles, Dussel- 
dorf et Paris; obtint un premier prix de peinture, en 1777, à 
Diisseldorf et fut classé premier dans un concours de composition & 
Paris, en 1791 ; k cette occasion, Louis XVI lui commanda les portraits 
de la famille royale. En 1769, il avait commencé la décoration des 
salles du monastère d'Orval, qui fut son œuvre principale ; malheu- 
reusement une grande partie de ces peintures fut détruite, lors du 



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sac de l'sbbaye par les Français en 1793. Le frère Abraham se rendit 
alors au monastère de Munster à Luxembourg, où il fit un important 
travail : il décora cet établissementde tableaux religieux. Il retourna 
ensuite au refuge de Conques, prés d'Berbeumont, puis rentra dans 
la vie civile en 1796. Après la dispersion des frères il s'était fixé à 
Florenville, oii il finit ses jours en 1801, après avoir encore 
beaucoup produit, il fit surtout de la peinture religieuse : ses 
œuvres, environ îtSO, sont de valeur diverse. — iHeationnons enfin 
le n' 50, six planches de fleurs par Redouté. J.-P. Redouté, le 
célèbre peintre de fleurs, qui fut le professeur de la reine tfarle- 
Antoinette, de l'impératrice Marie-Louise et de la reine Amélie, 
était né à Saint-Hubert en 1759 ; il avait été l'élève du frère Abraham 
et avait d'abord fait des tableaux religieux. Il mourut en 1840]. — 
Am. de Leuze ; Fiefs du Comté de Laroche (suite, pp. 195-214), — 
J. Vannérus : La Charte de fondation de Gérouoille (juillet 1258) 
(pp. 215-218, avec une reproduction photographique du document 
original). [Gérouville, k quelques tilomètres d'Orval, fbt créé de 
toutes pièces en 1258 par Arnould et Jeanne, comte et comtesse de 
Looz et de Chiny, et par l'abbaye d'Orval. Le P. Goffmet avait publié 
la charte de fondation dans son Cartutaire de l'Abbaye d'Orval d'après 
an manuscrit du P. Wiltbeim (.yvii° siècle) et d'après une copie de 
1727. M. Vannérus reproduit là charte originale qui existe encore 
aux archives communales de Gérouville]. — J.-B. Douret : La Presse 
luxembourgeoise. Rectifications et Additi4ms (pp. 257-273). [Nous y 
apprenons qu'il y eut à Corbion, en 1896, un journal intitulé : La 
Petite Lanterne des Chevreuils de taSemois. — Editée, rédigée, imprimée, 
vendue par L. Thibault, à Corbion. Petit in-4°, de 8 pages. — Les 
no* 10 et 11 sont en partie rédigés en patois. Eu 1897, le même 
journal s'imprimait à Bouillon. — Florenville eut aussi sa feuille en 
1895 : L'Etendard du Luxembourg. Journal hebdomadaire, paraissant 
le samedi. Imp. E. Sauté. In-fol. à 5 col. ; armes de la province du 
Luzembout^ au titre]. 

Tome XUI, année 1907. — Louis Scbaudel : La Seigneurie de Breux 
(fin, pp. 13-63). [Notice, avec portrait, sur Paul-Bernard comte de 
Foataine, le vaincu de Rocroi en 1643, qui fut seigneur de Breui ; 
notices sur les de Pouitly, de Chamisso, de Tige, de Villecbolle, de 
Villelongue, et en dernier Heu les Chardon, de Carigoan, qui eurent 
la seigneurie de Breux. Nombreuses indications sur beaucoup de 
familles ardennaisesj. — Le R. P. Goffinet : L'ancienne abbaye de 
Clairefontaine. Notice hisUtriqu». — Seconde partie, fin (pp. 117-159). 



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^30- 

[9anni les «bbesses, deax demoiselles de PouiDy : Antoinette-Luoe, 
abbesse en 1671, était fille de Jean de Pouilly et de Madeleine de 
Villecholle]. — L'abbaye de Nom-Dame de Bonlieu (pp. 225-251). [Le 
chanoine Hubert Watelet, des Deux-Villes, près de Carignan, fut 
Dommé a l'ermitage de Bonlieu le 19 juin 1761 ; mais celte nomi- 
nation Tut contestée, d'oii procès qui durèrcBt quinze ans], — Let 
tetgneurs de Mellier, JVeufchàteau et Falkenslein de la maisùn de CAwty 
^p. 301-342). [Parmi ces seigneurs, il y a des ch&lelaios de Mézières, 
avoués de Donchery, sires de Vrigue-aui-Bois, xiii'bI xiv" siècles]. — 
A. de Leuze : Fiefs du comté de Laroche, suite (pp. 242-261). — J.-B. 
Douret : Les Almanachs luxembourgeois (pp. 378-394). 

Almanach-Annuaire de la Haroe, de l'Aisne et des Ardennes. 
année 1908. (Cinquantenaire de la publication, 1858-1908 ; Reims, 
H. Malot. Prix : 1 fr. 25).— P. G[osset] : le ^" Bataillon de la Marne 
(Epemay, 479i) (pp. 115-120). [Ce bataillon séjourna à Rocroi, au 
camp de Rancennes après ta déclaration de guerre du 25 avril 1792 
et il Hontmédy où il fut bloqué de loin par tes Autrichiens]. — 
E. Deliège : Pays d'Argonne (suite) (pp. 164-183, avec une vue et 
3 portraits). — La parabole de l'Enfant prodigue en patois de Bulson 
(Ardennes) (pp. 210-215). — Emile Cauly : L'Hercule ardennàis 
(pp. 24'J-242). — Abbé Bosc et Alfred Chevallier : Notice historique 
tw Beulrégiville (Marne) (suite) (pp. 243-252). [Quelques détails 
intéressants pour les Ardennes). — Cakier de doléances de Lélanne 
(Ardennes) (pp. 253-256). — Dom Albert Noël : Notice historique sur le 
eant(m de Givet (suite) (pp. 269-290, avec 2 vues). — Henry Rouy : 
Ponl-Maugii (Ardennes) (pp. 3H-320). — N. GofTart : Règlement de 
police pour Mézières (1668) (pp. 324-337, avec 2 portraits). — Michel 
MissofT : Conle ardennais (pp. 348-349). [Pièce de vers], — Ch. Houin : 
Noies sur le Folklore de Gioonne près Sedan. Usages et Couturnes (pages 
399-400). — Henri Jadart : Vieux arbres de France cl vieux arbres de 
la contrée (pp. 40M08). [Continuation d'une liste de vieux arbres 
dont plusieurs avaient déjà été signalés dans les Almanaclis de 190O, 
de 1901 et de 1904. Cette nouvelle liste donne, pour le département 
des Ardennes, des indications sur les arbres de Blagny, Hagnicourt, 
Ham-sur-Heuse, Illy, Renneville, Relhel, Semuy, Sedan et Signy- 
l'Abbaye]. — Al. Baudon et Paul Pellot : La vallée de la Retourne 
(suite), (pp. 409410). [Sur le village de Berguicourt]. — Catalogue 
des Publications et Volumes édiles par la Maison Matol'Braine (p^es 
449-480). [Les Ardennais y figurent en grand nombre]. 



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-9t - 

La DépAcha des Ardennes. — Jacques des Ardennes : Une légende 
à détruire. Le comte d'Egmonl enterré au château d'Hierges (q" du 
1" décembre 1905). — Chartes Pilard : Souvenirs d'un «l'eiiar SedarMis. 
Sedan tenu la première Révolution. [RéimpressioD de cet excetlent livre 
aujourd'hui épuisé eu librairie, parue passim depuis le a" du 25 août 
1906 jusqu'au o" du 25 juillet 1907]. — Heury Rouy : L'église et le 
presbytère de TorcySedan (n" du 19 décembre 1906). [A propos de la 
loi de séparation des églises et de l'Etat, l'auteur rappelle le contrat 
ÎDlerveuu en 1865 entre Sedan et ie faubourg de Torcy : celui-ci 
cédait les droits de propriété qu'il possédait par indivis avec douze 
autres communes sur la forêt provenant de l'ancienne prévôté de 
Donchery, avec jouissance des affon^es délivrés en nature annuelle- 
meut dans cette forêt; la ville de Sedan s'engageait k doter Torcy 
d'une église, d'un presbytère, d'une maison d'école, d'un abreu- 
voir, etc.). — G. T... : Le ixrcueil de Turenne (n " du 30 janvier 1901). 
[D'après un article du journal Le Temps, vicissitudes du corps de 
Turenne sous la Révolution. Le corps du maréchal avait été tout 
d'abord inhumé k SaintrDenis ; mais le 31 juillet 1793, la Convention 
décida la destruction de tous les tombeaux de la basilique. Le cercueil 
de Turenne fut ouvert; mais le corps, étonaamment conservé, au 
lieu d'être détruit, fut remis à un gardien de l'église qui t'exhiba 
comme bibelot aux visiteurs. En l'an II, le botaniste Desfontaines le 
réclama comme i objet historique > pour le cabinet d'histoire natu- 
relle du Muséum, oii il fut mootré sous une vitrine comme une 
curiosité rare. Eu l'an VII, l'archéologue Lenoir mit fin k cette exhi- 
bition scandaleuse eu faisant déposer la bière et le corps au Musée 
des Monuments français, et quelques mois plus tard, Bonaparte 
faisait triomphalement porter la dépouille mortelle du maréchal sous 
le déme des invalides où elle est encore aujourd'hui]. — Henri 
Riehardot : Les mobiUa rémois en iS70 (passim, depuis le n" du 
22 juillet 1907). 

L'Intermidiaira des Cberchiam «t Qarieox . — Mirefleur : Le 
diàtea* de Blerges (n> du 20 juillet 1906). 

Le Pajs Lorrain. — Cl. Bonnabelle : Amoth et son église (n* de 
septembre 1906). 

Le Génie Civil. — P. Rimauce : Les progrès de l'automobilisme en 
France (q" de? 23 et 30 novembre 1907, tome LU, pp. 53-56 et 75-80 
avec 9 tableaux, 5 cartes et 3 diagrammes, intéressants pour le 
départemeg^ dep Ardennes). 



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RECTIFICATION 

Dans sa Chronique de septembre 1907, la Revue d'Ardenne et 
^Àrgonne, p. 177, insérait les nomii des Ardennais lauréats de 
rAcaiiëmie nation»le de Reims. Elle a omis le nom de M. l'abbé 
Emile Bouchez, titulaire d'une médaille d'or pour son élude sur 
La Paroisse de Saint-Jacques de Beims pendant la Bévolation. En 
effet, M. l'abbé Buucbez est Ârdennais, son pays natal étant 
Avaux, canton d'Asfeld. 



DEMANDE DE RENSEIGNEMENTS 



H. Jean BOURGUIGNON publiera procbsâaement (fass li 
ReTue d'Ardenne et d'Argonne de CURIEUSES LETTRES 
I.^IÉDITES DE B AUDI IV, le Reppésentant des 
Ardennes aux Assemblées révolutloonalres. // 

prépare du reste, sur ce penonnàge Ardennaâs, une étude complète 
pour iRquelle il a déjà réuni de nombreux documents inédits, et il 
serait recona&issant à toutes les personnes qui posséderaient, soit 
pur leurs papiers de famille, soit autrement, des lettres ou pièew 
relatives à Baudin, de vouloir bien les lui communiquer. 



le Gérant : Ë. LAROCHE. 



- Imprimerie EnLi Laaochb, rue GunbaUt, U. 

Dn,hzPdb,C"00'^lc 



BALLAY ET SA SEIGNEURIE 
AU MOYEN AGE 



Ballay, aujourd'hui commune des canton et arrondissement de 
Vouziers, était connu au moyen Age sous le nom de Balais, et plus 
tard sous celui de Balay ; son nom n'a pris sa forme actuelle que 
vers le milieu du xviii* siècle. 

Quelle est l'étymologie de ce nom? Le président Jeantin, à 
propos de la ferme de Balay (i) située dans la Meuse, prétend la 
faire dériver de l'hébreu baal, cesser d'être, et dn sanscrit ay, 
passage, et traduit ainsi : cessation de passage (a). 

Des esprits plus simplistes tendraient à penser qae le village a 
tout bonnement tiré son nom des balais qu'on fabriquait de temps 
immémorial avec le produit de ses oseraies. 

Pour nous, qui percevons difficilement l'intervention combinée 
du sanscrit et de l'hébreu dans la formation d'un nom de lieu 
ardennais on meusien, nous pencherions plutôt vers l'explication 
des simples. 

Quoi qu'il en soit, nous ne pent'ons pas que BalIay remonte à 
une époque très lointaine, et ce qui nous le fait penser, c'est que 
les chartes en langue latine du xiii' siècle, qni mentionnent cette 
localité, ne latinisent point son nom et le transcrivent sous le nom 
vulgaire de Balais, ce qni tendrait à prouver qne ce nom était 
de création récente, postérieure en tout cas à la période où le latin 
était encore la langue usuelle de la population. 

L'acte le plus ancien qui soit connu concernant Ballay, s'il était 
authentique, serait une charte dont la copie repose au chartrier 
du château de Clai refontaine, à Ballay (3). Cette copie, non signée, 
mais d'une écriture du xvii* siècle, a été collationnée sur antre 
copie relevée, le ai octobre 1608, par Roland et Angier, notaires 

(1) Balij, renne de h c^nimnne de LioiHleTiDt'DnTi, aulao de Duo (HeoM). 
(3) Jcsnlin, J/unltcl de lu ilevae. I, |i. lUi. 

(3) Aui iiclii'rsdeki funilk d'£»auli, que lechcf aclDeldelibmilIei très ol^eainnMt 
nùset 1 noire dbpuFitUm. 

Rn. t'kn. rr d'Am. T. XV, a» I «t i. 



D,;,,l,zP.b,>^.0 



_>ogle 



— 34 — 

royaux, demeurant à Reims, et collationnée, elIe-mSme, affirment- 
ils, sur l'origiDal. 

Cette cbarte est prétendument datée, à Mézières, du 19 mai ïiï8, 
et soi-disant émanée du comte de Flandre et de Rethel, sans le 
concours d'aucun seigneur local : elle est écrite en langue vulgaire. 

Elle érige Ballay en ville neuve, c'est^-dire en communauté 
aSVanchie, donne très minutieusement les limites du territoire, 
règle les redevances dues au seigneur, les banalités de four et de 
pressoir, la répression des principaux délits, octroie aux habitants 
la loi de Vervins (i) et dit qu'ils iront an droit à Chémery (a) ou 
à Lille en Flandre. 

Mais le malheur est qne, d'tme part, le premier comte de Rethel 
de la maison de Flandre n'a pris le pouvoir qu'en novembre 1390 ; 
qne la première loi de Vervins n'a été octroyée, par Raoul de 
Goucy (3), seignenr de Vervins, qu'en 1 163 ; et qu'enfin la première 
charte connue, écrite en langue vulgaire, celle de Morville-snr- 
Seille (4)> date de ia3i seulement. 

Cette charte de 1118 est donc quelque peu précoce, et nous ne 
pouvons la considérer que comme apocryphe : le protocole, du 
reste, en est anormal, ainsi que la délégation de deux notaires de 
Mézières pour l'authentiquer, et le style n'est en aucune façon le 
style de l'aube du xii* siècle. 

Cette charte, toutefois, est-elle complètement fausse ? nous ne 
le pensons pas. Si la date, le protocole et la formule terminale sont 
de pure fantaisie, il est néanmoins probable que le corps même 
de l'acte relatant les redevances et banalités et la répression de 
certains délits, constitue bien le texte d'une anciemie charte de 
Ballay transmise, soit par la tradition, soit par des copies plus ou 
moins altérées, que quelque notaire ignorant aura cru rendre plus 
respectables et plus autorisées en y inscrivant une date lointaine 
et en encadrant la charte d'un pompeux protocole. 

C'est sans donte ce qu'a pensé, llii aussi, M. le docteur Vincent 
qni a connu ce document et y fait allusion, en le donnant comme 
une charte du commencement du xiv* siècle (5), date en effet plus 
vraisemblable. 

(I) La loi de V^rrins et ta loi de BenumoDt, rplle^ci, beaaroop pins libérale qae la première, 
étaieal les deux chartes lifpes d'affranchi ssemenl adoptées dans la région du Nord de ia France. 
[i) Chi^merj, cummune du ranun de Raucourt. 
(3) Coiic;^ : faicé, de vair et de gueulea, de lix piéctt. (Picardie.) 
li) MorTile-sor-Seillc, commune op canlon de Punl-à-Mogsson (Msurlhe-el-Sloselle), 
<5] Vinceat. tu intcriplhtu eneiennet de l'arrondinement de Vo»iieri, p, 405, 
arljde Totre^- 



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Quoi qa'il en soit, laissons de cAté ce document incertain que 
nous n'avons pas cru cependant pouvoir passer sous silence et qui 
nous a semblé assez intéressant pour mériter d'être inséré aux 
pièces justiflcatives de noti-e notice. 

La première mention authentique que nous ayons relevée de 
Ballay, est une charte en langue vulgaire du i3 août 1349, de Jean, 
comte de Retbel (i). 

Par cette charte le comte déclare recevoir en son sauvement la 
ville de Ballay et la mettre à la loi de Vervins, moyennant un 
droit de un setier d'avoine et deux poules par feu, payables à la 
Saint-Rcmy d'Octobre, moyennant quoi il s'engage à la protéger 
conti-e les abus des seigneurs de Ballay, au cas où ceux-ci per- 
sisteraient dans leurs torts pendant plus de quarante jours. 

Cette charte était octroyée du consentement de Wamier de 
Balay, chevalier, seigneur de Ballay. 

Le plus ancien seigneur de Ballay qui nous soit connu est ce 
Wamier de Balay, chevalier, qualifié Monseigneur et qui paraissait 
relever féodalement du seul comte de Retbel, alors que nous 
verrons bientôt ses successeurs de la seconde branche ne plus tenir 
Ballay qu'en arrière-fief, 

M. le docteur Vincent (a) cite bien un Henry de Balay qui aurait 
lait don, en ii83, à l'abbaye de Foigny (3), de la terre de Cher- 
misy (4) et de la dlme d'Ëvercaigne (5), donation confirmée, la 
même année, par Guillaume aux blanches mains. Mais la référence 
qu'il donne est un simple catalogue d'autographes de i885 et elle 
nous semble insuQisante, les chartes de cette époque qui sont dans 
le commerce ayant les plus grandes chances d'être apocryphes. 
On ne voit guère du reste, quoique Landèves (6) n'existflt pas 
encore k l'époque, comment un seigneur de Ballay aurait été 
amené à aumftner une abbaye en Thiérache, si éloignée de sa 
seigneurie. 

Et ce qui permet davantage encore de révoquer en doute le don 
de Henry de Balay en ii83, c'est que la censé d'Ëvercaigne avait 



(3) FiHgnj, JiMiaye . ._ 

aofl de» plus GUDsidi'nbles de France : elle 'lail 
U ltiiui«ille. caniun île Vcrvins lAi^-ne]- 

(i) Chemiiij, coiniiiaae du canlon de Craonne (Aisne), 

(5J E*ercaigne, censé dé|iendiint de Chcrmisji. 

(6) Undèvus, abluye de clisnoines r^guliera de b eontri'galioD de frtnee, diU Génot^iins, 
nte au Miriloire actuel de Balla), lutrelbit foimant une piroiue et nae UMUiuataU diibsetet 



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été doDnée, yers ii4o, à la mAme abbaye de Foi|^y en toute 
propriété, par Guy d'Evercaigne, selon une charte dont le texte 
est parvenu jusqu'à nous (i). 

Quoi qu'il en soit, cette chaite de ia49, de Wamier de Balay, 
marque l'aurore de la vie municipale du village. Ces chartes, à la 
loi de Vervins. qui paraissent J» nos yeux ai dures et si iUibérales, 
constituaient, il ne iaut pas l'oublier, un progrès immense sur le 
passé : c'était le rachat du servage, moyennant le paiement de 
droits modiques, et en même temps la garantie du pouvoir comtal 
contre les exactions possibles des sires de Balay. 

Nous ne voyons plus trace de Wamier de Balay. Quant à la 
seigneurie, nous retrouvons, trois ans après, un acte la concernant. 
Jean, comte de Rethel, étant mortauconrsdel'an I35i, le douaire 
de sa veuve, la comtesse Marie, fut assigné sur la chàtellenie 
d'Omont(a), et Gaucher, comte de Rethel, frère et successeur de 
Jean, par une charte datée d'octobre ia5i, reconnut les droits de 
la comte.<tse sur diverses localités relevant de cette châtellenie et 
notamment sur Ballay (3) qui. depuis cette époque jusqu'à la 
Révolution, n'a cessé de relever de la prévôté d'Omont. 

Nous trouvons encore, quelques années plus tard, une charte 
du i4 septembre ia56 par laquelle, dit M, Léopold Delisle (4), 
Geoffroy de Guionne vend au comte de Rethel le sauvement des 
villages o de Rumi!ly-li-Grans, Rumilly-li- Petis, Allicourt, 
Sedans et Balais ». Le Trésor des Chartes de Monaco reproduit tn 
extenxo (5), en son texte latin, cette charte simplement analysée 
par M. Delisle et rétablit l'orthogi-aphe véritable, Geoffroy de 
ûivonne. Il est certain que la correction est incomplète et qu'on 
aurait dd rétablir Balan, au lien de Balais, car Remillv-Ie^rand 
et le Petit, Aillicourt, Givonne, Balan et Sedan (6) sont toutes des 
localités contignës, fort éloignées de la région de Ballay. 

Dans la seconde moitié du xtii" siècle, nous relevons cette fois 
de nombreux actes concernant les seigneurs dé Ballay. 

Le chevalier Wamier était décédé, laissant comme héritiers 

(Il M«1leville, DicUonnniTe hîttnrique itt l'Ahne, I, îtSR, pd dnntip ]e lfx\f. 

{!) Omonr. inclenne pri<TdI^ du Helh^lnîs, mjnurJ'bui chel-licu de l'anlon Je rjrrondisse- 
Dient di> Mi'iiircs. 

(3j fritordm eharit» dit Comt- d'. Rtthtl à Vanaco. Vol. ), p. im. cliarlF en laltn. 
Celle chide a élt ênit\jiiû par M. Delislr, dans sa floliee tut le carlulaire du comté de 
ItelhrI. a' 91. 

■ (i) Delisle, ofi.ril.,n- 137. 
. [h] Tome T, p. 173. 

(6) Reniilly-Aillicnnrt, CDmmnnR du tmiim de Riuconrt ; Bilan, commuas du canUw sud, M 
Giranne, eammioe da euhn nord de Sedan. 



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- 37 — 

denx frères, Perrard de Balay etWamier H de Balay, sans doute 
ses âls, et tous deux qualifiés seulement du titre d'écujer. 

Perrard de Balay était certaiaement l'atné, car, en plusieurs 
circonstances, Wamier II de Balay se qualifie frère de Perrard, 
honneur qu'il n'aurait pas fait à son cadet. 

Perrard avait succédé à son père Wamier I dans la seigneurie 
de Ballay, tandis que Wamier II devenait seigneur du village 
voisin de Chestros (i). 

Dès 1365, Perrard de Balay est cité dans' une charte de son frère 
Wamier sur laquelle nous reviendi-ons. 

Par une charte en langue latine du « sixième jour après la 
Sainte-Pâques 1379 », Perrard de Balay, écuyer (Perardus de 
Balais armigcr). donne pouvoir aux religieux de Landèves 
d'acquérir les terres entre le chemin de Landèves à Caunois et 
celui de Cliestres à HoDpillart (3), à la rétention néanmoins de 
droits de terrage sur lesdites terres. Par le même acte, il leur 
donne en outre une pièce de terre joignant leur maison, du cAté 
de la vieille Landèves (3). 

Dans une charte de février 1384. Perrard est mentionné encore 
comme vivant et frère de Wamier de Balay; c'est le dernier acte 
où paraisse son nom. Les documents concernant son firère, 
Wumier II, sont beaocoap plus nombreux. 

En janvier ia65, Wamier II, qualifié écuyer et frère de Perrard, 
vend à Jean de Nemur, curé de Chestrcs et chanoine de Saint- 
Denis de Reims (4), l«s han et justice sur quatre jours de terre 
sis près de Landèves, moyennant le priiL de « cent sols parisis et 
quatre septiers de froment (5). » 

Cette charte nous est particulièrement précieuse, car l'original 
de cette charte, reposant aux archives de Reims, layette Chestres, 
porte encore absolument intact sur lacs de soie rouge, verte et 
blanche, le sceau de Wamier de Balay. 

Ce sceau, en forme d'amande, en cire brune, présente un écu à 
une bande et un lion naissant. Au-dessus de l'écn, à la place du 
cimier, sont trois épis. Légende : S. WÂRNIER DE BALAIS. 

U est k remarquer que ces armes, de la première branche des 



(l) ChesIrM. cumiaune uu nniua ua itiuiiEik. 

h) CiuDuis el Huu|>illïi'J, censée de l'aocicn km de Laadèvgs, aujoui-d'hui d« la 
deBalb;. 

(3, Arch. Ard.,11, 118. f" 6. 

Il) Sainl-UeDis de Rpims éuîr, coaime Landèves, une abbaje de G'noTJIains. 

(&) Arth. da Heinu. Konds de l'ibbije de Siiul-Denii. CLettre», liuM 1. 



iïGooqIc 



aeignenrs de Ballay, diSèrent notablement des atmoiries de la 
seconde branche, qai porte un écu au lion rampant. 

En août lajS, Wamier, toujours qualifié écuyer, est condamné 
par trois arbitres, Wauchier de Quarnay (t). chevalier, seigneur 
de Sorcy {a), JeoBi-oy de Baine (3). et Frère Huon de Baine, et 
débouté de sa prétention d'exercer les ban et justice jusqu'à la 
porte de la ctu^ de Cbestres, relevant des abbé et couvent de 
Saint-Denis de Reims ; et des boi-nes sont plantées, aux dili^nces 
des arbitres, pour limiter les possessions de l'abbé et de 
"Wamier (4). 

En février 1284, Wamier, toujours qualifié écuyer et frère de 
Perrard, cède aux chanoines réguliers de Saint-Denis de Reims 
le ban et la justice sur quatre jours de terre, sis à Cbestres, près 
de la vigne du curé dudit lieu (5). 

EnBn, en mai lac^i, Wamier de Balay, écuyer, et damoiselle 
Ermeniars, sa femme, sont condamnés par sentence arbitrale de 
Jehan Prionl, chanoine de Saint-Denis de Reims, et Hue, doyen 
de Montmarin (6), à se désister de toute prétention aux ban et 
justice sur l'enclos en vigne sis an Chastelier et appartenant à 
Thoomas, curé de Cbestres. Et le 5^ jonr api-ès la Pentecôte de la 
même année, tous deux reconnaissent leurs lettres et sceaux 
devant l'envoyé exprès des oSicIaux de la Cour de Reims (7). 

Wamier de Balay et sa femme ne survécurent pas longtemps à 
ce dernier acte, car, en i3oa, la seigneurie de Cbestres était déjà 
rattachée à la mense curiale de ce lieu, relevant de la maison de 
Saint-Denis de Reims, par suite de la donation qu'en avait faite 
Jean de Cannois (8), écuyer, héritier de Wamier II de Balay, et 
certainement son gendre ; donation conArmée par le comte de 
Rethel et le Roi de France. 

En effet, une charte de mai i3o9, en langue latine, relate an 
accord entre le prieur de Landèves et le curé de Cbestres, 

IV, Quamaj: de... nu lion de... jChanipaime). Quam». aujnurd'hDi CnmaT. eomnane du 
cantOD de Gi^nilpr?. Waurhier de Oiiarnaï. seigneui' de Sopty el de Baulhi'njonl, M\ùl trtn 
cadel de Jean, ïire de Curnny el dis de Milun. aussi ^iie de Cornaj, cl d>> Marituerile, sa 
feaime. Les armes sout doauèes d'apris le sceau de Gnjot de Uu.imaf, cbevalier, sire de 
Conuy eo litTl. 

(2) Soi'Cj-B.-iuth^inont, cammnne da canton de Novbn-Porcien. 

ht] Bajne : (le,,.,à Iran manehri mal lailléei de... Cimier : un chapeau de (oumoi 
garni «n Aaul de deux boulet. (rJunipagne). D'après le fceaa de Jean de Bajne, chevalier, 
■ire de Villen-le-Toiirneur. en 1371. 

(■i-5-1) Arch. de Reims, même 

(6] MmitinariD, lin^e disrum 
ïcluelle de Girr;, caaloD de Heitu 

(8] ùiuaoia ; c 



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maintenant ce dernier dans le bénéfice des transaction» interrenues 
entre lui et Waraier et contient le passage suivant : 

<r Qace qnidem petiœ terramm arabilinm pratoruia et vinearum 
sitce sont in territorio de Gastris in bauno et jnatitia AVamerii 
qnondam de Balais armigeri nt dicitur qui bannus et justitia ad 
dictes priorem et fratres de Landaviis nt aasei-unt noacitur 
pertinere ex donatione sibi facta ut dicunt dicti fratres a Joanne 
deCaunoyarmigerotierede dicti Wameriî et ab illustrissimo rege 
Francorum ac nobili vero comité registense ut dicitur confir- 
mala » (i). . 

On voit par tous ces actes, qn'an cours du xiii* siècle, les 
seigneurs de Ballay, Wamier, chevalier, et Perrard, écuyer, 
relevaient directement du comte de Rethel à cause de son cbfttel 
d'Omont. 

Au siècle suivant, nous verrons au contraire Ballay transformé 
en arrière-fief du comté de Rethel relevant féodalement du chàtel 
de Vandy (a), et en même temps possédé par des seigneurs portant 
de toutes autres armes que leurs prédécesseurs. 

Gomment s'est produite cette transformation ? il est difficile de 
taire à ce sujet antre chose qu'une hypothèse. Nous pensons que 
la première maison de Balay a dû tomber en quenouille et s'éteindre 
dans la maison de Vandy, par le mariage sans doute d'une fille de 
Perrard de Balay, seigneur de Ballay, avec on héritier de 
Beaudoin de Vandy, sire de Vandy h la même époque. 

Les sires de Balay de la seconde branche, dn xiv* siècle et des 
siècles suivants, semblent avoir les mêmes armes que les sires de 
Vandy : les premiers, en effet, portaient : de sable, au lion rampant 
^OT, tangué et ongle de gueules. Les seconds portaient :(fe..., au lion 
rampant de... ainsi qu'on peut s'en convaincre par l'examen de 
leurs sceaux appendus aux chartes du chartrier de Monaco. 

Cette similitude d'armoiries et la mouvance, à dater duxiv* siècle, 
de Ballay, en arrière-fief de Vandy, semblent permettre de penser 
que ta seigneurie de Ballay est échue, à la mort de Perrard de 
Balay, à la famille de Vandy, qui la sons-inféoda dans la suite, en 
la donnant en apanage à ses cadets, lesquels en poi-tërent le nom, 
suivant t'nsage du temps, tout en conservant les armes des Vandy. 

Quoi qu'il en soit, il nous faut passer à l'année i3aa pour trouver 
trace d'un seigneur de Ballay, car noua ne parlerons pas de la 



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— 40 - 

généalogie fantaisiste donnée par La Ghesnaye des Bois (i), qui 
place en 1295 an acte de partage que nous retrauverons plus loin 
en 14S7, et qui donne, pour deux siècles, trois générations seule- 
ment : du reste, d'Hozier en a fait bonne jnsticc. 

Passons aussi snr Thibault, Aymé et Etienne de Balay, dont les 
tombes existaient encore en i^aa, dans l'église de Ballay. s'il faut 
en croire un certificat délivré à cette époque, par les seigneurs du 
lieu, BU marquis de Balay (a), certi&cat où le souci de la vérité 
historique semble tenir moins de place que le désir d'éti-e utile à 
un important personnage. 

Le 6 novembre iSaa. un aveu au comte de Rethel. donné par 
Beaudoin de Vandy, écuyer, énumère les divers droits de Beau- 
doin à Vandy, et ajoute : « item le hommage Oudinet de Balais 
de ce qu'il tient à Balais après le décès de sa marrastre » (3). 

Cette charte fixe pour la première fois la mouvance de Ballay 
en arrière-fief de Vandy, telle qu'elle subsistei-a jusqu'à la Révo- 
lution. 

Le seigneur suzerain et son vassal ne survécurent guère à cet 
acte; car, trois ans après, intervient un nouvel aveu (4I, en date, 
cette fois, du i4 septembre i3a5, de Colinetde Vandy, héritier de 
Beaudoin, reprenant les mêmes biens. Oudinet de Balay a disparu 
et il n'y est plus question que de sa veuve : « item ce que Madame 
de Balais tient en toute chose à Balay et au Maîsnil de lès 
Noirva » (5), — celle-ci agissant évidemment comme garde noble 
de ses enfants. 

Parmi ceux-ci se trouvait, sans aucun doute, Bertrand de Balay, 
qui était déjà majeur en i335 et marié à damoiselle Agnès. 

En effet, en avril i335. une charte de l'abbaye de Landèves (6) 
constate que Bertrand, écuyer, sire de Ballay, et damoiselle Agnès 
ont vendu aux prieur et couvent de Landèves deux arpents de terre 
joignant la chaussée de l'étang du Moulinet, sur le ruisseau de 
Chàlons, au terroir de Ballay ; à cette charte en est attachée une 
autre contenant la ratification de cette vente par Henry de Vandy, 
seigneur suzerain. 

(1) LaCbeMajedesBois, Diet. de in niitlMfr'.II.p. îît eitiiiv. L'abW Boullioiracopië. 

{8} d'Hoiier. RegiUret de la noblen'f de France, rpg. Il, p, 11 el suiv.' 

{3) Uelisle, on. cit. ibi. Colle cha'ie.'^ui est siaiplement analysée pur H. Delisle, m se 
tronie pas lu trésor ilei chartes de Miin;ico. 

(t; Deiitle, op. rii. S91, iiif me observation que ci-de^tus. 

is; Hei^nil, le grand elle pelil, villaitM d'Uruils si» au 'territoire de li conimune de Noiiial, 
otiloa d< Vooiier», at dont m seigneurie étiil onie i celte de Baliaj. 

(6) Anh. Anlenius, H. 118. 



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- 41 — 

Une antre charte, du 6 décembre i336. contenant aven de Henry 
de Vandy au comte de Flandre, mentionne comme arnèrc-fief « ce 
que Auberrant de Balay tient à Ballay » {i). Nous pensons qu'il 
s'agit ici d'une mauvaise lecture du nom de Bertrand de Balay. 

Quoi qu'il en soit, nous ne retrouvons |>lus d'autre trace de 
Bertrand de Balay et de sa femme Agnès, mais nous relevons, 
quarante ans plus tard, mention de trois personnages, qui semblent 
bien être leurs enfants : damoJselles Isabelle de Balay et Hermine 
.de Balay. décédées toutes deux avant 1896 (3), et Henry <le Balay, 
écayer, sire de Ballay, encore vivant à cette époque. Et cette fin 
da XIV* siècle nous apporte de copieux documents qui nous font 
pénétrer dans la vie privée la plus intime de la fiimille qui nous 
occupe et nous donnent de curieux éclaircissements sur les mœurs 
du temps. Nous arrivons ici, en effet, à un véritable di'ame de 
famille qui semble avoir causé dans la contrée une vive émotion 
et qui dut nécessiter l'intervention du pouvoir royal (3). 

En l386. vivait à BiiUay Henry de Bulay. écnyer, seigneur du 
lieu, veuf et déjà flgé, car it avait un fîls Jehan, aussi écnyer et 
seigneur de Ballay, alors marié et résidant avec lui à la maison 
forte de BaJlay, et une Dtle mariée k Gillet de Meraucourt (4), 
écuyer, seigneur de Terron-sur-Aisne (5) et de Quilly (6), Jehan 
de Ballay, écuyer, le (ils, avait, avant son mariage, obtenu les 
faveurs d'une jeune femme, de conduite assez légère, qu'il avait 
eue un certain temps pour amie, Jehannette de Saulmoi^ (■)). 

II l'avait délaissée pour se marier ; mais celle-ci se vengea en 
se consolant avec le père même de son ancien amant, Henry de 
Balay, écuyer, seigneur de Ballay. Le vieillard s'en énamoura 
violemment, s'allichant publiquement avec elle et dilapidant tout 
sou bien pour sa jeune maîtresse. 

Tout naturellement les choses se gâtèrent entre le père et le fils, 
le premier étant affolé par ses amours sénites, et le Qls ne 
pardonnant ni les dépenses excessives de l'ancêtre, ni peut-être 
raccaparemcDt, par celui-ci, de son amie d'antan, « quoiqu'elle 

(1} Trétor dM eharttt du eomU dt Rtlhrl. à Mnnaeo, 11, p. 34. 
(!) Elles EOnI niiinm'es seulement dins raven de Jeanne de Voutiers, do Suçai i:i96. loe 
nous mal yscrvns |ilua loin, comme sjunl |id$si^(!, * Uallay, divei's biens d('nutQbi^i> daai^cei, ireu. 
(3) TrUor dei chartei du cûmlé dt HHh'l, II. |i. Il.ïl). 

canlon unnl iic Sedan. 

(5) Tcrion-tur-Aisne, cunimune du canlon de Vuuiicrs. 

(6' Uuill). cuuiuiune du canlon de klactiaLtl. 

(1) Siulfflory, canuiuna du uolou da Duo-sur-UauM (Ueue). 



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chût du haat mal », afGnne-t-il. Elle était même, selon ses dires, 
atteinte d'une « horrible maladie », qu'il ne nomme pas, mais qui 
semble bien £tre celle qu'à cette époque on appelait, en Italie, le 
mal français et, en France, le mal vénitien. 

Quoi qu'il en soit, la dissension entre le père et le fils s'accasa 
de la façon la plus violente, Henry de Balay créant à son fils et à 
sa jeune bru, damoiselle Marguerite (i), qui avaient voulu « le 
retraire de péchié », tous les ennuis et vexations possibles. 

Il alla même jusqu'à faire un transport de mille francs barrois,. 
somme importante pour l'époque, à son gendre, Gillet de Meran- 
court, écuyer, beau-frère de Jehan, déshéritant ainsi indirectement 
ce dernier de sa part dans cette somme. 

C'en était trop cette foi». Jehan de Balay, de concert avec sa 
femme Marguerite, décida qu'il était nécessaire de recourir à des 
moyens énet^ques. 

It prit te parti singulier, le vitriol n'étant pas encore de mode 
au xiv siècle, de faire couper le nez à Jehannette de Saulmory, 
afin de la défigurer et d'éloigner d'elle son vieil amant, obéissant 
ainsi peut-être autant à une vengeance d'amoureux qu'à la colère 
d'un fils déshérité. 

En conséquence, un beau jour de la fin du mois de novembre 
l386, Jehan de Balay monta son coursier, partit pour la montagne 
de Reims et se rendit à Coulommes (a), trouver un estafier de sa 
connaissance, du nom de Jaquinot. Il lui exposa le cas pressant 
qui l'amenait, dans un savoureux discours que nous reproduisons 
d'après le texte même de la supplique adressée plus tard au Roy 
par Jehan de Balay : 

« Je suis trop courouciés », lui dit-il, «c et aussi est ma femme 
« de ce que nous povons durer à Henry, mon père, pour une 
« garsse appelée Jehanete, la plus diffamée et la plus mauvaise 
(( fibaude que l'en sache, car elle est toute commune ; et avant 
« que je fuse mariés, je eus sa compaingnie par plusieurs fois et 
a par long temps, et pour ce que j'en estoie blasmés de mes amis 
« et qu'elle estoit malade d'orrible maladie et chéant de hault 
« mal, si comme on disoit, je la laissay et depuis la mauvaise 
« garce s'est abandonnée à mon père lequel la maintient tout 
« publiquement et en est tout assoté et tant qu'il en a despendu 



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(t et gasté excessivement du sien. Et ponr ce qne moy et ma femme 
« lai en avons parlé plusieui-s fois, en cuidant le retraire de 
« péchié. de dommai^ et de villenie, il nous en a sceu très 
« mauvais gvé et nous het tant que tout le dommaige et la ville&ie 
« qu'il puet, il nous ponrcasse et enti-e les autres choses, a fait un 
« transport de la somme de mille frans à Giilet de Meraucourt, 
« escnier, lequel a esponsé ma suer et je suis certain que tout le 
« mal que mondit père nous fait c'est à l'instîgacion et poui-chas 
« de cette mauvaise garce ; et par Dieu, Jaquinot, je vouldrois 
« que vous peussiés venir au pais, k tous deux ou trois compai- 
« gnons avec vous et que vous venisstés k Balay ou demeure 
« ladicte Jehannete et se vous la pourés trouver, qne vous la 
« batissiés très bien et que on lui copast le nés qui porroit, affin 
« qu'elle fust en tel point que mon père n'y preist jamais plaisir, 
« car en vérité ma femme et moi en avons telle doleur au cuer de 
« la mauvaise vie qu'il mainnent, que nous n'avons jour de bien 
« ne de pais. » Jaquinot lui répondit : (( Or, vous taisiés, je iray 
« an pais et en feray Uint qu'il y parra. » (i) 

Dix jours après, en eQet, c'est-à-dire l'un des premiers jours de 
décembre i386, le stipendié de Jeban de Balay, Jaquinot, amva 
k Ballay, bravement accosté, pour cette expédition contre une 
faible femme, de trois compagnons bien armés. Et là, en plein 
jour, ayant rencontré dans la rue Jebannette de Saulmory, ils la 
rouèrent de coups, ainsi qu'il était convenu, la renversèrent sur 
le sol et la o navrèrent » à la main et au visage. Puis les quatre 
estaûers déguerpirent au plus vite, non sans que damoiselle 
Mai^erite, femiue de Jehan de Balay, ravie de letu- besogne, leur 
eût fait passer en reconnaissance o un franc ponr boire u. 

Mais ils avaient laissé leur œuvre incomplète, car Jebannette 
n'avait reçu au visage que des blessures sans gravité, dont elle 
guérit rapidement, sans être le moindrement défigurée. Toutefois 
Jehannctte était enceinte des œuvres du vieux seigneur ; ses 
blessures et l'émotion qu'elle avait ressentie de cette scène tragique 
de violences amenèrent un accident, et elle accoucha d'un enfant 
mort. 

Puissamment appnyée par son ami et protecteur, le vieux 
seigneur de Ballay, Jebannette de Saulmory porta plainte contre 
Jaquinot et ses complices, et ime information fut ouverte par la 

(1) TrUor 4t* diarU* d» oomli dâ ReUiel à Monaco, 0, f. SSI. 



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- 44 - 

haute justice de Vandy ; puis, le baitli da Vermandois, à Laon, fut 
saisi, s'agissant de cas c-riminel à la charge d'un nohle, car la 
complicité de Jehan de Balay était apparue rapidement. 

Ce dei-nicr, voyant les choses se gftter, s'était d'ailleurs enfui 
avec damoiselle Marguerite, sa femme. Mait» la justice avait mis 
sous la main du Roi et des seigneurs justiciers son château de 
Ballay el tous les biens, meubles et immeubles, du contumax. 

Il en fut ainsi pendant quelques mois ; puis Jean de Balay, 
réduit à la misère par la saisie de ses biens, vint à composition 
et sollicita de l'indulgence i-oyale sa grftce et celle de sa femme. 

Au mois de mars 1887, il adressait au roi de France, Cliarles VI, 
une humble supplique et S. M., par lettre du mâmc mois, consi- 
déi-ant d'une pai-t <( les bons et agi'éables services m du suppliant, 
dans ses guerres, où il a « grandement frayé et despendu du 
sien»; considérant d'ailleurs que damoiselle Marguerite, sa 
femme, était grosse et « prête k gésir sous quinzaine » ; considérant 
enfin que le suppliant et sa femme étaient « gens de -bonne vie, 
renomméi? et eonvei-sation honneste, sans oncques mais avoir été 
reprins d'aucun vilain cas », accoi'dait à Jehan de Balay et à 
damoiselle Marguerite, sa fL'mme, des lettres royaux de rémission 
pleine ctentièi-e(i), imposant silence à son procureur au bailliage 
de Vermandois et à tous ses ofRciers de justice, sur les faits 
accomplis. 

Le a5 avril de l'année suivante i388 seulement, Jehan de Balay, 
poiieur desdits lettres royaux scellés du grand seel du Roy avec 
lacs de soie et cire verte, se présentait devant le bailli du Verman- 
dois, Mcssire Hi;nry Le Masier (a), chevalier, seigneur de 
Bcaussart (3>, mnltre d'hdtel du Roi, et requérait l'entérinement 
desdits lettres royiiux au bailliage et leur exécution. 

Le plus clair résultat de cette démarche de Jean de Balay fut 
son nri-estation immédiate, conformément à la règle usitée en 
pareil cas et qui a survécu jusqu'à nos jours, et son incarcération 
aux prisons de I^on, le suppliant devant se mettre en état. 

Il ne perdit pas de temps, du reste, car, le même jour, a5 avril, 
à la requête dudit Jehan de Balay, écuyer, détenu es prisons de 

tl) Arpli. nat. Registres du Tri'sor des Charles, J. J. 133, pifee 180. 

lii l.i- M.tsiiT : ' ciirl lé : aax I '•I t, buiete il'.,.., à iii bniiilf d'... brochant lur le 

loiil ; aux Sel S. 'l'' ' troue:', rronii ilr-... Cliiiii'i : U < liriiijon entre un roi. S<i|i|>uiU : 

di^uj: lenimr.h ironiiiii axMii. l'ieïrdiv.} Oi'jà ta Vi'.â ILnry Lu Mjsler l'Uit iiiucurcur 
^}ar\i\ du Fi^nr'clul dii Puiilhivu. il ïvuit ïui'i.vili: à ieaa sire 'I mciRy, couiujc bjilli du Veiaiin- 
duis. eu t3<iû. 

(3j BeiBMui, huDeau de h comDiUK de Mailly, cuUoa d'Asbeui (Somme). 



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_- 45 — 

Laon, Jehan Godelz. sergent du Roy en la prévôté de Laon, 
ajournait par devant le bailli du Vcrmandois ou son lieutenant en 
la Cour du Roy à Laon, pour le vendredi 8 mai suivant, le pro- 
cureur du Roy au bailliage de Laon, discrète personne Jehan 
Revelart (i); !e lendemain a6, le duc de Bourgogne, comte de 
Rethel (a), en son châtel d'Omont, en la personne de Josse de 
Hallevin (3), gouverneur du Rethélois, et de Gilles aux Clenques(4), 
lieutenant du bailli du Rethélois ; enfin, le surlendemain a^ août, 
en son chfttel de Vandy. nob'e dame Madame Jeanne de Lonnis (5), 
dame de Vandy et Hnrcy (6), à canse de ladite terre de Vandy, 
et, de plus. Jehannctte de Snulmory. « en son ho.stel et domicilie 
et à sa personne », à Ballay: toutes lesdîtes personnes pour 
a3si.ster à l'entérinement des lettres de rémission accordées à son 
requérant. 

Juridiquement, en efTet, la présence de toutes ces personnes 
était, d'après le droit féodal, nécessaire h cet entérinement, car 
Ballay relevait en arrièi-e-fief du chfttel de Vandy, lequel était un 
iîef mouvant du comté de Rethel, h cause du chfltel d'Omont. le 
comté de Rethel relevant lui-même de la couronne ; enfin il devait 
être satisfait aux droits de la partie civile, Jehannettc de Saulmory. 

Mais si, une fois détenu. Jehan de Bnlay avait été vite en 
besogne, il était parti trop tard, car il avait laissé passer an et 
jour sans faire entériner ses lettres de rémission; elles dataient eu 
effet du mois de mars 1387 et c'était le a5 avril i388 seulement 
qii'il les avait présentées k fins d'entérinement. 

Elles étaient donc frappées de snrannation et on le lui fit bien 
voir, car, le vendredi 8 mai. il fut simplement maintenu et réin- 
tégré es prisons de Laon, où il se trouvait encore au mois de juin 
de la même année. 

Mais Jehan de Balay avait, lui aussi, de puissants appuis, 
notamment son cousin, Henry de Vouziers (7), chevalier, seigneur 

M) J'hsn HfTi-bn ii|iil rt/jè proriiri-nr cin Kni 1p2* mais 1%S V. Arch Ai'nc A. A. 1, 
[!1 Pliilt|iiie Je Fiance, duc de Bimri!iïne, 'lail comle (If ItMliel fmr ss frnin». M»rgiiprile 
de Ftindii», 

!31 Hallevia : d'araent.à troit tiom dtmhU.armèt.lampmiiéii et couronnitiTor. 

{i\ r.ilti^ mu rjcnijuM, frnyrr, n^tnmr Ar Rnnwlh'mnrl. r^hlnnl it Omnnt. mniiml le 
S3 ffïr'er 1391 : «a fraiMip Afiit ri Itii Bvnient fuir rl.m. i r-liha^f dn MoDi-Uieii, de »i;iies 
^«H à TpriDn. rpiilt^ avait M* Inhelliim jiir^ i Oninni en W,*. 

(Bl Liinny : parli : nu /. rf»..., (rellf rf-... : au J, paie de... et de. . (Champipie', 
D'ii'r^t >e $mn ifAicn^!' rff I.nnrT. itiinn dn TaissT. 

(Hl Ham. conitniine du i-unlnn dn Urnwpr. 

\V Vniiïierï : gijronni. d'nr et rCovir. de dnuf p'èe'»: tur le (ouf. rCnrient, 
parti de rwlri: hrieé d'une bnnd' dr. , (l'hnmiiBïne.) Aimes de la fini Jllo des Armoises, 
doDl deseendiieni les Vouiers, avec b btùve de odeli. 



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- « - 

de Sorcy et de Vonziera, un des commensaux du comte de Rethel, 
qjii allait, bientât aprùs, le nommer gouverneur et bailli du Rethé- 
loîs, en remplacement de Josse de Hallevin. 

Heni-y intervint énergiquement auprès de Philippe de France, 
duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Ai-tois et de Bourgogne, 
palatin et comte de Retbel, qui, par lettres données à Anneau (i), 
le 5 juin i338, imposa silence à ses gouverneur, bailli et procureur 
de son comté de Rethélois et ordonna que les lettres royaux 
seraient entérinés sans autre délai et que ses officiers se déporte* 
raient de leur opposition. 

Jehan de Balay fut ensuite mis en liberté, après plus de 40 jours 
de détention et put aller, dans sa terre, méditer avec damoiselle 
Mai^erite, sa femme, sur l'inconvénient qu'il y avait, quoique 
noble et écuyer, à vouloir faire couper le nez à une ribaude, fût- 
elle « en voye d'amours avec son père », 

Cinq siècles se sont écoulés depuis lors et cependant rien n'a 
changé. Les barbons continuent ù s'amouracher des ribaudes, les 
héritier à pester contre les amours séniles, les jaloux à défigurer 
les volages et les puissants du jour à obtenir des lettres de 
rémission qui n'ont même plus besoin d'entérinement. 

Quoi qu'il en soit, Henry de Balay et son fils Jehan continuèrent 
à habiter en commun la maison forte de Ballay, qu'ils possédaient 
chacun par moitié. 

Tous deux vivaient encore en 1396, comme nous l'apprend, le 
8 août de cette année, un aveu et dénombrement (a) donné à 
Philippe de France, comte de Rethel, à cause de son chfttel 
d'OmoDt, par noble dame Madame Jehanne de Vouziers, dame de 
Cernon (3) et de Vandy, veuve de feu monseigneur Jehan de 
Saulx (4), jadis chevalier, seigneur desdits lieux, tant en son nom 
qu'au nom de ses enfants nés d'elle et du défunt et mineurs d'ans, 
Roger et Péronne de Saulx, et en outre par Richard de 'Saulx (5), 
écuyer, son fils majeur, et Etienne de Saînt-Phalle (6), chevalier, 
seigneur de Gigny (7), à cause de Lorence de Saulx, sa femme. 

(IJ Anneau, <:heMieD de canton àe l'arrondigseineDt do Cbirtres (Eur»-«l-Loir). 

(S) Arcliives de Hunacu. C. 5t. Vandjr. 

(3} C rDoo, commune du cidIini d'Ecurj-gur-CiKrie (Marne). 

It) â«uli :dr..., fretledr... Cimier: mit' rtneonlre ite terfi. &appoHi: deux grilToiu. 

S'.hamp»gnf-) Artnis (■'«iii'ës son sthu. Jclian de &iut> i^pau» Jcliinne de Vuuiicrs, lllle de 
aui lier cl de Lucie de Uïine ; il Fui bailli de Viii'> cl Sainlt^Mcneliiiuld, s igneur de Crrnon, 
Bin^inillu. Iiu£s<['leï-Si<chault et, |>bi' marùiitP, du Vuuiiei'^, Viind;, V<>ni^ et lJUcilre-<Jiiini|>s. 
(5; KIcliaid de Sauli #|iuusa, en liUi. 1 l'j'ujes, sa cousine Mdiijuci'lle de Vuuiiej'ï, veuve 
de Jeliiin de SeiiliiDy : il mit teigoeui' de Vuncq. 

16, &iiiil-fl>i)le : de..., à la cioix ancrée ilr... iCti.imi'acne.) D'après le scnu d'Elienna. 
(1) Gignr^uu-Boii, (XHUinaM da canU» de SaiolpKeiuj'eii-llouzemiKii (^Mame). 



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- 47 — 

Nous constatons k cet aven que Henry de Balay, écoyer, seigneur 
de Ballay, tenait de Vandy la moitié de ia forte maison de Ballay, 
de la basse-cour et dépendances, avec la totalité de la justice du 
lieu et la taille des boui^eois, le moulin, le vivier avec sirarpents 
d'eaux, le four, le pressoir, cinq jours de vignes, cinqjoui'set 
demi de terres de culture, vingt vei^s de pAtures, onze fauchées 
et un qnartel de prés. H tenait en outre en arrière-fiefs de Vandy, 
les fiefs tenus par Madame de Neufville (i), Jehan du Mesnil (a) et 
Jehan de Cuille (3i, écuyers, et par son gendre, Giltet de Meraucourt. 

Le même aveu nous apprend que Jehan de Balay relevait de 
Vandy l'autre moitié de la maison foite, hasse-cour et dépendances 
de Ballay, mais sans justice sur les bourgeois et sans terre, ni 
arrière-fief. 

Cette charte, très intéressante, indique combien considérables 
étaient la seigneurie de Vandy et la fortune de la dame de Saulx ; 
en revanche, la situation des seigneurs de Ballay y apparaît assez 
médiocre et celle de Jehan de Balay, en particulier, rédait à la 
moitié de la maison forte, semble des moins brillantes. 

Ballay avait alors, dit la chai-te, environ a5 feux ; si l'on compte 
quatre personnes par feu, évaluation modérée pour cette époque 
de familles nombreuses, on arrive à une population d'une centaine 
d'habitants, soit le quart de la population actuelle environ. 

Nous ne savons quand monrut Henry de Balay et nous ne 
trouvons plus traces ni de lui, ni de son fils Jehan ; mais quelques 
années plus tard, nous voyons apparaître un bfttard de Balay, qui 
pom-rait bien être le fruit des amours de Henry de Balay et de 
Jehannette de Saulmory. « Ci-après s'inscrivent », dît un procèa- 
verbal de monstre (4), « les gens d'armes du pais de Rethélois 
amenés par le sieur de Rond (5), leur capitaine, venus, au 
mandement de Monseigneur de Bourgongne, k Dunkerque en 
juin i4o5 et payés par l'ordonnance dudit sieur, savoir, à chacun 
escuyer, demi-franc par jour, en la manière qui s'ensuit : Escuyers... 
le B&tard de Balay,... » et après lui, son seigneur suzerain « Jehan 
de Vandy ». 

(1) NeahiDe : dt..., plein, au ehff 4t..., chargé de 3 anneUU dr..,. Gwiet ■ deux 
coDMf de btuforniei lU plumtt. àupporls ; deux Uvrim kmii. iCliamptine.) Aimes 
d'aprte ton im:uu. Neuvjle-i Miire, comuiuafl du union de Kaiicourt. Ils'iyil :ci d'V&ahuu 
de Voaaeni, ituva de Guï de NeulVille, cbevilinr, seigneu' de NeuviUe-à-Miire. 



{<-S) Uesnil et Cuille, ramilles ic 

(4) éibl. nal. F. VilIcTieille. Honslres hourguignonnes. M. tr. nonv. (cq. 1036. 

(5) duncq : irmes iwvinnues. MuiiEli'elel nous ap[irend que le eire de Roncq Tul tu'' i li 
■■bUI«4'AiiBc«urt,l«tSMMbr« U16. RMcq.eoiMiiiuie dBoiloiiiMM^ d•T«araliac(N•rd)- 



lïGoOgle 



C'est vers cette époque que les sirea de Balay, à la suite de leurs 
relations avec les comtes de Retliel de la muUon de Boulogne, 
commencent à se partager enti-e le Rethëlois et la Bourgogne. 

Le 8 aoAt i44o. Simon de Balay. éciiyer, comparait comme 
témoin à un accord fait entre Gérard du Châtelet (i), chevalier, 
seigneur de Deuilly (a) et de Cirej (3) et Claude de Dinteville (4), 
aussi chevalier, seigneur de Cliasnel (5) et de Dommarien (6), sous 
le scel du tabellionna^ de Jussey (7), et contenant règlement de 
la succession de Hue du Châtelet, chevalier, seigneur de Dulli- 
gnéville (8) et de 1« Vacherie (9), et attribuant au second les terres 
de la Vacherie en Champagne, et au premier la seigneurie de 
Bullignéville, en Lorraine (10). 

Dix-sept années plus tard, la famille de Balay était représentée 
par trois frèi-cs ; Jehan, Jacques et Vincent, tous enfants du 
seigncnr de Balay. sans doute Simon, et de dame Agnès, sa femme. 

Le mardi avant la Nativité de la Vierge i45;, intervient, en 
effet, en Bourgogne, un partage (11) par lequel il est attribué à 
Jehan de Baliiy. l'aîné, les biens patrimoniaux de Ballay, et k 
Jacques de Balay. le cadet, les biens et seigneurie de son père, 
sis à S'-Martin-sur-Guye (la), au pays de Charolais, à charge par 
ce dernier de payer toutes les dettes de la succession, sauf ce qui 
était dû au troisième tri-re, Vincent de Balay. Les co-partagcants 
s'engageaient en outre à servir à leur mère, M"" Agnès de Balay, 
nne pension, sa vie durant. 

Cet acte allait orienter dans une nouvelle voie la famille de 
Balay, qui, bientôt après, allait disparaître du Rcthélois pour 
s'habituer en Bourgogne et en Franche-Comté, où elle devait 
fleurir pendant plus de trois siècles. 

^^) Du r.hSfeH : d'or à une bartitf de gwv'f, charirr de 3 fifun de ly» (Tanient. 
(Lorraine.' Fiiimllc d'uncieDnc ulicv^ileiie ; l'iine des quali-e cunniic:t suus Je nom de Gnnds 
Oit)vaii\ de Liimiiiie. 

{ij Dcuill;, ancien clilpau di'tiuil, du leirilulie de Sri/court. ronimunc du union de 
LaDHitlie iViu^oi. 

t'i] l'irri, cliiï-liru île canlun de l'artondit^i'iiirnt de Liin^ville iMcurlIic-cl-Mosi'Ite). 

(i) Dinlrrille : lie tab}e, a deux liom liujiaidri d'or, t'vn mr l'aulre, iLorraine,) 
Famille d'ancienne rlioïalci le. 

{hl OItanej, l'carl de li mmniunp de Brur«ill>. cminn do Duiilevant (Raule-Manie). 

(^ [hiniiniiiien, l'iMiiinunr du ranlun àc l'iaiilliois (Haulc-Vame). 

(T ji<i»cy, l'hel-licii de ciiiliin de l'ii raridiHteiiK'ut rie Lui-e (ll*>ile^adne1. 

,8) hulviii Tilli-, rlier-»ru ilr ranlun de rininidi-M'nicnl de Nruir ileau {Vn^s). 

(9 U Varhwie. hiinioiiu de la i-iiumiunn de Uhfj, ranion île l.nsi|;ny iAul>p/. 

(10. Dniii l'jilHifl. Ihttoirr rir lu laaUon du Oiàltlri, nreuips, ji M el K,. 

[Il) dlUiiipr, HegMr't de a unhlfstf de Fraurr. Urg. 11. p, 7i Ces) relaeiede 
WÙ'i nne U Cliusnaïe des Bi'is place ine>aclfmen1 en liaT, ciquiscrldo buse i sa gi^n^alogie 
fanlaisi!.|n. 

(li; Aujourd'liui Sainl-UarLn d'Auxy, uunmuno dn caolon de fiuxj (SaOne-el-Loire). 



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- 49 - 

Jehan de Balay, écajer, Beigaevr de Ballay, monrat en eflet peu 
après l'acte de parta^ de i457' 11 n'existait pins en i464 Gt< ^ <^^ 
date. Ballay était déjà passé sons la domination d'une famille 
nouvelle qui devait en conserver la seigneurie jusqu'à la chute da 
régime féodal, la famille de Dalle (i). 

De son mariage avec une damoiselle dont le nom ne nous est 
point parvenu, Jehan de Balay eut au moins deux enfants, nn fila 
Girard, qui fut écuyer tranchant de Charles le Téméraire et 
seigneur de Valescot (a), et alla retrouver en Bourgogne le reste 
de la famille, et une fille, Guillemette, à qui fut attribuée la 
seigneurie de Ballay. 

Guillemette avait épousé, vefs i44ot Englebert Dalle, écuyer, 
alors capitaine de souldoyeui-s à la suite du damoiseau de 
Commercy (3), et qui venait de s'illustrer, en i439, par l'heureuse 
défense de la forteresse de Chauvency (4) qu'il commandait pour 
le damoiseau (5). 

Le i5 mai i4^t Englebert Dalle, écuyer, seigneur de Ballay 
pour le tout, obtenait du bailliage du Vermandois l'autorisatioD 
de relever les fourches patibulaires de la haute justice de Ballay, 
tombées de vétusté (6). 

En 1470, Englebert Dalle était vieux et infirme et se fit remplacer 
au service du ban et d'arrière-bau par son fils Henry Dalle, qui 
lui succéda bientAt après dans la seigneurie de Ballay. 

Ce dernier épousa damoiselle Isabeau des Champs (7). Il était 
seigneur de Ballay et de six antres seigneuries rethéloises ou 
barroises. 

Henry Dalle mourut vers l'an i5oo, laissant quatre enfants, 
dont l'iin, Jehan, épousa sa cousine. Guillemette de Balay. 

Celle-ci est la dernière de sa maison à Ballay ; les Balay 
restèrent définitivement fixés en Bourgogne et en Franche- Comté ; 
ils y firent souche nombreuse et prospère, acquirent le titre de 
marquis et se continuèrent jusqu'au xix° siècle. L'un d'eux y fit 

(1) Dalle : Bandé d'or et de gueula, de S pièeei ; coupé de gueule*, à S membre» 
4'tigle d'or. (rJunipifne.) 

(ï) Vtlewot, biDwaa de li cominnDe de Siint-HirtiD-la^troDille, cauton de II Gnidw 
(SaAre-et-Laira). 

(31 Robert de SirrebrDek, dimoiseiu de Commère;, comte de Raue; et de Braine. 

{i) CbiDwarj-Je-ChlIaiu, ronioiuns do cntoa de MantniM) (Ueuse). 

(5) V. notre ourra^e : La Famille de DttU. Pirii, Alph. Picard, 19(17, poor lonl ee 
qni toDrerne erlLc Giinille. 

<6) Cinmanin. Ileeherche, > Ditle, ei CarHs d'Hoiier, <rol. SI9, ?• Dalle. 

(7 des Cliuafi:^oT,à3eluvron*d»ubte,mceoMpagtiitde3»nn«l4ltdemém«. 
^a 



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-50 - 

revivre le ùom de leur seigneurie d'origine en créant nn village 
auquel il donna son nom et celui de sa femme, Balay-Saulx (i). 

De leur côté, les Dalle conservèrent la seigneurie de Ballay 
jusqu'à la Révolution. 

Elle était toute entière entre leurs mains à la fin du xV siècle : 
mais, dès l'aube du xvi=, une partie de la seigneurie passa à la 
famille du Bois d'Ecordai (a), par alliance avec les Dalle, puis de 
cette famille, en i56i, à la famille d'EssauIs (3). 

Cette famille d'ËssauIx conserva, avec les Dalle, ta plus impor- 
tante partie de la seigneurie de Ballay, jusqu'à la chute du régime 
féodal : ses descendants y résident encore aujoui-d'hui, auch&teau 
de Clai refontaine. Mais, à côté de ces deux familles prépon- 
dérantes, on voit bientôt apparaître, par suite d'alliances ou 
d'achats, une foule de seigneurs de Batlay pour partie ; d'abord 
les Luzy (4), aux droits des Balay ; les Boisy (5) et les Landre- 
ville (6) aux droits de nous ne savons qui ; les Boum on ville (7) et 
les bâtards d'Aspremont (8), alliés des Landreville ; les Escanne- 
velles (9), alliés des Aspremont ; les bâtards de Luxembourg (10), 
les Casti-cs (1 1), les Roucy (la), les Marchéville (i3), les Savigny (i4), 
tous alliés de la famille d'Essaulx; les Artaize(i5), alliés des Mar- 
chéville ; les Fransquin de Lisichosne (16), alliés des Luxembourg : 
les Beaufort (17), alliés des Savigny ; les Saillans (18), alliés des 

(1} AtjoMrd'hut IMtlseivt, comniDne du unton 6t Cbtostm ^Jnni). 

fi) Bois d'EcunUI : il'anieni, à cinq mouchelureë d'Iiermina. S el S. (Qiamragne.) 

(3) Essauli : iTaMr. au elt'vron a'or, aceampa ini de deux Irvrifrt affrnntrt 
d'ariienl. en chef. acco.étiti.ibU, el, r.n points, d'un aatrf, de même. {Cliam )»(■»«.) 

[i) hMi}: de gueulei, an clievron d'argrnt, aecompagné de 3 itoiiei d'or, (Nlrernaîs.) 

(h Belsv : fer. i 3 jtmtilei de Mile. (France.) 

(6) Uoarcinlle : de.... au chevron de..., accumpagnè de deux motelte* itéperont 
de..., en chef. :G[iatn|iagne.) 

[^) Bowiwnirilka ; de Mble, au lian d'argent, la queue fourehëe et paixée en eauioir, 
Êrmé, tampaiii et couronné d'or. {Picardie.) 

{8) AiprsRMnl, brancha MUrde : de tiuiutei, i U eroim d'orfekl, britè d'une eotiee 
d'a*UT,en bande, âur ta cro x. (Barmis.) 

(9) Eûnanereln ; fardent, à ix coqniltei de gufultn. S, t et f . (Chimpipip.) 

(il)) Luiemhourt, bruiclia blUrde : d'argrnl, nu fioii de fueulei, la queue nouée, 
fourtkét et pamie ea laulnir, armé et couronné d'or, et lampant d'azur, surmonté 
iftin lambel d aiur, de S pendani, le loal britè d'un filet en barre. (lJiini[uigiie.) 

(Il) Outres; d'aiur, à S étoile» d'argent, potiei en fatet, Màrmoaiiet d'aneroii- 
tanl ne même. 'Albigeois). 

(li) Houcv : de gueulei, ou cliou d'or. (Champagne). 

(tS) SiraiWllB ; d'atur, A einç benani d'arnenl, t.S et t. (LnrrrtBel. 

(14) Ssïignï : Ggronné, d'aïur el d'or, de dovie piècet ; d iécu. éK dtymt, de 
gueule», ehurUé A*ie ir'tiie fhitrmfne: (Chainpitfrnr). 

(15) Arlaiie ; d* fmnin, i i ftiicês d'or. Mcompëgnèe» fmn MO'Mt* 4t inime, 
«n tlKf; au /MAc «Mrtisr 4e France. (Soi^isuaMis). 

(16) fransquin de Li»lebo»ne : Coupé, dtnché : au t", d'atmr, i 3 ilaUet em ftuct 
d'or: au S. d'»r Min, (ChMipatnw). 

(ti) BeauDirl; d'otur, au fort d'arnent, plaalé dau» dei ondet deméme (numfafae^ 
(18) Sïîllan! : faire, rCor et fatar. à la bandr de gueule», brochant lur Ir Imti. 
[ProïMice." 



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-51 - 

Bonmou-ville ; les La Barre (i) ; les Miremont (a) ; les Suj;ny (3); 
et d'autres encore que nous passons. 

Les seigneurs de Ballay étaient au nombre de a5 au moins, à la 
veille de la Révolution. 

Notre rôle n'est pas d'étudier ces innombrables familles. Notre 
étade s'arrête à la fin du xv* siècle, au moment du dénombrement 
de la sei^eurie de Ballay, consei*vée entière, jnsqu'à cette date, 
par les familles de Balay et de Dalle, ses premiers seigneurs. 

(1) t» Barra : fargtnt, i cinq anneieti de lablt. mi'i e« lautoir, cantonné» de 
4 moucbelnre* d'herminei de mémt. (BjitoJ!;.) 

(S, UimnonI : iTatar, au pal darQtnt. frttté de »ahlt, »eca»li de de^x fthn de 
lance d'ari/tnl. (Aiivergiie.) 

(3) Sn|iij : dt table, à Vécu d'arjrenl, ^ti biton icoiU de même, hrochant but U 
tout. iCbaiui>«pe.) 

OÉNÉALOOIE DBS ANCIENS SEIONBURS DE BALLAY 
Ppemlère malaon d« Balay 





WAHNIEH DE BALAY 
chevalier, I2i9. 




pEBnAHD 

étnjK, 1165-1384, 




fcnjer, ltt5-ini 
«p. imimim. 

N... 

ip. Jehu de Càmmt 
éeajtr, 1302. 


DeuEléme maison d« Balay 

OUItfNET DE BAUY 
écujer. t3ÎI. 


BwmRB 
tcajer, 1335 

*p. Agnès. 


Hekht 
éenjer, 1186-1386 

^p.N... 


flERIlIKI. 

t 


lUULU. 

t 


Jehan 
écnyer, 1386-13» 
*p. MiniDerile. 

Smoii 
tcajtT. liW 


ép. GHct de Mmwaart, tojer. 




Jehan 
èenjer, 145T 


JACOI'U 

1i57 
bU Eouche en BooifOfDe. 


t 


GlMBD 

m soDcbe 
H fiouriogoe. 


GUILUHETTE 

EngleUrl [MUe. *«.ï«r. 





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BERCEUSE au CLAIR de LUNE 



pour Q. Delaw. 



Le bon petit village s'endort, sous la lune, 
de son calme sommeil de tout petit enfant. . . 
Le silence est si pur, il semble que le Vent 
n'ose même effleurer la grande lande brune... 

Une lueur, là-bas, s'en va, dans le brouillard, 
feu-follet gui danse au long de la haie mouillée... 
L'ombre parfois trébuche et tremble; le vieillard 
descend vers les derniers âtres, à la veillée. 



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Un fomet claque, au tournant du chemin de Bertrix. 
Lm Malle, au loin, surgit, trottant vaille que vaille... 
Elle doit, en passant, réveiller les Esprtts, 
avec son falot jaune et son bruit de ferraille I 

L'heure douce, dans le clair de lune cendré 

oit monte la fumée des sarts, avec la brume, 

tinte OH clocher glacé d'argent, comme une enclume,. . 

L'ardoisière luit, froide et lisse, au fond du pré. . . 

Ah/ voici le marchand de sable ; dors, petite... 
Ecoute; la Rivière, en sourdine, pour toi, 
murmure une berceuse, on dirait, en patois, 
pour que se ferment tes grands yeux de clématite l 



HartMumont, AoOt 1M1. 




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-5*- 

A propos de RIMBAUD 

SOUVENIRS FAMILIERS 

(suitb). 



A Charles Hocin. 
VI 

De Charleville au Theux il D'y a pas loio. Or le trajet, à cette 
époque, se trouTaît encore abrégé par une circoDglaiice due à la 
guerre. Eutre la itsLiou de Ut^on el civile de Charleville le 
chemin de fer fraoL^hit deux fois la Meuse ; on avait, dès le 
commencement du tiëge, Tail sauter le premier pont; il en 
résultait que la circulation était interrompue eutre les deux gares, 
et qu'elles dormateat... • en gendarmes », un ail ouvert el l'autre 
clos : MohOD rouctionnait pour Sedau, pour Paris, Cliarleville 
pour Givet et la Belgique. Mais le pont de Charleville, celui qui 
aboutit au tunod. ne «ervanl plus au passage des Intioa, les 
piétons l'utilisaient sans scrupule. Cela riit'peiisait Rimbaud de 
traverser Uézières : il n'avait qu'& enjamber les débris d'un 
treillage, vaine clôture objet du mépris public, suivre les rails à 
partir de Charieville, passer par-dessus le Boisenval el il parvenait 
à l'entrée de mon village. 

Il y Tut d'ailleurs mal accueilli. La jeunesse du Tlieux' — j'ignore 
si son esthétique a changé dans l'intervalie ~ était possédée, en 
1871, par un grand souci de correction mondaine ; elle pensait 
que l'on doit se faire couper les cheveux, sinou tous les quinze 
jours, au moins tous les mois, et il y avait même dans la localité 
un homme habile et plein de courage qui abandonnait, le samedi, 
sa hache de bûcheron pour exercer le métier de coiffeur. Il parut 
donc anormal à cette population émotive, il parut, je dirai, 
scandaleux qu'un jeune homme, habillé décemment d'autre part, 
os&t circuler sur le territoire de la commune avec des cheveux s! 
peu coupés qu'ils lui descendraient bientôt jusqu'à la ceinture. 

Car depuis le mois d'octobre, ou novembre — je ne puis 
préciser — mon poète d'ami éprouvait le désir, probablement 
suscité par la légende roTianlique, d'avoir une tête analogue à 
celle de Clodioo-le- chevelu... 

Je reoToie à l'histoire de France les gens pondérés mais 



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-55- 

in&truiU qui oieraienl la néceesité d'une telle richesse capillaire. 
Ils j venoiil quelle fol sur ce puinl l'opiuioD Je la reine Glotilde, 
qui n'a jamais été cousitléi-ée, je pense, comme uue dame privée 
de sa rai^ou. 

Quoi qu'il en soit, cette fantaisie de Rimbaud consternait déjà 
Gbarleville et devait lui attirer là une petite aventure que j'ai 
narrée dans mou livre grave (demander le volume k M. Georges 
Lenoir, place Ducale). Mais au Theux on ne rit pas de ces choses, 
et les t;amins, simplement, attaquèrent notre mérovingien à coups 
de pierres. Il essaya bien d'en agripper quelqu'un, à seule fin de 
lui tirer les oreilles; malheureusement, ces galopins couraient, 
bondissaient... comme des cerfs qui seraient des tigres... et puis 
ils trouvaient loujours pour s'y réfugier, des portes ouvertes fort 
à propos par de grandes personnes plus ou moins complices. 

Mon expérience des bombardements me permit de donner à 
Bimbaud un excellent conseil. Non pas céder aux injonctions de 
l'ennemi, certes ! Potius mori quant fcedari : plutôt mort que 
toudii !... mais échapper à la mitraille eu tournant la position. 

Il suffisait, avant les ^emières maisons du village, de s'engager 
daus la Julie prairie que le jeune soleil de mars émaiUait de 
primevères et de cardamines, puis, grftce à un sentier que je lui 
indiquai, de rentrer dans le Theux par l'autre bout, c'est-à-dire 
pas très loin de l'usine Brézol et }out près de l'endroit que nous 
habitions. De celte manière, il conservait sa chevelure, belle 
nappe soyeuse, longue de cinquante centimètres au moins, qu'il 
eût été fâcheux de sacrifier à ce modernisme intolérant de la 
jeunesse villageoise, et il évitait de se faire crever les yeux, 
supplice inutile puisqu'il chantait sans cela. 

Deux poèmes, qui n'uni pas été retrouvés (I). datent de cette 
époque : te Carjiaval des Sialuet et le roman intensément passionnel 
— très condensé : vingt ou trente vers au plus — de quelque 
Ândromaque dans une situation pire ; j'en ai oublié le titre, maie 
retenu la première et la dernière phrase, qui résument le sens : 



(1) Ui M ntrwmrai pw^T^in, cowm Its fiitM ttmmni ^m , l'm iviim. mt 
Georges H^iirevert: lis Dounnitn, iti Saurs de chariti, iloQt pàrliil rvrc Lant d'enlhoij- 
BÉMM VwImh, «t pbuwon b«Mif (utaes m prtiM, t/t't poUUt Ktne «iBut RaU iMkrt 
dans M S<*W tUtéraire de Paru et de Champagne. 



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— 56 - 

Le philosophie et la politique alteniaient avec la poésie. Le 
temps se mainleDant très doux, I'od pouvait s'asseoir dans Tlterbe, 
parmi les bouleaux, les faux-ébëniers, les robinlas aiiolesceiits 
de bosquets légers, gris et roses, piquetés d'or et d'émeraude, 
situés à gauohe du chemin qui moule à Romery, el cachant une 
vieille carrière, très amusante, où nous pass&mes bien des heures 
i. des causeries el des lectures. Il apportait toujours avec lui 
quelque livreet parfois un journal. Nous lisions alors les Confasioni 
de Rousseau — à qui Rimbaud ressemble Unt ! — Il aimait 
beaucoup Jeau-Jacques, du resle, mais il admirait surtout 
Helvélius. 

Le journal apportait des nouvelles de « là-bas ». Paris et 
Versailles se regardaient en chiens de faïence et un grabuge 
sérieux devenait imminent... Le 20 mars, Rimbaud parut avec des 
yeux éLonnemmenl gais : n Ça y esll...» dil-il. Ça y était bien, 
en effet : la révolution triomphante, les troupes régulières sorties 
de la capitale, tous les ministères abandonnés, le Comité central 
installé à l'Hdtel-de-Ville, en6n une victoire aussi complète, 
jugiODS-DOus, que celle de 1830 el de 1848. Nous poussâmes une 
"I balade « jusqu'à Charleville, pour voir les têtes des gens. Elles 
étaient lamentables, et savez-vous ce que, polissons impardon- 
nables, nous fîmes î... J'hésite à le dire... Eh ! bien, cher ami, en 
passant devant les boutiquiers' aux figures décomposées par une 
trop légitime angoisse — el qui, celte minute-là, je vous assure, 
ne pensaient guère à plaisanter la chevelure de Rimbaud — nous 
avions la cruauté satanique de prononcer à haute voix ces paroles 
affreuses : — L'ordre... est vaincu 1... 

Je ravouf> à présent, parce qu'il y a prescription et que l'on ne 
peut plus m'envoyer à IIIpNou. Cependant je conviens que c'était 
bien mal. El si je ne vais pas à Jérusalem, pieds nus, pour expier 
un forfait pareil, c'est que je suis obligé d'être à mon bureau tous 
les jours... Mais si vous aviez vu la grimace des personoes 
honnêtes, vous auriez ri tout de mdme. 

D'ailleurs, notre châtiment fut immédiat. A. l'instant même, et 
des jours et des jours après, nous battîmes la campagne... au 
sens propre et au sens figuré. Nous ne pouvions plus tenir en 
place ; en quittant le respectable — mais d'un esprit par trop 
rugueux — Theux, on Qlait, comme à coups d'aile d'hirondellj, 
tout le long de la route blanche, sur Romery ou sur Saint-Laurent, 
ou bien un crochet vers le ruisseau gazouilleax du Tivier-OuyoD, 



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— 57- 

oa bien noo : sans monter, l'on tournait à droite, on passait 
l'écluee, on ^tail à Lumen, ans Ayvelles, on B'aiTêUtit au bord de 
l'étang où les roseaux retenaient encore et Fai^iAient Unler, 
cristallines, les dernières aiguilles des dernières g«lées : 
Lo vent de Dieu jetait de* glaçons anx niare*,.. (1). 

et puis ayant traversé, farouches, la <t ville » de Mohon, où deux 
fois l'an saint Lié s'éjouit aux flonQons des quadi-iUes, nous nous 
IrouTions caressant les gros^ses tètes mout>sues des bons vieux 
saules qui aocouipagnenl en »a promenade madame la Venee, 
rivière adorable, tellement de gr&ce onduleuse et menue que nous 
ne pouvions que la suivre, en amoureux dociles, par tous ses 
prés clairs encadrés de peupliers d'Italie. El puis nous foulions 
d'uD pitid vainqueur la route de Boulzicourt. Uais les chemins de 
traverse doub liraient... comme par la manche... on quittait le pas 
de chaîne, on ces!>ait d'af^piter le ciel à grandes gorgées, et suivant 
la file nei/euse de» prunelliers pleins de parfums si frais et si 
doux, on fl&nait, rêveurs, les yeux aux pâquerettes, fidèles 
brodeuses de gazons. 

Et l'on commentait ardemment les événements politiques, 
leurs conséquences, les perspectives qu'ils ne manqueraient pas 
d'ouvrir. Est-cp que le peuple ne venait pas d'enlrttr une fois de 
plus (tans la Bastille T... 

Gtoyen, cltoyeD, c'était te paa«4 iorobre 

Qui montait, qui rilait quand nou* prime* la tour !... (1) 

— Ce qui s'est passé depuis Robespierre ne compte pas, 
expliquait Rimbaud. Notre pays revient au lendemain de 89. 
L'erreur tombe. Lee tyrannies s'écroulent avec les préjugés. 

Pour lui, c'était désormais I» marche en avant de l'esprit humain 
sans entraves, sans limite à 8<!s ambitions. La révolution sociale 
établissait l'égalité de tous daue les moyens de culture intellec- 
tuelle, donnait & Ions la possession des forces mécaniques. Dès 
lors, aucune faculté d'iovenlion ne demeurant stérile, l'activité 
scientifique devenait énorme. Le travail matériel pour assurer la 
production se réduirait à presque rien, l'homme vivait surtout 
pour les conquêtes de l'eF^prit... D'étonnantes jouisijauces mentales 
lui seraient offertes. Cette puissance mystérieuse, la lumière, 

(1) Illuminalimu. 



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qui, par la seaf^atioa des couleurs, fait soupçonner, au plus 
ijfiioraal même, la cumpo^ilion chimique des corps, nous parlerail, 
nous dirait lout ; nous serions en rapporls conscients avec elle, 
ainsi que, peul-glre, soûl les arbres el les fleurs. D'ailleurs, que 
sail-on? Là-haul, sur ces globes lointains, les aslres, son l des 
êlres qui pensent, qui raisonnent, qui possèdent probablement 
une science miltt! Tois supérieure à celle des habitants de la 
terre. Pourquoi n'arriverai! -on pas à communiquer avec ces 
Tivaiils prodijiieux. àéfhangerdespposées, descounai^sauces?... 
Pourquoi ne iiouR apprendraient -Us pas leur langue... leur 
poésie? La vie terrestre iie serait plus qu'un souvenir de temps 
primitifs ei barbares ; on vivrait la vie interplanétaire, la vie 
oélesle... 

Alors on s'écriait : « Quel est ce luyslérieux village? » El c'était 
La Fraticheville tout uniment. 

Parfois l'on se trouvait en face d'un casseur de cailloux, 
travailleur candide et curieux, quiéprauvail le besoin de causer, 
de savoir des nouvelles. — On avait vu, ces mois derniers, tant 
de choses troublantes !.. N'était-ce pas fini ?... Qu'arrivait-il ? 
Qu'allait-il arriver encore?... — Très complaisamment, avec celte 
extraordinaire atrilité de lan;;age qui lui permettait de sa mettre 
à la portée de n'importe qui, Rimbaud lui parlait de la révolution 
parisienne : le peuple venait de s'insur^ier pojr la liberté, pour 
le pain... un efTort de plus, il serait définilivemenl victorieux... 
les ouvriers étaient lous malheureux, tous solidaires... il fallait 
se soulever partout. L'homme écoutait, intéressé d'abord, effaré 
ensuite ; puis il baif-sait la (èle, pensif, reprenait son marteau de 
plomb, continuait de broyer ses cailloux, disant seulement, en 
hochant la tèle : ■< y a du vrai dans ce que vous dites !... « 

Rimbaud songea que ce n'e»l pas tout que de prêcher, el que 
son devoir, apparemment, serait de douuer l'exemple. 

(A tuitre). Ernest Delahaye. 



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-58- 
NÉCROLOGIE 



M. Jean-Baptiste BRINCOURT 

Notre collaborateur, H. Jean-Baptiste- Joseph- A.u^. Brincourt 
est mort le 7 février 1908 à Sedan, où il était né le 7 mai 1825. Une 
partie de 6a vie fut consacrée aux afTaires publiques ; il fui jii^e 
suppléant au Tribunal de commerce de Sedan de juin 1 872 à 1 877. 

A la création du Musée de Sedan il fît don de 150 pièces de 
monoaie el de nombreux auto^Taphes. Membre de la Commisi^ioa 
de ce Mu»ée, ii fut spécialement chargé de l'examen des nionnaieu. 
11 Gt ausïii partie de la Cuminist^ioii de la Bibliothèque municipale 
de Sedan. A ce tili-e sa mémoire doit être conservée, parce qu'il 
apporta dans ces fondions parfois dilficiies les qualités de loyauté 
et de droiture qui formaient les traits marquants de son caractère. 

A, ces qualités il en joignait une antre, la modestie qui lui faisait 
préférer ans honneurs les douceurs de la relraile dans son 
cabinet de la rue filanpaiu ou dans sa maison de campa^^ne de 
Frénois. Le portrait moral de cet homme de bien sera complet 
quand j'aurai rappelé i^a complaisance inépuisable au «ervice de 
tous les hi-itoriens locaux qui la sollicitaient. 

M. Brincourt avait réuni un ensemble de choses anciennes les 
plus précieuses, intéressant les Ardennes el surtout ^iedau. Il 
possédait une collection de monnaies avec laquelle seule celle 
de M. Marc Husson pouvait rivaliser. Ilavail amassé unequanlilé 
de documents originaux et dei: copies prises dans les dépôts 
publics ; il avait formé une bibliothèque de premier ordre, remar- 
quable par l'ensemble des éditions sedanaises de Jannon et de 
ses successeurs. M. Brincourt, en effet, était encore plus qu'his- 
torien, bibliophile d'une compétence unanimement reconnue sur 
les productions des presses sedanaises et souvent mise à l'épreuve 
par les libraires parisiens spécialistes. 

La Revue d'ATdenne et d'Argonne a eu la bonne fortune de 
publier le principal travail du regretté bibliophile : Jean Jannon, 
$e$lils, leurs ouvres {T. IX et X, années \9ii2 el I9D3|. 

Ce travail avait été commencé dans le Balleiin trimestriel du 
Musée de Sedan (T. I", année 1887, p. 77)qui ne dura que trois ans 
el six mois. Il ne nous appartient pas d'en faire l'éloge. 

Il publia dans le même bulleliu : p. 2D, Notice sur tes monnaies 
de Sedan et de Raucùurt; p. 97, Lettres inédites de Fabert; p. 101, 
Lepremier imprimeur sedanais; p. %&i, une note sur les moulree 
' dites o Œufs sedajiats ». 



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-60- 

La deuxième œuvre importante de V. Brincourt est consacrée 
aussi à Sedan, mais à l'hisLoirecoulemporaiiie de noire ville, à la 
période douloureuse de I87i)-I87l. Sous ce titre : TrUtet Soutenir!, 
ont paru h Sedan (Imprimerie Jules Laroche, 1897, in-So) les 
notes d'un témoin de ces terribles moÎB : elles ont à la fois la 
précision, la vérité, l'émotion ; elles Torment, avec l'ouvrage de 
U. Henrj Rony, le récit le plus sûr de la vie publique et privée de 
la uité cruellement éprouvée dans le désastre de l'armée impénale. 

Il ât aussi quelques communications à la Revue de Champagne 
et de Brie, à la Revue kiitoriqtte Ardeanaise et à FEeko des Ariûnnet. 

^^^^^^^^ P. COLUNBT. 

VABIÉTÉS 



I. Note sur les profesBeura sedanois du Collège rojai 
fk-ançais de Berlin, aux XVU* et XVIIl* aidolee. 

En 1789, & l'occasion du centenaire de la fondation du Collège 
royaX français de Berlin, Erman publiait un Mémoire historique 
qui contient des renseîgnemenls intéressant» sur divers calvi- 
nistes ardennais, émitfrée au Brandebourg et professeurs audit 
Collèi[e(l). Ce Mémoire, rave et peu connu, lorme un volume in-8* 
de 172 pages et a pour titre exact : 

■émoire bittoriqae anr la Fondation dn ColUgt RoTil Franftii dt 
Berlin. A Coeeasion du Jubilé ciUbri U 1. Décembre 1789. Rédigé 
par Monsiaor Srman. — À Berlin, chez George Fridérie Htareke. 
Aux dépens du Collège. 

Parmi les directeurs et iospecleurs du Collée de 1689 k 1703, 
le Mémoire signale : 

FrançoU Fatisoo, ancien pasteur de M. de Briquemaull à Saint- 
Loup-Terrier, petit-âls de Jean Brazi, principal du Collège de 
Sedan, mort à Berlin en 1696. 

David Honnot, né à Sedan le 28 septembre 1636, 61s de Denis 
Monnot, soldat eu la garnison de Sedan, et d'Alix de Poutbon, 

(Il Oa mnm diu la Bulletin trimtitrul du lluiit municipal de Sedan (_i990, 
tama H, pp. IS-11} une ustE di ouixouni calvimstei sEUNiia wi n lotn ntruccti n 
Phihu non uom de heligmik. Celu liste, biuni pulie da doo Cumii-GridaiiM d'potd n 
Uutft, ett Ur^ dei Uémo retpour trrnir a fliitloire de* rifugiit frantMit d»nt Ut 
BtêU du roi. par EmuD [BeHin, 1787-1799, 9 roi. iD-8'>. 

Voici les iwnn de eu ulvini^lat : itaïae* Bauence : Jirquei Biiiili ; lei frère) Aleiindre 
it Henri Briii ; Pierre et Etaniel Catel, potien d'eitlo ; Anei de Chidirtc; Henri Cob* et 



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- w - 

tnBriëàRoacyle29Dovembrel698, âMsrie Fetizon, SUe d'Oudart 
Felizon, marchaDd à Concevreui [AiBnpl, David MoniioL fut rétceol 
au Collège de Sedan de 1659 à 1681 et mourut à Berlin en 1706, 
&gé de 69 ana. 

Parmi ceux qui Turent inspecteurs du Collège après 1703, on 
remarque : 

Philippe Dn Htn de JandoD. seigneur de Jandun, Vence et 
Crèvecœur, né à Pari» de parenls sedanais. mort à Berlin en 1737, 
jligé de 76 ans, père de Jacques-Gilles Du Han, né à Jandun. 

Jean Dronet, né k Sedan le 30 novembre 1661, Sis de Samuel 
Drouel, marchand Berger, et de Jeanne Daigremont, est mort à 
Berliu eu 1721. « Il se distinguail par sa capacité el ^on activité 
« dans le double poste de coubeiller en la justice supérieure et au 
n Consistoire supérieur, u 

Son Trère, Pierre Dronet. né k Sedan, le 12 juillet I6SI. fut 
pasteur à Bpense (Uarne), puis k Ccepenick et mourut à Berlin 
en 1706. Il est rauteurd*uQ 1*0111 Traité de Morale » que M. Formey 
« a Tait imprimer dans aou PHILOSOPHE PAÏEN, el qui, par la 
« précision et la justesse des idées, est au-dessus de la plupart 
■ des ouvrages de morale qui avaient paru jusqu'alors. H avait 
« publié une HARUONIE DES ÉVANGILES ». 

Jbui Sparittte. dit frère Romuald, né à Uouzon le 19 novem- 
bre 1661, fut professeur de philosophie et d'éloquence dans ce 
Collège. Jacques Pericard el Pierre Daret, de Sedan, soutinrent 
leurs thèses de philosophie sous J. Sperietfe de MONT-GUYON 
en 1691. 

Walter Bosqael, né à Sedan en 1627, mort à Berlin en 1702, 
était régent au collège de Sedan en 167S-I678; il était propriétaire 
de la maison située place d'Armes, à l'angle de la place Crussy. 
11 fut régeot de 3* et 4* au Collège français de Berlin en 1691. 

E. Henry. 

n. -— Les Togeardas, aUnmettes sonfiTéas (i). 

Les Ardennes possèdent une ancienne petite Industrie, celle 

des allumetlM soufrées, qui est localisée k « Toges en France «, 

Tillage de itiO habitants, aux flancs d'un vallon de l'Argonne. 

Tous les Togeards vivent de la forêt, surtout de la fabrication des 



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allumettes. Sur une centaine de familles, quatre-vingt-dix y eont 
occupées. 1-a lualière première e>l le buis île li-pnible, exc^lleut 
combu^tible et docile à la raatii, qu'où paye 2 riaucK le décislère, 
mais qu'on empriinle ausbi huk furèls 'le l'Etal, dans les nuils 
d'hiver : c'e»l le bcis de lune. 

Les alluiiielles revienneul à i fr. bn les 80 douzaines de boites 
(de ceul euviron) ; uue pei(>oiiue un peu habile Tait chaque jour 
ses 20 douzaines, soil un ^aiu de 3 à 5 Trancs el, pour une famille 
de trois personnes, 10 â 12 francs par jour, la douzaine de boites 
ee vendant au délai! fr. 20. Il est regrettable que ce commerce 
lucratif soil limité à la région aidenuaise, à peu près. L'éloge de 
l'allumelle soufrée, les écODomies qu'elle fait réaliser el sa su|>é- 
rionté sur les produits de t'Elal devraient en étendre le champ 
de vente. 



COMPTES-RENDUS BIBUOGRAPHIQUES 



La pierre tombale de Gillette de Dugoy à Saulmor;, par Louis 
BOHSU. — Paris, librairie Alphonse Picard el fils, 1905 ; in-S" de 
14 pp. (avec un cliché de la pierre tombale). 

Dans cette brochure Pauleur éclaîrcit d'une façon précise un petit 
point do généalogie qui intéresse l'histoire ardennaisc. Il établit 
nettement que Gilletle de Dugny, morle le 1" mars 1312, était une 
suivante d'Isabeau de Uuit'vrain, dame de Dun, veuve de Godefrotd 
d'Apremont, déi:edée en 1321, el non de Julianne de Itozoy, dame 
de t^haumont-Porcien, femine de Gobert d'AprcmoiiL el Dun, morle 
bien avant la fin du xni' siècle. M. Bossu montre que Gillette de 
Dugny n'était pas davantage une suivante de .Marie de Bar, qui ne 
devint douairière de Dun qu'en lo2b. G. H. 

La sépulture d'Isabelle de Rumigny et les tombeaux de l'abbaye da 
Pont-aux-Dames, par Georges Husson. — Paris, librairie Alphonse 
Picard et Bis, lUO(j ; une brochure in-S", W pp. (avec une gravure). 

Dans celte étude documentée, l'auteur a'est efforcé d'éclaircir une 
intéressante question d'archéologie, très controversée par les histo- 
riens. De ses recherches il croit pouvoir conclure ; 

i' Qu'Isabelle de Rumignv, née vers Iâô3, morle en 1325, éjKiuse 
en 1"* noces de Thiébaul l(, duc de Lorraine, et en secondes noces, 
de Gaucher V de Chfttillon, comle de Porcien, connétable de Cham- 
pagne et de France, n'a pa5 été inhumée à l'abbaye du Poul-aux- 
Dames (aujourd'hui commune de Couiliy, canton de Crécv-en-Brie, 
arrondieaemeat de Meaux . dépanement de Seine-et-Mârne). Sa 
sépulture était vraisemblablement dans l'abbaye de fionnefontaine 



ûgic 



(commune de Blançhefosse, canton de Ruraigny, arrondissement de 
Rocroi, département des Ardennes) ; 

2- Qne les deux st;i ues tombales, provenant de t'abbaye du Ponl- 
aus-Dames ol actuellemcnl an musée du Louvre, sont celles de 
Gaucher de Châtillon (tils du connétable Gaucher V do Châtlllon) et 
de Marguerite de Damperre, son épou'e. 

L'auteur donne en appendice la correspondance administrative, 
échangée en 1818 et I8t!l entre les préfets de la Meuithe et de 
Seine-el^Marne, lors des recherches faites par le ^ou rernement de 
Louis XVIII pour l'exhumation des dépouilles des princes et princesses 
de la Maison de Lorraine et le rétablissement de leurs tombeaux 
dégrades on détruits pendant la Révolution. C. H. 

Le procès Tuibert, par Henri Bourih. — Paria, librairie AlpfaonH 
Picard et fils, 1906 ; une brochure în-8' de 16 pp. 

L'auteur met en lumière lea ori;;;ine3 et raconte les phases de ce 

Îrocés dont il fournit les pièces justilicaiives. Vuibert fut condamoé 
mort et décapité à Paris le 1*' juillet 179i, pour avoir publié chez 
l'imprimeur Raucourt à Charleville un mémoire intitulé : Opiitionsur 
le procès de Lovia XVI (in-S" de 8 pages). 

Une note aildilionoelle parue dans la Dipéche des Ardennea (n° du 
15 novembre 19Jt>) et l'étude de M. E. Henry sur les Prùojmier$ du 
MorU-Dioi (dans la Itevue d'Ardenne et d'Argonne, tome XIV, p. 217) 
fournissent quelques indications complémenlaires sur le séjour et les 
fonctions de Vuibert à Sedan : 

Robert-Francois-Slanislas Vuibert, avocat à Rethel, où II était né 
le 2B février 1^43, fut accusateur public prés te tribunal mili aire du 
département des Ardennes. siégeant K Sedan. II demeurait alors dans 
une maison au-dessus de la porte du Mènil. I* l'epréaenlant Bos le 
destitua le 18 brumaire an II. C'est ppn de temps après, le sextidi de 
la 3* décade de frimaira (26 frimaire an II), que sa fille, Catherine- 
Sophie Vuibert, îtgée de 22 ans, épousa ù Sedan Jean-Baptiste 
d'Arrangé, né le It mai l^iT à Metz, sans doute fils de Claude 
d'Arrangé, rentier b. Metz. J.-B. d'Avran^e, ancien vicaire de 
t'éTftque de Sedan, était, au moment de son mariage, accasateur 
militaire au Tribunal révolutionnaire du département des Ardennes. 

C. H. 

Ktlenoe Cabet et I«9 origines da communisme icarien. par J. Pbu- 

DHOMHBAux. — PaHs, E. Comélv et C'% 1907 ; un Toi. in-8». 
Histoire de la eomtntinaatd icarlenne (3 février 184d-S3 octo- 

br« 1898). ContributioD à l'étude du socialisme expérimental. 

par J. Pbudhommbaux. — Paris, E. Cornély et C, 1907 ; un vol. 

in-8'. 

Dans ces deux thèses de doctoral, l'auteur a étudié l'une des nom- 
breuses tentatives faites au xtx* siècle pour réaliser les théories socia- 
listes. Ces ouvrages, importants pour l'économie sociale, présentent 
de l'intérêt pour le dè|fartement des Ardennes, où l'utopie icarienne 
avait recrtlé d'enthoasfastes sdhéretiM dans tes mlliirax ouvriers 



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-64 - 

S0Q3 llofioence de la crise économique de 1847 ; Sedan semble même 
avoir élé, à cette date, un centre a'acliye propagande et de fervent 
prosélytisme. 

L'utopie de Cabet n'avait pas encore été étudiée dans ses origines 
et dans les circonstances où elle est née. M. Espinas y voit • an 
nouvel exemplan'e de VUtopie de Moms combinée avec les plans de 
Babeuf; c'est un communisme radical qui croit pouvoir s'établir paci- 
fiquement >. Pour lui, Cabet est un continuateur, non un novateur; 
ses théories prolongent celles du xviii* siècle; le socialisme actuel, 
avec ses tendances scientifiques et matérialistes, ne pourrait s'en 
réclamer, f La tentative rétrograde de Cabet s'elforce de constituer 
non une société rénovée par la civilisation et la science, mais une 
société d'organisation arcliaique et périmée >. 

Un document inédit sur Cabet et Clcarie à la finde 1847, publié par 
H. P. Cai'On dans ta Reçue d'h'itoire moderne et contemporaine (n" de 
mai 1907, tome VIll, pp.' 569-585), donne de curieuses indications sur 
le personnel et la répartition géographique des groupes icariens, 
alors à l'apogée de leur développement en Franco. Ce t un rapport, 
daté du 14 janvier 1848 et émané du Cabinet du Préfet de police, 
qui ligure aujourd'hui aux Archives nationales, dans les papiers de 
la • Division criminelle ■ versés par le ministère de la Justice, sous 
ja cote BB'B 1451, dossier 3598 A. Ce document cite comme agents de 
propagande et correspondants de Cabet dans le dipartemeru det 
Ardennci : 

Parent, tîls, & Torcy (et non Touy, nom estropié dans le texte), 

prés Sedan. 
Migeot, coiO'eur, à Retbel. 

Sedan y est signalé comme l'un des foyers du communisme où 
avait été organisée une commission d'admission en vue du départ 
pour ricane au Teias. 

L'essai de réalisation du communisme aux Etats-Unis par Cabet et 
ses successeurs est l'objet, dans le plus important des volumes de 
H. Prudbommeaux, d'un récit très clair aupuvé sur des documents 
que l'auteur est allé recueillir auprès des aerniera survivants de ces 
entreprises; car il n'v eut pas moins de quatre établissements 
successifs inspirés par • l'idée icarienne >, de 1848 à 1898, où le dernier 
a disparu malgré la vaillance de ses adeptes. 

Au point de vue économique, l'icarie n'eut qu'un médiocre succès : 
elle ne put jamais se passer des subsides des Icariens de France. 
Celui qui centralisait les modestes cotisations des adeptes et qui a 
rendu ainsi possible cette curieuse expérience, H. Bétus vit encore; 
c'est lui qui a contribué pour une bonne part à pourvoir d'une 
documentation solide le livre de H. Prudbommeaux. 

Charles Hocin. 



Le Gérant : Ë. LAKOCHS. 
:, rae Oamb«U*, 11. 



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Le Maréchal de Camp 
LOUIS DE BI6AULT DE SIGNËMONT 

ET L'AFFAIRE DE VARENNES 



Famille du général. Ses aerricea. 8«8 campagaes. 

L'histoire a étudié la plupart des acteurs du drame de VareoDes. 
La ramtlle royale, de Ferseu, Drouet, le maître de poste, Sauce, 
le procureur-EiyDdic, le général marquis de Bouille, qui devait 
escorter Louis XVI de Vareunes à Monlmédy, oat été le sujet 
d'iatéressautes études pour des hisiorieDS de talenl. Un de ces 
acteurs, et non l'un des moindres, eal resté dans l'oubli : c'est le 
maréchal de camp Louis de Bigault de Siguémont, commandant 
des gardes nationaux dans celle mémorable journée. Totalemeot 
oublié par Alexandre Dumas (1 ) el plusieurs autres, tout au plus 
don Dom est-ïl cité par Leiiotre (2) ; seul l'abbé Gabriel (3), dans 
son remarquable ouvrage sur a Louis XVI, le Marquis de Bouille 
et Varennes », nous donne de très intéressants détails sur le râle 
qu'il joua à Varennes. Cet ouvrage, puis des documents puisée à 
différentes sources, el principalement aux archives du Slinistère 
de la Guerre, nous permettront de le faire connaître, non seulement 
dans l'affaire de Varennes, mais encore dans toute sa vie et surtout 
dans sa carrière militaire. 

Louis de Bigault, écuyer, sieur de Signémont, naquit à La 
Chalade (i) ou plutôt au Claon (5), à ce moment dépendance de 

(1) Aleundre Ddhab : La Boute de Varennet. 

(3) G. LENomB ; Le drame de Varennet (Paris, Perrin et 0; 1905 ; in-ie). 

(3) Loui* XVI, le MarguU de Boûlli et Varennei. Episode de 1* R^tolntion Franciisa, 
pu- VttM Gabbikl, aDmdmer du CoUËge de Vardiui (Verdun, ISIi ; inS'}. 

(4) La Chilade, commune du canton de Varennei-eD-Anoiine (Ueuse|. Une célèbre ibbaje 
de BteMielinï J Ail fondée vers 1190 el penisU jtisquà la Révalulion. Jusqu'en llflO, 
Le CliMi fbt une dépendance de La Oialade ; jnsqu'i celle époque tout let actes relîiieaK dn 
CboD soDl i U Cbdade. 



D,;,,l,zP.b,>^.0 



yogk 



La <:halade, le 18 avril 1732. Il était fila de Nicolas de Bigaull (I). 
écuyer, seigneur de Signémont, el de Marie du Hous (2). 11 
apparienaii à une yieille famille noble verrière qui, dès le 
iiii' siècle, vint du Berry se fixer dans l'Apgonne el contribua 
pour une large part h la prospérité du pays avec quelques autres 
familles de gentilshommes verriers. Plus imporlaule que les 
autres, la famille de Bigaull se divisa en un certain nombre de 
rameaux dont plusieurs compleal encore aujourd'hui de nombreux 
représentants s'adoDoant pour la plupart à l'industrie du verre |3). 

C'est ainsi que Louis de Bigaull, sieur de Signémont, comptait 
de nombreux verriers parmi ses ascendants et fui sans doute 
lui-même pendant quelque temps gentilhomme verrier (41. Son 
père, Nicolas de Bigaull, seigneur de âignémool, maintenu dans 
sa noblesse par an arrêt de la Cour des Aides en date du 
30 novembre 1746, souffla la bouteille au Oaon d'abord, ensuite à 
Lochères, écart d'Âubrârille (9), après son secoad mariage avec 
Françoise Eberhard. Son grand-père, Charles de Bîgault, écuyer, 
•eigneur de Signémont, tout en gardant ses privilèges de 
noblesse, dut aussi, comme ses aïeux et parents, exercer la 
même profession à Lochères. 

Les familles nobles verrières et en particulier la famille de 
Bigault, eurent de nombreux représentants dans l'armée au 
XVIII* siècle, et beaucoup y conquirent des grades élevés (6). 

(1)L 

«oWiiiM , , ,,.._...,. .._. , 

adtmèi et Iroif Woiiei ifof, deux en fatce el une en poinlt i. Coaramie de conte. 
Supports : deoi lions «nn^ el bnipassés. Devise : • Pro fide, M» t. Elle bH Mée vrac 
prttqoe loutu les bniliei noUes ienièr«i de il vallée d« Il Bieuiie. 

(3) La Tamille du Houx od da Hoold, est ori|inaire des Vosges, où elle compte encore de 
■MDbreui repr^senlaDts. Bits port* t iTaiar à Irai» baadti «Tdr «1 gmalrt iMWtpu d$ 
Wtime mit en barre *. 

BOe est citte ddos le ■ Hobibira imivertel de Prtnx • pir H. de Saint-Alhls. Cesl 1 h 
bnncbe réside diat les Vosges an'ipparlienl le mirfcbal conte de Vionéail, piir de Fruee. 
L«9 membres de celte famille Aablis uns l'Argnine se divisèrent en plusieurs nmeiai : Dubom 
è» HiMtigi;. de Hiunl, t» GmtMrt, de HiiKrive, etc. 

(3) Les nneni de ta bmiBe de BigMilt soat : de Bigialt d'AabrtvilJe, de Préftntiliie, des 
Poocbères, de Gnonit. de Haisonneave, de dnoore, de Pirfenrnt, de Boorenilles, if Araeoitrt, 
de Troisfontaines. — D'autres branches se sont oublies dans tes verreries des Vosges -, les 
priacipilei sont les de Bigault ou de Bigot de Beirupt, de Clairboit, de Prison. 

(1) Une tnditioo noporie que les geolilsbommes verriers eiercaienl leur industrie tout en 
eobnssaDl le ntlier des imws. Ils ptssiienl nue pirtie de rimife 1 l'année ; le reste da 



(S) Aobrévltle, coananne *t tnUm de OemMvl-ev^noBM a*ee CooreaBea et Loetèn 

KdtMk priMpaïK. Ms tt LwUru i» tmivo la eoM de SigoteoM (mtol do Sigûll m 
a SH aw & ma hrachi de ta fimillo de HgiDlL 
(0) Leurs deweidwt» Ninmt leor Mwnple au xix' dèele. Phiienn to«MrM si 
divers champs de Entoile. En IS70, Nicolis de Binott d'Avoeourt, M ntotNi ftoii^ 
rarmie du HbiB, «t Cbariet-FeidîaaiMl da Siaill de CanaoTo, chtf de batadkn do g< 
ehaiti des (bodions de eW d'dui^HMr d« rvai» de la Loin. Oa Inme hh! un c 
de Hiâll da Gnnmt 1 ta ompagna M Mt ' 



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- 67 - 

Louis de Bigault fut le premier de la branche de Sigoémon 
suivre cet exemple. Due brève énumération de ses éMê 
services dou? permettra de le suivre daDs différentes étapes 
sa carrière. 

En 1746, il élaii cadet au régiment d'infanterie de Cbarlr 
Il fut successivement lieutenanl en second le 27 mai et lieuteui 
en premier le 28 novembre 1746. Nommé capitaine le 1"septeml 
1756, il fui réformé en 1763. Le l" juin de celle même ann 
ayant réussi à se faire réintégrer, il rentre dans l'armée avec E 
firade de capitaine, qu'il coDserve jusqu'au i juin 1776, date oi 
est nommé capilaine-commandaul. Le 3 avril 1779, il devii 
lieutenanl-colonel des Greuailiers Royaux de la Lorraine, po 
qu'il occupe jusqu'au jour où il dut se retirer du service ( 
En effet, le 31 mars 1791, en vertu d'un décret qui interdiE 
les commandements militaires à des hommes âgés de plus 
cinquante ans, il fut mis en réforme et nommé maréchal de cai 
pour retraite. 

Ces différents grades nous sembleraient gagnés assez rapîc 
ment si nous n'avions en regard les actions qui paraissent 
avoir mérités. Les voici au moins telles qu'elles nous 8( 
connues par un mémoire rédigé par lui. Â l'époque de ce 
première retraite, le général de Signémont comptait neuf ca: 
pagnes de guerre sur terre, trois en Flandre, six en Allemag 
et une sur mer. Il était en effet, probablement en 1778, aucoml 
d'Ouessant, sur le vaisseau a Saint-Esprit u, commandé par 
duc d'Orléans fi) Il assista à trois sièges: celui de la citade 
A'Anvers; celui de Hfaëstricht, en 1748; celui de Befg-op-Zoc 
en 1747, A ce, siège célèbre, où la ville fut prise par les Pra 
Çais sous les brdres du maréchal de Lowendal, de Signémc 
conduisit à l'assaut les travailleurs du régiment de Chartres, 
prit part à sept balailles où ce même régiment eut des per 
sensibles. Bo 175t), il fut blessé au genou à la bataille de Crm 
Il avait entre-temps été nommé chevalier de l'ordre royal 
militaire de Saint-Louis, sans que oous sachions la date da 
nomination. 



(1) C'est en celle qiuEU qo'il dnl me première Tois 
Lonjwj en 1188. 
(S) L« I 



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1,'affairtt de Tarennea. S«a suites pour le général. 

Louiu de Bigaull de Signémont fui doue mis à ta relraile à la 
veille des évéoements de la Bévolulioa eL nous verroDS qu'il y 
pril sa pari. Il aurait bieu voulu rester dans l'armée où il espérait 
les plus hauts grades el où sa vaillance l'aurait cerlainement 
favorisé dans les guerres qui suivirent. Dans sa relraile à Neuvillj, 
il suivait les événements et cherchait une occasion de reparaître 
et de satisfaire son ambition. Cette occasion ne se Gl pas attendre. 
Imbu des idées du jour qui pouvaient le servir, il s'empressa 
d'organiser la première garde nationale, se Gl ensuite nommer 
commandant général de tous les gardes nationaux du département 
de la Meuse, déléguer aux rédératîons de Bar, de Nancy et de 
Paris au U juillel. 

Aussi quand le 21 juin 1791, le roi fut arrêté à Varennes, et 
que les gardes nationaux de tous les villages environnants se 
furent portés dans la petite cité, de Signémont n'eut pas de , 
difSculté à faire reconnaître son autorité. Nous le voyons 
empressé aulour de la maison où le roi était descendu, interve- 
nant à tout propos et faisant parade de son commandement. 11 
faut ici lire le récit de Vabbé Gabriel. C'est au momenl où te 
capitaine d'Eslon (1), commandant les hussards, demande à 
entrer en ville pour rendre ses hommages au roi et se dirige seul 
vers le poste des gardes nationaux : 

« Le sieur de Signémont, commandant de la garde nationale, 
et immédiatement appelé, lui accorde celte autorisation, et même 
V lui donne sa parole d'honneur qu'il pourra parler au roi seul et 
a sans témoin. 

K Ce M. de Signémont était un ancien lieutenant-colonel, 
K décoré de la croix de Saint-Louis. Au premier bruil de l'arres- 
« tatioir du roi à Varennes, il y élait accouru du village de 
o Neuvilly, sa résidence. Son haut grade dans l'armée et son 
« zèle patriotique lui avaient immédiatement fait attribuer par la 
a foule le commandement général de toutes les gardes nationales 
« et la direction des mesures militaires prises contre le roi. Il 
a avait accepté ce rOle d'ingrat, quoique son Ulre de chevalier 
« de Saint-Louis lui fil un devoir de se ranger, en cette cîrcons- 
a tance, plutôt parmi les défenseurs que parmi les ennemis de 
a son souverain. 

n m^tnoira sor l'uresution de Louis XVI. U est 



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-69- 

R Aussi le capitaine d'Eslou, ne ae fiant poiot ft la parole de 
« cet homme, qu'il appelle dans sa relation un infâme traître, 
a exige en outre, pour sa sûreté personnelle, qu'il soil remis en 
€ otage aux mains de ses hussards un garde national dont la 
a liberté et la vie répondront de sa vie ou de sa liberté. 

« Après une demi-heure d'attente, il peut enfin pénétrer 
a jusqu'à la chambre royale. Louis XVI l'accueille avec effusion, 
a les officiers avec chaleur: c'est l'avant-garde du général de 
n Bouille : c'est le commencemeul de la délivrance ! « Le sieur 
a de Signémont qui l'avait accompagjié jusque-là, aussi peu 
« délicat sur sa parole d'honneur que sur le serment de Hdélité 
n qu'il avait fuit au roi, se présente en même temps que lui 
a devant Sa Majesté. <> Rudement apostrophé par le capitaine de 
« hussards, il lui répond insolemment: « La nation ne veut pas 
« que vous parliez seul au roi. » Pourtant il se retire à l'écart 
« et M. d'Ëslon peut entretenir Louie XVI, sauti ce témoin 
n dangereux, u 

Quand le retour du roi à Paris fut décidé, le général de 
Signémont prit le commandement des gardes nationaux qui 
devaient l'escorter une partie du chemin et accompagna la voiture 
JQijqu'à Sainle-Menehould où l'on arriva vers une heure et demie. 
Là il quitta le commandement de l'escorte el le remit aux mains 
de Bayon, commandant de la garde nationale parisienne. C'est 
pendant ce trajet que se passa l'incident rapporté par l'abbé 
Gabriel : « Au milieu de la foule qu'il dominait de la hauteur de 
a son cheval, un homme allait, venait, formait les rangs des 
« gardes nationaux et donnait des ordres de tous côtés. C'était 
a H. de Signémont « que l'on venait de nommer pour commander 
a l'escorte et diriger la marche » (I ]. « Sur sa poitrine brillait ta 
« croix de chevalier de Saint-Louis : celte croix attira les regards 
«I de Madame Elisabeth qui, la montrant au roi, lui dit avec une 
« expression de pitié indignée : Voilà, mon frère, un homme 
n auquel vous donnez du pain I » (2). 

De tout ce qui vient d'être rapporté, il semble que Louis de 
BigauU de Signémont eut uu rôle plutôt effacé dans l'arrestation 
de Louis XVI. C'est ce qui explique le silence des historiens à 
son égard. Il dut aussi être assez oublié dans les rapports qui 
furent faits au Directoire du département de la Meuse et & 



(1)8 



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— 70 - 

l'Assemblée DaUoD«le. Ou lrou?e h peioe son qoid dans les 
procès-verbaux et on m le voit nutlo part daos la liste des 
récompenses. SoD orgueil dut cruetlemant souffrir de ss voir 
oublié, quand d'autres occupant des situations plus modeales 
reçurent des distinctions et des graliScatious en argent (1). Il 
réclama et fit réclamer, mais rien ne nous prouve qu'il fut entendu. 
Voici une lettre écrite pour lui par les membres du Directoire de 
Clermont-ea-At^OQDe : 

c. Clermoul, 2S Juin 1791. 

n MeSSIEDRS, 

■ Dans le procèS'Verbal qui voua a été envoyé par la mttnici- 
« palité de Varennes, H. Louis Bigault, dit Signémoot, lieutenaot- 
a colonel des Grenadiers Royaux du régiment de la Lorraine, 
« demeurant à Neuvilly, chevalier de Ëaint-Louis et servant 
« depuis 1716, Be plaint que dans ledit procès-verbal il n'a pas 
o été fait mention que toutes les Gardes nationales rendues & 
a Varennes pour l'arrestation et conservation du Boi et de sa 
a famille, l'avaient nommé commandant générai pour veiller & 
« la garde de Sa Majesté et le conduire jusqu'à Stùnte-Manehoald, 
« ce qu'il a effectué. Connaissant te patriotisme et la bonne 
« volonté dudit sieur Signémont, nous lui reudons volontiers ce 
« témoignage en vous priant de vouloir bien l'insérer dans le 
• procès-verbal que voue pourrez être dans le cas d'envoyer à 
« l'Assemblée nationale. 

« Les administrateurs composant le Directoire du District de 
« Glermont : 

Cl MbNNEHAKD. — QUIVAUX. — L. B&uz a (2). 

Cependant d'autres événements ne tardèrent pas à attirer l'atten- 
tion sur sa personne. Au mois de septembre 1792, Verdun fut pris 
par les Prussiens, qui, de cette ville, envahirent le pays et vinrent 
jusqu'au-delà de Clermont-eo-Argonne (3). L'occupation ennemie 
dura peu, puisqu'ils durent se retirer après la bataille de Valmy 
(14 octobre 1792). Mais Louis de Signémont s'était assez signalé 

(1) Ite*gntiacalionsp<ntf«ne«)minet0taJe de 188,000 rrancsfDreatdiatribDéia à difKranti 
Mnoniu|eB ; Drooel, le inillre de poste de Siinte-Menebooid, y tenrs pour 30,000 tnnea ; 
Q^biaoB, un compudoo, pour 10,000 ; Bi^tn, de la ginle naboEtàle de Puis, pour 20,000, 
et Smce, procnnnr de ta commune de varennes, pour S0,000. 

(S) Arekins de h U«m, Unt L, Uaue 61. 

(8) BnotRis, diiu aao BUtoire dt Seinte'MenehouU, neonle qu'on corps de Heuoia 
TÎnl camper i qneiqaes kOomèlres de Ctermont, en nn lieu appelé le Pa$-de-Vaelie, et de It 
tkisalt dM ineorsions jusqu'iui Islrties, eam jamais le ri«|ner jusqn'i k cAe de Biesnw, 
onde de tronpei frintaiset «m 1m erdre» da (Mnl (WJMQd. — Oa uit Âi iMia gne lei 
ftuirieu n'oMmtt pdMMr Am )h MU da fl u w nft nû ta tmatninA al inmnat 
k yiiaij p» Gnudivi. 



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pour être exposé & leur vengeance. Il fut pris par les Prussiens, 
coQdtiit à Verdun et enfermé dans la citadelle de ta place. Un 
mémoire adressé au Ministère raconte ainsi ses tribulations : 

B pour prix de son patriolisme si bien connu, il a été arrêté 
par les Prussiens. Son signalement était si bien donné et son 
nom si bien connu que quand il s'est nommé, ii a été saisi tout 
de suite et conduit à la citadelle de Verdun, où jour et Quit, il 
était gardé dans sa prison par deus erenadiera prussiens, le 
sabre k la maio ; un, bas ofScier de cette m€me troupe assistait 
toujours et goûtait son boire et son manger; on l'assurait qu'il 
servirait d'eiemple aux soi-disant mauvais Français » ()]. 

Gcmunandement à Longwy et ft Serrelouia. 
Retraite dâfinitive. 

Les Prussiens occupèrent Verdun pendant quarante-trois jours 
seulement. Quand leurs troupes quîllërent la ville, Signémont 
remis en liberté réclama un dédommagement de ses peines et 
obtint enfin ce qu'il avait toujours désiré : un emploi dans 
l'armée. Il fut nommé au commandement de la place deLongw;. 
Voici ce qu'il dit à ce propos dans le mémoire déjà cité : 

m Depuis la réforme des Grenadiers Royaux, il a inutilement 
demandé au Ministre sa rentrée au service, d'abord comme 
colonel: les décrets étaient contre lui parce qu'il avait plus de 
cinquante ans ; eoBn comme maréchal de camp ; les décrets s'y 
opposaient parce qu'il jouissait de ce grade-là comme retraite. 

■ Enfin, après la reddition de Verdun, 11 a été assez heureux 
pour que le désir qu'il a montré de servir encore la patrie ait été 
accueilli par les citoyens commissaires de la Convention nationale 
et les généraux des armées de la République française. Le citoyen 
Eellerman l'a employé tout de suite tl&us celle qu'il coounuide 
el t'a placé à Longwy avec une confiance qu'U. se démentira 
sOreoMuL pas. » 

Le voilà donc enfin an comble de ses déairs, revMu iTun 
commandement. Il en profite pour demander des hommes et des 
subsistances pour la place qu'il commande, pour faire valoir 
ses services antérieurs et réclamer sa pension de rHralle de 
3,600 livres qui lui est due depuis le 1" mars t7M jusqu'au 
12 octobre 1792. BL pour l'avenir, il ajoute que « comme le plus 
ancien des maréclkaux da camp de l'armée du centre^ il espère 

(1) Archives du Hiuutèn de U Goerre. Mctiim «dminûtnliTe, àoaim Signémont. 



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- 72 - 

eocore D'être point oublié dans la promotion des lieutenants géné- 
raux, son patriotisme et ses malheurs lui mériteront cette gr&ce. » 
Ce mémoire est ainsi apostille par le commissaire Bouseillon : 

« J'ai vu le citoyen Signémont ; je le connais ; c'est un excellent 
a sant-cutoU, qui défendra mieux k place qu'elle ne l'a étée. Je 
« le recommande à tous les patriotes. 

a Longwy, le 12 Novembre 1792 » (l). 

Le commandement de Longwy lui avait été confié par le général 
Kellermann. son protecteur, sur la recommandation de trois 
citoyens commissaires de la Convention uationale, Carra, Sillery 
et Prieur, n lia m'ont donné le commandement de Longwy, dit-il, 
parce qu'ils étaient sûrs que je le delfendrais. D'ailleurs, un autre 
décret était en ma faveur. Ils ne seront pas trompés, si l'on 
m'attaque. » 

Ce ne fut pas de ce côté qu'il fut attaqué. Sans doute, sa situa- 
tion et les faveurs de ses protecteurs lui suscitèrent des envieux, 
car bientôt il fut dénoncé par un nommé Pacaret et destitué. Le 
19 janvier 1793, le général Beurnoaville, commandant de l'armée 
de la Moselle, reçut l'ordre de le remplacer dans le commande- 
ment de la place de Longwy, ce qui fut fait le 1" février suivant. 

Relevé de ses fonctions à Longwy, le général de Signémont ne 
dut pas rester longtemps en disgrâce; car dès le mois d'avril 1793, 
nous le retrouvons investi du commandement de la place de 
Sarrelouis, appelée aussi Sarrelibre; mais la lettre qui le char- 
geait de ces nouvelles fonctions n'étant pas assez précise, il ne 
veut pas déplacer le vieux général Vauleremont et c'est le 8 août 
seulement qu'il prêle serment comme commandant en chef de 
Sarrelouis. Là encore de nouvelles tribulaLions l'attendaient. 
Commit-il quelques fautes dans le service ou bien fut-il dénoncé 
par ses ennemis pour des idées réactionnaires 1 Toujours est-il 
qu'il tomba de nouveau en disgr&ce, comme nous l'apprend 
le rapport suivant adressé le 29 frimaire an' III au Comité de 
Salut public. 

Ce rapport porte sur ses services, sur sa détention à Verdun 
et sur une nouvelle détention, probablement à Sarrelibre : 

a Le général Signémont a subi une détention d'un an sur la 
et dénonciation du commandant temporaire de Longwy qui, dit-il, 

(1) ArchiTM dn HUiUre de U Gttrre, tUlioa tdminittnaiTe, donier SignémonL 



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a l'avait calomnié pour avoir sa place. Mais le Comité de Salut 
« public lui a rendu justice en le faisant remettre en liberté le 
« 26 vendémiaire dernier. « 

Un certificat du général Kellermann avait aussi contribué & le 
faire sortir de sa prison. Voici ce qu'il dit de son protégé (1) : 

« Certiûcat du 20 frimaire an III' de la République. 

R Nous Kellermann ci-devant général en chef de l'armée du 
n Centre, atleslons et certifions que le citoyen Louis Bigault 
1 Signémont, général de brigade, a servi sous mes ordres, qu'il 
1 a toujours montré beaucoup d'intelligence dans les opérations 
v que je lui ai confiées, qu'il y a mis beaucoup d'activité, 
a particulièrement dans la place de Longwy dont je lui avais 
a donné le commandement. 

« Son patriotisme très prononcé l'avait fait mettre en prison à 
R Verdun par les Prussiens, dénoncé à ceux-ci par les traîtres 
n émigrés ; ils voulaient en faire un grand exemple ; je les ai 
V vaincus; j'ai repris Verdun, mis en liberté Signémont et l'ai. 
« employé de suite dans l'armée que je commandais avec l'atlàcbe 
« du Heprésentant du Peuple, Prieur de la Marne, qui était alors 
a en mission prés de cette armée. 

« En foy de quoi, etc. 

n Kellermann. » 

Celte nouvelle détention dut marquer la fin de sa carrière 
militaire, car peu après cette date on le retrouve à Neuvilly, 
maire de cette commune. Sa retraite ne dura pas longtemps ; 
il occupait ses loisirs par des promenades et par des chasses. 
Le 6 fructidor an IV, son corps fut trouvé daos la forêt d'Argonne 
entre Neuvilly et Le Claon, au lieudit les Bas-Bois. L'opinion 
publique accusa des déserteurs de l'avoir assassiné ; d'autres 
prétendirent qu'il mourut à la suite d'un accident de chasse. 
L'abbé Gabriel ajoute que son cadavre fut découvert k moitié 
dévoré par les loups et que rapporté à Neuvilly, sa femme ne 
voulut point le reconnaître, ni le recevoir dans sa maison. Il fut 
enterré au cimetière de cette commune. Sa tombe y est ai^our- 
d'hui ignorée et son souvenir complètement perdu. 

L'abbé Cillant. 
Cari du Neufonr. 



(1) Antahes da UinUlère de li Gnem, donitt SigDJmoDt. - 



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BALLAY ET SA SEIGNEURIE 
AU MOYEN AGE 

(SUITE ET fin] 



PIÈCES JUSTIFICATIVES fl) 



I. — Charte apocryphe de U TiUe do BalUy. 

(Chartrier du ch&teau de Clairefontame). 

Du comté de Flaadre et de Rethel ptr cooKutement de notre coàaeil, feront 
faire ville neuve nirUPoumellaquiBeraappelIéeBaUB)>, en laqudla devant dltte 
villa, Doui donron* aux Boui^eoii qui en ioeUe ville demeurarona pour leora 
UMgeï ban et fluge et pour leur aiianea, coninançant au baa de Oaraudia, et 
de la a 1« Ju*tiM, et de la a la maUd'rie deThAge, et de la an la fonUine en la 
Vaura, et droitte ligne au rouge mont, et de U en la SoilUèra, et droitte ligne en 
la chauHfe de Toupet, et de la en Tonltine au Trtict, et de la en U fontaine au 
Renard, ligae droite au mont Lépinette, et de la en Geraudin et lei Bourgeoii 
qui en icelle demeureronta et qui auront maiure ou jardin dedans la ville 
ou hora U ville, tur front de rue devront par chacan an a leur Seigneur, an 
jour de U Nativité de notre Seigneur, deux lola ti et doucea denier* tt a la 
S' Jean Baptiste, et un chapon a la S* Rem; chef d'octobre et une gelioe le jour 
de S' Martin d'hiver, et quatre deniers pour chacune fauches de prei, «t tajUanl 
de payer a ceaditi jours deux mIb tournois d'amande au mayeur. Et en notre 
main retenon U mairie, le four et le moulin, et moitié pressoir et le terrage et 
la rnellié de lautel et léglfie lautre. Bl en ioalle villa ferons fïtre un four bannal, 
la ou las boargoola vlsndreoa cuire te ptin, pour baa est do aeiies pain un 
prendron* a nom Hat auire paue. Et ai feront faire un nioulin qui tara bannal 
sur nos peacheriet deBsout U ville ou les bourgeois seront tenus de venir moudre 
leur bled, pour ban est de aeiies septiert un en prendrons en nos tacqi moulus. 
Et ai aucun est accusée de dUmet non payéet, ou de ban de four et de moulin 
enfMlng et il est accusée par le fermier pour teiitnte toU d'amende et )• tien 
bled pwdns. St lea boui^eoia deaautdita devront par obacnn an, en leur aeignwr, 
une corvée aux fotua de teUnt, et une l'aoutt et un en Wayen, les laboureurs 
a labourer set terres et les manouvriers ou qu'il luy plaira. Et les Bourgeois 
devront au jour 3' Martin pour le feu chacun deux cartels d'avoine et le teig' 
leur devras le foQage pour le fùur et le torreau et léglise le verrast. Et les 
BourgeolK deasutdits ne devront rien au pont de Vouliier, ne au Cheine, ne a 
Chaslillon, ne a quatre* champ, ne s MachauU, ne iceux a Ballay. Et si aucunt 
forains passe par dessus le ban de Ballay a char ou cherette et y verte et il se 

(1) L«s sept efairtes ei-aprii sont toutes inédites, saof la charte n* 1, cbarte de suivaimt 
de la filte de Balli;, qn'en nicon 4i taa wpoBiBM nota awu en «ttvoir réiMprinir. 



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-75 - 

rtlave tan* pmulro confé «u Bei^naur, boIxidU «qU d'tiDiiide pa7«r» ■ noua, 
«t N praqd cailf4 U Mra quitte pour cinq boU U, et six denien tu Mrgeot, et 
■y jure I* Loy non tcachant il t'ea ira franc et tjuitte. Et li aucun malfoitteur 
est pria aiir les terras dudit Sei^eur et il ne peut prouver ■□□ cas, il demeureriB 
aa la discrétion dudit SaieTi at U aîauns chosa confisquai audit Seigneur, et ti 
la Sslg* le prend, lea Bourgeois samnt tenus de la garder a leur* depana une 
nuit. Et si aucun vient a autruy et il lui fait aang ou oouppa membre, quatres 
livres parlais d'amande audit Seig' et la playe guérie, ou il se purgeras par md 
serment et par le serment de deux autres hommes légitimes. Et si aucuns dit 
loy ■ antniy dssloyauz pour quinses sols lamanderts et Ihonnaur repor&i. Et si 
aucun fait assaut d'holel. ou port d'ormes auittaœmant, ou il est couvainous par 
Ihemoini legitimea quioces sois payeras d'amande au Seigneur. Et si aucun clame 
héritage sien et U ne le peut monb'er suffisamment, il demeureras a vingt sols 
ta demande. Et si aucun defteut de jour de justice aitigoA oinq soU demande 
pajreraa an Mayeur. Et les Bourgeois qui en icelle ville demeureront, pourront 
faire bois mairiei ou lattes sur leur ban et la vendront ou ils pourront sans 
mesprendre. Et si pourront tenir chacun Bourgeois une oorde pour chasaer avec 
leur selg'. Et en notre msin retenons douias jour de bois pour nos édîQces faire 
au hault jardins. Et si aucuns est trouves aux près ou bleds d'autniy pour la 
garde de nuit en domage faisant, dix sols payeront damande au Uayeur, et de 
jour cinq sols. £t ai voulons que la Loy de VervJn» leur soit octroyés, et pour 
nous de Baillage de Vermandois et yront aux droit a Cberoery ou Lille en Flandre. 
Et si venoit guerre entre les Princes dou ja nen manque, le Seigneur dessutdit 
sera tenue de leurs livrer chambre en la maison forte a ses dépens. Et sil advenoit 
que la terre comme paravent la constitution de la Ville. Et se veut que nOs 
héritiers qui succederoots a lavenir après moy tiennent et entretiennent ce qui 
est e»erit en cette Chartres apeine d'excommunication, car ainsi l'avons juré sur 
notre foy et voulons qu'il soit tenus et commandons et chargeons s tous nos 
héritiers el succeddeurs qui succederonts après nous alavenir et entretiennent 
lesdits Bourgeois aux fHnches et libertés que nous leurs avons donnée et en 
icelles chargea nous les baillons. Et si aucuns est Iraovéi sur la terre de flef 
dommage faisant soixante sots demande payeras. Et si aucun achette ou vend 
en la maison dudit Seiff ou eu moulin ou a la ThulIIerie il ne devra rien pour 
droit. Et fut ecritte cette présente ehartre au lieu de Maixlere ou les y demeurant 
du noble et hault Prince le Seigneur Comte de Rethel dessus escrit et veut 
quelle soit signée des notlaires royaux chanceliers et gardes de nos sesux 
Guillaume Pistor demeurant i Maiiiere sur Meuse et Jean Dubut demeurant 
audit Maiiiere jures deasusdit et souscript et s^és le douzième jour de moy 
Un mil cent et dis huit teiroolns nos signes manuels ey mis lan et jotu' dessusdit, 
tinsy signé : Guillaume Pistor et Jean Dubut. 

La présente a été levée a une coppie coUationnée a son original par deux 
nottoires royaux demeurants en la ville de Reims, le vingt et unième jour du 
mois d'octobre mil six cens et huit. Ainsi signée laditte collation ; Rolant et 
Angier nottaires royaux. (Cette copie n'est pas signée.) Au verso est écrit : Coppie 
des Chartres de Ballay, octobre itot. Passée le 13 may 1113. 



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-76- 

n. -- Charte de aaoTement «ccordéo par Jehan, comte de Rethel, 
à la Tille de Balay. — 13 août 1249- (Trésor des chartes du Comté 
de Rethel, à Monaco, par Saige et Lacaille. 1, 191.) 

Jehani, cuens de Retheit, fat savoir à toux ceus qui veiroot ces presentM 
Ictlrea, que je ai recen en mon Muvement la ville de Balais par rassentemeut 
de MoDsegoeur Wamier, legneur de celle meîame ville, par tête coadicion que 
chascuns bourgois de BaUia, en quel lieu qu'il deœeurt, me doit rendre pour ce 
■auvement devant dit. a la feate Saint Remy en octembre, un sextier d'aveinne 
à la mesure de celle ville et deus gelinea ; et Je ai juré icelle ville a warder et a 
sauver a mon pooir envera tous. Et la loi qui eat mise ta cette ville a la loi de 
Vervins. Et *i le jun-oot aussi tuit cils qui après mi seront conte de Retest. Et 
se li sires de Balais faisoit aucun tort au bour^ii de Balais et il ne relaissoit 
ce tort par maieur et par eschevins dedans quarante Jours, Je sui tenus après a 
ISiire relaissier ce tort dou seigneur de Balais au bourgois de celle ville, se Je en 
Bui requis dou maieur et des eschevins de celle ville. Et ceste rente nul ne 
tenra ne ne pourra tenir se il n'est cuens de Retest. Et en tesmoïngnage do ce, 
je ai fait seeler ces présentes lettres de mon seel. Ce fu fait en l'an de l'Incama- 
cion Nostre Seigneur mil CC quarante et neuf, le vendredi devant la feste Nostre 
Dame, en mi aoust. 

VidimuB délivré par le prieur de Landèves, Renaud, le 11 du mois de juillet 
1330. [Charte publiée aussi, avec des variantes, dans la notice sur le cartulaire 
du comti de Rethel, n> 80, par M. Léopold Delisle.) 

III. — Vente au coré de Ghetre par Warnier de Balay da droit de 
ban et de jostice que ce dernier avoit en qaatre Jours de terre 
qne le dit curé sToit acheté au di Chetre. 

Janvier 13BÏ. — A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront. Je 
Warniers de Balais escuyer frère Perrard de Balais escuyer salut et bonne amour. 
Sachent tous présents et (uturs que comme descors fut entre moy d'une part et 
Mg* Jean de Nemur prêtre curé de la paroisse de Chetres chanoine de S' Denis 
d'autre, sur ce que ledict Jean voulait acquester en mon banc et en ma Justice 
et avoir le ban et la justice de ce qu'il acqueroit laquelle chose il ne pouvoit 
avoir et ne faire si comme je disois k la parSn par conseil de bonnes gens et pour 
oter toute matière de descorde entre moi et ladicte maison de Chestre je vendis 
•udict Jean et reconnois que Je ai vendu bien etloyaument pour ladicte maison 
quanque J'avois ne avoir pouvoig dès Ce jour en avant en ban et en Justice haute 
et basse de quatre Jours dont deux aient en la terre qui sont Joignant a la vigne 
Le Pr£lre de Chetre deaquels quatre jours li deux aient entre la terre qui meut 
du Temple laquelle fut Doilart d'une part et le chemin qui va a Landëve d'autre 
part et li autres deux jours sient entre la terre de ladicte maison vers la vigne 
que on dit Navel d'autre part et la terre de la teneur du Temple dessus ditte 
d'autre par le prix de cent eols pariais et quatre septiera de froment desquels 
deniers et froment j'ai receu mon créant d'icclny Jean en deniers bons et loyaux 
et en Animent et mentieoi a eaiw et payé et prometa par ma foy donnée corpo- 
relle que encontre ce vendage je me renrai ne ne ferai venir ne par moi ne par 



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- 77 — 

autre ne rien ne recUmeny ne ferai réclamer par quelconque ration que ce aoît 
ne ne querreray art ne engin ne ne ferai requerra par autres par quoy ledict 
veoda^ «lit empeaché de rien et le feray louer et grer a ma femme et en 
donnerai bonnes lettres de la Cour de Reimt et renonce a toua privilèges de 
CTOii donné et a donner a toute aide donna de Roy et de tous autrei seigneurs 
et ■ ce que je ne puisse dire que je sois dëceu de le moitié de droit prix et a 
toutes autres exceptions cavillationa alléfations raisons autant de droit comme do 
{ait qui nous pourroient aidier et a la devant dicte maison nuire et pour ce que 
ce (oit ferme choae et estable j'ai ces présentes tettras scellé de mon propre 
seel. Ce fust fait en l'an de l'Incarnation Nostra Seigneur mil deux cent soixante 
et cinq au mois de Janvier (Ij. 

A ta suite est une reconnaissance du sceau par Kuffln de Ficide et Nicolai de 
Ferred, prêtres et offlciaui de la cour de Reims. 

(Archives de Reims. Fonds S' Denis, Chestres. Liasse 1.) 

IT. — Sentence contre Warnier de BaUy. 

Août 1378. ~- A tous ceux qui ce* présente* lettres verront et orront. Je 
Wamiera de Balais escuyer salut et bonne amour. Comme descora fuit entre 
l'abbé et le couvent de S' Denis de Reims d'une part, pour la raison de leur 
maison de Chelres et moi Warnier de Balais d'autre part, de ban, de justice et 
d'autre droiture que je Wamiera disois et aCfermoia que je avois et avoir devoia 
devant la porte de la maison S' Denis de Reiras qui siet a Chestres entre les deux 
chemins et raitris et des appartenances de la maison devant ditte les quies 
choses ban justice haute moyenne et basse et toute autre droiture l'abbé devant 
dit et li couvent clamoient comme leur a la par de Su par conseil de bonnes 
gens. Je pour moy pour mes hoira, et l'abbé devant dict pour tuy et pour son 
couvent nous mismes dou descort devant dit pour Mg^ Wauchier de Gamay 
chevalier seigneur de Sorcy et pour Mg* Joftroit de Raine cher frère Mg* Huon 
de Baine et promeimea je Wamiers par ma foy donnée corporeil et l'abbé devant 
dIct en bonne foy que nous de haut et de bas tenriens fermement a ce que li 
deux chevalier devant dits ordeneroient dou descortdeseur nommé et fais a savoir 
que li deuxT chevaliers devant dits ont ordonné et rapporté par conseil de bonnes 
gens et par témoignages jurés davont moy et examiné par les deux dis chevaliera 
que en débat devant dit je n'ay raison ne droiture ains demeure li ban et la Justice 
attodroiturequejeyrawlamoieal'abbéet au couvent devant dict et ont esboraéli 
devant dit chevalier entre moy et eux et nous divisés et ces bomea et ces devises 
que li deux chevaliers ont fait je Wamiera les quitte et l'ottroy et recognoii 
qne delà les bondes vera la maison de Chetres je n'ai rien na ne dois avoir et 
promets par ma foy que contre ces choses je n'irai recognois que en lieu ou 
l'église devant dicte ait terre d'une part et je d'autre qui de moy meuve, si il y 
a chemin entre la terre de l'église propre ou de celui qui de li meut et entre ma 
terre ou celui qui de moy meut, le chemin est commun a l'église et a moy 
Wamiera et se li chemin est entre la terre de l'église et celui qui d'ions oieu le 
chemin est tout a l'église et se il avieot chose que je aye terre d'une part et 
d'autre le chemin, le chemin sera mien et ordonnèrent les chevaliera devant dita 

(t) Noos tnat décrit pbis but la kob d« Wvnier de Bataj encwe ai^wada i celle 



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que je Wamient quittance Huaiane homiae de l'egliae et ses pièges tesqu» le 
avoii prina en pièges pour l'aniende que Je cUmoii en Ifeu devant dîcl pour li 
raison d'un fait que cis Huainne bomme de l'église devant dîLle avoir fait en 
iceluy dont li descors etoit et cette ordonnance et toutes les choses qui j sont 
contenues je promets a tenir permenablemenl et a ce alenir je oblige moy et 
mes hoirs el promela que contre Je n'irai ne ne ferai aller et en porteray garantie 
envers tous hommes et pour ce que soit ferme chose et estable J'ai seelt^ ces 
présentes lectres de mon propre seel qui furent faicles t'an de grdce mil deux 
cent soixante et dix huit on mois d'aousl. (Reste un fragment de sceau en cire 
jaune) — (Archives de Reinis. Fonda S* Dents, Cheatres. Liasse l.] 

T. — SeDtsnca contre Warnier de Balay. 

Mai 1191. — A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront Nous 
Warnicra dîide Balais escuyer el damoiselle Ermeniars sa femme salut en Noslre 
Seigneur. Comme descore fut entre nous d'une part et Monseigneur Thoumas 
prebstre de la parroche de Chetre d'autj^, sous ce que nous disîent que ledict 
prebutre avoit enclos avec dedans sa plante et aa vigne en lieu qu'on dit en 
Cbesleleir terre laquelle aatoil en nostre ban et en noslre justice haute et basse 
et avoit ledict prebstre ati un chemin ancien du lieu ou il etoit en anciennement 
et mis en autre lieu leques chemin sied en la voye de Laodéves de lèa la vigne 
le Bailly qni fut fil> jadis Frouaaard lesquelles choses il ne povoit ni ne devoil 
fklre. Si comme nous disisns et sur ce que nous vouliens ledict prebstre 
contraindre a ce qu'il mit hors de sa main deux masures lesquelles movatenl de 
nous el sur ce que nous volions faire adjoumer et poiens par roje de terra el 
etoit tenu i comparoir devant nous ou celui qui seroit en noslre lieu si comme 
nous difliens lesquelles choses le dit prebstre nioit et affermoil le contraire ne 
n'avoit faicl chose que il ne puit faire par raison si comme il disoti. A la 
pardcfln par conseil de bonnes gens nons Wamiera et Ermeniart dessus nommés 
dune part st te dict prebstre d'autre des descora dessus dicta fesmes compromis 
par U toy de nos propres corps en sages hommes et discret Mg- Jehan Prioul 
de Sainct Denys de Reims et maislre Hue doyen de Montmarin el promeismea 
ipie oe qu'il en diroient ou srbilroient ordonneraient de haut et de bas nous 
taorient fermement a toujours mais sans venir encontre ne par nous ne par autre 
lequel arbitre le fait du compromis prins en aux, ouïes lei raisons d'une part et 
d'autre, la v<bili ai comme ils disent deligemnieot en guise et ouïes elcntendues 
raisons lesquelles de l'usage du pays et de droit les pouvoientmouvoirel dévoient 
en U présence des parties et requerrant forment que il deiasent leur dict ou 
leur ordenance ou leur ariiitrage, ils bonnes gens appellées A leur conseil dirent 
ordenairement et pranoncierent par leur arbitrage que nous nr nos suocessenrs 
n'avons n'avoir pouvons et ne devons avoir ban ne juslice nulle dedans le clos 
m lea (osses de la plante et de la vigne le dict prebstre ains; comme elle s'Mend 
da losg et da ley et dirent que li chemin demeonra a loiûours la ou lî prebstra 
l'a mis «t li ban el la Justice dou dicl chemin esl et sera a II [»«bstre dudict 
tieu et dirent qne les deux masures dont l'une qui sied lès la mafson qni fost 
jadis Bave), l'antre au lien qnon dict en la Fienbrière le prebstre dcmonreroat 
a toujours a prebsLres de U ville, ne noue ne nos successeurs ne les porrons 
contraindre de mettre hois de levrs mains ne ne les pomms adjorner par roye 



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- 19- 

dft terre de oe Jour tu ivant et tCDra ledict pr«bstr« ItriiiwhenieDt IsMlletes 
nMorei «ani rien rendra mais le ban et )b justice dei deux maniKB tant 
wnlement demeurer* a nom et a nos lucceaseurB a touijoun permanablement 
ol volon» je Waralars et Emenfars devant dict« que tons présents el fliturfl 
sachant qae lediet, l'ordeasace l*arbitreife en la Tminne et en 1t manière detaus 
dtct«s nous apprOTons, fetoa» et loons et promettons par nos foys fermement 
■ tenir a toujours mais cl garder sans aller contre, ns par nous ne par autres, 
iM ne qaerronc ne ferons qusrre art ne engien par quoj nous ne nos successeurs 
poissions Tenir contre ne en tovt ne on partie, et a tenir toute* les choses derant 
dtola* et chaoune par H do«* obligeons nous et nos SDCceaseurs nos biens tons 
I iMoebtBS et non moeblee preseus et s venir «a qnelcoBCfue lien qu'ils soient et 
MBODceons tant comme a ce par dos foys donnto a toute* evcepttooa de fraude 
de boidie de leaion de otroonventlon de déception et a toutes defenslons et 
allégations de ftici et de droict qui noue pourrptent aidisr a venir contre les 
Aosas dessus dicte* et especialeroent je Ermeniars devant dicte renonoe tant 
oonaM a ce a l'excepliMi de doaire de rapport et de don pour nopcea, En 
teamotngnaig* de laquelle cboae nous Wamier* et Ermeniar* devant dicta avons 
seele ces présentes lettres de dm pmprea seaux desquels doos osons et entendons 
a user, qui flireot donndai l'an de grâce mil deux cens quatre vins et onie, oo 
nM>is de may. 

(A cette charte est appendu un fragment de sceau en cire bmne portant les 
lettres BNIER). 

Suivent les lettres de Odon de Senones et de Gérard de Marte, prêtres, et 
officieux en la cour de Reims, attestant que devant leur envoyé exprès, Beaudouin 
de Brabant. clerc de la Cour de Reims, Wamier de BaUy et Ermeniars sa 
femme ont reconnu leurs lettres et leurs sceaux le ï' jour après la PentecûLe. 

(Arelûvea de Raims. Fonds &■ Denis. Chestrea, Liasae 1). 

n. — Vent* par Btrtraiid ds Balajr et Agnis m fMnms 

Avril 13SS. — A tous ceuix qui ces présentes lettres verront el orront. 
Bertrane escuiers sires de Balais el damoisele Agnes sa feme, salut. Sachent 
tuit que nous avons vendu et recongnoisaons que nous pour nous et pour nos 
hoin vendons et avons vendu et en nom da pur loial el perppeluel vendage 
baillië (|uiUé cessé et otroié a tous jours mail ppluellsmeut sans nul rappel faire 
a religieuses personnes et honesles le prieur et le couvent de l'esglise de Landsives 
de l'ordre du Val des Escoliers en ta dyocèse de Reims pour eux et pour leur 
dicte eaflise toute la segnourie justice haute basse et moiennc et tous les proB* 
iaoues revenues emolumens et redevances rentes et coutumes que nous avient et 
povient avoir par quelque cause que ce fUst eu deux arpens de terre ou environ 
seaDS on ban et on terroir de nosire dicte ville de Balais jougnant au reslaia dun 
vivier sp|>artenant de grant ancienneté on dia religieux quon dit le vivier du 
Moulinet séant snr le missel quoa dit Chalonon terroir de la dicte esglise desquels 
deux arpens de terre ou environ devant dis nous trsnsportons et dou tout en 
tout avons transporlé des maintenant a tous jours pptuement toute la justice et 
segnourie si cAme dessus est dit aveue tout le droit action possession et propriété 
qae nous y avientet povient avoir tant conjoî ne lement quant dunscement ou dix 
rsHgien* aaae rien* a nous retenir on a no* hoir*. Laquele justice et segnourie 



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- 80 — 

el toutes les choses deflsua vendues nous promettons a garentir audii religieaa 
et a la dicte esglise envera tous a nos propres cous et despena. Et est et fu tti» 
cets vendages par mi le pria et la somme de vrij livres vig sote paris bone et Tort 
monnoie courent a présent que nous en avons eu et receu des dîz religieus dont 
nous nous tenons pour bien paiéi et les en quittons el avons quitté a plaîn. Et 
promettons en bonne tay que nousledictvendage el loulea les choses des susdictea 
en la Tourme et manière que il est ci dessus escript lenrons et acomplirons 
fermement de point on point a tous Jours et que contre ne venions ne venir 
ferons. Et en obligeons el avons obligié an dii religieus tous nos biens el les biens 
de nos boirs et de dos successeurt moebtes et noDmoebles presens et advenir. 
Et en renonceons et avons renuncié à toutes autres cboses quelcunques que on 
pourroit proposer contre ces [ettres et desqueles il seroit mestier de taire expresse 
et Bspecial mention en ycelles. Et je damoisele Agnes devant dicte en renonce 
a tous douaires a tous acques et a tous rappors a tous dons pour nopces et a 
tous autres drois consors aydes donnez en faveur des femmes. En tesmoing de 
toules ces cboses nous Berlrans el Apies dessus dii avons seellé ces lettres de 
' DOS propres leaus lesquels nous devons recongnoistre et approuver par devant 
notaire ou tabellion a plus grande seurlé. Donné l'an de grâce mil troia cens 
trente six on mois de avril, 

A Udite chtrle ett atlMcMe la snicanle .■ 

A tous ceux qui ces preusentes leltres verront, Henris sires de Vendy escuiers. 
salut. Sachent tu il que comme Bertrans aires de Balais escuiers el damoisele Agnes 
sa femme aient vendu a tous jours ppluemenl a religieuses personnes et honestes 
le prieur et le couvent de t'esglise de Landaives de l'ordre du Val des Escolieri a 
la dyocese de Reins pour eui et pour leur dicte esglise toute la segnourie et 
justice haute basse et moienne et tous les proik issues revenues et emolumens 
redevances rentes et coutumes que li dit Bertrans et Agnes sa feme avoienl et, 
povoient avoir par quelque cause que ce f\ist en deus arpensde lerre ou environ 
seans on ban et on terroir de leur dicte ville de Balais jougaant on reslais d'un 
vivier appertenent de grant ancieaneté on dix religieus quondit le vivier du 
Moulinet seans sur le ruissel quondit Chalon on terroir de la dicte esglise si comme 
il est contenu plus clairement en lettres faites seur ce seellëea des seaua des 
devant dit Berlrans et damoiselle Agnes sa femme lesqueles lettres je ai vehues et 
entendues diligemment. Je pour la bonne affection que je ai on dix religieux et a 
la dicte esglise et en accroissement de leurs biens comme sires souverains tanl 
comme a moi a mes successeurs ou de ceui qui de moi avoient cause puest ou 
pourroit appartenir leur apprueve et agrée le dicl veudage et admorti dou tout 
toutes les choses dessus dictes on dis religieus et a la dicte csglïse perpeluement 
sans rendre a moi ou a mes successeurs ou a ceux qui de moi avoient cause 
finance quelcunque des dix religieus pour les choses dessus dictes. Et pour ce 
que ce soit ferme chose et estable Je ai seelé ces lettres de mon seel dou quel 
je use et entens user qui feurent faites l'an de grâce mil trois cens trente six 

(Arch. Ard. H. 118, origiaani sur parchemin. Manquent les sceaux). 



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Tn — Dénombrameot ds la t*rre de Vtndy par Jebenne de Vouiierf , 
Richard de Saolx et Sstienne de Saint fhalle (1). 

Sachent tuit que de trè> excellent et puissent prince mon très redoiibté seigneur 
Monsigneur le duc de Bourgoinne, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgoinne, 
pclatin, tire de Salins, conte de Rethet et signeur de Matines, je, Jehenne de 
Vousiers, dame de Ceroon et de Vendy, vefve de Teu noble homme Monsigneur 
Jehan de Sauli, jadis chevalier, signeur desdii Cernoo et Vendy, tant en mon 
non et a cause de' Bogue et Peroone de SauU, meure de aage, mes enfaus et 
anfans dudjt feu Monsigneurde Ceruon, desquels je ay la garde et gouvernement, 
et je Richart de SauU, escuicr, filz desdïs stgneur et dame doudil Cernan et 
Vendy, est (*iel, je, Etliennre de Saiut Phalle, chevalier, signeur de Gigny, a 
cause de Lorencc de Saulx, ma fille. Bile desdi? signeur et dame de Cernon et do 
Vendy, tant conjointement comme diviscement, leuous, advouons ft recong- 
DoissoDs a tenir en lied» hommage et reaort, a cause du chastel el chastelerie de 
OmonL. apparlenent a mondil signeur: Premiers, le chastel de Vendy, les fossés, 
Ik basse court, la grange, les bouvei-ies, les eslables et tout le leuemenl environ, 
ainsy comme tout se tient et comporte de toute para. Item, douze jours de vigne 
ou environ en une piesse que on dit les vignes du Chastel et tentuis audit chastel, 
et puet valoir pour an a croix et a deacroii environ douze livres pariait. Item, 
la maison que on dit la mtitoa de Laubretle. séant en finaige dudil Vendy, avec 
le jardin st appartenences t«nens i ladite maison et avec environ dix quartiers 
de vigue, lesquelles choses puellet valoir par an a croix el a descroix environ 
cinquante sols parisis. Item, environ soixante et quinze journelz que prez que 
terres arables appaKenans a l'adhan dudit Vendy, qui puellent valoir pour an 
a croix et a descroii environ soixante setiers de bief fromant et advoigne par 
moitié, mesure dudit lieu. Item, aocor environ ooie fauchies de pré seans ondit 
bao, qui ne sont point admoinsonnées avec ledit ahan, maix sont retenues pour 
1* pourveance de Postal dudit Vendy, et pueltet valoir lesdictes onze fauchies 
de prë chascun an a croix et a detcroix environ cent et dix soli parisis, auquelz 
prëa fauchier chascun an tout les faucheurs de ladicte ville qui fauchent peur 
aucun doient chascun une journée A fauchier et chascun des autres boui^ii qui 
ae sont mie faucheur doient une journée au fenner, el chascun des autres bour- 
gOiiz qui lient charue en ladicte ville doit une journée a ces chevaux et bamés 
■ amener les foins detdis prés a l'oslel et doient eslre a nos detpens ; et puet 
ce valoir ces choses par an a croix et a descroix environ quarente solz pariais. 
Item, sept njoiea et demy de boii, doute arpans pour la moye, séant on Boaige 
dudit Vendy, teneua aux boix de Bovirier, et puellet valoir pour an a croix et a 
descroix environ nuef livres parisis. lt«m, la moitié du ciega du moulin Touppet, 
avec la moitié dou vivier et appartenances audit moulin, auquel moulin, s'il 
ettoit en estai pour moure. tous les bourgoix et habitans dudit Vendy seroient 
benne* ; lesquelles appartenances ne sont icy en point de prit, pour ce qu'elles 
sont admoinaonnéez avec l'ahan detaus dicL. Item, lo droit et acquecion que 
nous avons et devons avoir de donner et présenter la chappelle assciae et scituée 

(1) Cliarte inédits, mais que MM. Saige et Lacaîlle o 
Tréur des Charles du Comté de Rethel, vol. Il, p. Ui. e 
8 aoOl 1397 au lies de 1390. 



jogle 



on chast«l doudit Vtadj avec lea droit et apptptonaacea d'iceUe. Item, In 
Jbourfoii. bourgoiaes et hibitens que nous avons en Udicte ville de Vcndy nom 
dolent chaecun an annuellement et perpetuelmeat, au Jour de la fe*te Saint 
Denti, une rente de cinquante livret pariaie appelle l'ause de la villa, qui ne 
croit ne ne dsscroit, icelle rente charge a Madame de Nuefville de quatre livrea 
et dix aoU pariiii. aux boira Robin de Bras de dix livres et dix salx pariais et 
au chappelain de 1* chappelle de nostre chastel dudit Vendy de soixante mU 
parisii ; avec ce, lesdia bourgoia, bourgoiae* et habitena dessusdis doienl chaicun 
•n au jour dessusdil unfs chascuna deux poulies, esquellea pouillei Madame de 
NuefviUe et ses complices prennet la moitié et puet valoir le demeuraol pour 
■n pour noatre part environ cinquante pouilles. leequeli argent et pouillea 
deasuadU sont et dolent estre paies par nostre main, et se lesdis boulais ou 
babitens defalleot de pajer audit jour leadictes pouilles en tout ou en partie, 
les defaillena doient ung chascun cint soli pariais de admende i ci se il defalet 
de paier audit jour ladicte assise de cinquante livres pariais dessusdia en tout 
ou en paille, les quatre eschevin« de ladicte ville doient venir tenir prison on 
cbastel dud Vendy jusques a se qu'il en aient fait gfi. Item, uns chascuna bour- 
goix et babitana de ladicte ville qui tient bestea traiana a cbarue, maia qu'il ait 
trait en la aaison de mais ou de wain, nous doient quatre corvées chascun, c'est 
assavoir deux en mars, une a verser et l'autre en wain, et sont lesdictee corvées 
avec l'ahan desauadit. Item, se il nous plaise a édifier en ladicte ville auscuoa 
«difiemens ou maisons, lesdia boni^oia qui ont chevaux traians a charue par les 
saisons deausdictes nous doient chascuns an trois corvées a leurs harnoîz pour 
aidier a admeuer les amploicea pour leadis édifices et nous leur devons livrer leurs 
despena ainsi comme il est acoustumé d'ancienneté. Item, se nous estiens de 
gaerre pour nos propres personnes, la communauté de ladicte ville serait tenue 
de nous aidier et servir partout a leura frais et deapens ; mais se noua avions 
guerre pour aucun de nos parena et noua lea deteniens plus d'un jour, ce serolt 
a nos frais de la an avant ; et se sucuns d'eux defaloit de venir a nos mendemens, 
chascuns deTaillant aeroil i cinc sots pariais de sdmende et de se serait creus le 
sergent feable de ladicte ville. Item, le droit que nous avons que les hommes ou 
femmes de ladicte ville de Vend; ne se puellet marier a personne d'autre 
sifuoriefl que de la nostre dudil Vendy sens nostre congié, et puellent valoir 
lesdia ftH-mariaiges pour an a craii et a descraii environ soixante solz parisis. 
Item, le drait que nous avons que nos béates Iraihans pour nostre hoatel dudit 
Vendf puellet aler pâturer par tous les prés desdis hommes de Vendy, lesquels 
droia sont a présent a noatre saucier dudit lieu. Item, le droit que nous avons 
que nous povona mettre maieur en ladicte ville et sei^nt quels qu'il nous plaisent, 
et demouFont ondit oiBce pour ung an et seront franc et quitte de l'aaise de la 
Saint Dénia et ausy I povons mettre des eschevins qui ne sont pas quitte de 
ladicte assise. Item, le droit que nous avons que se aucuns hostes nous seur- 
vienoent, nous povons envoler eus et leurs chevaux logier es maisons deadis 
hommes de Vendy et leur soient livrer lis pour eux couchier. Item, le droit que 
nous avons que se il nous plaisoit a rendre en religion aucuns de dos enfans ou 
marier ou faire chevalier, les dis hommes aeroienL tenus a nous pour chascun 
anfent de la somme de dis livres psrisis. Item, le droit que nous avons que 
nous povons mettre ban ou tanche en ladicte ville de Vendy cinc semepnes en 
l'an, en quelque tempa qu'il nous plaist, pour vendre nos vins et ne puet autres 



), v^iWWVH- 



ifamAt ledit Uaapt Tsndre vin en Udfete ville, at puet Ttloir ledit bue pftr an 
■ croix et • deicroîi enTiroo quarante miIi pariiis. Item, certain* hëritaiges, 
maiions, vignes, viTien et aultret cfaoM* tean* od ban et flnaige dudlt Vend/ 
que fen Uondeur de Cemon aoqueata «dit Happart de Barbenton, leequels 
noDuvoieut en Sedi ponr lora dudit Monsieur de Cemon a cause dn chastel de 
Vend; : Premien, la msîsaa de Moynfont, le tenement ainiy comme II se 
ctnnparte et anTiron dis quartes qoe bocbet que jnrdini et anviran troîz jour* 
et mig qnirtier de vipie qui sont Assavart. Item, troix fauchies ds ]w4 tenens 
■ ladicte maison. Item, cinc fauchies de pré an une plesse, seaos prés de ladicte 
maison, a raie de Jehan de Baux. Item, dix joon de terra* arables en une plesse 
tettant aui boiz la Dsraoiselle. Item, dix jours de terre an une autre plesse tenant 
« ladicte maison. Item, dix quartiers de terre an une piesse tenant aux pr^ de 
ladicte maiion. Item, cinq jours de terre au lieu de Champpicon, tenant 1 Bertran 
de Fosses ; toutes leêqnelles choses dessusdictes ne sont a présent en point de 
pria pour ce que tout est laissië avec Dostre aha» dudit Vendjr. Item, anviron 
vint et quatre arpaus de boix que on dit le bois la Dsmoiselle, qui puaUet 
valloir par an a croix et a descraix anviron quarsote huit sois pariais. Item, 
anviron six arpaus que pré* que saucis seana anr Aisgne en deux piesses, l'une 
tenant i Madame de Nuefvîlle et l'autre tenant a Girardin de Bercy et peut ce 
veUoir par an huit soU parlsls on anviron. Item, l'estang que on dit l'esteng àr 
MaUevaud, quiconUentanvircm huit arpansde yaue et avec auviron six quartier* 
de saociT tenant audit estant, et puet ce valoir par an ■ croi* et a desctols 
environ quarante soU parlais. Item, certain) autrea menu» cens qui nous sont 
debns chaecun an a deux termes, c'est assavoir au jour de la Saint Jehan et au 
jour de la Saint Remy, sur certains prés, terres et vignes seau* on terroir de 
Vendj, lequeli cens portent los et vantes toutefois que vendue s'en bit, et 
poellent valoir les dis cens par an anviron vint sols parisis. Item, la jnatlce et 
signorle, baulte, moienne et basse, seul et pour le tout, que nous avons ondit 
chastel et basse oourt de Vendy, an tonte la ville, an toute* le* terre*, prés, 
jardins, vignes, bois, esteng et an toutes ajitres choses sppartenans a nous teans 
an ladicte ville, ban et Snaige d'icelle. Item, la mairie de ladicte ville qui est 1 
nous seul et pour le tout, conprlnse en ladicte haulte justice, qui puet vaUoir 
par an a crois et a descrois environ vint libres parisis et le seurplus qui puet 
eacheoir de toa de ventes, de grosses admendes, forfaitures, eitreiere*, truave* 
et antres choses qui puellet valoir par an au pardessus du droit du naleur a crol* 
et a deacrois environ aoixante sols parisis. Item, fieda et anrieraftedi qui aont 
mouvena et tenue de nous a cause de nostredit chastel et terre de Vendy, c'est 
eesavoir : Premiers, le fledx de Uademe Ysabel de Vonsier*, dame de Nuefville, 
■t de Ueeire Raoul de Uondlgeu, chevalier, qui tiennent de nous le* choses qui 
s'ansnit, dont debaa es antreux a présent an Parlement : c'est assavoir la maison 
du Pnel, les foa*4* d'entre ycelle, le clauael devant, la malaon dasur la cave, la 
motte et iM anbre* sur iceUe, le petit vivervel, le* ebauejei dHcelnl, qui puet 
contenir anviron trois fanehie* et demi de pré et pnellent valoir par an a crois 
et e deacrois environ soixante sois parisis. Item, donse jours de v^e an une 
triittrti qne cbanvieres que vigne, appelée* Iss vignes du Prsel, lesquels donse 
jonre de vi^ne, souloient estre cbargiéa de dlssesept muls de vin a feu GnHlaume 
de ta F>ete en heritaige, lesquels feu mesire Guy de Nuefrille et ladicte dame 
de NtMfvine, sa femme, aoqne*toi«ttt ja pies— audit de ta Frète, et leeqneh vlgnee 



1, Google 



-84- 

■ont* proMiit charpéa aux religtonx du Mont-Dieu de'tix mnii de vin rouiBon 
d'AuMi«re, et ancor Iceltee vi^es chargés d'une voye pour aler a piet an la vigne 
appelle la Cotte Jaquet, et puellent valloir icelles vi^es pour an a crois el a 
deacroJB anviron dix livres pariais. Item, le presoir d'entre ladicte maison du 
Prael, qui eat bennez a tous les habitans de ladicte ville de Vendy, auquel presnîr 
les vignes appartenans au chastel de Vendy doivent presoirier franchement, 
excepté que on doit gouverner le presoirier de vivre de bouche an presoirenl 
lesdictes vignes, et ausy il doit preaoirier franchement ladicte vigne appelée la 
Cosle Jacquet ; et puet valloir dédit presoir pour ao a crois et ade«crois environ 
quatre queoli de vin. Item, anviron quatre vins jour* de terres arables seans an 
plusieurs pièces ou flaaige dudit Vendy et puellent valoir pour an a chaacun 
jours anviron ung quartel de bief. Item, dix nuef lauchies de pré an une piesse 
que on dit le pré Labbé. Item, unce fauchiee de pré an une autre piesse que on 
dit le Vivier. liera, anviron quatre faucfaies de pré appelé les Pastures an chemin 
de Vrisf ; et puelent valoir tous les prés deasusdis pour an a croie et a descrois 
anviron trante deux livres parisis. Item, ung saucif séant an la rivière d'Aisgne, 
appelé l'iale de Berru, et puet valoir par an a croix et a descrois anviron quarante 
huit aoU parisis. Item, anviron sept moyes de boii, douce jour* pour la moye, 
seana an lieu dit Bovirier, et puelent valoir pour an a croix et a descrois anviron 
douie livres parisis. Item, uog vivier appelé te vivier Humbele et contient environ 
hnit arpani d« yaue et puet valloir pour an a croîs et a descrois anviron cinquante 
BoU pariait. Item, la o^oitiédu vivier et du aiege du moulin Touppet el puellent 
valoir pour an a croit el a deicroii aoviron six quartels froment et advoine par 
moitié. Item, le four de la ville de Vendy, qui est bennex a tous tes habitans 
d'icelle et puet valloir par an a croix et a descroix anviron huit livret parisis. 
Item, quatre livres et dix soit pariais quenout prenont chatcun an aur la taille 
de Vendy au jour de la Saint Denis par la main du signeur ou dame de ladicte 
ville, et ne croit ne ne descroit. Item, nous prenons chascun an audit jour aur 
tout tes habitaaa faisans feu et menaige en ladicte ville sur chatcun ung setier 
de advoingne et une poullle et puellent valloir pour an a crois et a descrois 
environ soixante setiert avoingne et toixente pouittes. ILem, tousiesdis habitans 
qui ont chevaux ou bnef traihans an la saison de mars ou de waln, dolent 
audit jour pour chascune basLe traihans ung setier de froment et douze 
deniers parisis et pour an puellent valloir a crois et a descrois environ dix 
aetiert froment et dis soti parisis. Item, anviron douze oyes qui nous sont dehues 
chascun an au jour de la Saint Jehan «ur certains jardins, masnaigea et autres 
places seans an ladiste ville et ban d'icelle. llem, la justice et signorie haulte, 
raoienne et batte que nous avons an dessus ladicte maiaon du Frael, an tout le 
pouFpris el tenement et douie jours de vigne dudit Prael, an loutea les terres 
arables et ou pré Labbé. Item, an tous les autres héritaigea dessus nommés qui 
furent acquesté a Millet de Ventuel, justice foncière, c'est assavoir que ton i letdia 
héritatges doient estre gardé par le cergent dudit Vendy, et se aucuns est prins 
an dommaige, nous devons avoir la moite es admendes avec nostre dommaige. 
llem, le Iledi que Lient Jehan de Vaux, escuier, de ladicte dame de NuefviUe et 
dudil meaire Raoul en la ville et flnaige dudit Vendy, et en airiere fledi de nous, 
qui an lient ce qui s'ensuit : Premiers, sa maison, ansy comme elle te comporte 
' de toute part, teans en la ville de Vendy, le saumire, la chanviere, le jardin et 
- autres appartanenew appartraant a ycelte et puellent valloir pour an a croit et 



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« 4ewFoit anviroD quuanU mIc pariiia. Item, dix quarteU da viga* an ub« . 
pieM« an lieu dit A la Croiaette et ne loiit bd aucun pris itty, pource qu'alla» 
lADt appment Aasavart. Ilem, dix quartels de pré aa une pieise Béant an lieu 
dit ■ la Saui maisLre Colart, et puellenl valloir pour an a crois et a deacroia 
anviron-acze aolx pariiig. Item, dii quartela de pré an une autre pieaae aeant an 
lieu dit an Mallevau et puellent valoir pour an anviron vint aoli pariait. Item, 
anviran soixante jours de terre arablea seana an pluaaieun pièces ou ban de 
Vendy et anviron et puellent valloir pour an a croix el a deacroia anviron quini» 
•etjers de bief froment et avoiogne par moitié. Item, environ aept moyea de 
boit an une piessc, douie Jours pour la moye, aeans an lieu dit an Burier, et 
puellent valoir par an a crois et a deacroix aoviroa douze livres pariais. Item, 
BDcor une aultre laoye de boix aeant an lieu dit Boix Galot et puet valoir par an 
vint aoli parisis. Item, le fledz que Mademoiselle Marie de Cousy, damoiselle de 
Vrevin, dame de Saint Baaie et de Vrigne, tient de noua a cause de nottredlt 
chastel et terre de Veudy, les choses qui s'ausuit ; Premiers, la moitié de tous 
les vignaigei des vins de ladîcte ville de Vendy, excepté le sezime d'icelle moitié, 
lesqueli vinaigea ae paient cbascun an au jour de ta Ssïut Remj' el puelent valoir 
par an a crois et a deBcrois anviron troix queuli et demi de vin. Item, la quarte 
partie des pouilles debues chascun an an ladicte ville au jour de la Saint Denis 
et puelent valoir par an a croix et s descroix aoviron vint six pouilles. Item, le 
âedi de Girardin de Bercy, eacuier, qui lient de noua ae qui s'enauil ; Premier* 
BDviroa sept moyea de bois es boix de Bovirîer a Madame de Nuefville. 
Item, dix huit rauchies de pré on lieu dit an Vivier, tenant a Perrenet de 
Provoix. Item, une yle appelée la grand Sart Giapperon, auquel sert ledit Girart 
a les deux para. Item, an petit Sart Chapperon desouz Vendy, ateoante de 
Madame de Nuefville. la moitié. Item; une iale deaoubz Escharton, tenant aux 
vignes Girardin Noël. Item, le sart Chapperon de ver Vriaey, tenant aux hoirs 
Jehan de Chauson. Item, la moitié du vivier du moulin de Terron. Item, le fiedx 
de GoberL de Villers, escuier, qui tient de nous ce qui s'ensuit; c'est assavoir 
six quarlels de vigne on ban de Vendy en lieu dit Muasey, tenant aus vignes du 
Prael. Item, le fledz de Meaire Loia de Chenery, chevalier, qui tient de nous sa 
rivière de Vrisey ainsy comme elle se comporte de long et de large avec les 
appartenances d'icelle, et puet valloir par an a croia et a descroïa anviron vint 
huit solz pariais. Item, le Sedi de Mesire Guy de Cornay, chevalier, qui tient de 
noua a cause de Madame sa femme, environ six jours de terres arables on finaige 
de Vendy, tenana au boix la Damoiselle. Item, ung jardin, une mature et une 
viez vigne tenant a Bemy Barre et puet tout se valloir par an a crois et a 
descrois anviron vint huit solz paritis. Item, le fledi de Perrenel de Frovoix, 
eacuier, qui lient de nous A cause de damoiselle Marguerite de Sanlis, sa femme, 
ae qui s'ensuit : Premiers, la plasae au cloa, fessez pourpria, voies et aisément 
c'en appelle Chanterainne desout le moutier de Vendy et puellent valloir par an 
a croîs et a descrois anviron trente solz. Item, une piesse de pré contenant 
environ traote six fauchies an lieu dit an Vivier, tenant k Madame de NusfviUe 
et puet valloir chaacune fauchie pour an a croia et a descrois anviron dix toli: 
sDr lesquelles choaea desus dicles se aucune* amendes i eschoient, lidis Perrenet 
y averoit la moitié el nous l'autre, pour ce que noua les faiaaons garder par 
nostre sergent. Item, le Sedi que tiennent de nous les hoirs feu Robin de Bras 
escuier, de dix livres et dix aolz pariais de rente qui prennent par neatra main 



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-86- 

ehMODik M tn jour de la Saioi DenU tm ruia» et UUla qm noni «tom 4udlt 
Vmdy andlt jour. lUm, le Sedi de Millet BiMisnoo, qai tient de nous m qui 
•'•Btuit : la jailica haulte, moienaB et bme de la TÎlIa de Semueie einprie 
MaiiterM, Item, une maiion que od dit la maiuiD de Veody, le jardin derrier 
iceDe et ung cent de terra, i]ui puellet valioir par an a croix et a descroix trante 
denz aoli pariait. Item, le four et la maiaOD du four avecquei uog courtil devant 
la porte, qui poet raloir par ma a eroii et a deecroie quarante huit aoli pariaia. 
Item, lea bonrgoiaie* dndit SenneH, dont chaacuu boui^iz doit au jour Saint 
Iten)]r an cbief d'octobre deux lolt pariiii ; montent par an a croix et a deacroia 
eoTiron donie lola. Item, lea terraiges dndit Semueie, moitié bief et l'autre 
adTeingae, ■ enix et a deaooix ung muy, mesure du lieu. Item, l'iaue de la 
Hnrtnre, a croix et a deacroia par an quarante huit loli. Item, quatoneiWuchlea 
de pré ondit ban, qui puellent valloir par an a croix et a deieroii quatre livre* 
aeu tola partili. Item, lea cens dudit Semuew au Jour Saint Jehan, qui ne 
croitsent ne ne deacroiuent, alx tola dix denier* pariait. Item, audit jour, bief, 
oint quarteli et demi, metura du lieu. Item, audit jour, avoingne, quatre tetiert. 
Ilem, an Jour Saint Remy au chief d'octobre pour cent que let tignenn de 
ViDera dolent pour leurt teneuret on dit ban de Semuete, tant prêt comme 
terret, qui ne oviaaent ne ne detcroiaaeot, trente denx deuieri paritia. Item, 
audit jour Saint Remy, pour meont cent qui ne croitaent ne ne detcroitaent, 
eint toU parlait. Item, audit jour Sabt Remjr pour la waingnerie centet eitant 
audit Semnete, tint tobc paritia, qui ne croiwent ne ne deacroiuent. Ilem, au 
jour de Noël bnit chappona et trais quart. Item, audit jour douie pouitlea et nne 
obole, leiqueli chappona et pouillea ne croitaent ne ne detcroittent. Item, le Beds 
Hani; de Balley, etcuier, qui lient de nout a eante devant dite, la fort maiton 
de Ballay et le baïae court, ainay comme tout te comprent. Item, le jardin darrier 
la maiton et le champ ta nojTM', contennit trois jouit ou anviron. Item, la ville 
et boorgoix, et puent eitre vint cinc feux ou environ, et let retcouvret de la Saint 
Jehan et Saint Martin vallent lolxente toit ou anviron et au terme de la Saint 
Remy cbatcnn feu deux pouillei. Item, le moulin, trente aetiera de bief on 
anviron. Item, le vivier, aix arpana de yaue ou environ. Item, la Utieulerie, la 
maiton et le jardin, vlnct quatre milliers de thieule ou anviron. Item, le four qui 
puet valoir par an soixante tola ou environ. Item, le preauit, Iroiz mois de vin 
pour an on anviron. Item, lea vinaigea, aix muis ou environ. Item, a la grant 
vifne, dele* le bochet, trait jours ou anviran. Item, le vigne qui fust damoitelle 
Yaabel de Ballay, ong jour ou anviran. Item, la vigne qui futt damoitelle 
Hermine de BtUay, ung jour ou anviron. Item, les champs de la Cave, trois jonre 
et demi ou anviron. Item, le bocbet delet la grant vigne de Ballay, contenant 
demi jour. Item, la terra qui vat au bochet, ung joor on anviron. Item, la terre 
delet Jay an le Poterie, demy jour on anviron. Item, la terre deaout le grant 
prd, ung jour OU environ. Item, la pasture devant le moulin, vint verges ou 
anviran. Item, le grant pri de Coile Fourneile, trois fauchie* ou anviron. Item, 
le pré la Dtmoitelle, sur Pournelle, deux fauchies ou anviron. Item, le pré Robert 
en la Waurelle, deux ftuchiet ou anviran. Item, le pré enmy la Waurelie délit 
let prés de Landaivei, trois quartets ou environ. Item, eu chief de ta Waurelle 
delea Bardot, trait fauchies on anviran. Item, deaaous lea plantée de Landaivea, 
demi Jour ou environ. Item, antres Bedt qui tont tenus dudlt Htnry de Bellay 
et arrière fiedt a noua, te qui •'•nanit i Premiert, le fleda de Uadame de Nnefville, 



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— 87 — 

qtu tieot dndit Hanr; de Ballay au Uaignil delà Noirviul la moHU d'euae 
maanra et anvirOD quatre Joun que prit que teirei et haïas sur Foumelle. Itani, 
le fledi que tient dudit Haniy Jehan dou Mai^il, qui an tient cinquante jonra 
de boix ou anviroQ ; item, quatre joura que terres que préi que on dit les Haiei 
wir Foumelle; item, la moitié d'unemaiure. Item, le Bedi de Gillet de Meraucourt, 
qui tient dudit Hanry quarante joun de boix tenant a Jehan du Mai^il. Item, 
le fiedi de Jehan de Cuills, eacuier, qui tient dudit HaDry de Ballay ung vivier 
cent yane et cani poiaoni ; item, a la queu dudit vivier huchie et demi de pré' 
Item, le fledi que tient de noua Jehan de Ballay, eacuier, a cause de naître dit 
chaatel et terre de Vendy : Premiert, la moitJi de la maison de Ballay et la moitii 
de la basse court, fanges, estables et jardin* et tout ae qui y puet appartenir. 
Item, le Sedi de Mesire Robert Dsgnie, chevalier, qui tient de nous te qui 
s'ensuit : c'est assavoir le quart de tous les vinaiges dudit Vendy et encor ung 
seiime de vinaifes sur tes viaaigei que tient et lieve Madamoiaelle de Vrevin 
audit Vendy, et puellent valtoir par an lidit vioaige a croie et a deacroii anviron 
deux queulz de vin. ILem, sur le tiers des dismes de blet dudit Vendy, ledit Mesire 
Hobert, Dag'nie prent de cent gerbes les deux, chargië sa dicte part de nuef 
quarteli de mestillon a l'eigliae dudit Vendy ; et puet ralloir sa part après ladicte 
charge paie, pour an, a croix et a descroix anviron six quartels de mestillon.. 
Toutes lesquelles choses si desus deriséeset dénommées, je, Jehanne de Vousiera, 
dame de Cemon, es noms que dessus, et je, Richart de Saux, et je, Estienne de 
Saint Phalle, de susdis, tenons et recongnoissons et advouons a tenir en fledt de 
noBtredit tria redoubtë signe ur, a la cause ou raisons desuadictes, et generalment 
recongnoisons et advouons a tenir en fleds, homouige et ressort de nostredit tria 
radoubté ligueur, Monsigneur le duc de Bourgoinne tout se que nous avons et 
povons avoir en ladicte ville de Vendy et is apparteaencea et tt autres lieue 
Toisins es choses qui doient mouvoir en fledz de nostredit tris redoublé signeur, 
et tous les Qedi et arrière fledz qui a cause de se puelleut et doient estre tenue 
de nous ; et se plus y avoit Es villes, lieus, bans et finaig ee desus nommés que 
nous doiens tenir en fledi de nostredit très redoublé signeur qui an cest présent 
denommenent ne fussent ou soient spécifiés ou dénommés, ou qui par antre 
mangniere dehuuent estre desclairiés, sy recongnoisons noua tout se a tenir en 
fledi et bommaige de nostredit très redoubté signeur, protestant aussy que ceat 
dit prissent denommenent nous puistiens corrigier et plus a plein deeclarier, s'il 
le coDvenoit juiques a raison. E]n lesmoing de se, nous avons mis nos trois seauLc 
a cea preeenlet lettre* de denommement, qui furent imites et escriptes le 
nti' jour du moix d'aoust, l'an mil 0001111™ et aeae. 

(Restent lea attaches des trois Hceaui aigouid'hui dieparua.) — Archives du 
Palaia de Monaco, T. U. Vandy (1). 



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A propos de RIMBAUD 

SOUVENIRS FAMILIERS 

(suite). 

A Ourles Komi). 
VU 

Il faudrait le sablime langage de Bosauel, il faudrait évoquer 
le n coup de tonnerre » et la n nuit effroyable » et le « Madame 
se meurt. Madame est morte!... » pour que vous ayez une 
idée — encore très afTaiblie — de outre stupeur quand nous 
apprtmes cette nouvelle : le collège est rouvert !... 

Gomme les gens à soumission banale, je me consolai de ce 
coup du sort en déclarant d'un air vaniteux : « Je l'avais bien 
dit!... » et docilement j'allai... au thé&tre. Ne riez pas: c'était 
cela, vraiment, qui rouvrait. 

— Quoi 1 déjà?... quand l'étranger, d'un pied brutal et ferré à 
glace, foulait encore le sol sacré... 

Rassurez-vous. Je puis afSrmer que tout le monde, à cette 
époque, devenait d'un sérieux à faire peur, et si le théâtre de 
Charleville déverrouillait ses portes sonores, ce n'était en aucuae 
manière pour le divertissement de cette « frivole société du 
Second Empire » dont vous avez, ainsi que moi, dès longtemps 
déploré la légèreté funeste et la coupable imprévoyance, mais 
dans un but des plus nobles et, certes, pas drôle du tout. Il 
s'agissait de « rendre les enfants à leurs mères », je veux dire à 
la science et aux lettres. On avait retrouvé, de ci de là, quelques 
professeurs qui souffraient de n'avoir à faire que tourner leurs 
pouces, et à défaut du vrai collège — celui de la place du Saint- 
Sépulcre — toujonra occupé par une ambulauce, on leur offrait, 
aménagé tant biun que mal à usage de classes, le lieu de plaisir 
en question. Ces hommes de dévouement l'acceptèrent. 

Mais pour ma part, je fus bien déçu. Je pensais que nos classes 
seraient installées sur la scène; j'entrevoyais la possibilité de 
jouer à cache-cache dans les coulisses ; les camarades que je 
rencontrai dans le vestibule me détrompèrent à l'instant : 

— Ce n'est pas sur la scène, mon vieux ; c'est là-hau(... 

— Là-haut?... 

— Oui, ià-haut... dans des chambres. 

— Des chambres?... 



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-88 - 

ImpalicDlés de mon abrutissement, ils s'élancèreot ; je les 
suivis par un escalier poussiéreux, éclairé d'un jour blafard. 
Nous Irouv&mes le bon U. Duprez qui nous attendall, iDstallé, 
peu luxueusement, à une petite table, dans une chambre — en 
effet — décorée de toiles d'araigoéee nombreuses. Pour nous, 
d'autres tables, assez éclopées, et des bancs. Nous étions bien 
une demi-douzaine. M. Duprez dicta une version latine, expliqua 
de l'Euripide, commenta Pascal. Avec la gloutonne activité de 
cadavres sortis du tombeau et qui rentreraient tout à coup chez 
eux pour manger la soupe, mes compagnons prenaient des actes. 
Il y avait dans cette salle un poêle rond, parfaitement vide, avec 
UD long tuyau rouillé traversant la fenâtre par uo carreau de 
t&le. J'étais navré. 

A la porte du bitiment municipal me guettait Rimbaud, 
ricaneur; je lui dis mes impressions; elles le réjouirent... puis 
son visage prit un aspect soucieux et il me narra un drame de 
famille qui avait eu lieu, la veille, au numéro 5 du quai de la 
Madeleine. 

Il convient d'interpoler ici, à l'intention des futurs biographes, 
que M'°' Rimbaud, — pour des raisons d'autant moins intéres- 
santes que j'en ai perdu tout souvenir — avait cru devoir quitter 
la rue Forest depuis un an ou deux, et transporter ses dieux 
lares dans l'immeuble sus-désigné, dont les locataires possé- 
daient l'inappréciable privilège de voir quelquefois passer un 
bateau sur la Ueuse et de contempler chaque jour l'occidental 
versant du Mont-Olympe. On entrait dans cette maison par un 
corridor menant à une petite cour où était une porte de l'appar- 
tement et où se trouvaient aussi les bureaux de M. le percep- 
teur... à moins que ce ne fût de M. le receveur municipal... en 
tout cas d'un fonctionnaire utile, qui recevait beaucoup d'argent 
des contribuables et qui en donnait un peu au propriétaire. Et 
pourtant de cette cour à tant de points de vue respectable 
Rimbaud devait s'inspirer pour la scène la plus étonnante des 
Premières comtauniotu... Vous vous souvenez... 



La loetroe faisait nn oceiir de lueur vive 
Dani la cour où lei cieuz bas plaquaient d'ors venneils 
Les vitres ; le* paTJs puant l'eau de iHiive 
Souftaient l'ombre des toit* bordés de n 



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-80- 

G'eet Bur cette cour également que donnait la chambre d'Ârlhar 
et de Frédéric : 

la chambre nue aux peniennes cIomb 

Haute et bleue, ftcrement prite dliuinkliU. 

II est possible, après tout, qu'elle ne fût pas bleue ; le poète 
voit e( met les couleurs qu'il lui plaît — autrement serait-il un 
poète? — mais qu'elle fût humide, à cela rien d'étonnant puisque 
située au rez-de-chaussée. 

Bénissez-moi, biographes, et je cootioue. 

M"* Bimbaud, prévenue par circulaire — ô monsieur Des- 
douests I... vous ne pouviez pas nous laisser tranquilles?... — 
avait donc prescrit à son Sis de rejoindre au plus vite la couvée 
universitaire dans le temple de ThalJe el de Melpomène. Arlhur, 
sèchement, répondit qu'il ne se sentait aucune disposition pour 
le théâtre. D'où à lui répliqué, vivement, que le jeu de mots 
n'était pas acceptable, et puis re-résistance, et puis re-insis- 
tance, et puis échange de fiers ultimatums.... Â.uS3i longtemps 
que les enfants seront plus jeunes que leurs parents, ce sera, je 
crains bien la même chose... 

Or c'est ici que se place l'incident de Rimbaud résolu à vivre en 
ermite dans le bois de Romery, plutôt que de céder aux injonc- 
tions maternelles ; je n'y insisterai pas, en ayant déjà parlé dans 
mon livre grave. Maiolenaul je reconnais de très bonne foi que 
le déparlement des Ardennes el même les départements circon- 
Toistns sont eu droit de me dire ; u Qu'est-ce que cela signifie ? 
Yoici un garçon qui montrait, l'année précédente, un zèle ardent 
pour l'étude... il avait obtenu des succès éclatants, ses profes- 
seurs le traitaient en camarade, ses condisciples eux-mêmes 
n'étaient pas sans lui témoigner de l'eslime... Pourquoi ne 
veut-ll pas retourner au collège?... Qu'est-ce que le collège lui 
a fait?... ■> Dame!... je n'en sais riao. Je suppose... une indi- 
gestion de nourriture classique, parce qu'il en avait a trop 
pris »... La jeunesse étant, d'habitude, plus sage et d'appétit 
beaucoup plus modéré, des cas analogues sont très rares, et il 
est préférable, à mon avis, de ne pas se poser à leur sujet des 
questions trop angoissantes. Pourtant si la « science » tenait À 
une explication autre, je lui propose encore celle-ci : Rimbaud 
vivait deux fois plus vite que le commun des mortels ; à seize 



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-91 - 

ans iLen ayait, sous certains rapports, trente ou quarante (1) ; et 
un quadragénaire ne va plus en classe, il agit, il produit, il crée : 
Rimbaud sentait cela tellement que, pour la vie qui lui était 
imposée d'après sa logique particulière, il ci-oyait avoir perdu un 
temps considérable : en ce moment il aurait dû être à Paris, en 
pleine action, en pleine lutte... Si vous rencontrez un homme de 
science qui veuille bien se contenter d'aussi mauvaises raisons, 
faites-lui mes compliments bien respectueux ; toutefois c'est une 
possibilité que je n'envisage guère ; tout le monde me dira que 
mon ami, puisqu'il «ortait de rhétorique, aurait dû se b&ter 
d'entrer en philosophie et ee préparer à « subir les épreuves » du 
baccalauréat, suivant le vœu très légitime de sa maman. Ce n'est 
pas moi, aujourd'hui, qui soutiendrais le contraire : mais en 
1871, je ne prenais au sérieux que les choses les plus anormales 
et j'approuvai Rimbaud, bien entendu, comme je l'approuvais et 
l'admirais en toute circonstance. 

D'ailleurs la pédagogie tbé&tricole eut des rénultats si minces 
que l'on y renonça promptement. I>a liberté nous fut rendue 
pour quelques semaines encore. Le petit bois de sapins qui 
descend le long de la colline du Boisenval noue abrita tous 
deux pour des lectures, commentaires et notes copieuses dans 
Rabelais. Les rues de Charleville noua virent aussi déambuler, 
présomptueux disserta teurs, faisant de beaux tas de ruines avec 
tous les principes sociaux, philosophiques ou littéraires qu'ad- 
mettent les personnes de bon sens, et quand l'on rencontrait 
n un petit vieux bien propre s, c'était pour le saluer de cette 
remarque afQigeante ; « Encore un qui a voté oui au plébis- 
cite I... » Le bon monsieur nous jetait un regard de hyène et 
passait en levant les épaules, mais je pense qu'il était bourrelé 
de remords. 

Et cela dura jusqu'au jour cruel où chaque famille reçut l'avis 
que le collège, débarrassé de tous blessés et malades — je 
suppose que l'on acheva les plus atteints (2) — le collège authen- 

Jl] Et même cinquante : WD(ai à raSIrayute ii« menlale, i ce pn"!! y « de «mulète 
lition huDMina diDi 1* pajaîa si lerribiemeot eninée de SoUil «1 Cliair (nui 1870 ; il 
initquiiuenu!...} : 



L'idéal, la pensée invincible, dtemelle. 
Tout le dieu qui rit tous son argile chameU 
Montera, oionWa, brûlera aona ton front t 



(S] Ibii je n'en ni* pu lAr. SnUt, Q ntaittiniie amlralaiiee i CbarletiDe ; eaOa dn PMit-Bdi. 



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-9a- 

tique, le collège pour de bon, nous ouvrait les bras... disons les 
pinces, pour rester dans la vérité. 

Rimbaud allait-il penser derechef à se réfugier dans les 
bois?... Il fil mieux, il quitta Charleville, et n'ayaut pas un sou, 
ni plus rieu à vendre, s'en fut à pied jusqu'à Paris, Cette fois, il 
connaissait un moyen d'j' vivre : la garde nationale, trente sous 
par jour. D'autre part, c'était une occasion d'agir conséquemment 
avec ses principes révolutionnaires. 

Deux cent quarante kilomètres par le train 11, mon Dieu! je 
veus bien qu'à la rigueur ce ne soit paç. comme on dît, » la mer 
à boire u, el qu'un tel effort, en nos temps de sports athlétiques, 
puisse paraître banal ; cependant je vous prie de considérer que 
notre champion, dépourvu d'entraîneurs, n'emportait aucune 
provision de bouche, qu'il devait, s'il ne voulait pa-j tomber 
d'inanition, compter sur des âmes charitables, lesquelles sont 
parfois d'une curiosité bieu gênante ; surtout pour un adolescent 
qui va offrir ses services à un gouvernement itisurreclionnel, 
qu'il lui fallait éviter avec soin de laisser connaître le but de son 
voyage, trouver des histoires très ingénieuses, prendre un air 
très ingénu, pour obtenir de coucher dans une grange, et le 
cross country, dans des conditions pareilles... c'est une « perfor- 
mance », ou je ne m'y connais pas. 

Aussi bien, Rimbaud n'en était plus à son noviciat dans la 
pratique du vagabondage; il savait comment on peut ménager 
ses forces à condition de ne laisser perdre aucune des petites 
utilités fortuites présentées par la vie de grand'route. Par 
exemple, cette carriole qui passe, eh bien (... puisque le conduc- 
teur a une bonne tète, puisqu'il s'ennuie et ne demande qu'à 
causer... 

— Fait frais, ce matiu I... 

— Ça oui I... Vous allez à B.,. !... 

— Non, je vais plus loin : à D... 

— Ah!... y a de quoi faire I... 

— Pour sûr!... 

— fienl... montez... je vous épargnerai toujours six bons 
quarts de lieue. 

Après celui-là, il avait parfois la chance d'en trouver un autre 
aussi complaisant, et c'était encore autant de gagné pour le 
marcheur. Ces petits services devaient naturellement se payer 
en histoires, car la solitude des champs rend les imaginations 



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gourmandee, el pour s'acquitter de cette manière, le poète se 
trouvait parfailemeiit « à hauteur •>. Inutile de chercher dans 
Perrault ou Tite-Live : il avait la r«Jcente guerre, abondante 
mine de récits fabuleux. Sur les horreurs commises par l'ennemi, 
sur les bons tours qui lui furent joués, sur les innombrables 
Prussiens <• décrochés » par les francs-lireurs et même par de 
simples bourgeois, sans compter les exterminalious en tas 
qu'opéraient nos artilleurs ou dos fantassins, Rimbaud prodi- 
guait aisément les plus savoureux détails. Si le boa paysan, 
ravi d'abord, avait à la fin, au moment où il arrêtait son'cbeval 
sur la place du marché, un clit^nement d'œil, et demandait, 
soupçonneux : 

— Alors, comment qu'ça s' fait qu' c'est eux, en définitive, 
qu'ont été les plus forts ! 

Rimbaud, goguenard, disait en descendant de voiture : 

— C'est parce qu'on a été trahi. 

Une fois, pourtant, il lui fallut payer autrement qu'en monnaie 
de singe. Un voiturier fortement pris de boisson, qui venait de le 
véhiculer cahin-caha pendant une bonne heure, concurremment 
avec des sacs de blé et quelques futailles, voulait absolument 
qu'il lui donnât... « une image pour son gamin «. Idée fixe 
d'ivrogne. Rimbaud, ti-ès heureusement, avait un album de 
poche qui lui servait pour grifTooner, suivant les caprices de 
l'inspiration, de poétiques ébauches ; il en détacha une page, et, 
de mémoire, d'après une charge d'André GiU, crayonna le por- 
trait de M. Thiers. Le pochard prit fort bien la chose, contempla 
gravement, quelques minutes, ce chef-d'œuvre, et le pliant avec 
soin, le mit sous sa blouse en grommelant: « Rahl... c'est 
toujours un bonhomme, et ça fera plaisir à Gustave... » 

J'ignore ce que Gustave a pu faire du précieux dessin ; dans le 
cas oii il le posséderait encore, je ne puis que lui conseiller de 
l'offrir â M. de Rothschild : il en tirera bien une quarantaine de 
mille francs. 

A défaut d'un « Phaéton » bon zigue* il fallait tricoter des 
jambes, et c'était le cas le plus ordinaire. La Revue d'Ardenne et 
^Àrgonne a décrit l'apparition de l'exténué parmi nos bons 
communards, l'attendrissement de ceux-ci, leurs joyeux trans- 
ports eu voyant la province fédérée « levée en masse » dans la 
personne du jeune républicain ; elle a dit la collecte en faveur 
de ce frère venu « k pattes » et qui n'a pas un n rond », la 



ûgle 



-94- 

grandeiir d'&me de celui-ci qui restitue &ux « frao^ns w leurs 
cotisations sous forme de consommatiODS variées... je D'iosisterai 
pas sur ces faits mainteDant archi-connus ; j'ajoute seutemeot 
cet épisode inédit. 

Au moment de la prise de Paria par les « Yersaillais », Rim- 
baud avait réussi à passer dans les mailles de l'immense épervier 
dont l'armée assiégeante, et furieuse et qui ne faisait grâce & 
personne, enveloppait, d'Âuteuil à Montmartre, la Commune 
vaincue. Le voilà horA des murs ; il marche, il marche, tant qu'il 
peut, dans la direction du nord. L'essentiel avant tout c'est de 
gagner du terrain vers la campagne, de sortir bien vite des 
banlieues que parcourent des pelotons de cavaliers ramassant 
tous les fuyards. Car le « foutriquet » si gaiement caricaturé par 
lui quelques semaines plus tôt, car M. Tbiers, qui connaît sur le 
bout du doigt ses guerres du Premier Empire, est un stratège 
d'autant plus inexorable, d'autant plus enragé, qu'il n'avait pu, 
avant l'&ge de 74 ans, trouver l'occasioD exquise de gagner lui- 
même une bataille, et cette victoire il la veut complète, absolue, 
comme on désire les choses quand on est sur le point de quitter 
la vie. 

Donc Rimbaud a trotté la journée entière, traversant les 
villages d'un air affairé pour tromper les regards déBanta qui 
guettent sur le pas des portes ; le soir venu, il ferait bien un 
somme dans une écurie quelconque, mais il sait qu'en ce moment 
tout pauvre diable est suspect, tout vagabond menacé d'une 
arrestatiou immédiate ; il ne peut s'arrêter que dans une agglomé- 
ration populeuse, où l'on ne prenne point garde aux figures incon- 
nues... et malgré sa.fatigue, il continue de monter, de descendre 
des côtes... Il parvient à Villers-Colterets. C'est moitié ville 
moitié village... Tant pis I coûte que coûte, il va se reposer un 
peu... La nuit est profonde... S'il pouvait découvrir une maison 
en construction, une cave laissée ouverte, n'importe quoi où 
s'enfouir sous un édredon de ténèbres!... et au petit jour il 
filerait... Mais à Yillers-Cotterets comme ailleurs l'ordre public 
est sur pied... Qu'est-ce que cette troupe d'hommes dont les 
pas retentissent, cadencés, là-bas, et qui approchent?... Une 
patrouille, des gendarmes!... Il se jette dans une rue latérale, 
puis dans une autre, puis dans une troisième... Pour le coup, il 
n'entend plus les bottes de la maréchaussée ; tout est silen- 
cieux... noir comme l'intérieur d'un four... il s'avance, tfttanl les 



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-96- 

mure... oh ! ce besoia de sommeil!.. . N'en pouvant plus, il va se 
coucher sur le trottoir, quand sa main heurle une porte... qui 
cède... ma foi, il pousse... il entre, suit un couloir, trouve une 
autre porte, jin loquet... qu'il fait jouer... Cette ohnmbre est vide, 
probablement... Il va s'étendre sur le sol, quand soudain il 
tressaille... quelqu'un, tout près de lui, chuchotte... Hein?... 
celte chambre est donc habitée... ou hantée?... N'importe!... 
vivant ou spectre... il est trop las... mais les chucbottements 
recommencent... Il dislingue une voix nerveuse, craintive, de 
Temme... Voici la lampe allumée... Un couple de jeunes gens, 
h&livemenl vêtus, apparaît. En toute simplicité, Rimbaud leur 
explique son cas. Il ne demande rien, ne veut déranger personne, 
il voudrait seulement dormir, étendu sur ce plancher, quelques 
heures. La jeune femme, très énergiquement, refuse, Rimbaud 
insiste, elle s'énerve de plus en plus, ue veut rien savoir... son 
compagnon hésite, bon garçon. . Le couple délibère à voix 
basse... L'homme était de taille, certainement, à mettre dehors 
l'iotrus sans beaucoup d'efforts, maie il paraît que celte nuit-là, 
des raisons particulières défendaient aux hâtes de Rimbaud de 
faire du tapage, car la dame, devenant tout à coup aimable et 
conciliante, lui propose une combinaison qu'elle déclare très 
avantageuse ; tout pi-ès de là demeure madame Lévfique, une 
vieille personne charitable; il sera beaucoup mieux; elle le 
recevra pour sdr... 

— Parfaitement! dit le monsieur, d'un ton singulier, madame 
Lévêque, la première maison après celle-ci... pas d'erreur... 

Notre pauvre communard se laisse tenler. A peine est-il sorti 
que derrière lui la porte se ferme au verrou, et qu'une voix 
railleuse lui crie : « Madame Lévêque 1... n'oublie pas madame 
Lévéque : c'est à deux pas !... >> Et des éclats de rire. 

Mais les gendarmes étaient passés. Rimbaud se tratna jusqu'au 
bout de la ville, puis découvrit un endroit couvert de brous- 
sailles, ofi il dormit de tout son cœur. 

Quand l'éveillèrent le gai tapage des oiseaux et la douce 
musique des premières abeilles, il se rappela « madame Lévêque », 
trouva la farce tout à fait « rigolote u, et cette pensée lui fut un 
réconfort. Sa double étape du premier jour l'avait mis assez loin 
de la capitale pour qu'il pût maintenant alléguer qu'il venait de 
Rouen, même de Dieppe ou de Valognes, obtenir çà et là un 
morceau de lard avec la permission de coucher dans le foin ; 



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bref, la coDditiOD de cheroineau redevenait présenlable; et il 
était frais comme une rose nouvellement épanouie, quand appa- 
nirenl à son calme regard les façades non moins tranquilles du 
quai de la Madeleine. 

La seule maladie qu'il eut en conséquence d'une randonuée 
aussi laborieuse fui de tomber amoureux d'une jeune tille., 
parce qu'il lui trouvait « au physique » — ce sont ses propres 
termes — n une analogie frappante avec Psuké ». Nous devons 
en inférer que ce n'était pas une mafflue. Où l'avail-il peucon- 
Ipée? A Mézières, à Charleville?... Peu importe. L'essentiel est 
que le petit dieu malin venait de le piquer à fond et qu'il pouvait 
prendre pour son compte les gracieux vers anciens que vous 
connaissez : 



Mignon, dil Vénus, si la pointe 
D'ane mouche i miel telle atteint* 
Droit an cœur, comme tu dii, fait, 
Combien sont navrée davantage 
Ceux qui mdI épointe de la rage 
Et qui sont percët de ton trait t 



Il agit du reste, en celte circonstance, avec la bravoure 
enfantine, si jolie, qui lui était habituelle. Du moment qu'il 
aimait cette personne idéale, la première chose à faire était de 
l'en informer; il lui écrivit donc, chez son papa et sa maman, 
une épttre fort polie — et poétique, voub le croirez sans peine — 
où, à seule fio de lui expliquer de vive voix l'état de sou Ame, 
il lui donnait rendez-vous dans le square de la Gare... tout 
bonnement. Et les parents lurent la lettre, bien entendu. Le 
procédé leur parut si prodigieux qu'ils furent égayés à la fois 
et consternés, puis qu'ils désirèrent connaître cet effronté 
damoiseau, enSu que la gamine vint bel et bien au rendez-vous, 
accompagnée de sa bonne. « ËITaré comme Irenle-six millions 
de caniches nouveau-nés » (c'est ainsi qu'il décrivait son attitude), 
il se présenta, rouge, balbutiant, incapable d'assembler trois 
mots, taudis que la demoiselle, curieuse, amusée, l'enveloppait 
de «son regard illaudable»... et que la bonne pouffait- L'entrevue, 
dans ces conditions, ânit tout de suite; mais le papa, dès le 
lendemain, prit sa meilleure plume de Tolède, en vue de signaler 
à M** Rimbaud qu'elle avait puur 61b un gaillard... k surveiller 
très assidûment. 

Conseil qu'il était moins facile de suivre, hélas ! que de 

Di:iilizf.!!), V^H.>V_IVH- 



-97- 

fonnuler. Rimbaud comptait déjà plusieurs « passions » du 
m£me genre, et ce n'était pas fini... En attendant, il exerça 
autrement ses talents épistolaires. 

Quoique déterminé à ne pas remettre les pieds au collège, il 
voulait bien s'intéresser encore à ce qui s'y passait : les mutations 
parmi les maîtres, les élèves, ne le trouvaient pas indifférent ; il 
suivait avec «ne sympathie narquoise les efforts de M. le Principal 
pour faire de nouveau bourdonner la vie intellectuelle dans la 
ruche conSée à ses soins. De telle sorte qu'il me dit un jour : 

— Je vais te reeommandtr k Ion professeur. 
Comprenant qu'il ».'agissail d'une fumisterie qui probablement 

serait corsée, je fus trèp brave, et je répondis, comme c'était 
mon devoir : 

— Chiche I... 

La semaine d'après, un matin, les leçons récitées, le professeur 
(c'était celui qui venait de remplacer Georges Izambardj, me jeta 
un regard long... très long... et ouvrant deux papiers vastes, 
plies de vélu^te manière, il prononça les paroles suivantes : 

— Delahaye!... il paraît que vous avez nu oncle à Remilly- 
les-Potéee^... 

Je ne puis retenir un cri d'étonnement, qui parut surprendre 
U. N... 
— Comment t. , . Vous n'avez pas un oncle à Remilly-les-Potées ?... 
Je me ressaisis â temps : 

— Ab I si... mon oncle... mon oncle de... de Remilly-les... 
comme vous dites, oui. . tout de même... 

— Vous eemblez avoir sur certains membres de votre famille 
des notions... assez vagues !... El vraiment, c'est de l'ingratitude, 
car monsieur votre oncle est un bien bon parent, et les quatre 
pages — TOUS voyez... — qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire 
témoignent à votre égard d'une sympathie si touchante, que... 
voue ne trouverez pas mauvais, sans doute, que j'en donne 
lecture à vos camarades. 

El vous pensez bien, cher ami, que cette longue lettre n'était 
pas autre chose qu'un chef-d'œuvre adorable de cocaaseria 
éebevelée, folle à en donner le vertige, tellement que la classe 
•Dlière, vingt-cinq bouches béantes, cinquante yeux désorbités, 
cinquante oreilles tendues... à te rompu (si j'ose m'exprimer 
ainsi), l'écouta d'abord dans un effrayant silence, jusqu'à l'instuit 
oii tout le monde se roula, tout le monde ae paya sur mou doa 



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leB joies d'une gaieté &i éDOnne que les dieux jamais n'en connu- 
penl de pareille, même quand parut devant eux, dans l'étincelant 
palais de Jupiter, Vulcain botttllard. 

Evidemmeot M. N..., au reçu de la lettre, l'avait montrée au 
Principal qui reconnut aisément l'écriture de Bimbaud ; le nouveau 
profeHBeur savait doue toute l'histoire du brillant élève si déplora- 
blement, désormais, réfractaire, et il me jugeait complice d'une 
plaisanterie jugée par lui d'un goûl contestable. Aussi, remettant 
dans sa poche, après l'avoir lue jusqu'au bout, l'épistole avun- 
culaire, eut-il à mon adresse un diabolique regard qui signJCait 
trop clairement : « Croyez- vous, mon jeune ami, que la « blague » 
TOUS est assez retombée... sur ie nez?... » 

Et pourtant cette lecture publique était de sa part une impru- 
dence, car il en résulta ceci. 

— Du moment qu'il lit mou écriture, dit le poète, je lui 
enverrai d'autres essais. 

Vous savez qu'autrefois il ne pouvait aligner une douzaine de 
vers sans les déposer sur la chaire d'ua proTesseur, et ta tyrannie 
de cette habitude, par un bien mystérieux phénomène, le tenait 
encore, malgré tant de révoltes, malgré tant de fugues, malgré 
tant de tout. Or il n'était plus en classe; il ne voulait pas y 
revenir; Izambard, alors à Douai, avait reçu Le cœur volé et 
refusait d'approuver celte nouvelle manière... Vexé, Rimbaud 
ne lui envoyait plus rien... Mais en somdie, M. N.,; lui succédait 
dans l'enseignement des belles lettres, M. N..., par conséquent, 
devait lire bon gré mal gré les élucubrations de celui qui 
s'obstinait à n'être qu'un rhétoricien tout ce qu'il y a de plus 
in partibus infidelium. C'est pourquoi M. N... reçut bientôt une 
série de poèmes qui le firent simplement sauter en l'air. 

Je dois dire que Bimbaud s'ennuyait, qu'il venait de très 
avidement, très profondément savourer le Gargantua, puis le 
fantagnul, qu'il s'était imprégné de cette verve un peu fréné- 
tique bizarrement associée dans son esprit avec l'art violent de 
Leconle de Liste, et tout cela produisait en l'auteur du Forgeron 
et de Soleil et Chair — devenu ensuite, notez bien, l'auteur 
d' Aceroupissements et des Assis, puis le virulent Juvénal de Pari» 
se repeuple — une impérieuse tendance à travailler quelque temps 
dans le genre purement burlesque. Ce serait aussi, plus ou moins, 
significatif, attendu qu'il considérait M. N... comme étant & peu 
près a de son bord ". 



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Bn effet, celui-ci, professeur brillant, écrivaiD d'un talent sobre 
el incisir, marquait à Charleville dans le parti républicain, lequel, 
moutard eo brassière, prenait déjà néanmoins les airs d'un Petit 
Poucet roublard, très chipeur de boLles de sept lieues et même 
de... davantage, n'hésitait pas à se camper en face de l'ogre 
monarchiste revenu féroce et en disposition de tout avaler, enSn 
— pour m'exprimer sana byperbole — fondait un journal destiné 
i combattre l'action du Courrier des Àrdennet. 

Désigué comme rédacteur en chef du cette feuille rivale, H. N... 
s'était annoncé par une vigoureuse brochure politique où les 
partisans de Bonaparte, ceux d'Henri V et du duc d'Aumale, 
recevaient très joliment leur paquet. Grand émoi parmi les 
« honnâles gens s : — Quoi ! ces « rouges » !... encore?... tou- 
jours ?... C'est abominable, c'est affreux I... 

Alors des strophes de Rimbaud vont cbauter aux oreilles de 
M. N... La plainu des épiciers : ce journaliste évidemment nous , 
ramène l'anarchie; c'est un chef de brigands, préparons-nous & 
subir le pillage, les suprêmes horreurs... 

Qu'il entre eu nutgttin, quand le lune Iniroite 

A nos vitregee bleus, 
Qu'il empoi^e i no* yeux le chicorée ee boite 



Du peu plus loin, les « négociants » affolés l'appellent « voleur 
de cassonade »... et je ne me souviens pas du reste, malheureu- 
sement. Mais dans une autre pièce, l'auteur du pamphlet répu- 
blicain est pris k partie de façon bien plus rude, car il se trouve, 
cette fois, en présence de l'ennemi qu'il meoace directement dans 
ses iolérëts, dans son influence, dans sa gloire, et ici je puis 
citer la presque totalité d'un morceau très amusant ; le rythme, 
surtout, est d'un art merveilleux. Ecoutez cet homme qui arrive, 
qui accourt, essoufflé, haletant de fureur... 

Dans la nef irruait (1] : ( Vous avet 

Menti, sur mon témur, voue awet menti, fanve 

Apôtre 1 . . . Voua voulei faire dea décavda 

De nous I. . . Vous voudriec peler notre front chauve 1... * 

Puis il se redresse, majestueux : 

I Hais moi, j'ai deux fémurs bïatournés et gravés I • 
(IJ Ub aooi de convtatioD, reprëieiibuit le Courrier du Ardennet. 



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La colère la reprend : 

1 Parée que vou* luintet toui te* jours au collège 
Sur VCM colleta d'babit d« quoi faire un beignet, 
Que voue (t«a un maaque i dentiite, un manège. 
Un cheval épiU qui bave en un comet, 
Vous aoyet effacer mei quarante ans de aiègett... 

Ënfia il se r&fTerQiil, vainqueur iDébranlable, en cette apos- 
trophe superbe : 



Et quand j'aperceTTai, moi, ton oi^ne impur, - 
A taui tes abonnés, pitre, A tes abonnies, 
Pertrsctant cet organe avachi dans leur* maint, 
Je ferai retoucher, pour tous les lendemains. 
Ce fémur travaillé depuis quarante années t 

Une telle littérature, bien qu'elle s'égayât aux dépens de ses 
adversaires, se séduisit paB tS. N... Cela, vraiment, le sortait par 
trop de ses habitudes. Que deux héros d'une Iliade, avanl d'en 
venir aux mains, cherchent à s'humilier réciproqueuient par des 
paroles outrageantes; qu'ils célèbrent tour à tour leurs propres 
mérites, la bonté de leurs armes, les dons que leur ont faits les 
dieux... très bien I voilà du classique... Mais, pour un lettré 
nourri dans l'exclusive admiration du Grand Siècle, et qui volon- 
tiers citait l'opinion de Voltaire sur Boileau : n Ne dites pas de 
mal de Nicolas : cela porte malheur >, cet abus copieux du rejet, 
ce mépris, tellement affiché, de la règle âalulaire qui vent la 
césure & lliémisliche 1... Mais,quantau choix des détails comiques, 
cet Insupposable dans la truculence!... Hais cet inattendu, cet 
inon!, cet exaspérant, ce stupéfiant dans le charenlonisme : ces 
«fémurs bistournés » !... et encore... « gravés « !I... Non!... 

Et H. N..., ayant reçu en plus deux ou trois chefs-d'œutre 
inspirés par la même esthétique, prescrivit à son concierge de 
refuser nettement, à. l'avenir, tout ce qu'apporterait le jeune 
homme à longs cheveux. 

— Gela dégoûte de travailler I dit Riflofeanà. 
(A miore). Ernest Delahate. 



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U LÉGENDE DU GUÉ CHARLEMAGNE 



PUU de Charlemagne, Ëgilâe aux blonds ehevevt 
Se promenait, rivant du brillant amoureux 
Qu'elle voyiUt en songe et qui devait, magiqw. 
L'emporter loin, tris loin, dont un paUût féeriqm. 
ŒH fixe et bouche ekm, eUe marchait sans bruit. 
Côtoyant m grand lac au tomhtr de ia watt. 
Le doux page Gontran, tout U long de la grève, 
La suivait pas à pas, comme on suivrait un rêve. 
Ainsi s'en revenaient le beau page de cour, 
Egilde aux blonds cheveux, tous deux r^ant i'amawt. 

Pour eueilUr une /leur qui lui paraiesait belle, 
La princesse, m moment, se penche sur Us joncs, 
dans le lae glisse et Feau se referme rar elle. 
Gontran s'est élancé, sondant les croix profonds ; 
Il nage hardiment dans répaisseur mouvante. 
Plonge et ramène enfin la princeue expirante. 
HéUu I Egitde meurt et morte, sur le b<mi 
Du grand lae miroitant qui s'aplanit tans ride, 
Elle gtt, les yeux clos, immobile et livide. 
Roulée en set cheoeux comme en un manteau ^or. 

Alors le beau Gontran, pour rester auprh Selle 

Amoure\a ignoré, pauvre po^e fidèle. 

Et dormir son sommeil, la prit entre ses bras. 

Et sans bruit, de nouveau, descendit, pas i pat, 

An plus profond du lac. Les grands joncs tant tecwme 

S'écartèrent un peu, comme font les rideaux. 

Pour reprendre aussitôt leur tranquillité douce 

Et comme un linceul vert s'étendre sur les eaux. 

H. Sauthov. 



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- 102- 
CHRONIQUE 



Un s^onr aux ArclÙTes du Palais de Monaco. 

Au cours (l'une slalion prolongée dans le Midi, j'ai pu explorer 
les Ârcbivea du Palais de MoDaco, si riches eu documenta sur le 
Relhélois. C'est un devoir pour moi de reœercier de son bien- 
veillaut accueil M. Labaude, conservateur des Archives, récem- 
ment nommé à la suite du décès de U. Saige. Ce dernier avait 
commencé à publier, en collaboration avec noire compatriote, 
Bl. Lacailte, le Trésor des Chartes du Comté de Rethel ; deux volumes 
ont àéji. paru; M. Labande se propose de mettre bientôt sous 
presse le troihième et dernier, qu'il a le désir de livrer à noire 
impatience vere la fin de l'année. . 

Mes recherches ne pouvaient porter que sur les pièces des 
ivi*, xvu' et xviir siècles éparses dans les cartons et registres. 
Les deux semaines passées à Monaco n'étant pas suffisaules 
pour voir toutes les pièces, j'ai préféré limiter mon exploration 
et prendre copie (avec le concours dévoué d'une collaboratrice 
qui désire rester anonyme) des documents qui paraissaient les 
plus intéressants. 

Le fonds de Rethel, formant la série T (carions et registres), 
est surtout important par les nombreux renseignements qu'il 
fournit tant sur les rapports féodaux avec les vassaux du comté 
[plus tard, duché) que sur les droits seigneuriaux, très anciens, 
parfois contestés (comme la mainmorte], et subsistaut encore à 
la veille de la Révolution. L'Inventaire sommaire que ne man- 
quera pas de rédiger plus tard M. Labande montrera la quantité 
d'aveux, de dénombrements et d'autres pièces féodales précieuses 
pour maintes communes des Ârdennes. Il y aurait à faire, avec 
les autres documents, enquêtes, rapports, dossiers de procédure, 
une histoire de l'aJminislratioD intérieure du grand Oef cham- 
penois; outre les résultats politiques, économiques et sociaux 
qu'on en tirerait, de curieuses figures presque inconnues pour- 
raient sui^ir de ce travail d'ensemble, telle celle du receveur 
général Payot, dont il va être question. 

En plus de quelques sondages opérés un peu au hasard, j'ai 
dépouillé entièrement les cartons et registres concernant les 
prévôtés de Warcq, Rozoy, Donchery et Ghâteau-Porcien. Les 
documents qui paraîtront dans cette Revue à mesure de leur mise 
au point sont : 

1» Une curieuse correspondance entre Jean-Nicolas Benissein, 
avocat en Parlement & Charleville, et Payot, receveur général du 



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Duché de Relheloia k MazariD (Rethel), au sujel d'un procès que 
le premier Taisait aux Jésuites du Collège de Gharleville (1 738-1 759f. 
Ecrites peu de temps avaol l'expulsion de la Compagnie de Jésus, 
ces lettres donnent une idée des sentimenls que les bouri^eois 
cathuliques (non vollairiens, semble-l-ill professaient à son égard, 

2* Les deux rèi^lenienls Tondamenlaus de l'échevlnage de 
Douchery (1582 et 16fi8); 

3° Un règlement de police pour la même ville (1687) donrant, 
en regard de chaque article, la manière dont il élait exécuté ; 

i' Quelques menues pièces qui ont paru dignes d'être imprimt^es. 

Les Archives du Palais de Monaco contiennent (comme il élait 
facile de le prévoir) plusieurs copies du Livre de la fhoiture de 
Uonckery, ce document capital pour l'histoire de l'avouerie 
(T. reg. 27, 54, 58, 59 et 79) ; elles n'apportent ^uère de variantes 
aux textes plus anciens de la Bibliothèque et des Archives natio- 
nales, quoiqu'elles renferment des pièces, comme la charte de 
franchises de Glaire, inconnues par ailleurs (1 ). 

Dans les cartons concernant le Relhélois en général, j'ai 
dépouillé celui de la Police (T. 20] ; j'ai tenu également à prendre 
connaissance d'un manuscrit capital aussi pour le Relhélois, 
VEstat de la conté Ae Rethel, que M. Moran ville a publié d'après un 
seul manuscrit, en lui allribuanl une date fausse et en lui donnant 
le litre (qui n'est pas dans les copies) de « Terrier ». Les Archives 
du Palais de Monaco en possèdeul un exemplaire (T. reg. 27), ce 
qui porte à trois le nombre des copies que je connais et que 
j'étudierai prochainement en essayant de me montrer plus critique 
que l'éditeur. 

Dans les refrislres que j'ai pu voir, il en est un qui a sou 
inlérêt, à la fuis pour l'hisloire du comté de Relhélois et pour 
l'histoire générale. C'esl le reg. T. 23 : Inventaire des Contrats faits 
par Jean Bodin touchant le comté [\51i-\^l^), qui nous permet de 
6xer un point nouveau, semble-t-il, de la biographie de l'auteur 
des Six Ivares de la République; deux de ces contrais ont été 
retrouvés dans les liasses (il en est peut-être d'autres encore) et l'un, 
original, porte la signature du célèbre publicisle avec sou cachet. 
EnQn, il existe dans le carlon T. 8j un plan du chàleau (en 
ruines) de Ch&teau-Porcieo qu'il sera peut-être utile de photo- 
graphier, si, comme Je le crois, ce plan n'a pas encore été 
reproduit (2). P. Collinet. 

(1) n enste dioi Jes reiittres deni copies if eatts charte ; MU. Siîge et LKaille n'ra ont 
Otilnj qa'DM ; j'ii pu T^HBer «nr plue l'euclitude de mes obMrvxtians sur tenr Mitûo, ^ilm 
di loiD dans mon compte-rendii. 

(2) Ces eoorles piaes Niiil toHtea loin de mes notes et de mes lirres ; le lecteur m'eir.nsera 
li je donne comme in^it) et nonteaui des renseignemaïKt connits ; fj nvjewtni ; j'ti vouhi 
■qonnfhni iller m pb* pressa. 



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COMPTE-RENDU BIBUOCftAPHIQUE 



L'Art mosan, âspnis l'introdaction dn chrlstianismA jusqu'à la 
fin du XVIII' siècle, par Jules Helbio, publié conroriDénieut au 
désir de l'auteur par Joseph Bbabsinne. Tome I : Da origiius à la 
/ïnrfuA^VMècte.— Bruxelles, Van Oest, 1906: UQ vol. in-4', 151pp. 
(Illustrations et planches hors texte. [Prix : zO francs]. 

Nous croyons devoir signaler ii l'attentioû des lecteurs ardennais 
l'œuvre posthume de l'auteur qui naguère décrivait la peinture au 

Êays de Lié«e et sur les bords de la Meuse (1). L'écrivain n'a pas 
ornA cette fois son étude à rancienoe principauté èpiscopale ; dans 
son cadre élargi, il a suivi le cours du fleuve depuis les câtes lorraines 
jusqu'aux plaines néerlandaises en passant par les âpres gorges de 
l'Ardenne française et wallonne, et pour cette raison l'ouvrage remai^ 
quable de M. Helbig mérite une mention spéciale. 

L'art mosan du moven Age fut surtout un épanouissement de l'art 
du sculpteur, du fondeur et de l'émailleur. La vallée de la Meuse vit 
fleurir au xii* siècle et dans la jiremiére moitié du xiii* une grande 
école d'émailleurs lorrains qui, en son temps, fut sans rivale : ce 
sont eux qui ont exécuté pouj' Suger le grand crucifix d'or chaîné 
d'émaux, lequel ornait l'église abbatiale de Saint-Denis. Le repré- 
sentant par excellence de cette école est Nicolas db Vbbdun. qui 
semble avoir été le plus grand artiste dans l'histoire de l'émaillerie 
médiévale. 

M. Marcel Laurent chargé de cours à l'Université de Liège, a 
earicbi l'ouvrage posthume de H. Helbig d'excellentes pages critiques 
sur le grand orfèvre lorrain, sur Hugo d'Oignies et d'autres émailleurs 
mosans du xjii' siècle (chapitre xi, pp. 91 et sq.)- C'est Nicolas de 
Verdun qui est l'auteur du merveilleux ambon de l'abbaye de 
KIosterneubourg , près de Vienne en Autriche : cette chaire, finie 
en 1181, était déoorée de 51 émaux sur cuivre, qui sont aujourd'hui 
disposés en retable (2). C'est le même Nicolas de Verdun qui fit pour la 
cathédrale de Tournai la châsse de Notre-Dame, achevée en 1305 (3). 
C'est enfin à lui que les savants allemands les plus compétents en la 
matière viennent de restituer la fameuse ch&sse des Trois-Rois, du 
trécpp de )a cathédrale de Cologne ch&sse qui, jusqu'à mainteDant, 
avait Até attribuée à l'art eolonais (4). Charles Houm. 

(I) JsIm Bews : La Ptinturt <* Pay d» l.ii§* «I tur U» bori* ie la tfnwf. 

Nnuielln Milian. revue, u)Dsi<)énbleaieiit ïUEaienl^e et enridiie de 30 planches. — UÎCB, 
B tdI. iB-4*, xv^fi09 pp. (Prii : II (t.\. — U \" «dilioa datait de 1813. 

,_„ _,. .. rau/iali im CkorherrenëtifU m KUitUrntuiurg, cm Bmailwêit 

àe$ XII. JahrhunderU, angefertigt von f/ikolaut aui Verdun, aufjjieaoniiiiea und 
AwfMtaUt ras A. Cmesua, beidiriebeD und erlâulert von G. Hudu (Menue. 1SB0) ; oa 
mieax fucort l'oDinge : Der Veriitntr Aitar... heraquegebeo.., von K- UnULn (VtWM, 
1103; m vol. in-folb). 

(3) U- Cuxtun : Lu ekàiêô d* Notn-Bame de Tournav ii*o» h t Revue de fAft 
dirilM >, 1891). 

(4j Cr. hvlida de Vw( Fuu, Anu U f Zeitschrifl fflr chrûtGcbe Koust >, 19%, bsc. 6. 

Le Oérmi : E. UBOCBE. 



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L'ABJURATION D'ANNE DE SCHÊLANDRE 

Bans l'Sglisâ d*Âatmohe en 1883 



Sa Jeunesse, ses deux maHi^es, sa rttort. 



Le dintanche tS juillet i6S3, en prësetice des ^s de \à paroisse 
«Gcènms nombreux aii son des cloches, se dérânlait dans 1* pbtiW 
église d'Antmiche (i) une solennelle et imposante ttirétbodle ; 
seul, le curieux document suivant, que nous avtMs extrait 
textwellemetit d'un vieux t^stre de la pratique de Mattre 
Pierre Hanonnet (a), notaire royal à Brieulles-sur-Bar (3), en 
a pieusement ctHtservé le souvenir dans un récit i ce point 
circonstancié qu'il nous a paru intéressant de le tirer de la 
poussière des siècles pour le livrer, avec quelques utiles éclair^ 
cissements, à la publicité de cette Revue : 

H Cejourd'huy dimanche dix huitième juillet mil six cens 
« quatre vingt trois, pardevant Pierre Hanonet, notaire royal 
« garde-notte héréditaire aux ballia^s de Vib^ et VermaBdois, 
« résidant k Brieulles sur Bar. SSlanl ûahÈ le cœur de l'Eglise 
« (MroiasiaUe du village d'Àub^che, en présmce de Messire 
« Louis de Monlgition (4), chevalier, seign' de GfAeaU (5), y 
« vieni*) Messire Jean de Pavant (6), chevalier, seigneur de 

(1) Antncbe, commune riu caaton du Ghesoe. 

(I) Pierre HaooDnet, sieur BeRé de Beiumont, uqnil lu Cfamne, d'une (rès ucienue bmitle 
de celle IwiJll^, le dinunriie th Jinvier 1637 ;-il /lall le Iroisième des onie ent.inU de Jean 
Hanonnet, le jenne. né au ChasDe i^falemenl, le H Juin ISIO, v d^T^dé i d'utoc dïvre nonUe 
tierce >, h lundi i5 septembre tli51, et de .Manon Dtnms. nhgitaait« M> PelJïn-ftrtUises, 
où il iUii alK l'ëpanser, le tl an-il ««83^ et qui lui ivnérxt jur^u'^a 14 «ScnMi« ICât, àitt 
1 laquelle elle moarut, i sod tour, au Chesue. — B'abort Mtaire ni Gti«va, ni il a\éil MteM 
de UanoD Camos, sa mère, pour SOU livres, ie il oui ie60i J'oOke ai'j leaaH md pir«, 
dôtaii k (0 décembre ISii. Pierro Minoanet oblinl, le 10 octobre 1664, dea letlreG d'Anne 
d'ADiriche, lui peroieltanl de Iransr^rer son étude à BrieaDes-sor-fiar, où 11 mourni le 
S oclobre 1700 : son gindre, Pierre Dardenne, lui succéda. 

(3} BrieDlles-«nr-Bar, commune du canton du Cbesne. 

|i) Louis de MoDlguion, Bancé d'Anne de Schëlandre. 

(5) Gineaii, Ternie de la coMCDune d'Aulhe. 

(S) De Paianl : Sargtnt à Irait fsÊCti de gueiUe*. au t^f ichigatU S'or tt ttwr 
4« dtiâx troiU. (Cbampagne). 

Htr. a'Aav. n >'Am. T. XV, b» 1 m 8. 



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- 106 - 

« Taisy (i), et La Croix (a), y dem*, Messire Louis de Beauvais (3), 
a chevalier, seigneur de Neuville (4). et de la maison forte 
« d'Autruche, y dem*, Dame Madclaine de Joybert(5) son épouse, 
« Messire Pierre de Montguion, chevalier, seigneur de Trière (6), 
« et La Motte (7), y demeurant, Messire Jean-Pfaillipe de Beau- 
« vais, chevallier, seigneur de S'-Piermont (8), Jean Wartel, 
« fermier général de la seigneurie d'Autruche, Nicollas More!, 
<i régent des Ecoles, demeurans à Autimche, Antoine Hanonet, 
« estudiant an Colege de Sedan, et autres tesmoins assemblés 
« pendant les coups des vespres paroissialles dud. Autruche. 

« Est comparue en personne dame Anne de Schelandre, veuve 
« de Messire Chartes-Louis du Fay Daty (9), vivant, chevalier, 
« seigneur de Soeie (10), Belleville (11). Bray (la), Tourteron (i3), 
« Chastillon-sur-Bar (i4). et antres Lieux, Lieutenant en Chef du 
« Régiment du Cavalerie de Montmorancy, demeurant and. 
« ChastilloD, aagée de trente ans, fille de Messire Charles de 
« Schelandre, vivant, chevalier, seigneur de Tourteron, et antres 
« Lieux, et de dame Marie Daverhoud (i5), sa veve, a présan 
« femme de Messire Charles- Louis de Pavant, chevalier, seigneur 
« de La Croix, Longwé (16), Livry {15), Noirval (18), Tanon (19), 
« Quatre-Ghamps (ao), Tourteron et Belleville, premier capitaine 
« et comandant du Régimeut de Cavalerie de Royal Roussillon, 
a Laquelle dame Anne de Schelandre audevant du grand autel de 
« lad. Eglise, et en présence du peuple aconru au son des Cloches, 

(1) T^T> MmanuB du cintan de CliIieiii-PorcieQ. 

(I) Lt Croii-ani-Bois, cammuDe du udIod de Vouiiers. 
(3) De BeiDTiis : d'argent à Iroi'i poli de gutulei. 

(t| NenTille-lei-Monlgon, iDJourd'hoi NeuTJlle-ehDaj, unnmuDe du rraton de Tourteron ; 
le< ^poui Louis de Beauvils. avaient Tendu Mlle seigneurie le 19 avril 167S. 

(5) De Jojbert 1 d'argent, nu chevron d'atar surmonté d'un croiiiitnl dé gueulti, 
■t accompagné de troit roiri de mime, tigiet el feuUUei de tinople. (Cbampigiu). 

(6) Triires. ferais de la commune de Harvaui-Vieui, culon de MoDlfaoil. 

(7) La Moltfr-Gueurjr, ancien chlieau iiiai sur la commuae du Chesne. 

(8) Sainl-Pierremonl, commune du canlon de Buuac;, 

(9) Fa; d'Alhiei : d'argent amé de fleuri de lia de table. (Picardie}. 

(10) Soi», commune du canlon de Hotojr (Aisne). 

(II) Bellevilte-sui-Etar, caotoa du CbesDe. 

(li) BNj-eo-LtoDDoig, commune du canlon de Crtonne (Aisoe). 

jl3) Tonrlaroa, cher-iiea du canton de ce nom. 

(li) CMtiUon-3iir-Bar, commune du canton du Cbesne. 

(15) D'ATértaontt : d'a*itr, à trois faieet de table, au franc canton thermine . 
(Artoii.) 

(16) LoDgwJ, canton de Voutiers.. 

(17) LivTT, Tenna, commune de Loncwë. 
(IS) NoirnI, canton do Chesne. 

(19) Tanon, ancien chUeau, commNne de La Croit-iDi-Boii. 
(M) Quatre-Chimps, canton de Voniierj. 



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- 107 - 

« de sa bonne volonté, sans induction ny contrainte, a recognu 
ti avoir renoncé, et abjnré, ftt par ces présentes, renonce et abjure 
« les héi'ésies du Calvinisme et de la Religion prétendue réformée 
« dont elle a fait profTession depuis sa naissance jusqu'à présent, 
« de quoy, et après avoir estée publiquem' tntérogée et admonétée 
« avec tes formalités nécessaires par Maistre Jean Galopin, prêtre, 
x coré dudit Cbastîilon, fondé de pouvoir de Monsieur Feron, 
« vicaire général de l'Eglise métropolitaine de Reims, du dix 
« septième du courant, Jour d'hier, en présence de Maistre 
« Estienne Boudet, preste, curé dudit Autruche, Icelle dame 
« Aune de Schelandre par le sei-ment d'elle pris au cas requis 
« sur les saints Evangiles, a Juré, et promis de vivre, et mourir 
« dans la profession de la Religion catolique, apostolique, et 
«r Romaine, d'obéir au oommandemens de Dien, et de la Sainte 
« Eglise, croyant fermement tout ce que la mesme Eglise croit, 
« et tons ses préceptes, ie tout soiis la conduite de nostre Saint 
« Père le Pape, les Règles, et Canons Eclésiastiques, ensuite de 
1 laquelle renonciation, et abjuration, Ledit sieur Galopin, en 
« vertu du susdit pouvoir, luy a donné La bénédiction, et abso- 
« Intion de ses hérésies, de quoy a esté fait, et dressé le présent 
« acte signé de Ladite Dame Anne de Schelandi-e, desd. sieurs 
« curés, tesmoins, autres assistant, et de moy, lecture faite. 

«r Signé : Anne Deschelandre ; ^ J. Pavant Taizy ; — L. 
debeauvaîs ; — Jean-Philippe de Bauvais; — Louis de MonguioDt; 
— Pierre de Mongulont; — M. de Joybert de beauvais ; — J. 
Vuartel, avec paraphe ; — Charles Choppin, avec paraphe ; — 
C. Vadel ; ^ J. Collart ; — N. Morel, régent des escolles ; — 
Boudet, avec paraphe ; — Galopin ; — Hanonet ; — Hanonnet, 
avec paraphe » (i). 

Agée de trente ans an jour de son abjoratiou, Anne de 
Schelandre (a), qu'en son intéressante notice sur le Protestantisme 
dans le Beihelois et dans l'Argonne le regretté docteur Jailliot a 
confondu avec nue de ses tantes (3), était donc née vers i653. 



(1) Une Dole Durginal» bit connaître ({ue cet acte tal iilmi fntuitamenl. 
.__„.,... n. ..M. . -■_.... j-j^iijnupjj ff qui blasonnïil, d'u 

''a*ur à ta {aice dt tahU remplie ifargcn 



fl) De Sdiéliudre : Famille orùiuire d'Allemapie H qui blasonnait, d'iprâa 

•<n*nl de l'ElecUon de Reihel de ft96 ; "■ - - ^ '- '- -^' 

eh«rgie de Iroii mertetUs dt table. 

13) AiDB de StUtandre, d^cddëe 1 ToDrieron. Te îi juillet 1701, Igée de 80 us, veuie 
en dernières noces de GMéon de Conquénol. 'Ct. Revue £\rdfnnt et d'Argoniu, n* de 
ioT(Bbr»-d<c«mbre IWM, p^e W). 



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- i(» — 

probablemmt à Toorteroo, àoat son père, Charles de SchéUndre, 
capitaioe d'une compagnie de chevan-légers pour le service da 
Roi, amère-petit-fils d'un vieux capitaine de reltres allemands 
que Jean de La Marck avait doté du gouvernement de JametE (i)» 
était devenu seigneur par suite de son alliance avec Marie 
d'Averhoolt; noas ne savons presque rien de la jeunesse de 
notre future convertie. Demeurée veuve de très bonne heure, 
sa mère, postérieurement décédée au château de Tanon, k l'ftge 
de 56 ans, le lo mars 1687, s'était remariée dès le 3 avril i656, 
par contrat passé devant Braibant, notaire à Briquenay (a), à 
Charles-Louis de Pavant, chevalier, vicomte de Tanon, seigneur 
de La Croiz-anx-Bois, Longwé, Livry, Belleville, Quatre><Ihamp9i 
Noirval, Beaurepaire (3), Day (4) et Thénorgues (5) pour lors 
capitiftine d'une compagnie de chevau- légers, au service d« 
Sa Majesté, dans le régiment de Grandpi-é, en dernier lien 
lieutenant-colonel de celui de Royal-Roussi lion, dis unique de 
Claude de Pavant, chevalier, vicomte de Tanon, seigneur de 
La Croix-anz-Bois, Taizy, Puisenx (6), Longue, Livry, Belleville, 
Thénorgnes et autres lieux, capitaine d'infanterie an régiment de 
Nobesconrt, et d'Anne de Maucourt (7), dame de Belleville, 
Thénorgues, et de La Tour Audry (8). — Ce fut donc vraisem- 
blablement au chAteau de Tanon, l'un des plus considérables de 
la contrée, auprès de son bean-père, de sa mère et de ses soeurs, 
que s'écoula, paisible, l'enfance de la jeune huguenote ; le second 
mariage de sa mère décida du sien ; en effet, ayant atteint l'ftge 
de a5 ans, elle fut mariée par-devant P'rîzon, notaire à Briquenay, 
le 3o novembre 16^8, à un neveu de son beau-père, Charles-Louis 
du PaJ d'Athies, chevalier, seigneur de Soize, Bray et Belleville, 
lieutenant en chef du régin^ent de cavalerie de Montmorency, Bis 
aîné de feu Louis du Fay d'Athies, chevalier, seigneut de Soize, 

(1) Jimeti, coamaae du canton de Manimédr [Xense), anlrefoù ù^ d'ose pHacipanlé 

S' rotêsianle, dïpéflddDl des ducs de Bouillon, priucés de iîédan ; Jean de bchélandre. seigneur 
( Sounuuaei, tl Robert de ScNëlandra, son flis, eta Aimnl successivenifeflt ip^attraMin ; et 
dernier monrnl dam la retraite, i Sedan, à la fie de 1591 ou au débul de isdl. 
(t; Briijftai;, toniniune dn canton db Butancj. 
(t) BuattpaM, ee«i4e de 11 eommÉile i-Wrj. ■ 

(4) Dtj, MCtion de la commune de NeuTille-Da;, canton de Tourttron. 

(5) Th^Dorta»! eaooisH dn tuM rie fiatiBer. 
{•) PaiMUi tauÊKiKt du canton de NsTiM-Porcien. 

ni D* HanMM : K'atur n lu croix i'or, dan* in^UelU fl |f a tiiij éntttt Ut Hftte 
»t mtslre gland* d'or dam lu carré». 

(6) Û lïtiir AdiIiY, tti\tti diàtèiu, aitjodt'd'hui Ferint, cothlnnnt dfe Tli^orfdes, H k. 1/t 
du bouif , veti Briqaenâj. 



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-IW — 

Bny et B«ll«nU«, àétMé «udit B»UtTttl«, 1» ii dfcflmbM i«M, 
•t à» Charlotte da Pavant (i). 

Le 9 déoemhre 1660, après avoir JoBqtui-là vrfaidA à BeUerlll», 
Charles-Louis dn Paf d'Athîea et Aime de Bchélandre, sa (baune, 
achetaient par-devant le notaire Hanonnet, moyennant le pHi de 
6,000 livres et 3o Uvrea par les Cingles et vins, de Glande d» 
Man^D (3), écuyer, seigneur de Ch&tillon-sur-Bar et de Sei^ (3), 
demenrant k Bar-lei-Buaancy (4). la maison forte de Ghàtillon, 
mTeo trois quatorzièmes dans la seigneurie dudit lira, et les 
héritages tant en fiefs que rotures, qui en dé|>ebdaieBt, le tout 
4éhu an vMidenr, par son lot de partage du -xi mai 1670, des btnu 
des successions de Philippe de Mangin, écnyer, seignenr à» 
Ch&tillon-SttP-Bar, et de Marie d'Aguin (5), ses père et mère. 

Situé av fond de la vallée, près du bourg, dans la direoti<m du 
Cheane, en un lieu encore appelé actueltement « la Forteresse », 
le chttean dont venait de se rendre acquéreur le mari d'Anna de 
Schélandre était de constnietion fort aneienne et avait déjà abrité 
l'existence de plusieurs générations de seigneare, issus de fitmllles 
diTerse». Antoinette des Laires (6), qui le triait da Hùli^te 
d'Estivaux (7). son mari, y réaidait dès 1660, et la 17 déeambr» 
tfill. Barbe des Laires, sa petit^fiUe, dont les trois héritiers, 
Pbilippa de Ifanfia. Christophe d» Lt Pierre (8) et Phili^ie da 
BolUBoitTille ({t)> éevifera, s^gneurs de Ch&tillon, inventorient 1» 
aacceeeioQ te 3 déeembre 1691, approuvait et signait eUfr-mtata 
un Kttaiojre en iwpier des travaax qu'elle se proposait de iair* 
effeetttw c à sa otaison de la Forteresse ». 

Ce fut en ee riaiu maniotr, auquel l'oo accédait par un ponfr-levia 

(1) Cliutotw de Pa*aiit, sœur aînée de Cbarles-Louis de Paiant, àèeéHt k iWlerille-snr-Bu. 
le M dtMmhv IBtM, Igéada SOios; — sud ntortoaire et cehii de sot mari n'eiislent ptus, 
les regislres piromiiDi de Bellevile anUrieurs i ISU ajani élé détruits dans l'inc^ie da 
presbytère, le 30 DOTaiobre 1693- 

(S> Uvicis : Fugilte bourgeais» de Sante-UioehouM. 

(3> Si»c||. Wiumuiw du auto» île rir«-«n-T«r4*(ioù {Âiut)- 

(4) isi^feiMiic}, cooiiua* du nntm de Bammtj. 

t&) H'àféa: tnttt, i «a chtvron ifor, acé^mpâgmé it Jeafwvtfc d'argeiif; oa 
eà«/ M«Mt de flUMite*, (dura* d* S iaaiÊM aiMti afargeut. ^wokiauhf. 

(ti D»< LiirM (ni mktu i'Sakif»; doiur, d l'aigle i^pUyi d'tr, aceempagné, e» 
chef, 4* ittM» eroia, faUit», au pied ^chà d'»fg*nt. (ClNiinpt|te). 

(l; U'Bstinux : de gueutet au tronc d'arbrt d'or, lurntonli d'uni Heritfte de 
mime. iChuupvne). -^ Pbilippe d'Esiinux avait aelutd la Mifoivie 4e CUlibo-aorte It 
10 juillet 155D. 

(g) De ta Pierre: fniur a 3 lamei d'argent; au ch'.f^ d'ar, charat d'un lion 
léopard de gntulei. JChiiini»giie]. — Chrislopbe était aussi seigneur de Ssinl-PleiTeiDOiil, 
ia eM àe sa mère, Hane de Chai'biniine, qui, veuve en secondes noces dMrtus de Trënetaire, 
demeurait à Aulniclie eu octobre tS16. 

m Aft BoonMH'ilJa : d» ««M* aa 'i«» d'sfvtal, emitnMè i'att erw« «l itmpatù 
ge miii**t ^ qutue fourehèe et paiiie en tautoir. (Pkanltf. 



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- uo - 

s'abaissaut sons un gros paTÎIIon, et dont le corps de logis 
principiU, situé au fond d'une cour et cooiposé de plusieurs 
salles hautes et basses (i), était protégé, du cftté de l'orient, par 
des fossés remplis d'eau et entouré d'un colombier et de nom- 
breuses servitudes, que, pleins de confiance en leur destinée, 
Anne de Schélandre et son mari vinrent se fixer au début de 
l'année 1681. 

Et pourtant Charles-Louis du Fay d'Athies ne devait guère y 
entrer que pour y mourir ! Le 19 février 1681, en effet, pendant 
que sa jeune femme y mettait au monde leur fils premier-né, 
lui-mâme s'y éteignait doucement, muni de tons les sacrements 
de la religion, et flgé seulement d'un peu plus de 37 ans (a) ; son 
corps, transporté tout de suite k l'église où le curé venait de 
baptiser son enfant, y fut inhumé dans la chapelle Saint-Jean, 
cependant qu'après avoir carillonné la naissance à la vie chrétienne 
du petit Charles-Louis dn Fay d'Athies, les cloches, dans le vieux 
clocher, tintaient lugubrement les dernières prières récitées sur 
le corps de son père. 

Restée veuve, comme sa mère, à la fieur de l'fige, Anne de 
Schélandre, pas plus qu'elle, ne se sentait faite pour la solitude 
dn cœur; deux années lui suffirent pour oublier son premier 
mari et les circonstances mémorables dans lesquelles elle l'avait 
perdu. Un jeune gentilhomme de sou voisinage, Louis de Mont- 
guyon (3), chevalier, seigneur de Ginean, lieutenant de dragons 
au régiment de Pinçonnel. fut celui qu'elle distingua pour prendre 
à ses côtés la place du disparu ; il lui avait à ce point plu que, 
quand il la conduisit devant le notaire (4), au matin du dimanche 
de son abjuration, quatre mois à peine la séparaient de la 
maternité (5). Aussi mena-t-ou les choses rondement : fiançailles, 

(1) L'Inventiire ténén\ des meubles de 1i succession de Loois de Mont|ayoa, passé en e« 
chllBiu les 18, 19 et SB décembre t71S, parle notaire de Brieutles-sur-Bar, Pierre Dirdenne, 
uoui apprend qu'il se composait alors, outre la cuisine et II dépense, de deui chambres basses 
et de deiu chambres hautes, greniers au-dessus, fourail et laiterie ; — il y avait étalement une 
(aile dans le paTÎUon d'entrée, au-dessus du pont ; — les grandes et (^curies a cbevaui, ji 
bœurs et à vacbes se (routaient entre ce paTillon et La maison seigneuriale que précéditit une 
cour remplie d'instruments de cutlure ; l la Sn du xvtir* siècle, ce diSteau derint une Terme 
qni disparut il ; a une quarantaine d'années ; il n'en reste absolument rien aujourd'hui. 

\i) El non de 10 ans, comme le mentionne, à tort, son acte de décès, inscrit sur les anciens 
registres paroissiaui de Chilillon immi<diatBmBn1 aprè^ celui du baptême de son 111) • — le 
mariage des parenls du défunt est. en etTet, du 16 mars 1613. 

(3) De Honlga;ran ; tt'argent, a trois lilen dt maure de table, baadèei d'argent, 
deux et un. (Coampagne). — Famille ancienne, reconnue par Cautoartin, et qui eiiste encore. 

(t) Pierre Hanonnet, de Brieulles-sur-Bar. 

(^ Leur premier eoEuil. en eSSI, MarM-HideleiM de lloDl|nfaD, fat bipdté à CbUOIon- 
tnr-Bar, le 9 DOTMBlire 1681. 



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- 111 - 

contrat, conversion et maria^ reli^eux, tout fnt expédié en trois 
jours. La vieille église d'Autruche, qu'Anne de Schélandre avait 
tenu à choisir pour y renier solennellement les hérésies du 
calvinisme, fnt aussi celle ob elle voulut que fut bénie sa seconde 
union. Le lundi 19 juillet i683, après avoir publié son premier 
ban à la grand'messe de la veille et annoncé la dispense des deux 
autres, le curé d'Authc, Etienne Bondet, l'y maria discrètement 
en présence de Monsieur et de Madame de Beauvais (i), de 
leurs deux fils aînés, Louis (a) et Nicolas de Beauvais (3), et du 
« très digne et bien mérité pasteur » de Gbfttillon-sur-Bar, Jean 
Galopin (4). entre les mains dnquel la nouvelle mariée avait 
abjuré la veille, et qui, moins d'une année plus tard, un soir du 
mercredi 5 juillet 1684, alors qu'il traversait paisiblement un pré 
pour rentrer chez lui, devait trouver une mort tragique sous le 
fnsil d'un de ses paroissiens, Nicolas Hennequin (5), écnyer, 
seigneur de La Mairie(6) et de Châtillon-sur-Bar, que Mai^erite 
de Mangin {")), sa mère, et Charlotte Hennequin, sa sœur, armées 
de baïonnettes et de poignards, avaient encouragé et assisté dans 
la perpétration de son horrible forfait (8). 

Troisième fils de feu Charles de Montguyon, écuyer, seigneur 
d'Aulnay (9), Germont, Ginean, Trières et Beaurepaire, et de 
feue Mai^erite Le Prévost de Lompré(io), Louis de Montguyon, 
qui prenait ainsi, au foyer d'Anne de Schélandre, la place qu'y 

(f; Louis de Beanriis, ehevilier, seigneur des flef et nuison (brte d'Anlroche, NeuTOIe, 
Sainl-PlerrcniDat, Tiillj. FonienoiE, ChitiJIon-sur-Bar, L^avercj, l.irrj, Les Grandes Logw 
et SoDlanges, et Miideteiae de Jojr'xrt, sa Temme. 

(i) Louis de Beaa«iii, ieujer, seifDeur de Tbteorgues, pour lors tgé d'environ 35 tas, 
norl <:élilMtaire quelques triages plus tard. 

(3) Nicolas de Beauvais, chevalier, seigneur de Saint-Pierrenoat, Fontenois et de 11 ouisaD 
forte d'Aulrache, y décédé, le 18 juin 1 750, i%é de B4 ans. 

(4) Jean Galopin, uiiginaira de Cbarleville, fils de Ponce Galopin, décidé dans <:ette tiDe 
le 11 septembre 1680, igé de 63 ans, et d'Anne Bouillard. 

(&) Hnnuequin : vairé ifor et li'atur, au chef de gtieulei chargé d'un lion paitant 
d'argent. ~ Famille Driginalre des Flandres; la brandie de La Mairie fnt rejetée par 
CanmartiD, coniine n'ayant pas pu prouver sa jODction avec les autres Bennequin. NIcoIm 
Bemiequin, dont il s'agit îim, épousa pins lard Hargtiente-Agnès de LambiUoD, dont il eut 
plusieurs eorants. 

(6) La Uairie ou La Hdrje, ancien lier, avec cbjteau, commune de Besmont, cantOD 
d'Aubenion (Aisne). 

(7) Marguerite de Uanpn. Dlle de Pbilippe, écuyer, seigneur de Cbltillan-sur-Bar, et de 
Hane d'Aguin, veuve en 1670, de Philippe Hennequin. écuyer, seignenr de La Mairie. 

(8) Etal civil paroissial de (ïitillon- sur-Bar, cinquième registre. — Les meortres de c 
genre n'étaient pas chose absolument rare à cette époque. 

(9j Aulnay ou Auînj, ancien BeF, iTaiseotblablBnient situé sur le territoire de la commune 
de Boull-aoï-Bois, au lieu appelé aujourd'hui • Les Jardins d'Aunel », an haut du bouiY, non 
loin de la route de Briquena;, dans le voisinage de la GrandTosse et de la Petile-rosse ; 
Saalgraia dit qu'Aulnaj et la censé de La Fosse Rirmaienl ooe communauté de deu faux, da 
l-Bectioo de Reims. 

liO) Le PNvOit : d'or, à troii barru de eaile. 



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-»K- 

avait tai^e tibrç ^pJ^ premier niari, était né en i6^5(i), vraisem- 
blablement at^ château 4e Ginean, propriété de sa mère, et cpie 
ses parei^ts étaient vemis habiter après leur maria^. L'anioii 
(}« ceux-ci atai^ ét^ d'assez courte durée ; dès i656, en effet, 
Charles de Montgafon était mort, laissaïkt sa veave chargée de 
cinq eofants, quatre garçons et une fille, qui, eu dépit de 1« 
« grande extrémité » qù les malheurs des guerres et les pillages 
exercés dans le pays, de i6i5o à 1660, par les iocursions des 
eonemia de l'Etat^ avaient réduit -leur famille, comme presque 
toutes celles de cette région frontière, furent néanmoins élevés 
nar leur mère avec tout le soin désirable (a). 

A l'instar de sçs frères, Louis de Montguyon embrassa d9 
honne heure la carrière des armes ; an début de 1669, et pour 
lors flgé d? 44 ^^^' il servait comme chevau-léger dans la 
compagnie de Monsietv de Lon^art ; il y avait déjà, à cette date, 
plusieurs années que sa cow^gease mère, au prix de mille 
sacrifices, Valait mis en équipage, selon que cela se pratiquait 
^ l'épqque pour les jeunes gens de sa condition. Un acte du 
13 janvier 1673 (3), où i| cosapBratt avec ses trois frères et sa 
sœur pour vendre, moyennant 3,74° livres, k Antoine Gollart (4), 
sieur des Toumelles [5), demevrant à Brieulles-snr-Bar. une ce^se 
sise à Àuttte (€) et dépendant de la soccession de leur mère, 
décédée depuis peu, nous apprend qu'il avait alors quitté les 
chevau-légers pour entrer comme gendarme dans la compagnie 
49a Anglais du ftoi. Le 10 févner 1680, il était Ueutenaiit de 
dragons au régiment de Pinçonnel ; 901) ^re aîné, Charles 
de HentguyoB, lieutenant de cavalerie dans Royal étrsi^er, 
qq'un très prochaiii mariage allait p«ar touj<>nrA fix«r en 
Haute-Alsace (7), lui vendît ce jour-tà, devant le notaire Hanouçet, 



ft> CeU« dal« risulte tta l'in d* U 1 
le wvier iàS», B( d» cslui dt 11 us, ifae I 



m, qal ut dooni u 



13 iuTÙ 



U mm», mn* « uw doiua un «l pku • da Cliwl« d« HoatgujM, et m» ctoq ntek, 
reM^ement atu dépenses tûUt par elle pour leor àlneatioii. 
m, Hiutei ifi Pûrr* Hwoonet. 

IV) Collarl, uniilte bourgeoise de BrieuDei qui, sYUnt élevée 1 la oobletM pv i'HffcÎQt 
4ï 11 cbMiede cqoafiller du Roi. posséda plusienn aeJgQeuriw dus lea 4rdeoaes, apunprâl 
celles a^ ÂUeux, la Uai&o^ Rouge, Flize. Boutaocourt. ets 

(5) Le& TournellM. ancieo chîieau, siluf sur le territoire de SrieaJles-su);-Bar. 

[ô| Âuthe, commune du canton du Chesi),a. 

(1) Chiries de HunlpJTOp, ih^i k Délie le 37 iiril 1696, laé d'enviroD 50 ans, mit ea 
eflW ttmaé en k paroisse de Florimont [terploire actuel de Belibrt), le l mars IflSO. Anne- 
Hane-TAunigm de Perrelte, a<>e k Florimool le 15 jn^n 16ii, morte i Dclle le !5 décembn 
U80, OledeRodidphedsFerretle.clieTalier, relgi^urde Plorimnoi, d'Auielle, de Sainl-Aodre 
et de Oênii, M « Hirto-Ifnule de HenleniWii, el teoTe, eo premiArei nocet, ifi fffSVi^ 



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-U3- 

M pwrt d't>^bi|K dui9 U seigneurie de Oipeau, a?siK en U 
prévôté de Briealles-sur-Bar, relevant en plein Ilef, foi et 
homma^ du duc de Mazarin, et dont le quaH, -^ cwsistant en 
justice haute, moyenne et basse, en ^ arpents de terre, fyi arpents 
de prés et a6 arpents de bois d'aqlnes, d'un seul tenant, formaiit 
ensemble un ban séparé, au milieu dqquel s'élevait, précédée 
d'une cour feiiuée de miv^illes, la maison forte du lieu, composée 
de i4 espaces, ^aitge, écuries et dépendances, — était échq jt 
Mai^ente Le Prévost de Lompré, leur m^, par son lot de 
partage du ai janvier 1640, des biens de ses. défunts parental, 
Pierre Le Prévost, écuyer, seigneur dqdit Gineau, de Lompré li), 
de Beaurepaire et de Bazanconrt (a), et Nicole des Guyqts de 
Richecoort (3), sa femme. 

L'accord de famille, survenu le ag nui i6Bq entre Loui» de 
Montguyon et ses frères et sœurs, à \» suite des décès de leur» 
père et mère et de Nicole Le Prévost de I^ompré, lenr tante, 
veuve de Nicolas de La Rivière (4), écufer, seigneur dndit lieu, 
morte depuis pen sans laisser d'enfants, au bourg de Bault^ 
anz-Bois (5), ayant en pour consétjuence de confirmer le jeone 
officier de dragons dans ses «cquisidons et dans $es droits sur 
Qineavi, c'est là, an milieu des souvenirs de son enfance, qu'il 
aimait à laisser s'écouler tranquilles sea longs congés militaires, 
et là qu'il demeurait quand Aune de Scb^Uitdre, fatiguée de son 
veuvage prématuré et ayant acquis le pins »acré des droits ik 
devenir son épouse, vînt un jour le; prier de la conduire à l'autel. 

Elle lui avait déjà tant donné, qu'elle dut considérer comme 
peu. de chose de lui faire le sacrifice de la religion dans laquelle 
elle nvait été élevée, se montrant en cela d'bnmenr plus accommo- 
dante qne sa sœur aînée , Marguerite de Schétandre , fenune 
d'Henry-Robert d'Ully (6), chevalier, vicomte de L» Val, seigneur 
de Fontaine-le^-Vervins (;^), qui, huit ans plus tard, en j6gi, 
préférait, lais3ant derrière elle sur 1a t^rre dc France son demiw 
né, âgé de denx ans, s'enfuir jnsqn'en Angleterre «vec son mari 

(1) Lompré ira Lonnré, liaodil, cammuDe et prts da boui^ da SaiDt-Pierr«moDl, i 
WD mtew Mt do docfier. 

(2) EluiacODrl, liendil de la commDiie il« ChUillon-sur-Bir, liée rillue. 

(S) Dm Ga]K)U : fatur à S ohtaront d'or, teeornpsgnéi dt S étoilei dt mimt, 
(Lorrûte). 

(4) Lie Li Rivière: d'aïur tu cheeron d'or, aeeompagnè de Irait annel«li du 



(ChimpaEne). 

(5) BoulE-Hi-Biii), comniDae du aalon du Che&oe. 



m D'UDt, hnilla origiMire de rite-ds-Fraiee, conw m stfi utolMUsIisne inlEWiciuit. 
,-.1 =_..■-. ■-vVjT^i commtme du euHan de Verrift- " — ' 



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-lU- 

et ses six autres enfantB, platdt que de penier la foi de ses 
anc£tres (i). 

A sou nouvel époux Aune de Schélandre apportait en mariage, 
ontre une métairie sise à Chaguy (a), lui venant de ses propres 
et où demeurait son aïeul, Louis de Schélandre, la jouissance du 
chftteau seigneurial de Cbfttillon-sur-Bar, acquis, comme nous 
l'avons dit plus haut, le 9 décembre 1680 par Charles-Louis du 
Fay d'Athies, le premier élu de son cœur, et lui appartenant en 
indivision avec le âls unique, issu de cette union, dont elle avait 
la garde-noble. Pour cette résidence de sa femme, Louis de 
Montguyon abandonna définitivement Ginean ; et cependant, ce 
n'était certes pas le plus élémentaire confortable qu'il venait y 
chercher ! Le manoir n'avait pu être réparé par l'infortuné 
Charles-Louis du Fay d'Athies, qui n'y était entré que pour en 
sortir, moins d'un mois après, entre les quatre planches de son 
cercueil. Un pi-ocès-verbal de visite du 16 août i683 (3), dressé à 
la requête du second mari de sa veuve, nous apprend que ce 
chftteau était alors en si mauvais état qu'il « menaçait ruine 
totale » ; le pont-levis et la niclie où il se renfermait ne valaient 
absolument plus rien ; le gros pavillon d'entrée se trouvait 
« délabré u et les grandes portes par lesquelles l'on en sortait, pour 
passer dans la cour, étaient tellement vieilles qu'elles ne pouvaient 
plus faire leur service ; les servitudes, à part le colombier que 
Cbarlcs-Lonis du Fa$ d'Athies, avant sa mort, avait convenu de 
faire relever moyennant 3o livres, — ce qui. depuis, avait été 
exécuté par sa veuve, — étaient presque toutes à réparer sérieu- 
sement, notamment le bâtiment situé entre le pavillon et le corps 
de logis principal qui s'écroulait et qui avait besoin d'être « repris 
par le pied ». L'état de la maison seigneuriale elle-même n'était 
pas beaucoup meilleur que celui des granges, écuries et dépen- 
dances ; les combles et toitures n'en pouvaient plus ; l'escalier de 
bois et le plancher de la grande salle du rez-de-chaussée étaient 
pourris ; les sommiers des chambres basse et haute, coQttguës à la 
cuisine, s'échappaient des murailles, et Anne de Schélandre avait 
dû les faire & estançonner b. Bref, le vieux ch&teau-fort des 
d'Estivaux n'était plus guère, le jour où Louis de Montguyon y 
entra au bras de sa femme, qu'un pauvre ch&teau branlant. Aussi 

(1) Minutes du noliire Pieire iJanonnet. 
(S) Oupii, coQUni 
(8) HiiuitM dn ng 



D,g,t,z.dbïGOOglC 



- 115 - 

n'eftt-il pas de peine à décider Anne de Schélandre à s'occapcir 
d'nrgence de sa restauration ; les ouvriers y furent appelés pour 
parer an plus pressé, et dès le 8 mai i685 (i), s*il y restait encore 
fort à faire, du moins la maison seifpeuriale des jeunes époux ne 
menaçait-elle plus de leur tomber sur la tête. 

Les premières années de leur mariage s'y écoulèi-ent heureuses, 
semées d'enfnnts ; puis Anne de Schélandre et son mari sacrifient 
alors à leur tour à cet extraordinaire besoin que semblaient avoir 
tons les petits seigneurs ardennais de cette époque, de changer 
perpétuellement de résidence. La fin de l'année i685 les voit, sans 
motif, disparaître de CbfttiUon, et k partir de cette date, nous 
perdons complètement leurs traces jusqu'au mois de décembre 
1688 où nous les retrouvons, toujours féconds, faisant valoir 
eux-mêmes leur métairie de Ghagny. 

Entre temps, Anne de Schélandre avait en la douleur de 
perdre sa mère, Marie d'Averhoult, déeédée, comme nous l'avons 
déjà écrit, en son château de Tanon, commune de La Groix- 
aux-Bois, à l'flge de 56 ans, le 10 mars 1687, laissant veuf son 
second mari, Gharles-Louis de Pavant, qui, après s'être remarié 
lui-même, devant le notaire Hanonnet, un an après, le 10 mars 
1688 (a), à Jeanne-Prançoise du Bois d'Ëcordal (3), vécut encore 
six années, et s'éteignit fort vieux, en sa magnifique demeure 
seigneuriale de Tanon, remarquable par ses tapisseries de chasse, 
le 8 mars 1694 (4). 

Marie d'Averhoult laissait, en mourant, des biens considérables 
situés tant k Vieux (5), Marvaux et Tourteron qu'à BeUevilte, 
Noirval, Les Mesnils (6), Quaire-Champs et bans voisins ; outre 
les deux filles qui lui étaient nées de son premier lit, Marguerite 
et Anne de Schélandre, elle avait encore pour héritière une sœur 
utérine de celles-ci, Madeleine de Pavant, issue de sa seconde 
union, et qu'elle avait mariée, par-devant le notaire Hanonnet, 
dès le 16 février 1681, à un jeune cousin d'à peine 17 ans, Gharles- 

fi) Uinotes du Dobûre HiDonDet, 

ri) U mtriage reliiiem fut cé\ébri i Ect^al, le !0 nirs ISSS. 

(3} Du Bois d'EcorOal : d'argml, â 5 moucheture! d'herminfi de table, 3 et S. 
ICbiinpagnej ; famille rerunoue rar Canmartia et seulement HfMe il y a quelques lonéei. — 
MaduDe de Pavant jtait Rlle de leu Clirislophe du BoU, chevalier, seigneur d'Ëcordal, vicomM 
de Sivisnj, el de Marie des Gujois de Ricnecourt. 

(i) Dite obtenue par l'acte de vente des [uïubles de sa succession, passd par-deniit le 
notaire Hanonnet les U, 31 novembre. SB. 17 décembre 1694, 3 janiier 1695 el IS juin 1696. 
A la mairie de La Croii-aui-Bois, l'anni'e 16St ne comprend plus qu'un acte, et au grefle da 
Iribnn^il civil de Vooùers. les registres ne sont pas antérieurs a ]'IX), 

(5) Vieni, section de la commune de Uarrani-Vieui. canton de Montboil. 

(S) Les MMuli, hint al bu, ucien Bef, commun* de Noiml. 



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- n« - 

Louis d« Pavant, ab«T«lier, aei^eur d« Taisy, Maift^court <i) et 
Vrîzy (a), chef de la branche cadette dfl cette paissante Maiwit, 
sortie des anciens vicomtes de Buzancy et l'one des plus distin- 
guées de la province de Champagne. Ce furent cea trois dunes 
qui recueillirent et partagèrent son opulente succession. Anne 
de Schélandre, qui avait déjà obtenu dans son lot certains biens 
importants k Quatre-Ghamps, Noirvai et Les Mesnils, Marvanx et 
Xourteron. r«çut encore le ai février lâSS plusieurs parts dans U 
seigneurie et dans la forât de BeUeville, parts au lii^et desquelles 
elle transigea le m mars 1689 avec son beau-frère de Pavant, qni, 
dès le 4 juillet 1688, lui en avait contesté la jouissance (3). * 

Les époux L0UÎ8 de Montguyon reparaiaseat à CIdtiUan-sur-Bar. 
retour de Chagny, le S mars 1694. date à laquelle, moyennant I« 
prix de 600 livres, ils vendent à Pierre tiaraut, marcband à 
Marvaux, leur petite métairie de ce lieu ; le i4 avril 1698, ils y 
passent un nouvel accoi-d avec Charlee-Louia de Pavant, leur 
beau-frère, touchant un sixième au total de U seigneurie de 
Noirvai, consistanten <f justice haute, xuoyenne et basse, amendes, 
confiscation, cens, surcens, terrages, pottelage et aSorages », à 
eux échu par le décès de Marie d'Averhoolt, et dont ils conviennent 
de se partager la jouissance par mqitié. 

Ce fut l'un des derniers actes importants de leur vie ; frappés 
sans rel&che dans leurs affections les plus chères, n'ayant conservé 
de leurs cinq enfants qu'un fils, Louis de Montguyon, qui, 
parvenu k l'àge de ij ans, périt tragiquement à Ch&tiUon le 
^ juillet 1704. ils ne quitteront plus guère maintenant l'humble 
manoir qui avait abrité leurs amours, et où, bien triste, s'écouler* 
désornuiii leur vieillesse. 

A Anne de Schélandre, cependant, il restait encore U fils issu 
de son son premier lit, Charles-Louis da Fay d'Athies(4). qui, pw 
contrat reçu par Bourgeois, notaire à Grandpré. le 30 décembre 
1708, et à l'église de Vrizy, le 8 janvier 1709^ s'était uni à 
Gabrielle- Marguerite de Beauvais (5), fille du seigneur d'Au- 
truche. C'est à Tonrteron, près de ce fils que les circonstances 



tito* d» VeoMn. 

(3) Tnus c«s actes des i\ février et 1 juiHel 1688, 21 m^n 1689, ainsi qoe ce» des 

5 [un Ifi^i et 14 avril tflW, dléi pins bas, hreirt repii par le notaire Hinonnet. 

(tj Né i ChaiilloD le 19 ri>vrier IBSI, mort à TourtfrOD le Î6 naveinhre i^^i. 

(5) Gabrielte-X argue rite de Beauvais, n^e à Autruche le 19 »<rïl 1681, marte à Sén le 

6 décembre 1158, ïeuïe,. ea secwdss occe», de Kolanil d'ivon, chevalier, Eeignwr de S«r}, 

lie., jiùt fliu lié Utuû de Sauiw* ti 4e liuleittB» d4 ibwvL 



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d« M baiStance tt th perte de tous ma &utl>eâ enf^te dtt&ieUt Ibl 
rendre plus cher «ncore, sur la Qn de sa vie, que la sémill&nte 
convertie du dimanche i8 Juillet i683 vint se fixer pouf mourir ; 
elle y habitait, en eftet, depuis quelques mois k peine, quand elle 
y rehdit ma ime à Dieu, le ai juillet 1710» igée seulement de 
S? ans. L'église de sotl village natal de Tourteron, qui ue s'ëtalt 
pas ouverte pour la recevoir au baptême, accepta d'abriter son 
dernier sommeil, et c'est là qu'elle le dort encore aujourd'hui, 
sans qu'autre chose qu'une Itgtie de son acte de dëcëa en ait 
perpétué le souvenir (i). 

Quant à Louis de Mon^uyon, demeuré seul sur les ruines de 
toute sa famille, son premier soin, après le trépas de sa femme, 
fut de quitter le lieu où il venait de se produire pour reprendre 
tristement le chemin de sa maison forte de ChfLtillon-sur-Bar ; im 
foyer désert l'y attendait. Il y vécut encore sept annéeS) entre les 
soucis de sa petite exploitation agricole et les soinà peu éclairés 
d'une vieille servante ; puis, après avoir, huit jours auparavant (a), 
cotafiïmé par on touchant testament) transcrit soUS Be di«tée par 
son curé et ami, François Jacquet, la donation entre vifs que dès 
le 7 avril 1711, devant PaUffin, notaire à Rethel, il avait te&d 
à faire à son cher neveu, François-Joseph de MontgUyon (3), 
chevalier, seigneur de Joncherey (4), lieutenant d'infanterie au 
régiment d'Alsace, de Sbn chftteau de Chfttillon-SUr-Bar, de ses 
trois quatorzièmes en la seigneurie dudit lieu, de ses droits en la 
terre des Mesnils, de ses biens Gefs et de son moulin de Noirval, 
et de la moitié de sa succession mobilière, il s'éteignit à sou tour, 
en une cbambre basse de son logis seigneurial entièrement tendue 
d'une vieille tapisserie, sur un lit de plume drapé et frangé de 
serge, à cAté de sa bible, de ses pistolets et de son épée à garde 
d'argent, le 17 décembre 1716, « environ les huit heures du soir », 
dans la 71°" année de son flge. 

Le lendemain matin avant midi, le notaire de Brieul les -sur-Bar, 

(1) Voici le leite da ut Me de décès : • U !<• juillet 17tU, est àécMit Hadime de 

Hontfuion, ifie de ans. Laquelle esl inbumïe dans Testai da Mite paroiïse. où bùvs 

l'avoDS parlé )Lvet\ti cMmooiês aamiUiaiei. Sa fojdequojj'a]' ùfaé. > Siji^ë : H, Collignoa. 

(2) Le 9 décembre II16. 

(3) Franfois-loieph de Hoatgirroii, Bé i Helle le 3 naiemtHV 16B7. quathène et dernisr 
eofiat de rjiarles et d'AnDe-Hane-V^itminoe de Ferrella, mourut à ChlIilloo-aur-Bar, le 
18 JDtn 1711 ; ca»rié à HaRuicourl le 7 aofil 1716, i Française de Saiut-Quanlin, née audit 
Hagnicourt le 3 Hn-ier 168'. AMiée i Cliïlillnn le 6 juillet 176t. il en eut dnq eafanU, dool 
qutra morts en très bas Ige, ei une Olle qui prit alliance dans la bmille de Letcuyer. 

(t) JosrJwraj. eonuntme du caoloD de Délie [territoire de BelfortJ. 



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-118- 

Pieire Darâenne (i), aospendait l'inTentaire qu'il poorsoÎTait 
depuis le lever da joar (a) à la maison mortaaire pour se joindre 
an cortège conduisant à sa dernière demeure le corps du déliint. 
Dans son église paroissiale de Ch&tillon, avec toutes les cérémonies 
accoutumées, en U présence de ses confirères de Noirval (3) et de 
Belleville (4), le curé Jacquet (5) l'inhuma pieusement (6). et 
c'est là que, depuis, loin des restes de celle qu'il avait aimée, 
comme elle oublié jusque dans son existence et dans son nom, il 
attend patiemment l'heure promise de la résurrection. 

B<" Max ns Finfb oe S&int-Pierremont. 



[1} Pien-e Dardenne, gt^n et luccesMur immédiat de Rerre BuKUmet. 
(1) Cel invenlain darall depuis sept heures da matin, ce qui, au milieD de djcerabra, ni 
an r^alil^ un peu Ut pour ccmmeiicer semblable besogne. 

(3) 0%w GutUemarl, curé de Naiml, eiéroieur tesUmeniwe du d^tunL 

(4) Auleiae-^iinoii Le Plat, curé de Belleville. 

(5) FriDçoii Jicqnel, ancien curé d'Aincreville et Vjllei's-deiant-OuD, ancceswur i Oilbllon 
de NicolafrJoMph MasseUe ; il quille cette paroisse en janvier 1TÎ9. 

(6] Voici Je teite de son mortuaire, le premier acie que signe le ciir^ Jacquet, en aninnt 
i ChlliDon : r L'An de frlce mit sepl cens seiie, lo dit septièvie jour rie Di<cenim, environ 
les huit heures du soir, est d^r^dé en cette paroisse Mcssire Louis de Montguïont, chevalier, 
seifraeur de Ctiilillon-fiur-Bar, Noirvil, Haut et Bas MéDil, igé de soiiante el onie ans, on 
environ, et le lendeniain a été inhuma dans l'Eglise de cette parusse, oii nous l'avons comluil 
avec les ê^i^oionies accoulom^es, en présence des Umoins soussignés, i— Sgné : GutUemart, 
eari de Noirral ; — A.-S. Le Pial ; - Jacquet, tari de ChUiUon. 







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— 119 — 

A propos de RIMBAUD 

SOUVENIRS FAMILIERS 

(suite). 

A Charles Houim. 
VIII 

Cette péûesion mélancolique s'harmonisail avec notre humeur, 
un désœuvré jeudi que nous tliiiions, l'ime nébuleuse, autour 
du Haras de Charleville, transformé, je l'ai dit, en ambulance. 

Il n'est rieu de moins fol&tre, en elTet, que la vue d'un éclopé 
ou d'un malade, et t'on pouvait les voir, ces pauvres diables, 
dans les terrains clos environnant les anciennes écuries, se 
promener, languides et en savates, couverts de vieilles tuniques 
déteintes, fripées... Que c'était peu Vao der Meulen, que c'était 
peu Horace Veniet, ce tableau militaire !... Quelqueb-uns, 
s'appuyant sur des béquilles dont ils se servaient avec une 
gaucherie navraute, commençaienl rapprenlissage de l'homme 
qui devra désormais courir sur une seule jambe ; d'autres, qui 
conservaient leurs deux pieds, s'étaient fait épin^ler dans le 
dos — pour ne pas la voir — nne manche devenue inutile; les 
plus heureux portaient la tunique déboutonnée et par l'ouverture 
sortait un paquet de lin^^es, ficelé entre des planches, qui 
contenait un bras... dont ils se serviraient peut-être encore!... 
On en voyait d'entiers, cependant, mais des :ipectreB, au teint 
jaune cireux, aux joues caves, aux yeux biillants de fièvre : 
c'étaient ceux, épai^nés par l'obus et la balle, que n'avaient pas 
« ratés u ta typhoïde, ou la dysenterie, ou toute autre de ces fées 
charmantes qui aiment à suivre une armée en campagne... 

Et puis, plus fadement triste que tout, régnait autour du 
lamentable hôpital je ne sais quelle atmosphère de morne 
indifférence. Pour les passants, dont plusieurs déloamaient la 
tête avec un air comme de mauvaise humeur, on eût dit que ces 
infirmes, que ces mourants étaient un ennui, un surcroît de 
choses vexantes, quand, déjà, tant d'autres ! — Mille et mille 
Prussiens, Bavarois, Saxons nourris successivement par la ville 
— ... enfin une mortification prolongée et vraiment, au-delà des 
limites permises. .. Oh I cher ami, les médecins, les ambulanciers, 
des femmes dévuuées, laïques ou religieuses, entouraient nos 



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bleesés de touB les eoins les plus alleDlife, les plus délicats, 
mais... mais... je me Bouvenais de l'autre été, quaod s'arrêtaient 
à la gare des traius pleins de soldats parlaut pour la froDtière ; 
je me rappelais la fouie joyeuse, la Toule enthousiaste empressée 
autour des wagons, les beaux messieurs, les belles madames, 
les beaux enfants se disputant à qui serrerait le plus de mains 
guerrières, à qui offrirait le premier du tïd et des liqueurs et 
des cigares et un tas de victuailles... et j'exprimais cette pensée 
naïve : 

— Une patrie vaincue, c'est aussi noble, dit-on, qu'une patrie 
victorieuse, et le malheur aussi a sa gloire... eh bien! la patrie 
souffrante, la patrie mutilée, la voici... Pourquoi, dans le public, 
ce changement de manières?... 

— Ce que tu dis là, dit Rimbaud, c'est bon pour la littérature, 
pour la sculpture, pour la peinture, pour la gravure, pour toutes 
les uret. Tu auras pleine satisfaction sous ce rapport. Attends 
seulement quelques années : l'art national vivra largement et 
brillamment de nos malheurs. Uais ce que tu nommes « le public " 
a des besoins spéciaux. Le patriotisme qu'il comprend, c'est d'être 
le plus fort; autrement... ça l'embête. Les soldats acclamés, 
choyés, régalés par le bourgeois dont tu parles, c'étaient des 
gaillards solides, partis pour taper dans le nez des Pruscos, ce 
dont mondit boui^eois concevait une joie légitime; ils avaient 
sac au dos, fUsil au poing, cartouchière à la ceintilre; ceux-ci 
portent deâ bonnets de iîoIod et sont à moitié Uaorts : qu'est-ce 
que tu veux qu'il en fasset... 

Tous &vez dû remarquer, & maintes reprises, que Rimbaud 
devenait bien ageçant quand il parlait politique. Je détournai la 
CiJûverBalion... et lios pas de ces lieux déplorables. 

Il était, heUKtiBeaient, l'homme du monde le plus facile à 
distralM dans la causerie ou à dlrigelr en phimenftde : parlons 
flfc wei, allons là-baa... n'Itnpbrte quoi, n'importe où ! il suivait, 
répondait, Jîkmais déconcerté par les diversions les plus soudaines 
OU les plus fous coq-à-l'àce, labt sou esprit avait dé vigueur et 
d'élMlicité réceptives ! 

C'est ainsi qu'un instant plUs tard, uUlè millions de lieues 
pyehbfues -** poiir parier CDtnmB à prépenl — éloignaient sa 
pensée de la recionnalssance attendrie qu'une bation doit ou ne 
doit pas aux braves gens qui se sont fait estropier pour sa 
CàOBé, el que ^on iitlention était— au ntiias en apparèn&è — toute 



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- 121 - 

à mes récriminations contre H. Desdoueste, qui aurait pu si 
facilement, qui aurait dû si évidemment, si moralement, si 
loipquement attendre, pour la rentrée des classée..., le mois 
d'octobre, comme ça se fait toujours. 

L'amerlume de mes plaintes s'aggravait d'un remords, qui me 
mangeait le foie, comme le vautour île Prométhée, à savoir l'idée 
d'une forte version latine à présenter le lendemain en classe, et 
que je n'avais pas commencée du tout, c'est-à-dire que je devrais 
« piocher » dès le ^oir mSme, et pareille nécessité me causait 
une irritation profonde. 

Sans trop savoir où nous allious, somnambuliquement poussés 
par de vieilles habitudes, nous étions parvenus dans la grande 
rue de Mézières, collection raerveilleuse, et qu'on ne reverra 
sans doute jamais, de toutes \e» fantaisies, de tous les caprices 
linéaires que peuvent présenter des pans de murs déchiquetés, 
calcinés et croulants. Cela nous amusait encore, bien que 
déjà vu; l'aspect de la rue Saint-Julien nous intéressait aussi 
beaucoup; mais nous lomb&mes en arrêt devant l'église, dont 
le bombardement fit une si belle écumoire. 

Vous savez que les artilleurs pru^^siens entreprirent mécham- 
ment de couper en deux son fier clocher haut de soiiante-dix 
mètres et plus. Nul doute qu'ils n'y eussent réussi, les adroite 
coquine, s'ils s'étaient mis d'accord sur la façon de diriger leur 
tir. Il fallait, pensaient les pointeurs sérieux, viser aux angles 
d'abord ; ce système, évidemment le plus sûr, avait le désagrément 
d'être plus difficile, tandis que loger son obus au beau milieu du 
point de mire séduisait davantage les tireurs ordinaires, ceux-ci 
en majorité, paralt-il, car le mur, sur trois faces, fut criblé de 
trous, mais deux angles seulement furent coupés, et il en eût 
fallu trois au moins pour faire tomber la masse. 

Même ils ne parvinrent pas à faire taire l'horloge. Seulement 
elle éprouvai de rinaccoutumé tapage, une émotion que vous 
comprendrez sans peine : je me rappelle l'avoir entendue parler 
encore i l'instant précis où 70 a passait la main » à 71 (I), et la 
fidèle machine, exagérant les choses, comme vous savez qu'il 
arrive au cours des grandes crises morales, sonna, coup sur 
coup, dix-huit heures, croyant sans doute, la pauvre hôte, qu'on 
venait de la transporter à Marseille. Finit-elle ensuite par retrouver 

(1) La bombardanaat de lUtiires eut lj«a let 3t d^«abr< «t I* jumer. 



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BOD compte? Mes Bouveoirs, sur ce poiot, sont plut6l vagues... 
mais il me semble que l'horloger municipal dut y mettre la main... 

ËD tout ca9, la besogne ne manquait pas désormais pour 
maints corps de métiers bâtisseurs, car à travers toute l'église : 
bas-côtés, ner, transept, abside, les projectiles, comme des 
pierrots sur un cerisier, s'étaient abattus en bande folle, et 
statues, aruatures, voussures, nervures, clefs-de-voûles, gables, 
meneaux, piédestaux, chapiteaux, colonnettes, colonnes, piliers 
en avaient partout grandement ëOuffert. Je ne parle pas des 
vitraux qui n'existaient plus, pour la plupart, qu'à l'état de 
souvenir. En aorte qu'à cette date des échafaudages compliqués 
entouraient le gothique édifice où n'officiaient providoirement 
que des maçons et quelques charpentiers. 

Le grand portail, étant ouvert, nous invitait à jeter un coup 
d'oeil dans l'intérieur. Nous entrâmes et tout de suite un détail 
nous ^ppa, bien insignifiant en lui-même, gros de conséquences 
pourtant, ainsi que vous allez voir. Â droite de l'entrée existait 
— même existe encore, je l'espère — une petite porte, habituel- 
lement fermée, qui ne l'était pas ce jour-là, ni les jours d'avant, 
qui ne le fut pas non plus les jours d'après, pendant une assez 
longue période... pour une bonne raison, c'est que cette porte 
donne accès à l'escalier en vis qui monte au clocher, et que les 
maçons, que les charpentiers susdits en avaient besoin pour des 
allées et venues continuelles. Justement noua les vîmes sortir 
à ce moment — il pouvait être quelque chose comme quatre 
heures. — Ces courageux ouvriers allaient apparemment faire 
ce que les peintres en bâtiment appellent un « raccord u, lisez : 
casser une croûte et boire un coup, dites même : goûter, si vous 
aimez mieux... cela m'est égal... Quoi qu'il en soit, U me vint 
une idée f&cheuse et je dis à mon compagnon : 

— Si l'on allait dans le clocher?... 

— Allons-y I dit Rimbaud toujours accommodant. 

Très bien I On s'amusa de cette montée dans le colimaçon, des 
petites marches séculaires qu'avaient creusées tant de semelles 
posées toujours à la même place, on voulut regarder par chaque 
meurtrière, on s'extasia devant chaque trou d'obus, on fll le tour 
de la plate-fonne, on vit de près le dos épineux des « gai^ouilles », 
on monta si haut que l'on pouvait, par des escaliers successifa 
qui progressivement tournaient à la simple échelle ; on ne s'arrêta 
que devant une pbrte dûment cadenassée qui Qôus vësa quelque 



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peu ; OQ alla ailleurs, on entra, au hasard, dans une vaBte piècç 
où des poutres énormes se dressaient et se croisaient daoâ tous 
les sens, et l'on vit que c'était là ni plus ni moins que la chambre 
des cloches. On commença par caresser la surface polie, fraîche 
et douce au toucher, de ce beau métal, puis on lui donna des 
claques, pour le plaisir d'entendre ses protestations musicalement 
ribraotes, puis on l'apaisa par des caresses nouvelles, puis on 
épela, très attentifs, les solennelles inscriptions qui décoraient 
les larges (lancs si harmonieusement arrondis. Bien des noms de 
donateurs, de donatrices^ parrains et marraines, nous étaient 
connus. Par le fait, ces cloches dataient de 1864 ou 1865, et je 
me souvins que j'avais à leur baptême joué un rôle que je 
n'hésitais pas à qualifier de notable. — Mais oui !... — Kt me voilà 
lancé, pompeui narrateur, dans la description des cérémonies 
fastueuses qui eurent lieu à cette occasion. Elles, les chantantes 
et puissantes mignonnes, debout — si je puis dire — à l'entrée de 
réi^lise, près du baptistère, chacune vêtue de deux robes : la 
première en salin bleu, ou rose, ou bouton d'or, ou vert pomme ; 
l'autre en blanche dentelle... Adossé à l'une de ces princesses, 
moi, enfant de chœur, en surplis de mousseline, tenant à deux 
mains le fardeau précieux d'un grand missel puvert, où le 
cardinal Gousset, vieux, ridé, penché, coiffé de la mitre et 
portant la crosse, lit des formules latines sur les pages enluminées 
qu'il tourne de son doigt maigre bagué d'améthyste... enfin, pour 
terminer la fête, à nous eheulards d'enfants de chœur— qui avions 
si bien fait notre devoir — ces cornets délicieux de dragées et 
pralines choisies parmi tout ce que Prauconi et Satabin, confi- 
seurs chkt, pouvaient fournir de plus rare et de plus succulent. 
Tel, en substance, mon récit. Rimbaud voulut bien s'y complaire 
tout d'abord, mais je perçus, vers la fin, des défaillances dans 
l'attention de mon interlocuteur. Son œil perçant, faisant le tour 
de la chambre des cloches, venait de se Sxer, particulièrement 
aigu et sévère, sur un coin obscur où brillait quelque chose de 
blanc... 11 y marcha, terrible, saisit l'objet... 

Qui avait apporté là. qui avait monté si haut le vase de 
porcelaine qu'il brandissait d'une poigne indignée ?... 

Peut-être les xonnturs?... Dame! Pour peu qu'ils se fiassent 
arrêtés, avant le trarail , au Café turc, où les chopes sont 
copieuses... devaient-ils... à cause de cela... redescendre... et 
puis remonter... des centaines de marches?... Peut-être le 



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— 124 — 

guetteur, ca fonolioanaire déroué dont \e rauque porte-voix, 
aux grands cris lugubres, signalail, ealre deux appels du (oceio, 
les incendies en ville ou &ux alentours?... Celui-ci encore n'étaiL 
pas exempt des infîrmilés humaines, el la présence dans le clocher 
de l'ustensile en question indiquait plutôt, après tout, an réel 
soaci des convenances... 

Mais Rimbaud ne l'entendait pas ainsi, car il s'élança, tenant 
par l'anse le vase candide, le vase innocent, le vase qui avaient 
épargné les obus, vers la gigantesque baie garnie de ces lames 
de bois couvertes de zinc que l'on appelle des abat-soni, ou 
encore des ouïes. 

Que voulait-il faire, le malheureux?... Il B'étail arrêté, perplexe, 
il munnurail: « Ces machines me gênent!... u 

Après un examen très minnlieux du malencontreux appareil- 
lage, il retourna doucement vers le coin obscur dont j'ai parlé, y 
remit l'objet... de scandale, se dirigea de nouveau vers la Tenêlre 
et me pria de l'aider pour une besogne utile non moins qu'inté- 
ressante. Voici de quoi il s'agissait. L'une des » ouïes >> avait été 
parfaitement coupée en deux parties inégales par le passage d'un 
obus, la plus grande moitié pendait, fermant l'ouverture, et ne 
tenant plus que par un lambeau de zinc, lequel n'était pas bien 
difficile à déclouer ou déchirer, en se mettant à deux. Néacmoins, 
il nous fallut un certain temps et d'adroites el patientes manœuvres 
— car c'était fort incommode à manier — pour attirer vers l'inté- 
rieur de la chambre le pesant débris, puis l'y faire tomber k 
grand fracas el soulèvement de poussière. J'avais à peine fini 
d'éternuer, que je vis, dans le carré de jour produit par notre 
opération, Rimbaud qui balançait formidablement, d'arrière en 
avant et d'avant en arrière, le vase!... Il ne m'avait rien dit 
de ses intentions, je ne l'avais pas interrogé, celte fois, je 
comprenais... je poussai un cri... trop tard!... C'était faill. . 
Je me précipitai h. l'ouverture, je regardai, plein d'admiration et 
d'angoisse... Leblanc projectile, savamment lancé, décrivait — 
songez lin peu de quelle hauteur ! — une parabole majestueuse... 
Quand enfin — cela me parut long — il toucha le sol, au milieu 
même de la place — non loin de l'endroit où s'élevait précé- 
demment l'arbre de la Liberté planté en septembre et enlevé 
depuis la Commune — je n'entendis qu'un bruit de noix qu'on 
écrase et je ne vis qu'une fusée de miettes infinitésimales 
projetées, dispersées, envolées, disparues. 



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- 125 — 

Mais le bruit, naturellement, dut reteotir beaucoup pluB fort 
aux oreilles d'un monsieur qui marchait à cinquante pas environ 
du lieu où se produisirent la chute et l'éclatement du bolide, car 
cet homme — înoffensif d'après toute probabilité — se retourna 
soudaiu, regarda en l'air, par terre et aux quatre coins cardinaux, 
puis dirigea ses pas vers la droite, vers la gauche, alla même en 
cercle pendant un instant, se baissa, ramassa quelque chose qu'il 
mit dans le creux de ea mais, soupesa, prit délicatement entre le 
pouce et l'index, enSo considéra d'un air tellement intrigué... 
que, derrière nos « ouïes », mon camarade et moi ne pouvions 
nous empêcher de rire « comme des petites baleines ». 

— Est-ce que tu le connais? dit Rimbaud. 

— Non ; mais je suie sûr que ce n'est personne du collège. 
Cette pensée de la « boite «, qui me hantait, à cause toujours 

de la version maudite que je devrais « m'appuyer ■> en rentrant, 
mit Rimbaud dans un état de gaieté fougueuse, augmentée du 
reste par la joie du forfait qu'il venait de commettre. Il saisit un 
crayon, et, d'un seul trait, pour ainsi dire, sur l'appui de la 
fenêtre aux abat-sons, écrivit ces vers immortels : 

Oh 1 ri les clochei lont de bronw, 
No* c(2ura sodI plaini de dJuapair ! 
Eu juiD mil huit cent soixaDte-aiiic, 
Truddji p«r ud être noir, 
Moui Jean Bavdry, aou« Jean Bahiuche (1), 
Ayant accompli no« soubaiU, 
MourdoiM en ce clocher louche, 
Ed abominant DeadoueeU 1... 

Je lui conseillai de transcrire le môme sixain dans l'intérieur 
d'une cloche, ce qu'il fit...; peut-être le chef-d'œuvre y est-il 
encore. 

Des pas et des voix résonnèrent dans l'escalier du clocher... 
Nous redescendîmes, crolsAmes des ouvriers que nous salu&mes 
très poliment. 

(A nmrt). Emeat Delahatk. 



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LE LOUP ET LES TROIS BREBIS 

CodCC populaire ea patob de Blèvre-en-Ardenne (BelKltt*'*^ 



7n coup i ga'avot trois beurbis 
qui n'atUnt A l' dikausse. 

Et i gn'avot tn grattd bi à 
passer. 

Ça fait qu'i gn'avot les deux 
plus grosses qui fauttnt l'bi. 

La plus p'tite tomb' dins l'ive. 

V'ià que l'ieu la mougne. 

Vlà les deux aut's qui c'nijn0 
A court, donc, felles. 

— Vous n'o nin besoin d'couri 
si vite, va ! Dje vous Tattrap'rai 
toudi ben. 

VU que rieu les rattrape. 

— aK ben, si vous n' volez nin 
nous bmtdger, dje vous rappor'- 
rans de rouillot et puis de l'dorée. 

— Ah ben, par où que dje vons 
li raller, pou n'nin raseontrer 
l'Ieu? 



Une fois il y avait trois brebis 
qui allaient à la ducasse. 

El il y avait un grand gué & 
passer. 

Ça fait qu'il y avait les deux 
plus-grosses qui sautent le gué. 

La plus petite tombe dans l'eau. 

Voilà que le loup la mange. 

Voilà les deux autres qui com- 
mencent à courir, donc, elles. 

— Vous a 'avez pas besoin de 
courir si vite, allez I je vous 
rattraperai toujours bien. 

Voilà que le loup les rattrape. 

— Ah bien, si vous nb 'voulez 
pas nous déranger, nous vous 
rapporterons du roaillot (1) et de 
la dorée (2). 

— Ah bien, par où allonsmous 
nous en ratoumer, pour ne pas 
rencontrer le loup? 



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— Ah ben, ije vota 2è ratler pa 
tm aut' tchemin. 

Tlà que Clea s'y trouve eoutché. 

— Omqv,'est m'rouUlot «( ma 
iorie? 

— Ah bm, ije fans rwciée; 
mait >i wui n'vonkz mn nous 
bouiger, maman «it iauque à 
t'dirt; rev'nezaveu nous aufs... 

— Bonjour, madame c'est çv' 
z'o à m' dire ? 

— Ah ben, i^'aiàv' dire que les 
gendoTmes sont à l'tchesse après 
vous. 

— Ett'Ce que v'n'o nin énepUtee 
pou m'eateker? 

— Oh ben, v'n'o ^'à mousser 
dins tfor ; in'tosirontnin trouer 
ladite. 

V'ià ta femme qui pwarte de 
boét ou for. 

Ff  qu'elle fwait la fawée; pis, 
v'ià qu'etie y met S feu. 

— Rouie I ma patte et ma queue! 
houiel ma patte et ma queue I 
kouief ma patte et ma queue ! 
Laiehez m'alter, madame ; dje 
n'revirai plus jamais. 



~Ab bieQ, nous allons ooasea 
retourDer par un autre chemin. 

Voilà que le loup s'y tronve 
couché. 

— Oà«ont mon rouillot et ma 
dorée? 

— Ah bien, nous les avons 
oubliés ; mais, si tous ne voulez 
pas nous déranger, maman s 
quelque chose à tous dire ; reve- 
oez avec nous autres... 

— BoQjour, madame, qti*est<ce 
que vous avez k me dire ? 

— Ah bien, j'ai à vous dire que 
les gendarmes sont à la chasse 
après vous. 

— Ëst^e que vous n'avez pas 
une place pour me cacher? 

— Oh bien, vous n'avez qu'à 
entrer dans le four ; ils n'iront 
pas vous trouver là-dedans. 

Voilà la femme qui porte <tu 
luis au four. 

Voilà qu'elle fait les préparatifs ; 
puis, voilà qu'elle y met le feu. 

— Houie, ma patte et ma qaeue I 
houie ! ma patte et ma queue 1 
houie! ma patta et ma queue I 
Laissez-moi m'en aller, miidame; 
je ne reviendrai plus jamais. 



G. Dblaw. 



{Ctmii |wr H"* Aliee Jumotta, 18 un, de Btèrre-eit-AnlMuw). 




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CHRONIQUE 

L — Disparition de la fonderie de oloobea 
de Mont-derant-Saasey. 

Une des industries les plus célèbres de la Meuse Tieat de 
disparaître, viclime de la loi de séparation : la fonderie de cloches 
de Mont-devant'SasBey, dite « La Fonderie Jeanne-d'Ârc n, a 
fermé ses portes. Elle était vieille de plus de deux cents ans et 
portait au loin sa renommée. Son chef-d'œuvre avait été, au cours 
du siècle dernier, la sonnerie de la cathédrale de Verdun, qui est 
justement réputée pour l'une des plus belles de France. 

{Journal des Débats du 12 mai 1S06]. 

H. Inauguration d'un monument & Boucher de Perthes 
à Abberille. 

La ville d'Abbevillea inauguré, le dimanche 7 juin, un monument 
à Boucher de Perthes, né à Rethelle Ift septembre 1788 et mort à 
Âbbeville le S août 1868. Notre compatriote fut, on le sait, direc- 
teur des douanes dans la cité où il-mourut, et c'est aux environs, 
& Moulin-Quignon, qu'il découvrît le cr&ne préhistorique dont 
l'élude rendit son nom célèbre. Boucher de Perthes fut aussi un 
écrivain distingué et un philanthrope charitable dont les legs 
favorisèrent une vingtaine de villes. Il nous semble qu'uu livre 
complet sur cet homme pourrait êlre encore très utile, même après 
l'ouvrage d'Aldus Ledieu, Botiehcr de Perthes (Abbeville, 1885). 

P. G. 

m. — Le Comité dea Sites et Promenades de Bouillon. 

Le mouvement général qui se manifeste par la protection des 
paysages, le reboisement, la mise en valeur des beautés natu- 
relles, a amené, sur la frontière française, à Bouillon, une intel- 
ligente création que nous pouvons signaler, maintenant qu'elle a 
fait ses preuves, et donner en exemple k nos compatriotes, soit 
pour la rapidité d'exécution ou pour la parfaite réussite de 
l'œuvre entreprise. 

En septembre 1906, le Comité des Sites et Promenades était 
formé ; il comprend sept personnes, ayant à leur tète M. G. 
Delville, soue-inspecteurdes Forêts, désigné mieux que quiconque 
par ses fonctions mêmes et par sa valeur personnelle. 



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La Caisse du Comité est alimentée par les subsides des 
pouvoirs publics (la ville de Bouillon a donné plusieurs centaines 
de francs et pris à sa charge (iifférenls travaux d'amélioration 
des promenades), par les dons îles particuliers (S. A. H. Madame 
la Comtesse de Flandre eu première ligne), par les souscriptions 
des habitants (1) dont l'iulérët, qu'ils soient commerçante ou 
rentiers, commande de Tavoriser le courant d'atiraction qui 
cooduil les touristes vers la pittoresque Semois, enSn par la 
▼ente d'ouvrages édités sous son pattonage (tels que le (htide 
iUmtré de &d. Le Roy) [2>. Toutes les ressources passent natu- 
rellement aux aménagements des sites et à la réclame. 

Le Comité s'élant mis rapidement et activement k l'œuvre a 
réalisé, de septembre 1946 à juin td08, toutes les promesses de 
son programme ; réclame intensive, embellissements de la ville 
par les fteun, création ou amélioration des sentiers, aména- 
gement de points de vue, installation de bancs, construction 
d'abris rustiques, fixation d'un cadre météorologique généreu- 
sement offert par H. Adhémar de laHault, propriétaire-fondateur 
de la station météorologique de Mogimont-Vivj, élévation de 
poteaux indicateurs, repérage des itinéraires à l'aide de signes 
indicateurs. 

Ceux qui ne pourront constater sur place les résultats pra- 
tiques de son activité apprendront, par exemple, que le Comité 
a fait placer plus de 80 poteaux de fonte et créé ou aùiélioré 
plus de 20,000 mètres de sentiers tant aux environs de Bouillon 
qu'à Corbion, Dofaan, etc.; et aussi qu'il est intervenu k 
plusieurs reprises pour faire respecter par les particuliers la 
beauté du site bouillonnais que des constructions peu élégantes 
menaçaient d'altérer; et enfin pour limiter, faute de mieux, 
l'exploitation en carrière de la Uottée du Diable par l'Adminis- 
tration des Ponte et Chaussées. 

A propos des carrières, qui intéressent particulièrement les 
amis des Sites Ardennais (Quatre Fils Aymon et autres), àpropos 
aussi des talus et remblais qu'il est nécessaire de reboiser, 
empruntons à un rapport du Président ces réflexions judicieuses 
utiles à répandre : « Ces carrières trop souvent gâtent les plus 
beaux paysages, mais à cQté du respect des beautés naturelles, 
on doit tenir compte des droits du propriétaire et des nécessités 



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- 180- 

locales. La boDoe pierre esl rare dans la région, elle se trouve 
BOUS forme de poches plutôt que de véritables baacb et il faut 
souvent multiplier lee carrières aous peine d'arrêter les travaux 
en cours d'exécution ; il serait utile pourtant que les demandes 
d'autorisation soient faites et les avis donnés après examen 
sérieux " {I). 

Mais la création la plue originale qu'on observe & Bouillon est 
certainement celle d'un Arboretum géographique et botanique 
que le Comilé encourage, mais qui est dû à M. G. Delville, véri- 
table laboratoire naturel d'expériences forestières, en vue de 
peupler nos bois d'essences variées et nombreuses importées de 
toute l'Europe et des autres parties du monde (2). 

Nous souhaitons au Comité de Bouillon une pleine réussite 
très méritée et aux Comités des Ardennes autant de succès. 

P. COLLINET. 

IV. NooT^tf station inét6orolog»|ue de l'Ardeane 
Iwlge : Hogimont-TiTy. 

En dehors du service météorologique spécial de l'observatoire 
royal d'Uccle, existent ofiicisliement sur le territoire belge les 
stations d'Ostende, Fumes, Maeseyck, Lî^e, Spa et Arlon qui y 
sont rattachées; Gand et Anvers en sont indépendants. L'Ardenne 
méridionale vient d'être dotée d'une station dont les installations 
déjà très complètes ne sont pas encore terminées, et qui présente 
oette particularité 'remarquable d'être due k l'initiative privée. 

Eltablie en 1906 dans la propriété de M. Adhémar de la Hault, 
l'aéronaute belge bien connu, directeur de la Conquête de l'Air, 
cette station se trouve A <Mogimont, près de Vivy (Luxembourg 
beige), le long de la .route de Dinant; elle est isolée de toutes 
constructions et aotourée de boiset de champs cultivés, à l'altitude 
de 394 m. (ioogit. 5« 3' E. de Greenwicb, Jatit. 4»° 51' N.). Sur 
la pelouse en peats légère vers le NE sont -installés un grand abri 
.genre Hontsoueis avec lun thermomètre et lun hygromètre et un 
suppoptà'Caisseipour le pluviomètre enregistreur; dans la tourE., 
acoolée au centre de l'aile SE du b&tîmeDt, se trouve un baro- 

(1) Les méinss idëw «mdliUrieas se UDOTcnt itaa le nppMt pr^Mnt^ va Cangrès intei^ 



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- «s - 

graphe ; eoân sur aae tour séparée (dont l'acbèvemeot est pro- 
cbaio) sera installé t'héliographe. La «t^ion sera dotée aussi d'un 
anémomètre électrique à ériger dans la grande tour. 

Le but de la station de Mogimont est des plus utiles pour l'agri- 
cirilDre. La plupart des orages dans l'Ardenie rieoneBt -de W, 
WSW, SW et SSW, n de Frasce » comme on dit en Belgique ; or, 
l'Ardenne et la Belgique en général n'avaient de renseignements 
que par ArloD, les stations étant plus nombreuses dans le Nord. 
Grâce à l'beureuse initiative de M. de la Hault, la lacune est en 
partie comblée. 

Mais le généreux propriétaire voit sa tâcfaefacilitée.pardes colla- 
borateurs de nature différente, en premier lieu, par M. A. Bracke, 
directeur de la Revue IVéphologique, à Mons, météorologiste dis- 
tingué. Les Publications de la station météorologique de Mogimonî[i), 
paraissant tous les mois depuis août 1907, enregistrent, sous sa 
direction, les multiples observations envoyées régulièrement, 
depuis mai 1907, par les correspondants bénévoles de Belgique, de 
France, de Hollande; on y trouve, en plus, des articles généraux 
ou des remarques synthétiques sur les diverses manifestations 
atmosphériques à Mogimont principalement, avec les tableaux 
meosuels de température, humidité et eau tombée à Mogimont. 

M. de la Hault a complété son heureuse création en remettant 
gracieusement à la ville de Bouillon un cadre météorologique 
moulé à la fin d'avril dernier et comprenant un t)aromètre, un 
thermomètre à double graduation, un second à maxima, un 
troisième à minima, un polymètre Lambrecht (ou hygromètre à 
cheveux). « Ce cadre, dit la notice spéciale, est destiné à répandre 
dans le public le goût de la météorologie dont tout le monde 
devrait au moins posséder les éléments, u Le goût développé devra 
conduire à la collaboration si nécessaire de tous. La météorologie, 
en eBet, ne deviendra une science précise que quand les observa- 
tions seront multipliées ; elle est, d'ailleurs, selon le mot de John 
Ruskin, « la science du grand air et du grand ciel », et à ce titre 
doit intéresser les simples amis de la nature comme les agri- 
culteurs. 

P. CoLLINSr. 
(I) Atkesser tontes la conmiiiidcilioiu 1 la Rama Héphologigua i M<u» (Bd^ique}. 



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VARIÉTÉS 

L — Une exâcation capitale ft Doncheiy au XT* siècle. 

Le curieux document ci-dessous est ud acte de aotoriété extrait 
des Archives du Palais de Monaco (T. 81 : papier) ; le fait qu'il 
relate se passa 66 ou 68 ans ans avaot 1503, c'est^-dire vers 143S 
ou U37. 

« Cejourd'huy xsHj"* jour de febvrier l'an mil v«et trois par 
nous Estieone Canel, lieutenant maieur, ThoDiassiD la doulit (?), 
Jacques de Wanlin, eschevins de Donchâry et Jehan Blancharl, 
juré réal [royal] en Vermandoia et clerc greffier de la justice dud. 
Donchery furent ouys, jurez, assermentezet ditigemmerit examinez 
Gerardio Loison dicl Courcol, aagé de iiil" et x aus, Pierresson 
Henry Le Vielz, aagé de iiij" et viij ans et Jehan Baillot, aagé de 
Ixxviij aDS ou environ, tesinoings jurez dem(ouraQt) aud. Donchery 
lesquelz concordans tous d'une voix ont dictz, attestez qu'ilz sont 
bien recordz et memoratifz que ung nommé Jeasoo (1), en 

son vivant demourant k Nouvion (sont environ de soixante six & 
Ixviij ans), pour certains cas criminelz par luy commis, fut prins 
aud. Nouvion en coulombier de Noble homme Jehan d'Oilin [de 
Welltn], par la justice de Donchery ; et par la rivière de Meuse 
dedans une nassetle fut emmené aud. Donchery et illecques son 
procès faict à l'huis de la maison Thomasstn Moustin (f j, estant 
au marchié dud. Donchery, de présent appartenant à la vefve feu 

Jehan Henon (?) par (?) les eschevins seans en siège sur la 

selle de devant lad. maisoti, fut condampoé d'estre pendu et 
estranglé au gibet dud. Donchery et fut la sentence pronuncée par 
feu Wilmot Gillemer, lors eschevin et lad. sentence rendue, ledict 
Jesson demandit à boire et à manger auquel fut baillée ung petit 
blanc pain et ung petit coutelet pour en tailler (dont on se repen- 
toil de luy avoir baillié led. coutelet), et après qu'il eust mangié 
et heu d'ung demi-lot de vin qui estoit là, fut livré au prevost 
lequel prevost le livroit au bourreau et illecques mené pendre et 
estranglé aud. gibet sans ce que nul y meist contredit et ce ont 
ilz jurez et affirmez par leurs sennens. Tesmoing le seing manuel 

(1) Jmsoo Mt le priooin du coupible ; loa nom mit diipini de b mtooirt dei record*. 

DnihzPd h, Google 



- 133- 

de moy Juré et gref&er dessuad. cy mie par l'ordonDance de 
Hesd sieurs de Justice lee j'' et an que dessus. Ainsy si^iié : 
J. Blanchabt. 

n Collation faicle aux lellres IraiiKcriptes par moy (freffier juré 
de OoDchery-sur-Meuse soubzsigné le xxiiij' janvier mil vxliiij. 
[23 janvier 1S45 d. st.] [Sigué] Blanchegorge. » 

Paui COLLINET, 



n. - La Paillette à Rethel en i740. 

On sait que la Pauletle était le nom populaire du '• droit annuel <>, 
créé par le Secrétaire de ta Chambre du roi Henri IV, Charles Paulel, 
moyeDDaat quoi les titulaires d'offices pouvaient transmettre â 
leurs héritiers le droit de résigner l'office. L'arrêt du privé Conseil 
du 7 décembre 1604 etl'éditdu 12 du même mois ont introduit par 
ce moyen d'une façon permanente, dans l'ancienne France, 
l'hérédité des offices de finance et de judicature. Le taux de la 
Paulette était d'un soixantième du prin de l'office payable chaque 
année {d'où le nom de droit annuel). 

Par arrêt du Conseil du Roi du 16 août 1666, rendu sur le 
rapport de Colbert, le droit avait été reconnu au duc de Mazarin 
de nommer les ofQciers royaux ordinaires et extraordinaires, qui 
payeraient le droit annuel, non pas aux parties casuelles de 
S. H., mais au duc. C'est en conformité à cette règle que fut 
dressée la pièce suivante extraite des Archives du Palais de 
Monaco (T. 20 : papier) : 

« Registre de recette du droit annuel ou Paulette Deubt par 
messieurs les officiers Royaux du duché et Pairie de Mazarin faite 
par Jean Baptiste Billandel en vertu de la procuration spéciale de 
Monsieur François Charles Pollalier de Beauregard, tuteur oune- 
raîrede Mademoiselle de Duras, Duchesse de Mazarin, et suivant 
la dite procuration passé pardevant Broood et son confrère 
□otaires Royaux au Châtelet de Paris, le onze janvier mil sept 
cent quarante; Publié et afSché aux carfours de cette ville, le 
vingt sept du même mois et eoregistré au greffe du Baillage de 



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-tté- 

MazariD, le trois ferrier mil eept cent quarante, laquelle recette 
a été faite en la manière et ainsi qu'il suit : 

Le 21' Février 1 7i0 Receu de M. Dubusde Boisvicomte Procureur 
du R07 es l'élection de M&zaria la somme de vingt deux livres 
quatre eols six deniers cy 22' 04* 6' 

Montant (1) d'autre part à la somme de 22i 04* 6^ 

Le 23* Février 1740, receu de Monsieur Brodard 
receveur des tailles la somme de deux cens livres 
oy 200. 00. 0. 

Le 24* Février 1740, receu de M.Canelle de la Cour 
président en l'Electioa de Mazarin la somme de cin- 
quante deux livres, sept sols, six deniers cy 52. 07. 6. 

Le 27* Février 1740, receu de M. Descleves de Cemy 
elûs en l'élection de Mazarin, la somme de quarante 
six livres onze sols un denier, cy 46. H. 1. 

321' 03' 1' 



Les officiers royaux étaient donc à Rethel en 1740 en nombre 
infime, et tous officiers de finances, président ou procureur en 
l'Election, élu et receveur des tailles. 

Paul GOLUHET. 



COMPTES-RENDUS BIBUOGRAPHIQUES 



Las Tolgnel d'Bpenae et lenr Chapelle dans l'église de Sainte- 
Menebonld, par l'abbé Louis Lallembnt, curé de Moiremont. — 
Ch&lons-sur-Marne, C. OToole, 1908 ; in-8° de 112 pages (avec un 
cliché de pierre tombale et une gravure). 
Cet ouvrage se divise en deux parties. La première rapporte 
l'histoire et la généalogie des Toignel, noble famille qui, au début du 
xiv siècle, ajouta à son nom, par suite d'une alliance, celui d'Epense, 
d'un village du sudnsuest de l'Argonne, aujourd'hui dans le dépar- 
tement de la Marne. Cette famille, alliée aux plus nobles maisons de 
l'Argonne, du BarroisetdesArdennes, produisit plusieurs personnages 
remarquables. La brochure les énumère par ordre chronologique ; 

{1} Id CD— oTB h >* ]Mge pir m n^ «» h pnHlire sMune. 



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- 136 - 

Mna n'en ^tiendrons qae deux : Clande Toq^nel d'Epense, qui, 
en 1465, devint ridame de Ch&lons, et au xvi* siècle, un autre Clattde 
Toigael, théologien remarquable, dont le portrait sur cuivre est au 
musée de Chàloos. 

La seconde partie de l'ourrage traite de la chapelle fondée en 1457 
par Jean Toiguel, sons le vocable de Saint-Jean rEvangéliste, fondation 
qui se perpétua jusqu'à la Hëvolution. Après une description archéo- 
li^qae et architecturale de cette chapelle qui existe encore malgré 
de multiples mutilations, l'auteur énumére les revenus de ta fondation 
ainsi que ses chaînes aux différentes époques et esquisse en quelques 
mots la bii^traphie des chapelains qui s'y snccédéreot. 

Enfin quelques tableaux généalt^ques donnent une vue d'ensemble 
sur cette intéressante famille et ses alliances, notamment avec la 
maison de Nettancourt. 

Ajoutons que cet ouvrage a été couronné par la Société des 
Sciences et Arts de la Uame. C. 6. 

■élanges (Denxiàme Partie), par Henry Rocr. — Sedan, imprimerie 
Emile Laroche, 1007 ; un vol. iihS*, 119 pp. 

Le principal de ces Mélanges est un Essai sur le caractère ardennais 
et tedanais, dont il a été rendu compte dans cette Revue en 1907 
(tome XIV, p. 125). L'étude occupe les pages 3^ du volume. 

Cet opuscule est suivi de neuf morceaux de circonstance, d'une 
portée surtout religieuse, politique ou sociale. On trouvera quelques 
détails historiques intéressants dans le mélange intitulé : Truies 
souvenirs ! Fond-de-GivonneSedan après ta balaiUe du f septeTtére 4870. 

C. B. 

Onide illastré des promenadea de Boallbn et des environs, par 

Ad. Le Rot, professeur. — Gand, Buyck frères, 1907, 63 pp., vues, 

plan et carte (prix pour la Belgique : fr. 80). 
Le Chfttean-Fort de Boaillon: Guide illustré par le même; Gand, 

Buyck frères [s. d.; 1908], 43 pp.; gravures et traduction flamande 

par Th.-C. Bebbnabbt, professeur honoraire. 

Le ComiXé des Sites et Promenades de Bottillon recommande & juste 
titre le Guide de M. Le Roy ; c'est un petit livre • sans prétention > , 
qui ne dispense pas d'utiliser J. d'Ardenne ni de lire les autres 
guides ou récits d'excursions, mais qui est seul (jusqu'à présent) de 
son espèce ; c'Mt le vr&i guide du touriste que l'&utear aide k se 



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- 136- 

promener dans la pittoresque petite ville, an châtean [trop brève 
vraiment sa visite] et aux environs. L'itinéraire des diverses prome- 
nades (courtes en général] qu'on peut faire autour de Bouillon est 
traité d'après les Poteaux indicateurs [P. I.) posés par le Comité da 
Sites ou les signes en couleur qui repèrent les moindres sentiers (on 
regrette que l'éditeur n'ait pas pu colorier ces signes, au lieu de les 
qualifier, rouge, bleu, jawie). Nous suivons ainsi, sans risque de nous 
égarer, les chemins les plus variés pour la Côte d'Auclin, la Ramo- 
nette, • l'Arboretum >, Cordemois, la Hettée du Diable [rien de 
granitique, mais grés taunusien], l'Epine, etc.. Les jolies excursions 
à Botassart, Corbion, aux Alleines, k Dohan, aux Amerois, sont aussi 
fort bien indiquées. Le livre se termine par la visite de Sedan et du 
cbamp de bataille el les autres promenades de 20 à 30 kilomètres. 

Félicitons, au nom des nombreux Sedanais amis de Bouillon, 
H. Le Roy de son guide si pratique ; félicitons-le aussi de ne pas 
avoir poussé l'esprit utilitaire jusqu'à louer les soi-disant embellis- 
sements du Bouillon moderne et approuver sans réserve tous les 
travaux d'art du xix< et du xx* siècles. 

Un mot seulement sur la deuxième brochure de l'auteur, qui vient 
de paraître, et qui est consacrée au ChfLteau. Le fond et la forme 
nous en semblent très dignes d'éloges, et nous sommes particulière- 
ment reconnaissant jl H. Le Roy de n'avoir pas donné place dans 
son ouvrage aux légendes qui se perpétuent fâcheusement de guide 
en guide sur l'antiquité trop lointaine ou les fastes horribles du 
célèbre vieux bni^ d'Ardenne. 

P. CoLLisirr. 



Le Gérunl : E. LAROCHE. 
SmUii. — Imprimerie Eua.» Lmocrb, rue Gunb«tU, 11. 



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SOLDATS & GENTILSHOMMES VERRIERS 



I. — Gentilsbommes et VenierB. 

Dans tous les paye où s'est établie l'IuduBtrie du verre, on trouve 
géuéralemeot une catégorie bien tranchée d'hommes s'adonnant 
à cet art, distiocts-des autres ouvriers par leurs aptitudes sociales, 
leurs traditions de famille el toujours par leur nom. Ils sont en 
effet d'origine uoble et occupent dans la noblesse un rang spécial : 
pour le peuple comme pour les grauds seigneurs, même pour 
noire «ociélé sans privilège, ils sont les Gentilshommes Verriers, 
caste a part dans la noblesse pour laquelle le travail manuel est 
Que déchéance et supérieure cependaut à la classe des autres 
artisans qui n'ont ai blason à faire briller, oi titre héraldique à 
soutenir. Bien souvent ils ont été l'objet des railleries des uns qui 
firent pleuvoir sur eux leurs quolibets et leurs épigrammes ; mais 
tout en maintenant leur rang et en gardant la prétention d'avoir 
des titres au moins aussi honorables que ceux des financiers et 
des bourgeois anoblis on ne sait par quels moyens, ils restèrent 
supérieurs aux autres dont ils furent les maîtres incontestés par 
la science de leur art el les services rendus. El ils arrivent ainsi 
jusqu'à la Révolution qui, aplanissant toutes les conditions, put 
en ruiner quelques-uns, mais ne sut leur enlever leur prestige et 
leur habileté et les conserva presque partout à la tête de 
l'industrie verrière. 

Aujourd'hui encore il est de bon ton de railler ces hommes dont 
quelques-uns ne purent sauver du naufrage que de vieux parche- 
mios el d'inutiles généalogies ; chroniqueurs et romanciers ne 
s'en sont pas privés au xix* siècle, ayant surtout en vue ceux qui 
doivent employer toute leur énergie dans l'âpre lutte pour la vie, 
mais ne dédaignant pas une flallerie k ceux qui, plus favorisés 
de la fortune, peuvent offrir titres et particules aux enrichis de 
la veille. Partialité que l'histoire a déjà vengée et qui le sera 
encore davantage à mesure que l'on étudiera plus profondément 
la question des Gentilshommes Yeiriers, Car ils ne sont pas tant 

Etrr. D'A», n b'Am. T. VI, b" «t tO. 



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-m- 

à dédaigner, ces laborieux qui répondirent si volonliers à l'appel, 
dé nos rois et assurèrent ai la France la prospérité d'une industrie 
assez peu connue chez nous an moyen Age. Aussi, le pays les 
récompensera-t-il par l'intermédiaire de tous les souverains, 
depuis Charles VII jusqu'à Louis XVI, en les conservant d^nç 
leur a Prisiine Noblesse » el en leur accardant à chaque règne des 
exemptions et des privilèges qu'ils ajoutèrent à ceux qu'ils 
tenaient de leur état de noblesse et dont ils soutinrent toujours 
les droits comme ils en revendiquèrent les devoirs. 

Une des obligations de la noblesse, dans les tçpjps de fçpdalil|éi 
consistait dans I^mpôt du sang, et celui qu;, s'y dérybait. était 
rép'ui« rélon et traître à la patrie. On sait avec qu,eli^,vail)qi^cQ, 
lés maîtres iu'pàys s'acquittèrent de ce devoir : spuyepl.les 
armoiries "dé famille, avec leurs attrijjuts et devises, r^pppllent 
encore àiijourd^ui led actions d'éclat des féaux, aucâ^es. Nç^ 
eéntllshommes Verriers n'ont peutTêlre pas lous à se g]or,i,fier, d^^ 
cé's hauts el relentissants faits d'armes ; cependant, mëmf sur ce, 
point, il's peuvent se vanter de ne point ïç céder à bçaucoi^Q, 
d àuirës plus ill'iislres. 
'Quelques-vins d^ leurs ancêtres furent çxclusivç^ent guerrier^ : 
nous et) donnerons la preuve^ mais dans le, cours d^s siècles, 
qiiànd, séduits par la beauté de l'art de la verrerie alors réceiq- 
m'eut ftaporle en France, ou bieu copdamués au travail par la 
nécessité^ Ve'urs descendants devin renj ar^tis^aqs,, ils, n'out^UèreQ^, 
nî'les prouesses des aïeux, ni robligalion commupç à Iqu^ It^ 
noblesse de servir le tïoi dans ses armées. C'est |iiqsi ^ue nolam- 
meul dans les Vosges et dans l'Àrgoonç,. où rindi)stf|e verrière 
fuC'si longtemps nrôspère, nous voyous jijesgue tq^our^ les, 
gé'nïilsnorii'mës verriers diriger eqx-mêmes le^rs vçi;r^ies, .et, 
act'iver leurs ouvriers pendant la mauvaise saisonj mais, ,aussitÇ\t, 
les beauxjours revenus, participer à la vie des camp,ç,,couriT,aux 
exp'éditions lointaines et révenir, ensuite dMs leurs fapilles avec 
dé nouveaux grades et décores des_ ordres mililair^s frar^çais et 
étrangers. Au dix -huitième siècle, pendant quêteurs sœurs son^, 
élevées â SàintrCyr, les cadets de famille eolrenl dan{| lep écol,ç;^, 
militaires et plus tard, aprèsavpir suivi les armées frauçaises,sui;, 
presque tous les' champs de bataille de l'Kurop.q, ils arj-iyent en 
grand nombre aux grades supérieurs, Apijès la, tourmente févo-, 
lutionnairé, où le:? ûls.de,nos gentilshommes se Iro.uvèrent 80u,v^Qt 
racé a ïacis, lès uns pour le service de^U Natioijj,les,autreç popT 



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la cause du Roi, ils se renconlrenl de DOUTeai^ dAQB le8,;[Ddii)es, 
rangs combattant pour le pays, et, à l'exemple de leur^ héroïques 
ancêtres, tombant glorieueement sur les champs de bataille. 
Aujourd'hui, après les TicisBitudes de l'hiBtoire, nous les fetÇ{}u- 
TODs toujours aux mêmes postes : beaucpup ont conservé 
l'industrie de leurs aïeux ; d'autres ont dû chercher ^le\ir^ uae^ 
condition honorable ; mais aucune de ces vieilles, familles. n\ 
renié son glorieux passé : l'épée des ancêtrfïB a ét^ .lé^éç aifx, 
descendants, et ceux-ci la gardent non moins ûèrement pour 
l'honneur et la prospérité de la Patrie. 

n. — Gmitilahommes, Terriers et Soldats. 

Etudions maintenant de plus près ceux dont nous venons de 
parler en général. Ils ne sont pas tous, à coup eût, des héros dont 
lés statues doivent décorer nos places publiques ;& ce compte, 
r&'^gbnne devrait en posséder j usque dans ses moindres hameaux ; 
mais pour avoir accompli leur devoir simplement, sans osten- 
tation, ils n'en sont pas moins la gloire de leurs familles et le 
pays leur doit aussi son tribut de reconnaissance. 

Nous né parlerons ici que des familles de l'Àrgonne, et spéciale- 
ment du Clermonlois. Nos recherches ne nous permettent de nous 
occuper qu'incidemment de celles des Vosges : leurs origines, 
souvent communes avec celles de notre pays, leur destinée et 
leurs privilèges semblables, quelques écrits trop peu connus 
nous permettent de croire qiie les verreries de Darney, t^orlieuz 
et autres eurent aussi des personnages remarquables. Pour qui 
élèverait le moindre doute à ce sujet, il suffira de citer les de 
Hénnézefi'de Hassey, du Houx de Viosménil, de Finance. 

Ce fut BOUS Charles VU, le 20 août 1438, que les premiers 
privilèges furent accordés aux gentilshommes verriers en la 
personne de « Jehan Gauthier, maître de la voirie de Charles- 
Fontaine, au bailliage de Laon » (1). Ces privilèges furent renou- 
velé^ à Loches, le 8 mars 1465, par Louib X^, ,ep, (areui; de 
a Jehan. BuBsière, écuyer, demeurant à la voirerfe ^^C^u^p-:.., 
thibàult ■ et d'un autre « Jehan Bussière, écuyer, ^e^çur^i^ ^a„ 
Four-thiiijppe, en la forêt de. Beaujeu, voirerie demeurant en nos 
pays et duché de Berry » (2). 

(t) LettM-PiUalMdB 10 hM Mtt. 
(g) LeOrat-Piloitm da 8 min 1165. 



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— 140 - 

Charles VIII imiU ses prédécesseurs par lettres données à 
Sucy-Bur-Loire, le \i décembre 1484, et Louis XII par d'autres 
données k Blois, le 20 janvier 1500. Dès le début de son règne, 
François l*', par lettres datées de Montargis. accorde, le 
10 mai 1515, les mêmes exemptions aux verriers de fierry, aïeux 
de ceux qui vieodront bienlOt se Sxer dans l'Argonne. Enfin, en 
juin 1S97 el en juillet 1603, par lettres patentes enregistrées à 
Paria, Henri IV confirme les mêmes privilèges aux verriers de 
l'Argoone, en les désignant par leurs noms : de Bigault, de 
Condé, des Androuins, des Guyotn. Renouvelées par Louis XIII 
le 6 mars 1618, par Louis SIV en décembre 1655 et en décembre 
1663, par Louis XV le 26 octobre 1725, elles désignent à nouveau 
tes familles déjà touchées par les lettres du roi Henri, en y 
ajoutant celles qui sont survenues depuis : Dorlodol, de Brossard, 
de Foucault, de Julliot, de Caquera;, de Mathieu, de Bongard, 
du Houx, de Thieriet, de Bonnay, auxquels sont applicables 
les lettres patentes du 15 juin 1597, portant décharge de subsides, 
aydes, trilmU, etc., en considération « des servioes qu'ils offrent 
de nous rendre aux occasions pour la conservaliou de nos villes 
et châteaux de (Uermont. » Les mêmes conditions sont imposées 
dans les lettres euregistréesàNaacy, le 16mar8l6l8: " À charge, 
K disent-elles, que les dits recognai ssanls et leurs successeurs 
« seront tenus de comparoir en armes au dilClermonl, soit à pied 
« ou à cheval, chacun selon ses facultés aux occurrences 
n nécessaires qui se pourront présenter et sur les mandements 
« qui leur seront adressés par Monsieur Dufrenet, Bailly et tiou- 
« vemeur dudit Clermoot et ses successeurs en la ditte charge... 

o le tout jusqu'au bon plaisir de Son Altesse, yceux ont promis 
<• et promettent de satisfaire la ditte charge. » 

Ces services étaient encore obligatoires en vertu des lois du 
pays, et en vertu des coutumes ayant force de loi dans le bailliage 
de Clermout, et qui disent expressément: 

Article 46 : « Les vassaux sont tenus quand ils sont requis servir 
en armes mon dit Seigneur à cause de leurs dits fiefs en guerre qu'il 
pourrait avoir contre les ennemis de ses pays pour la défense de sa 
personne et de ses dits pays, aux dépens dudit sieur avec restitution de 
prise de corps, ehevaiix, armes et intérests. n 

.Vrticle 47 : « Sont tenus les dits vassaur rendre à mon dit 



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- 141 — 

Seigneur en iews maitons fortes et fiodalles pour la sûreté de sa 
personne, deffense d'icetie et de ses diu pays : manutention, mainforte, 
et exécution de justice... n (I ). 

Ces appels aux armes durent avoir lieu quelquefois, ne mi-ce 
que pour éprouver la lidélilé des verrière derArgoone ; cepeadact 
il D'est poJDl veau à notre conuaissance qu'ils durent jamais, 
avant l'émigration, prendre les armes en corps pour la défense 
du pays et de leur souverain. Idais ils ne perdirent pas pour cela 
l'occasion de montrer leur bravoure, et la plupart tinrentà honneur 
de servir leur pays en se signalant par quelques faits d'armes. 
Ils avaient de qui tenir: les récits racontés le soir au foyer devant 
toute la famille leur apprenaient les exploits des aïeux, alors que 
ceux-ci pratiquaient uniquement l'élat de noblesse et suivaient 
le noble métier des armes. La tradition, les papiers de famille, les 
récits des historiens nous rapportent en effet que, avant de venir 
s'établir dan» l'^rgonne, les ancêtres des futurs verriers s'illus- 
trèrent dans de nombreux combats et que plusieurs tombèrent 
au champ d'honneur. Tous leurs noms ne nous sont pas connus; 
mais il nous est bien permis d'en rappeler au moins quelques-uns, 
en donnant â notre récit la seule valeur qu'il comporte à cette 
époque moyen -àgeuse, celle de la tradition et des historiens 
auxquels nous empruntons notre documentation. 

Au XI* siècle, un Rooer, sire de Gondé, servit dans l'armée 
de Robert Courtheuse ou Courte-Cuisse, duc de Normandie et fila 
aîné de Guillaume le Conquérant. Il accompagna son maître, 
en 1096, à la première Croisade et assista avec lui b, la conquête 
de Jérusalem (2). Peut-être est-ce â ce guerrier que la famille 
de Condé doit de posséder trois baumes d'argent dans ses armes; 
peut-être aussi pourrait-on lui attribuer son cri de guerre : 
a VieilCondéa els&iense» Loyauté», deuxchosesqu'elle possédait 
déjà en 1280. 

P. Roger, sur la foi d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, 
rapporte que Nichol de Condë, chevalier, sire de Fontaines, au 
comté de Flandres, assista à la cinquième Croisade (3). 

(1) CoiUumêi du B»iUiage de Cltrmont, léâigies i Vareoiies enlISTt el enregisMei 
1 ClenDoot, le !8 janner ]â73. — Editioa aiuiD*crile. 

Lm GMililshommea do Clennontois, au Dombre desquels nous relmurODs U ptopurt de nos 
Terriers, «taiest iU appelas t ^lire, le 16 octobre 1571, les dépotas de la aobleBM qui, le 
93 àt> mémt miris, devaient participer i l'eximen el il U diseussioii du cahier des coutumes. 

(i) Eilnit des papiers de U [amille de Coudé. prPsent^a pour la reebervfae de la noUesM 
et eerliads anltaitiqwt i Uermonl, le !3 octobre ITiS. 

(3j La iwtlMM «NX CroiMd4t, par P. Rocw (Parii, 1S16). 



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Au XIV* siècle, en 1340, la ville de Thuin, daaB les Pays-Bas, 
est Htsftiégéîe, puis 'Bèeouru'e. Woillaumé de" fcoNDÉ, sfpe 'de 
JfÂrnitiù'a^' assisté k ce siège avec d'autres geDlilBbomineB (■}. 

En 1388, un Guillaume de Bigot, écuyer, Yait partie 'de la 
compagnie dés archera de Nicolas de Tioguy k Montereau (2). 

An XV* siècle, Quillaume de Condé, seigneur de Boivoirie et 
Jusiguy, fils de Josias de Condé. capilaine au service de l'Espagne, 
sur présentation de ses titres est maintenu dans sa qualité de très 
noble el Chevalier (3). 

' Les papiers de la' famille de Condé foQl mention, en 1547, d'un 
Chev&Ker dé Malte, Jean de Condé. En 1 566, il était commandeur 
à Saumar {i). 

Caumartiù; dans son Nobiliaire de Champagne, rapporte que 
Giilftalime de Coudé, vicomte de Villedommange, fut fait prison- 
nier par les Anglais à la bataille d'AzincourI, en 141 S (5). 
' Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, cité dans la généa- 
logie de Finance, se rapporte à Jean de Fiaance, homme d'armes 
a^ service du comte de Vaudémont, en 1418. En 1423, il est 
désigné com'me noble hommagier du Haut et Puissant Seigneur 
Hesdire de Vauvillàfâ [6). 

'baiis son «"fromptuaire Armoriât », après avoir rapporté les 
anh'éir'âé'la famille de Broasard, Jean Boisseau ajoute : n C'était 
« les armes de Messire Gauthier de Bros sard, brave et vaillant 
.« Capitaine sous' le roi Charles VII, qui eut l'honneur, avec 
a plusieurs autres grands seigneurs, de commander l'armée 
dlcelby contre les Anglais, lepquels furent chassés de la ville 
a de Mbntignjr, l'an 1 426 » (7).- Ajoutons que la fainîlle de Brossard, 
éla'&li^ dans l'Argonne au zvi* siècle, possède la première partie 
de ces armes et qu'une de ses branches a ajouté à son nom celui 
cfe Montlgny, probablement eu mémoire de ce glorieux événement. 
^'^on'Haùdiquer de Blaneowrt, Antoine de Brossard,' écuyer, 
tige de toute la famille, époux de Judith de Pontbieu, dont lé 
bin, Messire Jehan de Ponthieu, était comte d'Aumale, fut fait 
chevalier deV'aut Fiume. Ce fut son petiï-filsl Antoine de Brossard, 

[D Dm Mnm de 1t ùbôH ie ConiH. 

«l.[toHi(r.da 11 AHlIi-4&«ipaHH, in cabiiMt hJnldkpie àtM.de Magny. 

3) niûere i)« Il bmille de ComU. ■..--.<. 



,4- /*rMM-«trhiI de la Jtteherehe de la Nobluia de Chsmptgne, par H. oi Cui- 
HUiiiR,fBUod<U4aChup>ow, 1613. 
,Ù).Ui<lJMi»daFiiUNCi... 
(Ij PrompMtre amoHal de Juh BoiaaBUi, praUre pirtie (Pirii, IIST { ift^obj. 



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-Va- 

'êi}oyer, se'i^ti'éur âe âàiot-'Martiu et de Saint-Brice, el écuver de 
dfiartes d'Artois, cofnle (l"Eu-el prince du saii^ i^*!' "IV' **^*i?b 
le ■premier âe sh fainille, une concession de verr^iie. « II Irovyia 
H 'cel arl si lïteaii et si considéraDle, qu ayapl su Qu'il ne ^éro^e^jf 
'n pa's, i\ obtïbt 'de ce prioce, en l'année 1453, une concession de 
"il verfeVie ^our ti^avaiîle'r 'ou faire Iràvailler au gros -verrp, ayçç 
« pprinisstàn de n'en &ouffrire'tab)it'aucuue autre dans son comt^ 
« el t>hWieu'rs UûVres beaux privilèges que ce 'm'éine prince lui 
« accorda >> (I). 

Le ^^oie aùveiir cite encore un descendant d.'Antoj^g de 
Brossard, 'Charles de érossàr'd, écuye'r, seigneur de ^aînl-Br\ce çt 
'de Sathl-MaHil), « lùè au siège de Chartres en l'année lt>9,l, 
» commabdaDl ceiîl boinnies d'armes pour le service du roi 
« Henri IV ». , , . . . 

Un liiénibiré imptimé en 1 7H9 (2), pour la défense^des privilège^ 
d'éè verriers, après avoir rapporLé les armes^de^^rossard et fait 
remarquer leur analogie avec les arm,es_ de F^anpe, ajoute, ; 
< En 1524, Jean de Bro^sard tétait à la ba^taille fie pa^ie, &g^, de 
« 7S ains, avec ses cinq nie. "Trois furent tuée ; Jean et sep 4^ft^ 
n autres Ois y furènl dangereusement blesséE| à. la veùe (j^i^.Hojfi 
« qiii, pour lê récompenser de ses services, lui permet d'établir 
V et de faire valoir une verrerie. « . - j i 

Puisque nous en sommes à ce mémoire, citons tout de suite, ce 
qui se rapporte aux autres familles qui ijous iptéres^ent : n Xous, 
n ces tientilshommefi servaient leur Prince et nos Rois, eyis ^ 
a sont toujours distingués par leurs services, par leur valeur el 
« par le nombre d'officiers qui v opt él^ el qu^i y sont employés, 
« enfin par les grades mlTilaires dont ils oui été récompensés, 
a II y eu a même qui, en expirant daus une bataille, eurénï la 
« satisfoctiOQ de savoli* cfù'e ta"^at'rie tenait son salut du gain de 
« cette bataille e'i des effoi'lèr de lèuV éx^'érieDce éf de leur épée. » 
(Le sieur de Foucault). 

Etl'auLeuVdViliéiiioîré'flbul'e en noie : « Ôal'^ les" malheurs 
a des temps, l'on'doiHplé'aujourd'h'uiplus'dé trente officiers dans 
•> la maison du Roi, la cavalerie, l'artillerie el l'infanterie, et qui 

ll\' Art 4e la Ver rjfrië,f!U aumimpi m' BU(K$Iibt (Puis, t69T;Jftjt).i. .- 

A Qtra(wl-^ti-A[SMiie^wiweuu«d«aHHiluc^ tfnliAJ«w-Biptiile.Bo««lRm«)» »tm 
Benriet, adJndiuUnm dn Umn fiairi^fiSfi»>¥hf'l)t^g^'^Pmximé'm,-'tà»a>aai»j. 
— . , — , iH_i~. rf. u.»u».Bgf |g iij^g d Orleu», me de 1* Vitilte Boocl— '■ " °-'-- 



■w — ~._ Ja HotMigiMiir le duc ifOrléM», nie de 1* Vi^ BonclMne, au SiiH- 

jbpril el m SoWI d'or. 



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- 144 - 

a sODt de la famille de ces Gentilshommes ». Au nombre des 
plus méritants, il place le sieur de Foucault, gentilhomme ordi- 
naire de Louis XIV et lieutenant des geDdarmes du Grand 
Dauphin ; le sieur Duhoux, gouvei-neur de nie de Grenade, dont 
le Père [^bat, Dominicain, parle avec ëloge dans la relation de 
ses voyages (1). En relatant ceux qui expirèrent sur le champ de 
bataille, il cite toujours en note : « Le sieur de Foucault, lieute- 
Dant^énéral, commandant l'aile gauche du vicomte de Turenne 
« &Turquem» (2). L'histoire nous apprend, du reste, que le 
lieutenant-général de Foucault fut tué à la bataille de Tiirckheim 
eu 1679 (3). Quoique nous ne connaissions pas ce héros, il noua 
est permis, avec l'auteur du mémoire, de penser qu'il devait être 
originaire de l'Âi^onne. Sa famille, d'après Didier Bîchier, était 
éUblie au Qaon en 1582 (i). 

Citons encore quelques noms en nous reportant un peu en 
arrière. En 1917, Antoine de Bigault, écuyer, participe à la revue 
de cinquante lances (tous sont gentilshommes) fournie par les 
ordonnances du Roi et commandée par le sieur de Créquy (5). 

Caumartin cite encore Jonas du Houx, seigneur de Maisonneuve, 
qui fut maréchal de camp des armées du Roy, vers 1600; un de 
ses parents, Charles du Houx, vers le même moment capitaine au 
régiment de Navarre; un autre Jonas du Houx, capitaine, puis 
m^jor de cavalerie, vers 1690 (6). 

U. de Barante, dans son Histoire des ducs de Bourgogne, 
rapporte que le sire Michel de Condé fut fait prieonnierà la bataille 
de Guinegate, en 1479. 

ni. — Soldats Argonnaia. 

Quelques-uns des personnages cités plus haut appartiennent 
déjà à L'Âi^onne, oi!i leurs familles vinrent successivement de 
différentes provinces, du zv* au xvii* siècle. Il en resta dans 
leurs paye d'origine qui continuèrent leur industrie; nous en 
retrouvons qui se distinguèrent et même devinrent illustres : 
tels le maréchal de camp du Houx de Viosménil ; son parent, le 

(1) Uimoire du Pire Labat, Dominicain, tome V, page SAS ; ouvnge ciU daos le laite. 
(1) Vie de Turenne, livre VI, page 156, Milion da 1T3S; ourrige dU dioï le taite. 
(3) Voir Almanaeh <tu Drapeau, ana^e 190i, page 188. ^Pans, Hachetia). 
(1) Procemerbai de la Recttfrebe de la Sobleiie au Bailliage de Ciermont, par 
Didieh Rkhiu, dit Clannont, puursuivaul d'armes du duc de tiomine. 
(5) Douier de la bmille da Biginlt (voir plut haul). 
(S] CMHiiflriin, osmve ciU. 



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- 145- 

maréchal de France du Houx de Viosméoil, pair de France, et le 
général marquis de Bounay, pair de France et homme politique 
remarquable. Ceus dont dou& allons nous occuper appartiennent 
exclusivement à l'Argoune; ila nous sont aaturellement désignés 
par les acteâ authentiques qu'ils laissèrent dans les localités où 
habitaient leurs familles: état civil, actes notariaux, transactions 
commerciales. Pour ne pas lasser le lecteur, nous n'en ferons 
qu'une brève énumération, suivant les temps el leurs situations 
respectives, insistant toutefois sur ceux dont les services méritent 
une mention spéciale. 

Nous connaissons assez peu de geutilshommes verriers: se 
faisant exclusivement soldats aux xv* et xvi* siècles. Il y avait k 
cela différentes raisons : l'industrie ne jouissait pas encore de la 
prospérité des siècles suivants et les familles, moins nombreuses, 
suffisaient à peiue aux installations nouvelles et à la formation 
des ouvriers récemment établis dans ces contrées ; puis, ceux 
qui embrassèrent la carrière militaire durent suivre les armées 
dans les expéditions lointaines de ces temps troublés, ce qui ne 
leur permettait pas, comme plus lard, de concilier leurs devoirs 
de soldats avec leurs intérêts professionnels, en Horte qu'ils sont 
en réalité assez peu nombreux et que leur destinée est aussi 
assez peu connue : tel le lieutenant-général Nicolas de Foucault, 
déj& cité. Mais aux xvii* et xvtii* siècles, le nombre des familles 
s'était considérablement accru et les familles elles-mêmes comp- 
taient de nombreux rejetons : de là la nécessité pour les jeunes 
gens, au moins pour quelques-uns, de chercher leur vie en 
dehors de l'industrie paternelle. Se souvenant des traditions 
ancestrales et trouvant là une belle occasion de reprendre leur 
rang dans la noblesse, ils songèrent naturellement à l'année. 
Les uns purent conciliera la fois leurs goûts militaires avec leurs 
préoccupations industrielles ; mais la plupart, surtout les cadets 
de famille, abandonnèrent tout à fait l'art de la verrerie pour 
rester exclusivement soldats. 

Les de Condé furent des premiers à s'engager dans cette voie. 
Les traditions étaient-elles plus vivaces chez eux, ou bien y 
furent-ils amenés par les relations qu'ils entretenaient avec leurs 
pareuts restés dans le Hainaul? Nous ne saurions le dire, mais 
au xYii" siècle nous les retrouvons sur les champs de bataille 
comme leurs parents des Croisades, d'Aziocourt et de Guinegate. 
Trois fils de Chrétien de Condé de Parfonrut et d'Ajine de Bongard 



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eembleat vouloir «e remplacer duib le régimeirt &e Là 'Ckâfi'e, 
appelé «oeuite de Saint-S^lpice, puis de Lannoy. Cesl d'aboVd 
Claude de Uondé, sieur de Malberck', cat)Ka1iie ao régimtenl ïïè 
La Ch&lre qui en I6BB meurl 'à l'&ge 'd« trente ane i Ull«-'e6- 
Flandre : eon corps est iuhtinré dans l'EgliM 4^ RécoHets. Puis, 
en 17Ô2, son frère François de Goadé de Patfobral, « càpilaine 
« d'une compacte dans le régiment dftSaist-fiUlpice.aUpaHvïbl 
« d« La Ch&tre, &^ «le trebte-sfx ans, est tué aU isiègls de 
a Key$ervurt eo combatlait pour le Bervicé du Rôt o (1)-. Eiiâb 
Nicolas de Condé, sieur de Servon, capitaine au hétiitifehl dfe 
Lannoy, auparavant Saint-Sulpicet éflt également tué eb tlos 
a eu combatlant pour le eervioe du Roy à la bataille qui 6*691 
a donnée à Plarifù, autrement Malpiaqtiet, proche le bois db 
« Jansart en Hainaut h (S). Charles de Condé de ParfonrUt, iddH 
à Vienne-le-ChAleau (3) en 1749, fut aussi capitaine dans ce xûèmé 
régiment de Lannoy. Vers le même tedipa, le l'églment de Bëàuce . 
comprendra au nombre de ees ofâclere Fefditiadd de Condéi 
capitaine, chevalier de l'ordre militaire d6 Saint-Louis^ de mAme 
que plus tard, vers 1760, ftou GI& OédéoQ, seigneur d'AfOtïOurt et 
Lacourt, »era capitaine de cavalerie à la suiie des chevau-légers 
de la garde ordinaire du Roi. 

La gjude du Roi xtliFK vers le ntttieti du ïviii' sit^cfe iiti grabâ 
nombre de nos gentilBliomfnea, pr'cybatrIéMébt k C3n»è du sé'itiiit 
èi la Cour et de» cbances plus granfdes pour l'àtscncenlieTi'l. C'ë'âf 
aii«9i qu« nous y voyons en 1733 Chafles-fràuçoi? Se' BigatfH du 
âtanrut : c'esl 1« fils de JacqeMs dtf Bigault, 14 premier qui pù'fist 
It nom 49 ârannibet qui en T709' était capilaiW' sM régiment dé 
Smpa» <m é« t)howpm. En même' te'mp^ q\ie? iùi' et aprè^ lui nous- 
y voyons ses- (pwrtre' fils (ufrciaqjiftèmeét^Kf officier d'ai'tilierïe}': 
Bmmanuel-BiHiable d« Bigau4t du Gi^aunlt, ca^itlai'né eu 1*779', 
mort en- 1815, majop de' oaivaèeriB en rtlraite et cheValiéï dli 
Saioè-LiMÛs ; Jean'-Louie l'atué et Jean-Louis lejeUne, de derriiéi^ 
mort en 1820, lieutenant-colonel de ctevalerié' de' retraite ; LouiS- 
Appoliae>-Thérèfie de BigauH dui Srannit déËr Fotlchères'; en f781 
capitaine à' la quatrième compagnie;- tué le 1" décembre l'I'.ta d'un 
boulet de canon au combat de Beretheim ; ed I7G3, Jean-Baptiste 
de Bigault^ fleur de Préfontaine, purte-étendard des gendarmes 

(l-î) Artiiives de Vienoe-le-Chilew. 

(31 Vienne'lt-CliSteaa, gras bourc, amourd'hai dans le dépirtemeot de It Ume, éUit 



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->*7- 

de la gar^çle du roi; en 1759, Jfcquee de Bidault de JEta,nd^e7Ule ; 
Claude de Boonay, sieur de Bellevaux, chevauTlé^ef' de la garde 
en 1736, porte -étendard en l76l, mestre de oamp eç 1765, retijré 
en 1776 avec le rting de maréchal de camp; Jacques Desguiot, 
gendarme du roi en 1 760; Jean-François de Fin»n.c,e, porte-éteDdar4 
en 1754, tous chevaliers de l'ordre royal et militaire defi'-Louis. 

Louis de Bidault de Sigoémont était, <en )779,ljeuleBaQ>coloo^l 
des ^nadiers royaux de la Lorraine ; il avait sous ses ordres 
Louis de JuUiot ^e Longchamp, sous-lieutetiant. Pe Sigoémont 
devint général de brigade (1). 

Nous iro))vons:eD 1701, LouisdeBigaultd'Avocourt, liepteuatit 
au riment rçi/al de la Ifarine; pn 1714, Nicolas Des^adrouin, 
capitaine au régiment de Çhampagrie; en 1740, Jacques de BigauU 
de AfaisonDeuve, capitaine au régiment de iVqparre,' Ctt^rl^f) 4» 
BigauU 4^ Maidonn^uve, capitaine de milice au hatailUm de 
CkAlont; François Duhoux de flauterive, (jeutenant hm régiment 
de Chartres; en 1775, Charles-Nicolas de Julliot de Longcbi^mp. 
capitaine aide-major au bataillon de Èfontp^Uief ; ea 1778, Louî9 
Duhoux, capitaine au régim^t de Çonti; Fraqço^s ^e Bounay de 
Nonancourt, mestrp. de camp de ca.yaleçie, 

^u xviii' eièc\e, l'artillerie çpiqp.te dt^ue, ses rangs Jftcqv^? dç 
Boanay de I^onancou^t. Né à LaChalade en VA^^ entré ai^ service 
à quinze ans, il devint général de brigade en 1793 à l'armée des 
cdles de Cherh;oui^ Il m,9.i^v,l,ei^l^lVÇO)Opli>iDi(ai9urcativagues 
de guerre, dont sis en Allemagne. François-Charles de BigauU 
du Granrut servU au régiment de Besançon; H devint lieutenant- 
colonel, comme l'un de ses frères déjà cités, et mourut en retraite 
en 18?S, chevalier de Saint-Louis. 

Jean de Bonnay de Breuil fut lieutenant du Roi préposé à la 
défense de Thionville ; 11 mourut en 1818, colonel et chevalier de 
la Légion d'honneur. Son frère, Oabriel-François de Bonnay de 
Breuil, était élève au corps royal d'artillerie en I78fi. Eîn 1792, il 
était capitaine. Il entra dans le génie avec'ce grade en 1793 à la 
formation du corps royal des Mineurs. Commandant en chef du 
génie dans différentes expéditions, notamment à^'anfçno.eD 181,1, 
plusieurs fois prisonnier, de guerre, il fiiteD.l8.l5 directeur des 
travaux de défense de. l'Ai^onne et dqt, à ce sqjet dresser des 
plans et rédiger des rapports encore consultés aujourd'hui. Il fat 



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- 148- 

DOmmé général de brigade en 1822 el mourut en 1838. 11 était 
officier de la Légion d'honneur et comptait trente-huit années 
de service, dont dis-huit en campagnes de (guerre (1). 

N'oubliona pas dans cette rapide énumération un héros 
verdunois, déjà connu d'ailleurs (2), le maréchal de camp Jean- 
Nicolas Desandrouin, compagnon de Montcalm au Canada (17S6- 
1760) el de Rochainbeau aux Etats-Unis (1780-1783), mort à Paris 
le 11 novembre 1792. 

C'est surtout sous le règne de Louis XVI que les fils de 
gentilshommes verriers furent admis aux écoles royales et 
militaires. Ils le durent beaucoup à l'appui de hauts el puissants 
protecteurs, au nombre desquels il faut compter ta duchesse 
d'Elbeufetle marquis de Rougé, colonel du régiment de fîoj/a/- 
Normandie-eavaUrie et riche propriétaire de Vieune-le-Chateau. 
Citons au nombre de leurs protégés : Louis-Thérèse de Bîgault du 
Graorut, qui devint chef d'escadron, admis k La Plèche en 1780 ; 
Jean-François de JuUiot de Longchamp en 1778; Claude- Louis- 
Âuspice de Bigault d'Aubrevilleen 1783eleu 1777, Louis-François 
de Bigault d'Harcourt, son frère, tous deux nés au Neufour. Par 
un singulier retour des choses, ce dernier, quoique prêtre, fut à 
deux reprises directeur des études dans ce même collège où il 
était entré à l'Age de neuf ans pour se former à la vie mililaire. 

IV. — Période révolutionnaire et XIX' siècle. 

Au moment de la RévolutiOD, beaucoup de nos gentilshommes 
verriers suivirent leurs princes dans l'exil el allèrent pour la 
plupart grossir les rangs de l'armée de Condé. L'historien de 
cette armée en parle en ces termes (3) : « A l'appel du prince de 
•< Condé qu]ils entouraient d'un attachement tout spécial en sa 
<i qualité de seigneur du Clermontois, dont fait partie la vallée 
a d'Ai^onne (4), ils s'étaient empressés d'émigrer, abandonnant 
« leurs propriétés et leur industrie. Il y eut onze combattants 
« dans la seule famille dejnlliot, cinq dans celle de Dorlodot, 

(]} Archiies du Hinislère de la Gaerre. Dossier de Bonnï; de Breuil. 

(il Le Maréchal de camp Deiandrouin (Ilig-i^Sl), par Vnbbé GuniEL (iaS', 
imprimé en 1887 i Verdun, chei Heer^Ullemand). 

(3) llùtoire de l'Armée de Condé. par Théodore Munn (i vol. in-g*; Paris, Denlu, 
18U). 

(t) L'auteur a loutu dire sans doute ■ La Vallée de la Biesme >, do nom d'un pelil 
cours d'eau qui se jette dans l'Alaoe, à Vienne- le-Chiteau et qui a servi longlenips delimile i. 
la France. (Test dims cette vallée que se trounienl échelouoées la pinput des verreries de 
rArpOM. 



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- 149- 

« oDze parmi les Brassard, dix panni les Bonnaj, quatre chez 
« les Foucault, sept chez les Finance, quinze chez les Bigault, 
a huit chez les du Houx. Les gentilshommes verriers fornièreDl 
■ ainsi sous les ordres du prince de Condé deux compagnies 
a presqu'entières. » Th. Muret oublie quelques familles, a'étaut 
sans doute pas suf^samment renseigné; il faut penser que toutes 
étaient représentées, car toutes Bgurent sur la liste des émigrés, 
et nous eu connaissons quelques-unes par d'autres historiens. 
E. Mallié rapporte que Jean-Baplisie- Ferdinand de Condé servait 
dans la' légion de Bussy. « Au combat de Dierdorf, le 1 8 germinal 
n an V, Badet, se trouvant engagé avec la légion de Bussy, 
a remarqua dans la mêlée un sous-of&cier de ce corps qui mit 
a pied à terre et donna son cheval à un officier pour le sauver, 
« ce qui le fit devenir prisonnier. Radet le renvoya et, après la 
« paix, il le 6t placer au ministère de la guerre. Il avait eu la 
« médaille d'argent de Marie-Thérèse pour sa belle action (3). » 

Th. Uuret rapporteaussi quelques faits d'armes : un de Finance, 
ofBcier dans la légion de Roger de Damas, est blessé le 30 septembre 
1796 à l'atlaque de Sckassenried ; de Brossard, blessé à l'affaire 
d'Oberkvlmbach, le 13 août 1796. EuGn, un Bigault de Parfonrut 
était à Quiba-on et fut fusillé à Vannes le 27 juin 1T9S. Ajoutons 
que pendant l'émigralion quelques-uns de ces nobles prirent du 
service dans les armées étrangères et se fixèrent déSnitivemenl 
dans leur patrie d'adoption. Quelques-uns avaient déjà suivi 
les destinées du duc de Lorraine devenu empereur d'Autriche 
en 1745. 

Quand la période troublée fut terminée, la plupart des émigrés 
rentrèrent en France. Nos gentilstiommes revinrent en Argonne 
pour y constater les ruines causées par leur départ et rétablir 
leur fortune dans leur chère industrie. A la Restauration, un 
grand nombre de ceux qui avaient combattu pour la cause du 
Roi rentrèrent dans l'armée avec leurs grades et y retrouvèrent 
ceux de leurs parents qui s'étaient attachés aux destinées de 
Napoléon. Car, même pendant la Révolution et aussitôt la procla- 
mation de l'Empire, ceux qui étaient restés dans le pays et ceux 
qui étaient revenus plus tOl de l'émigration avaient déjà profité des 
circonstances pour montrer leur ardeur guerrière et conquérir 
quelques distinctions. 

(3) E. HAUii, Biographie dei ctlibrité* miiiUirei. 



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Cè fiil'le cas dè'Charlèft-FrËtnçois Dorlddol'deeEssaMs: Dixième 
et'dfcmier enfant d'uae famille de verriers, il naquil au Neufour 
le 10 août 1786. Il s'engage le 5 septembre 1803 ; comme soldai, 
sous-officier et officier, il paspe presque toutes ses anoéeii'de 
service dans les expéditions hors de France. En t806, il eel à 
l'armée d'Allemagne; en 1808 et 1809, à l'armée d'Espagne, au' 
Hiè^e de Saragosse, au bloeua de Cadix; en 1812, en Bussîe, à la 
bataille de Pulttak, au passage delafi^r^ina. En 1813, àkleipstg; 
en' 1814, en Italie, il assiste aux combats sur le itineio; en 1815, 
à 'la campagne do PraAce; en 1823, il prend pari avec l'armée 
d'Espagne au siège du Troeadéro. A ce moment il n'était encore 
que chef de batailloo et il fui fait général en 18J6 seulement. 
Il mourut en 1854, commandeur de la Légion d'honneur et 
chevalier de- Saint-Louis. Nous n'insistons pas davantage sur 
sa carrière militaire; peut-être' nous sera-t-il donné d'y revehit, 
comme aussi sur celle de ses deux fils Théodore Dorlodol des 
Essarta, général de division, commandeur de la Légion d'honneur, 
mort à Corbigny (Nièvre) le 4 janvier 1895, et Frédéric Dorlodol 
des Essarte, vice-amiral, ancien gouverneur de Taïti, morl à^ 
Paris en 1901, commandeur de la Légion d'honneur. 

Un autre Dbrlodot, SébaEtien-LoulB-Théodore, né à Vienne- 
le-Ch&teaii en 1152, est cilé dans les «Fastes de la Légion' 
D'HONRBnR 11. Soldat d'artillerie, il fit campagne contre les Anglais 
de 1779 à4783; capitaine en 1792, il fut blessé au siège de 
iMUtirVoies en fructidor an 11'. Comme chef de bataillon, il Si partie 
des armées de Sambre-et-Meuse, d'Allemagne, d'Helvétie'et'du' 
Rhin jusqu'en l'an IX. En retraite le 10 pluviôse an XIII, il 
mo'urul à Vienne-le-Ch4teau le 18 janvier 1806. Il était chevalier ' 
de la Légion d'honneur. 

Les armées de Napoléon comptaient aussi quelques, membres 
de la famille de Bigault: Charles de Bigault des Fouchères, fils 
de celui qui fui tué À Berstheim, était lieutenant de grenadiers ' 
au 96* régiment de ligne. Il fut blessé mortellement dans la plaine 
de Saint-Pierre d'Urube, au siège de Bayonne, le 15 décembre' 
1813. Son frère, Louis-Elie, engagé volontaire en 1802, k l'âge de 
15 ans, était lieutenant quand il fut fait prisonnier et emmené en 
Angleterre en 1812. Il fit les campagnes de l'Empire et la guerre 
d'Espagne sous la Reslauration. A sa retraite, il était officier ' 
supérieur de la garde royale dans l'artillerie, chevalier de Saint- 
l/)uis, de la Légion d'hoillfétft et dé'Saliit'-Perdifaahll d'Espagne. 



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- let - 

Piepre-PrançoiB de Bigault de Maisonnenve s'engage au 84' de 
ligoe le 27 avril, 1803. En 1813, il était lieutenaut ; eD.ISM, 
capitaine, il fut retraité avec ce grade en 1831, cbeTalier^ d& 
Saint-Louis, médaillé de Qainte-^é^è^e. A U,suite-do combatde 
Gralz contre les Austro-Croates de Giulay, où sou régiment, le 
84* de ligne, chargea contre des forces dix fois supérieurea, il 
avait été fait chevalier de la Légion d'hosneuii pour faite de 
guerre à 23 ans comme âouBTOfficier, ce qui eettrës rare. Il fil 
les campagnes de 1803 et 1804, à l'artuée de Hanovre, 180S àla, 
Grande Armée, 1806, 1807, 1808, eaJUiUe; en 1812 en Rassie; il 
passa la Bérésinak la nage, ses vêtements roulés eu ballotisur 
sa t^te, pour ne pas être gelé dans son uaifionne en :SortaDt'd«s 
glaçon^. En 1^13 et 1814, il é^ail à l'armée A'Italif; ea 18IS<&. 
l'armée du Nçrd. 11 avait été blessé à la jambe droiteà Ftatteits 
ea Illyrie, le 6 septembre 1813 (1). 

Son fils Charles- Anatole,, tué devant Metz en 1870, était né à 
Ajaccio en 1823. Ëlèye de Saint-C;r en 1842, il devient soua-i 
lieuteui^Dt eu 1844, lieutenant en 1848, capitaine en 18SS, chefde. 
bataillon à 32 ans ep; 1856. Le .23 mai I8SS, il avattiété bleeeé^ 
devant ^ébastopol d'un coiipde feu à la cuisse gauche et il.dut 
à son énergie de ne pas être amputé. Se souvenant, des vertus 
militaires de son père, tqus les jours .d'hiver de la camp^ne' 
de Crimée, il faisait sa barj)e hors da ea tente, nu'jusqu'àla 
ceinture, pour relever le, cQurage de ses hommesj La guerreide 
1870 le trouva lieutenant-colonel du 2* grenadiere de la garde. 
C'est k ce titre, qu'il, pri). le, commandejtaenl dui r^meot.ià 
RezonviUe, quand le CQtQpetliLecoifiLe eut été,,miB,h9r&dO'Coaibal. 
Pendant la charge, un écl&l d'.(;>hu8,lui, enleva la rqtule du gesou: 
gauche et le laissa pour mort >ur le chaipp. de. bataille. Il était, 
officier de la Légion d'tion,neur.depuis,18,69, décoré 4ela.iniWaiUe 
de la valeur de Sarftaignç .(2). 

Cba^'les-Prançois-Anne de Bigault dq Granrut. fiUv-peliirfils,et 
arrière-petit-fiis.de soldats, fut coçame chef .d'escadrooi comman- 
dant de l'artillerie de Ja pla<^ de Guise en .1816, de:,PoPt-L«ui8v 
1816, de Montmédyen {826. C'esllà qu'il pbtiol sa retraite en-1834. 
Il était chevalier de Saial-Louis.el. de la Légion id'bwneue.'Un 4e 
ses fils, Alexandre, sQus-of^cier du génie,, fut tué au .siège de 
Constantine ; un autre,. JeaniMorie, fut colAoel du 35*^de ligne 

H-t) Conumunkilioas d« M. de BonaawBl>«ti't!^*'-y»»'*''#>WWi<lnj<MMi> 



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- 152 - 

et mourut commandant de place à Ûivet. Enfin, son petit-fils, 
Paul de Bigault du tiraui-ut, fui fait prisonnier par les Prusaieus 
sous les murs de Paris (I). 

François-Louis-Elie de Bonnay de Grandcouri, était en 1816 
capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis. 

Louia-Charles-Marc Dorlodot des Essarts, capitaine, estuommé 
chevalier de Saint- Louis eu 1816. 

Ferdinand -Joseph Dorlodol des Ettsarts, frère du généra), 
parvient au grade de capitaine; retraité en 1820 pour inSrmités 
contractées au service. Chevalier de la Letton d'honneur en 1814. 

Gabriel-Ferdinand de Condé, après avoir fait toutes les cam- 
pagnes de la Révolution à l'armée du prince de Condé, devint 
en 1815 officier à La 23° Légion de Gendarmerie. Il se retira en 
1818, chevalier de Saint-Louis, ayant 39 ans de service et onze 
campagnes. 

Charles-Louis de Bigault du Granrut, né à La Chalade en 1773, 
devint capitaine de cavalerie et chevalier de Saint-Louis. Il 
mourut en 1836. Deux de ses fils adoptèrent la carrière des 
armes : Jean- Louis- Eugène qui, en 18S8, était chef de bataillon 
au 35* de ligne, chevalier de la Légion d'honneur, et dont le fils 
Gaston 6t la campagne de Madagascar; Amédée de Bigault du 
Granrut qui, en (870, était capitaine au 81* de ligne. Mortellement 
blessé à la tète de sa compagnie à la bataille de Saint-Privat, il 
mourut k l'hdpital de Metz te 20 août 1870. Sa tombe est au 
cimetière de Chambières. 

Claude-Firmin de Bigault de Cazanove était capitaine d'infan- 
terie légère en 1848. Son nom est inscrit avec le titre de chevalier 
au Panthëon de la Légion d'honneur. Nous y trouvons également 
les noms de François-Nicolas de Bigault de Boureuitle, de son 
frère Nicolas, tous deux chevaliers de Saint-Louis ; Léopold de 
Bigault de Boureuille, décoré de la médaille militaire. 

Charles Dorlodot des Es&arts, né k Vieiine-ie-Château le 
2 novembre 1805, capitaine au 52<de ligne, puis chef de bataillon 
au 11' de ligne, devint chevalier de la Légion d'honneur le 
10 décembre 1Bi9. Il mourut le 18 mars 1891, à La Groix-Pasquier, 
commune de Saint-Symphorien (Indre-et-Loire). 

Claude-Charles-Gilberl Dorlodot des Essarls, né à Nuits 
(Cate-d'Or) le 4 décembre 1814, chef de bataillon au 39* de ligne, 

{!) Ai^oBnrbiii cipilaiiw «n retraite à La Chaltde. 



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— 153 — 

fui fait chevalier de la Légion d'honneur le 20 août 1 84S. Il mourut 
le 23 février 1898. 

Noua avons déjà vu quelques-uns de nos geutilhommes sur leb 
chanaps de bataille de 1870 ; ils ne furent pas les seuls. Quoique 
nous ne les coniiaUsioos pas tous, nous citerons au moins le 
général d'Âvocourt et le commandant de Cazanove. 

Né à Delouze (Meuse) en 1812, Nicolas de Bigault d'AvoeotiTt 
entra en 1829 à SalDt-Cyrd'où il sortit sous-lieuleDant d'infanterie 
légère en 1831. Lieutenauten 1837, il eutra bientôt dans la cava- 
lerie dans laquelle il se disliugua. En 1840, il était capitaine; en 
18S3, chef d'escadron ; en 18!>9, lieutenant-colonel. En 1862, 11 fut 
nommé colonel du 12* régiment de dragons. En 1870, il comman- 
dait ce régimeul à Gravelotte et à Saint-Privat. Promu général de 
brigade à l'armée du Khin le 29 octobre 1870, il reçut au retour 
de sa captivité en Allemagne le commaDdement de la brigade de 
cavalerie du 3' corps de L'armée de Versailles. En 1874, il fut placé 
dans la section de réserve ; il comptait 49 ans de service et sept 
campagnes. Pendant son séjour en Algérie, de 1835 à 1838, il avait 
été cité à l'ordre du jour par le maréchal Clauzel pour s'être 
particulièrement distingué pendant l'espédition de Tlemcen en 
1836. Il mourut en 1886, commandeur de la Légion d'honneur 
depuis 1866. 

Chartes-Ferdinand de Bigault de Casanove naquit à Seyne (Basses- 
Alpes) eu 1821. Sou père, Charles-Uarïe de Cazanove, né à 
La Plaoardelle (1) en 1784, mort à Toulon en 1854, victime du 
choléra, avait fait sa carrière dans le génie. Il comptait 42 ans 
de service et quatorze campagnes ; il était chevalier de la Légion 
d'honneur. Un de ses oncles, Claude-Charles-Marie de Cazanove, 
8'était aussi engagé dans le génie en 1803 : il fut tué d'un coup de 
feu au siège de Dantzick en 1807, sous les ordres du maréchal 
Lefèvre. Comme son père et son oncle, Charles-Ferdinand de 
Cazanove s'engagea dans l'arme du génie en 1638. Il Gt les 
campagnes d'Algérie de 1842 k 1648, et il se distingua comme 
BOus-officier aux combats de Ben-Salem el de Sidi-Belkassem [\iiii). 
En 1846, il était nommé sous-lieutenaut ; Il assiste avec ce grade 
à la prise d'Ouled-Djellad. Envoyé en Italie en 1848, il combattit 
le 30 avril 1849 sous les murs de Aome où il monta neuf tranchées. 
Le 20 septembre 1849, il reçoit à Ci-oiita-Veechia la croix de 

sud de Vienne-te-Cliitwu et 



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— 164 - 

chevalier d6 l'ordre tnllilBlre de Saint-Orégoire^e-GraDd. En 1852, 
il élaîl capitaine du génie à Helz. Eo 1860, il fni de nouveau 
envoyé à Borne où il demeura jusqu'en t8ft3. Il pro6ta de Bes 
loisirs pour rédiger un cahier très iotéresftant sur la famille de 
BigauU. Chef de bataillon en 1868, il reçut en 1870 le comman- 
dement du génie de la 2* division du 18* corps de la deuxième 
armée de la Loire. 

« Chargé des fondions de chef d'état-major du 18' corps, il 
" rendit d'éminents services qui lui valurent d'être nommé 
R ofScier de la Légion d'honneur le 31 décembre 1870 ; il dirigea 
a SOUS le feu de l'ennemi d'importants travaux de défense k 
« Laâon, Méxiint, Lorey, JuranviUe et Gien et Qt sauter plueieurs 
« ponts sur la Loire. Entré en Suisse avec l'armée de l'Est en 
« 1871, il s'évada et offrit ses services an gouvernement de la 
n Défense nationale. Il reprit en 1871 son commandement à Digne 
b et il termina en 1877 son existence militaire comprenant 39 ans 
a de service et vingt-deux campt^^ee > (1). H mourut en 1880. 

Deux frères, Jeau-Baptiste-Hyaciole de Brossard et François- 
Alexandre de Brossard, furent faits prisonniers en 1670, le premier 
k Metz, le second à Sedan. Tous deux prirent leur retraite avec 
le grade de capitaine. 

Le colonel de Condé, mort à Bar-le-Duc en 1895, compte aussi 
des services quiméritenl d'être signalés. NéàSpincourt(Meu8e] le 
16 septembre 1828, Léopold-Ernest de Condé, de la vieille famille 
noble verrière dont nous avons déj& parlé, entra au service dans 
l'artillerie en 1849. Sous-lieutenanl en 1855 au 9* régiment monté, 
lieutenant en 1857, il devint capitaine en 1862 et mis hors cadres 
à la disposition du Gouverneur générât de l'Algérie. En 1875, Il 
était chef d'escadron, commandant supérieur du cercle de Tiaret, 
lieutenant-colonel en 18S0 et colonel en I88S. Il comptait 40 ans 
de service, vingt- âept campagnes, presque toutes en Algérie, et 
une blessure. Officier de la Légion d'honneur en 1876, il avait été 
promu commandeur dans sa retraite, le 16 septembre 1888. 

Aujourd'hui encore l'armée française compte dans ses rangs 
un grand nombre d'oFQciers issus des familles qui nous inté- 
ressent et les traditions d'honneur sont maintenues comme par 
le passé. L'industrie du verre relient de moins en moins les 
descendants de nos gentilshommes; déjjt, de tous les noms que 

(() PniUita de 11 UfiMi dlwwiMr. 



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- Ï55- 

Dous avons ciléa, on D'en retrouve que bien peu parmi dos 
mattres et ouvriers verriers de l'Argonae. Mais on les retrouvera 
toujours là où les appellent les premiers souvenirs, car tous 
peuvent revendiquer la devise de la famille de BoDgard : <• Bon 
sang ne peut mentir. » [1). 

L'abbé Gjll&mt, 

Curi du Ngnfour. 



RECHERCHES STATISTIQUES 

SUR LA POPULATION DES ARDENNËS 

AVANT LE XIX' SIÈCLE 

TBOISIÈHE ARTICLE (2) 



Dénombrement de la Province et FrontUre 
de Champagne de 1764. 

n est tout k fait naturel que ce soit au zviii* siècle que les docu- 
ments soient (es plus abondanU. 

Le premier en date est le Dénombrement du Boyaume publié par 
Saugrain en 1135 (2 vol. in-4*) par Généralités et Elections. La partie 
qui concerne la Généralité de Champagne a été rééditée à la suite du 
Procez verbal de la Recherche de la Nobleue de Champagne fait par 
Montietir de Cavmartin (Paris-Vouziers, 1852). 

Nous publions ce qui concerne les localités des Ardennes, d'après 
le deuxième document en date (1764) : Dénombrement général ou 
Dictionnaire historique, géographique, etc... de la province et frontière 
de Champagne, d'un auteur anonyme. Malheureusement les Arch. 
dép. des Ardennes (C. M6) ne possèdent que le tome I (reg. in-fol.) 
s'arrétant au mot Hyvers ; toutes recherches complémentaires k 
Paris et Ch&lons ont été vaines. Le registre contient pour chaque 
localité : 1° les noms des seigneurs et gros décimateurs ; 2* la 
population, le chtfTre de la taille et des renseignements sur la 
uature des terres; 3* l'élection, le diocèse auxquels elle ressortit. 
Nous ne donnerons que le nombre des feux (3)^ 

(1) NoBt n'ifoiH ^ b prtlanlion d'troir été complet duu nos dutions. 9i pinni ceni 
mi irrât eel article, il s'en trouTe ipi potsèdent dea reme^oemeDti plus complsk, lum Imt 
•mon recooiaîisMilj de aoni les iodiqner. 

(t) Voir t. VU] (190&-1«M} p. t09 >| aaif., p. 191 et hiIt. 

2)0Dlitanfi)l. 1': • U tubddUfxtJi» de Haiàkea HecliondeRelhel Bstd« GepiroUm 
9,tM tau. • 



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A 

Acy 114 

Addon 41 

Aire et le Moulin à Veot 102 

Alincourt .' 52 

Alland'huy, le flef et censé de Crèvecœur 82 

AmaigQfl i39 

Ambly-sur-Aisoe 51 

Ambly-sur-Bar 4 

Andevanne 34 

Annelles 71 

Aatheny, les hameaux de Champlin et Auge, le ch&teau de 

Foutenelle et la maison 103 

Aoust, la Ferrée et le mont de Pierre 210 

Ardeuii et le fief de Bussy ou Bucy seigneurie 21 

Armoise-la-Grande '. 80 

Arreux 31 

Arson, ¥. Resson • 

Ai'taise et les Viviers , . . . 55 

Asteld et Vausbuisson, anciennement Avaux-la-Ville, v. Ecry. 240 

Asfeld-le-Chateau 123 

Aspremont-ea-Argogne 15 

AUigny, les deux fermes et le moulin i69 

Avenson et le Moulin 149 

Aubigny-en-Thiérache ou Poté, et le hameau les Oliriers et le 

hameau de la Fontaine 55 

Auboncourt et Rivierre et la maison du Gad 58 

Auboncourt-les-Vauzelles et le moulin de Wasselin 37 

Auge, hameau, t. Antheny ■■ - . » 

AT^re (nu. Avesque) et Marvaut 32 

Ayvelle-la-Grande 25 

Ay velle-la-Petite i 

B 

Baalons-SM^roix, le hameau Germont et la Folie : S'*-Croix est 

inconnue 128 

Bairon, Claire, Remonté et les deux moulins 12 

Balay et le gué de Charlemagne 68 

Baleivre 35 

Balham et le Moulin à eau 70 

Bagot^ne et Rousselois 66 

Barbaize 69 

BarbançoQ, censé, v. Grandpré • 

Barbie ou Barbie-sur-Alsne 1(W 

Baricourt, annexe de Nouart, et les censés des Thuilleries 

dudit lieu 73 

Bar-les-Buzency 28 

Bay, Blanchefosse et la ferme du Grand Caillou 76 

Bayonville 101 

Beauclerc et îa Thuillerie, annexes de Tailly 45 



ib.Googlc 



- 157 — 

Beaufeu, annexe de Grandpré, Mortbomme, village et les 
censés appeilëes La Chapelle les Beaufeu, La Hortette el 

la petite Cbenerie 46 

Beaumont-en-Ai^ogne 238 

Beauregard, ferme, v. Sapon^ne • 

— — V. les maisons de la Peruse • 

Beaurepaire, annexe d'Olizy et Broyé, censé 25 

Beffeu, Beim ou Beaufeu, annexe de Grandpré 35 

Be«ny 33 

BeTaire, ferme, v. Paissauit • 

— — el maison, t. Saoit • 

Bellejoyeuse, censé, v. Grandpré » 

Belleville 66 

BelTal 39 

Belval-ea-Deuillet, abbaïe, v: Le Bois des Dames • 

Benoiste-Vaux, censé, v. Buissonwé » 

Bei^nicourt 45 

Berthincourt, ferme, v, Fraillicourt » 

Bertoncourt et le Château de la Folie 87 

Besfort-les-Regnicourt, t. L'Escaille • 

Betanval, v. Ville-sur-Vanze ■ 

Biermes 88 

Bignicourt-sur-Retourne 33 

Blanchefosse et Bonnefontaine 97 

Blombay et Harlye el le hameau 123 

B(^ay-Ie3-Hurlins 23 

Bonnefontaioe, hameau, v. Blanchefosse • 

Bossu, hameau, v. Haanapes » 

Bouconrille et paroisse, le hameau de Francfossé, le ch&teau 

et la ferme 57 

Boulzicourl 90 

Bourfidële, annexe de la paroisse de Rocroix * 

Bourg, préTftté 86 

Boutaocourt 34 

BouTellemonl 64 

Boux-aux-Bois 91 

Bray, hameau, v. Hanogne • 

Brecy et le Moulin 56 

Bretel, censé, t. Ville-sur-Retourne ■ 

Briancourt et Monthiemout, annexe 20 

Brienne-sur-Aine 53 

Brieulle-sur-Bar et la ferme de Grimansart 108 

Briquenay 116 

BrogDon, hameau, v. Signy-le-Petit » 

Broyé, censé, v. Beaurepaire ► 

Brières {ms. Bruyères) el le hameau de Crecy 29 

Buissonwé 23 

Bussy ou Bucy, fief et seigneurie, v. Ardeuil ■ 

Bux ou Buz 26 

Buz ou Bui 30 

Bozancy et les censés appellées La Bei^erie, la Cour et M&me, 

la ferme de Uannouet 142 



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— 158 — 

C 

CardeDay, hameau, t. Nanteuil > 

Cassioe (La) » 

CauDois. maison, v. l'abbiue de Landesre • 

Caurov-les-Hachaux të 

ChaKDy-le»^)inoDt et les maisons 97 

Chalandry, 25 

Challerange et joyeuse Karde, censé 74 

Chamiot, maison, t. l'uibaye de Laodesve > 

Champigneulle, la forge dud. lieu, et le moulin du ftîgny, 

autrement S* Juvin, et celui dud. lieu de Champigneulle, 64 

Champigneulle et le ch&teau de Clefay 31 

ChampiiD et Antheny, v. Antheny • 

Chappes et la ferme de Vilaine 77 

Charbogne-sur-Aixne 111 

Chardenv et le chftteau de Chartogne 34 

Charlefille • 

N. B. — TrcHs piges sur cette Tille ; aucun rMueiptenNil sor 11 p^nliiian. 

Chartogne, château, v. Chardeny » 

Chateau-Porcien 504 

Chatel-les-Cornay en Ai^oune 100 

Chatigny, ferme, v. Chaumont-en-Porcien • 

Chatillon-sur-Bar et Vuilleux qui est îDConnu 70 

ChaudioQ et le bois planté (lequel est enliôrement détruit). . . 6 

Chaveu^ et la maison 53 

Chaumost et la ferme de Saint-Quentin 43 

Chauinont«n-Porcien et P&gnant, 1« moulin de Balivoire, les 
fermes de Hauroy, Trion, Chatigny et Chevrieres, le 

Moulin à eau de Liatian et le moulin a vent 170 

Chehei7 et les censés appellées Henrietal, Le Mesnîl, les 
Granges de ferieux ou Serlieux et Tronsolle et la censé de 

Chaudron 19 

Chemery et la censé du Terme, bourg 134 

Chemilhot, hermitage, v. Vouziers • 

Cheppe 10 

Chery et le ch&teau de Rocan S9 

Chestres 54 

CheTeuge ou Chaveuge ^ 

CheTrieres Î9 

Chevrieres, ferme, T. ChaumoDt en Porcien • 

Chilly, autrement dit GeziUy, et la ferme 61 

Chinery et Landreville 86 

Chutfllly Ï3 

Clairefontaine 9 

Clefay-le-petit, château, t. Cbampigneulles > 

Coegny 13 

Colommes-les-Attiçny et le moulin à hotte 49 

Conblay, ferme seigneurialle, T. Imecourt i 

Cond^les-Autry, Yvoy-le-Petit et la Harre aux Bœufs, hameau, 

et Wichery, vill^ miné 67 

Condè-les-Erpy 62 



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- IBO- 

Cood^ur^AixDe, et la cause des ftnrnelles du Piroy &9 

CoDoage U 

Contreuras et l« ch&taau de €htinp Bernard 62 

Coqsignie, moalis, t. Gercourt » 

Corbon i 

Comay, le moulin, à la cens» de Hartinconrt, le fief de 

Baidrange 104 

Corny la Conr et la censé de Corny la Cour • 

Cornv la Ville et la censé de Corniset 58 

Corpnoine, moulia, v. LongvuA l'abbaîe. 

Corroy-IesJiachBux, v. Caurroy 

Coucy 

Couroruine, ferme, v. Girroa 

Cour Renault, r. Semay.. 



Crecy, hameau, v. Brayeres(Brieres).. 

Crevecffiur, t. Sausseuii 

— V. Allendhuy 



Damouzy 53 

Day 48 

Deville 96 

Dom le Hesnit et la grange de Rouvroy 63 

Oommely et le moulin à eau 54 

Dommery et les deux châteaux , 69 

Donchery-s-Meuse 385 

Doux et la censé de Pernan 43 

Dreze 65 

Dricourt 82 

Drillaocourt, v. Gercourt j 

E 

Ecrieune, censé, v. Vouziers > 

Ecry 235 

JEtan 

Epiuois, terroir, t. Le Chatelet * 

Erpy 132 

Ëscarson, hameau , . 8 

Eschautre, ces^e, t. Temet en Argonne • 

Escly, ]e hameav de Terrein et les moulins de la Fosse, et de 

la Rayée 54 

Escordal, les maisons aux bois, les fermes de Preboubt, de la 

Lotterie et Ardooval. 1S3 

Esclaire (Elaire) 24 

Estaignere, t. Foulzy i 

Eslalle, Prez, Rogercnamps, et Neurille, k présent mazure.. . . 32 

Estion 45 

Estrebey ou Estrebay, Girondel et les maisons détachées 104 

EsU^pigny 31 

Esvigny 32 

Exercemont 58 



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. IfiO - 



F 



Pagon (PagnoD) et les trois fermes appartenant à l'abbaye de 

Septfontaines 40 

Faissesult et la ferme de Belaire, le bois du Pay, et le bois La 

Châtelaine 51 

Falaise, et la ferme H6 

Faux et le flef du Pasquis, sans maison 117 

Ferrieres (près Boult) 29 

Feschier ■. 11 

Flaigaes et les Oliviers 72 

Fleville-eD-Argonne et Chehery 9i 

Fleury et le château de la Charité 18 

Fleury, ferme, t. Givron » 

Fligny 50 

Flize 11 

Fontenelle et Antheny, v. Antbeny « 

Fossé 50 

Foulzy, Estaignere et ftegniowé (ms. Regerouche) 217 

Fraîllicourt » 

Francfossé, hameau, v. Bouconville ■ 

hYanclteu, château, v. Stonne ■ 

Franclieu, v. La Besace » 

Fresnois 39 

Friture, maison, v. Launois » 

Fumay, eeose, t. Graadprô • 

G 

Gand, maison, v, Ch&teau-Porcien i 

Germon, château, ¥. Baalon • 

GermoDt et la ferme du mont Corban 35 

Gerson, village ruiné • 

Girondel, hameau, v. Estrebay » 

Givron et la ferme de Courtraine, de Fondy et de Fleury 76 

Givry-lés-Altigny et les châteaux de Lanneaux 125 

Glaire 25 

Gomont 146 

Grandchamp et la ferme de l'hôpital 59 

Grandchamp, v. Vaux-Montreuil • 

Grandhan, annexe de Montcheutin, La Gravette, La Menu, La 

Houppe, et le petit bois de l'Or, autrement La Noue le 

Duc, censés 40 

Grandpré, Talma, hameau, Barbançon, k Belte-Joyeuse, La 

Forge, Les Grèves, les Loges et Fumay, cences 195 

Grimansart, ferme, v. Brieulle-sur-Bar » 

Grivy ou Grizy et le Moulin de la Muette 40 

Gruyères et Malcontant 26 

GuigDicourt, la ferme de Libert, Le moulin et la foulerie 41 

Guincourt et les fermes Hurtebise, du pré ferré, de la cour des 

Rois, de la Chafarderie 54 



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Hagnicourt, la ferme des Hautes-Maisons el bois dit Harzilleux 62 

Han-les-Moioes 27 

Hannappes, les hameaux de Bossu, de Loonis-les-Aubeaton et 

la ferme iH 

Hann<^ne^'-Miirtin 51 

Hannogue, le hameau de Bray et le moulio à vent 97 

HarbeuTille, censé, v. Andevanne • 

Harcis en Ardennes 89 

HardoDcells, hameau, v. Rumilly • 

Haricourt, annexe de Bar-les-Buzancy et la Halmaison, censé. 43 

Harzilleux, bois, v. Hagnicourt » 

Haudrecis ou Haudrecy 33 

Havis 23 

Hauteville 97 

Hautrinet (Hauvjné) et Moronvilllers, et le Moulin à eau, 

(Moronvilliers est détruit et planté en bois) 107 

Henrietal, censé, v. Chehery > 

Berbigny 66 

Houdilcourt et le Mesnil 51 

Houdizy 54 

Houpillart, maison, t. l'abbaïe de Landeve 0. A > 

Hurtebise, ferme, v. Guincourt > 

(A ïuwrej. Paul ColliNBT. 



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Le Contrat de Minage de Ricolis Golbert et de larie Pussort 

(1614-1610) 

Et les laïues prem ie utltliissii prodiiiti» pnr rordrti de blUi 

(1667) 



Nous publions d'abord le texte authentique da contrat de 
mariage de Nicolas Colbert et de Marie Pussort, d'après l'origioal 
conservé à Reims (étude de M' Neveux) : 

Par derant Jeban Augier et GemuiD Briuet, notafroi d« roy Doitr« iir«, 
MrïditaircB eu son biilliga da Vemundo» demenrani i Reimi, soubMignei, 
furent préicDi ea personne* dam*"* Marie Bachelier veufve da teu noble homme 
M* Jehan Colbert, vivant conseiller du roy et contrerolleur ginëral do ses 
fabelles e« province! de Picardie et Bourgogne, demeurant à Reims de la 
paroiise saint Hillaire tant en »ob nom que comme ayant la garde bourgeoise 
de Nicolas Colbert Bis dudict deffunct et d'elle, ledit Nicolas Colbert Itcepcié de 
ladite dam*"* Bachelier sa mère, assistei de U présence et licence de Simon 
Colbert escuier s' d'Acy, conseiller, notaire et secrétaire dudit r roy Mtaison et 
couronne de France demeurant audit Reims oncle et curateur aux actions 
dudit Nicolas Colbert d'une part, — Et honnorable homme Henry Pussort s'' de 
Cemay les Reims demeurant i Rethel estant de présent audit Reims tant en 
Ron nom que soy faisant fort de dam*'^ Marie Pussort sa Bile, par laquelle il 
promect luy faire ratilfler, consentir et conSrmer les clauses promesses et tout 
ce qui sera contenu en ces présentes et en délivrer lettres valables i ladite 
dam*"* Marie Bachelier dans le mois, à laquelle ledit s' Pussort a baillé licence 
de ce [aire, d'aultre part. Disant les parties comme pour parvenir au mariage 
qui au plaisir de Dieu et en face de s" église se fera et solempnisera entre 
Nicolas Colbert et dam*"* Marie Pussort en dedans le temps qu'il sera par euU 
et leur* parons et arois adviseï ; et avant touttefois aulcune promesse, traicté 
d'icelluy avoir faict et font en»emble les traicl«i, promesses et conventions 
matrimonialles qui ensuivent : C'est assavoir ladite dam*)'* Marie Bachelier 
avoir promis et promect bailler ; paier et fOumir audit Nicolas son Bis la somme 
de qnime mil livres tournoi* en deniers olsira incontinent après ledict mariage 
béofct, et l'acquicler de touttes debtes, l'habiller de ses babili nuptiauii honnes- 
tement selon sa condition, faire la moictië des fraiz des bancquels du jour des 
épousailles et baguez de joiaulx jusque* A quinze cen* livres ladîcte dam*"* Marie 
Pussort durant leurs fisncialles. Moyennaut quoy ladicte dam*"* Marie Bachelier 
demourera quicte et deschargé entièrement de la charge de garde bourgeoise et 
administration qu'elle a eu deu ou peu avoir des corps et bien d'icelluy Nicolas 
son Bis quelque part et successions que lesdicti biens luy soient escheui sans 
qu'elle soit tenue puis après en rendre aullre compte que ce que dessus et i 
condition aussi qu'elle joira de tous les héritage* et meubles que ledicL Nicolas 
Colbert pourra prétendre i lui apparienir par les successions de ses pire et 



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grandmire pitemel. El «u ca» qu'il ne voulsiit ^rdar et cutretoair ce que 
deuui, ains avoir compte d'icelle dam'"' Bachelier sa mire des b'ritagM et 
ineubleR que celeuy Nicolas pouroit prétendre quelque part qu'ili soient tcituei 
et aiBis De ponra intanter aulcune action qu'il n'ayt au préalable rembourai et 
rendu i ladicte dam'"* Bachelier ladicte Mmme de quinze mil livres tournoie, 
fraii d'habita et baocqueU et valeur deadites jouettei et bagues, et d'iceulx 
paier la renta aulvaot rordoDoance, aultrement elle n'euat faicl et promis ledict 

Et de h part dudict s* Puaaort aéra tenu et a proDtia de bailler paier et 
rournir ausdiclz futurs espoux pour le inarU|e en déniera clairs de Udicte 
dam*"* Marie Pussort la somme de dix huict mil Uvrea loumoii Buasy tost 
ledict maria^ béuict, et faire l'autre moictié dea ITaix de bancqueti des espou- 
sailles sur laquelle tomme de dix huict mil livres seront précomptes les habita 
nuptiaulx de ladicte dam*"* Pussort, desquels quiiue mil livres toumoia promis 
audict Colbert luy en sortira nature de naissant dix mit livres. Et desdictz dix 
huict mil livres promis t ladicte dam*"* Marie Pussort luy sortira nature de 
nailiant du costé de aes pire et mère douze mil livres tournois, pour iceulx 
etlre emploiei en achapt d'héritages i la comodité dudict futur espoui, et 
lesdicti naissana estre respectivemeot repris par lesdicli futurs espoux, leurs 
hoirs et ayans cause advenant la dissolution dudict mariage. Et au regard des 
«il mît livres faisans partie desdictz dix huict mil livres tournois sortiront 
lesdicli six mil livres nature d'apport nobiliaire i ladicte dam*"* Pussort pour 
i elle ou à ses hoirs et ayans cause eatre rendus et restituez par ledict Nicolas 
Colbert toutteffois et quantes qu'il aura lieu et aéra ouvert suivant et au désir 
de la couatume de Reims. Et néantmoins a esté accordé que si ladicte dami"* 
Puasorl prédécedde laissante des enfRinB i elle survivant leur sera loisible de 
partager aui biens que posséderont tesdictz conjoincti lora de la dissolution du 
mariape sana loucher aux naissans qui seront repris de part el d'autre. 

El seront les rentes constituées qui etcberont aux futurs conjoincti tenui et 
reputtei immeubles et leur tienderont aussy nature de naissant du costé el 
ligne d'o£i ils leur procedderont. Et ouitre ne pouront leadiU futurs espoux 
demander audict s' Pussnrt et A dim>^ Nicolle Martin ea femme, leur décès 
arrivant, plua grande part eu leurs meubles et immeubles que le survivant 
d'euli aura pour aftréable leur bailler pourveu qu'il ne se remarie, lesquelles 
joaettet et bagues qui seront données A ladicte dam'"- Pussort, si ledict Nicolas 
la survyt et qu'il n'y ayt enfTans lors de ladite dissolution apartlenderont seul 
audicl Nicolas, et si elle le survit soit qu'il y ayt enlTans ou non aparticnderont 
lesdictes jouettes, bsgues et joiaulx i ladite dam<"' Pussort. En faveur duquel 
mariaire ledict Nicolas Colbert licencié comme dessus a doué et doue ladicte 
dam*"* Marie Pussort sa future espouie de la somme de trois cens livres 
tournois de douaire preÛz par chacun an, icellui ayant lieu racheptable pour 
une fois i>ar ses héritiers de la somme de trois mil livres tournois sauf k ladicte 
dam'i'* Pussort i choisir le coustumier sur les héritages qui apartiennent audit 
Nicolas Colbert non y compris lesdiclx dix mil livres tournois stipullés par ces 
présentes lui debvoir estre naissant, au paiement et restitution desquels dix 
hnict mil livres tournois ainsi destinez et douaire preflx ou rachapt d'icelluy 
ladicle dam*!'' Bachelier y b obligé, affecU et ypolhecqué tous ses biens 
meubles et Immeubles, si restitution et paiement a lieu durant la vie d'elle et 



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- 16* — 

■prii Kin lUeti ea Mm dMchai^é et w miccmuod, tini eo demouren MUlIe- 
iii«nt U pftrt «t portioD hirédit«ire mobiliaire et immobiliaire qui adviendera 
4Udit NicoUs Colbert en Jadtcle succBuion d'elle, et l'autre a luy advenu et qui 
lui pouroieot advenir obli^ affecta el ypolhëqué dès i pr^seat comme pour 
lora. Kt à l'efTel des clauses, cooditions et promesses apposées en ce cootract 
que lesdictea parties esdicU noms veuUent consentent et accordent vilider, ont 
dearogës et deirogent i touLtea coustumes contraires, et promis ledïct Nicolas 
soubs leadictes conditions et promestet prendra en mariage ladicte dam*^* 
PutMTt et icelluî GJlébrar soubs les saiactei constitutions de l' iglise calholicque, 
■ppostolicque et ronaiDe et ledict tf Puisort d'y hire consentir et accorder 
ladicle dam*'" Pustort s* flile. Si comme promectani lesdictea parties respec- 
tivement par leur loj soutn l'obligation de tous leurs biena avoir et tenir pour 
agréable ferme et stable i touqjoura lesdicLs Iraictë et promesses, clauses et 
conditions suadictt païer satisfaire fournir <tt acomplir l'un envera l'autre à tout 
ce qu'elles se sont respective ment obligées lans en ce delTaiUir sui peine et 
1 touttes frauldes oppositions, lectre et coustume A ce contraires. Faict audit 
Reims en logis d'faonnorable homme Nicolas Colbert, rue de Porte Cère en la 
présence et assistance de honnorables hommes Nicolas Bachelier, Lieutenant des 
habitans de cesle ville de Reims, Oudart, Jehan, Christophe et Henry Bachelier, 
oncles. H* Pierre de Malval, licencié es loiz advocat au siège Présidial de Reims, 
cousin, Remy Cocquebert beau-frère, el Jehan Colbert trin dudit Nicolas Colbert 
futur espoui, H* AnUioine Martin, conseiller et esleii pour lors en t'eslection de 
Rethel et maire héréditaire audict lieu aïeul ; ledict Nicolas Colbert, Robert Dey 
eicuier C de Seraucourt, conseiller du roy audict siège et Gérard Lespagnol 
bourgeois de Reims, oncles i ladicte dam*"' Marie Pussort le vingt cinquiesme 
jour de leptembre, sis heures du soir mil lix cens quatone et ont les parties et 
parens (inei. 

Signé : 

Pdssort, Marie Bicbblibb 

Nicolas CoLnBKT 

COLBBRT 

A. Martih, Bachiliih, Bachelibb, J. BACaBkiBn, Bachblibb, CococsBsnT, 

DB M.U.VAL, CoLBBRT, B&CHBLIBII, CoLBBHT, LBSrAOnOt., ACOIBB, BlUSSMT. 

On lit & la suite : 

Par devant les notaires du roy A Reims toubiaignet le dix huictiesme jour 
de may six heures de rellevée mil six cens quinie sont comparus en personne 
lesditi sieur Henry Pussort, dam>>'* Marie Pussort sa fille, d'une part ; dam*"> 
Marie Bachelier veufve de noble homme Jeban Colbert, et Nicolas Colbert, son 
fils, aasiatei dudict Simon Colbert s' d'Acy, son oncle et curateur, d'autre part, 
parties dénommées au contract de mariage d'autre part escript, auaquelles 
lecture leur ayant esté faict dudict contract mot après aultres par l'un desdicti 
notaires l'autre présent, et affln qu'il demeure parfaict sur ce que ledict 
s' Pussort suroît promis de faire ratiffler consentir et confirmer en toultea sea 
clauses et promesse* par ladicle dam'"* Marie Pussort sa âUe, elle après qu'elle 
a dict avoir bien et au long entendu tout ce qui y est dict et accordé, estante 
licenciée e( auctorisée dudict »' Pussort son père, a de sa bonne volonté, sans 
oontrainete gréé, ntiffié et confirmé, et pu- cm présenles grée, ratiffle et 



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- 165- 

conflmw on totu ms poincts ledict contnct, promeue*, cUtu«i et conditionE y 
contwiueB et eue pour ■grëable ainaj qu'il eil Ikiet, consent et accorde qu'il 
■orte son pitin et entier effect, ■ promis et promect par sa foy Boubi l'obli- 
gation de ses biens l'avoir el tenir pour agréable, ferme et stable A touBJours et 
mutuellement se Joindre par mariage avec ledict Nicolas Colbert et icetiuy 
célébrer le jour de demain soubi les sainctes constitutions de l'église catho- 
iicque, appostolicque et romaine sans y defTsillir sur peine et par ces mesmes 
présentes ledict Nicolas Colbert a repongnu et confessé avoir eu et rec«u par ses 
quictancea particulières dudict s' Pussort son beau père, la somme de dix hujct 
mil livres tournois qu'il avoit promis lui bailler pour le mariage de ladicte 
dam*'** Maria Pussort sa Bile y compris ««■ habits nuptiaulx, pour ettre emploie 
et sortir de la nsturo porté par ledict contract et soubi les clauses et obligations 
dessus dictes, dont el de laquelle somme de dis huict mil livres tournois ledict 
Nicolas Colbert s'en est tenu pour comptant el en quicte ledict s' Pussort son 
beau père et tous aullres, demeurantes lesdicti quictances particulières nulles 
au moyen de ta présente généralle et ne iierviront ensemble pour d'une seulle. 
Fait audict Reims au logis dudict tf d'Acy, el ont les parties signées : 

Présens lesdicti Viscot et BrissBt notaires le lundy neufViesine novembre 
après midy mil six cens trente sept dam*"* Marye Pussort, femme et procu- 
ratrice dudict s' Nicolas Colbert dénommes en leur contract de mariage, 
ratifBcBtiou et quictance devant escriptz, icelle dam'"* Pussort fondée de procu- 
ration de son dict sieur marit du vingt neuflesroe octobre dernier estante fin 
d'une autre procuration du treiiiesme taty aussy dernier passes par devant 
Pouriel et Gaultier solaires du roy au Chasletet de Paris, apparaissant ta 
minutie eslre demourée par devant ledict Gaultier, et laquelle seconde procu- 
ration sera Bu des présentes transcripte. A esdiclz noms et en son pur et privé 
nom eu et receu comptant dudict s' Henry Pussort et dam'"* NicoUe Uartin aes 
père et mère présent, la somme de trente deux mil livres tournois sn escut 
sol pistotes d'Espagne, pièces de France, demy francs, quars d'escus et aultres 
Irans paiements suivant l'édict du roy comptes nombres et actuellement à 
ladicte dam*"* Marye Pussort esditi noms délivres qui les a pris et receu dont 
elle l'en est esdicts noms tenue pour comptante et en quicte «esdicts père et 
mère et tous aultrea, laquelle somme de trente deux mil livres tournois a esté 
ainsi foumye par ses dicli père et mère en sdvancement d'hoirie et pour tenir 
nature de propre i ladicte dam*"* Marye et aux siens pour estre emploies en 
achapt d'héritaiges, sortissans de mesme nature de propre et naissant à elle rt 
aox siens de son costé es ligne, tant en advancement d'hoirie ainsy que dict 
est que en augmenlation de dot. 

Ensuyt la teneure de ladicte seconde procuration Et. le vingt neuBesme jour 
d'octobre audict an rail six cens trente sept après midy est de rechef comparu 
par devant lesdicti notaires soubsignes ledict s' Colbert f de Vandières 
dénommé en sa procuration ci-dessus escripte, lequel après avoir d'abondant 
conflrmé et approuvé te pouvoir par lui donné i ladicte dam''^* sa femme 
exprimé par ladicle procuration, a encore donné pouvoir à sa dicte femme, 
qu'il auctorite de recepvoir la somme de trente deux mil livres tournois de 
Monr Henry Pussort a' de Cemay et dam*"' NicoUe Martin sa femme, père et 
mère de ladicte dam*"' Coltiert, qu'ils luy ont Tei4iallement promis de tny 



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donner en «dTancement d'hotrye, i la charfe d'eatre et demeurer propre i 
ladicte dam*''* Colbert et aux aieDi, et ce oullre et par desaus ce que leadicli 
a' et dam*"* aea pire et mire luy ont cy-devanl donoé, paie et délivre r^mme 
appert au coolract de mariage dcsdictt •■ et dam'"' Colbert et quictance qu'ila 
en ont bailM auidictz V et dam*"* leur père et mère, du receu deadicti trente 
deux mil livrea loumoia a'en tenir par ladicte dam*"* Colbert pour contante ; en 
donner, ftiire et pasier quictance telle que besoin^ sera auidicti a' et dam*"* 
•es père et mère t leur gri et contantement et ea ce faiMiit par ladicte quic- 
tance lea remercier de ladicte aorome et géiièrallement promectsnt et obleigeaat. 
Faict et pai*^ 1 Paria les jour et an suidiclx en ladicte maison dudict s' Colbert 
suadèclaré et a signé la minutte des présentes estante au marge de celle de la 
première devant escripte ainsj' signé Pouriel et Gaultier et ce faict et trana- 
cript ont esté les première et seconde procuration rendue i ladicte dam*"* 
Harye Puaaort du consentement de sesdictx père et mère. Faict audict Reims 
en logis dudicl b' Pûsaort me de Gueui, paroisse S' Jacques lea jour et an que 
desans et ont lesdicti s' Puaaort, dam*"* Martin sa femme et dam*"* Marie 
PuBsort aignei : 

Le précédent contrat de mariage a été présenté par Antoine- 
Martin Colbert, (îU du Ministre et de Marie Charron, parmi les 
preuves nécessaires pour l'ordre de Malte dans lequel il fut reçu 
en 1667. La Bibliothèque nationale (1) et celte de l'Arsenal (2) 
conservent ces preuves au nombre de sept (depuis 13t7); le 
contrat est la dernière ; nous en donnons le deuxième leste 
d'après les Preuves : 

Par devant les notaires du Rof noslre Sire, en son baillage de Vermandois, 
datneurana t Reims, soussignés, furait présens en pcr«onne Dam*"* Marie 
Bacbelier, V* de Jehan Colbert, écuyer, sieur de Terron (sur Aisne), Conseiller 
du ftoy et contrôleur général des Dnsnces {gabelles] es provinces de Picardie et 
P wrgogne, demeurant à Reims, de la paroisse Saint Milaire, tant en son nom 
qne comme ayant la garde- noble de Nicolas Colbert, escoyer, sieur de Vandières, 
ÛH dndit deSunct et d'elle, ledit aiear Nicolaa Colbert présent, consentant de 
la licence de ladite damoiaelle ta mère, asafaté de la présence an licence de 
9ima« Colbert, écoyer, sieur d'Acy, Conseiller notaire et secrétaire du Roy en 
•a maison conronne de France, demeurant audit Reims, oncle et cnrateur aux 
action* dudit sieur Colbert d'une part. 

Et Henry Pusaort, écuyer, sieur de Cemay les Reims, tant en son nom que 
pour damoiselle Marie Pussort, fille de luy el de dediincte dunoiselle Nioolle 
Martin, son épouse, ladite damoiselle Marie Pussort, cy présente et consentante, 
par la licence et vouloir dudit sieur son père d'autre part. 

Disant les dites parties comme pour parvenir au mariage qui au plaisir de 
Dieu, en face notre mère Sainte Eglise, si premièrement die ty accorde; se fera 
et solemnisera, suivant les saintes constitutiona d'icelle, 

(1) Bibl. Nat., Cib. des 'ntres; Calbart. 

(S) Kbi. ArMoat, Prenros de HiKe : Grand Priawé de France. 



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— ItFÏ — 

EdIts ledit tieor Nicotit CoUiert et damoinlle Harie Puuort, en dedani du 
temps qui ieroDt pour eni, leure parenli et amii conrenui et arrétei et avtnt 
toute fois aucune promesse faite d'icelui, avoir fait et font ensemble la* traitei 
et conventions matrimoniales qui suivent, c'est i sçavoir : La dite damoiielle 
Marie Bachelier avoir promis et promet bailler, payer, fournir, audit eieur 
Colbcrl, son filt, la tomme de quinze mil livres en deniers clairs, incontinent 
après ledit ftitur mariage bénit, l'acquitter de toutes depLes et habiller d'habiti 
nuptiaux et bagues et Joyaux jugqu'i la somme de quinze cens livres la dite 
damojsalle Marie Pussort, moyennant quoy ladite D*"* Harie Bachelier demeure 
quitte et déchargée de rendre compte de ce qu'elle a t«uch4e de* revenus dud. 
sieur son flls, depuis la garde noble finie et jouira aa vie durant des héritages 
despendans de la succession du dit sieur Jehan Colbert, *on eapoui. 

Et au regard dudit sieur Pusrort, sera tenu et a promis de bailler, pa^er el 
fournir en deniers clairs, à la dite demoiselle Marie Pussort, sa flUe, la somme 
de dix huit mil livres tournois, sitôt le mariage bénit, sur laquelle somme seront 
comptes les babils nuptiaux ; desquels quioie mil livres a promis ledit sieur de 
Vendières luy en sortira nature et de naissant dix mille livres et des dix huit mil 
livre* promis A la dite damoiselle Marie Pussort lui en sortira nature et de naissant 
douse mille livres et le surplus, de part et d'autre, tiendra lieu d'apport mobi- 
liaire, sera ledit futur époux obligé en achapt de propres letdlls douze mil livre* 
stipulez de naissant A ladite future épouse et a ce dan* trois ans an phit toat i 
U comodité. 

En (bveur duquel mariage ledit Nicolas Colbert licence donnée dessus a doué 
et doue la dite demoiselle Harie Pussort, sa future épouse, de la somme de trois 
cens livres chascun ao de douaire préSx, icelluy ayant lieu racheptable pour 
une fois par ses héritiers de la somme de trois mil livre*, *auf A la dite future 
son douaire coutumier qu'elle pourra opter on choisir. 

Et 1 l'effet des choses cy deesua, conditions, promesses opposées au présent 
Iraicté et contract quelles parlye* veulent et entendent, consentent et accordent, 
valident, ont déniez toutes coustumes contraires et promis led. sieur Colbert 
sous lesdites conditions prendre en mariage ladite damoiselle Harie Puasort qui 
de sa part a promis s'y accorder et consentir. Si comme dit est stipulé et accordé 
entre les partyes, promettent respectiveiuent par leiir foy, sou* l'obligation de 
tous loa biens que de présent ont et possèdent, auront et pourront posséder 
ci.'après. d'avoir le tout pour agréable, ferme et stable A toujours, mai* payer, 
aatisfaire, fournir et accomplir l'un enver» l'autre tout ce que dessus est dit et 
écrit, sans jamais y contrevenir en quelque sorte et maniera que ce soit, i peine 
de tous et le surplus, de part et d'autre, tiendra lien d'apport mobiliaire. Sera, 
ledit futur eapoux obligé en achapt de propres les dits douie mil livres stipules 
de naisMut â la dite future épouse et i ce dans trois ans ou plustfit, A la 
commodité. 

En faveur duquel mariage ledit sieur Nicolas Colbert, licence donnée a doué 
et doue ladite damoiselle Marie Pussort, sa future épouse, de la eomme de trois 
cent livres chatcun an de douaire préflx, iceltui ayant lieu racheptable pour 
une fois par ses héritiers, de ta somme de trois mil livres sauf i la dite future 
son douaire coustumier quelle pourra opter ou choisir. 

Et 1 l'effet de* choses ci-dessus, conditions, promesses opposées au présent 
traité et contract quelles parties veulent et entendent, consentent et accordent. 



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valident, ont dérogez toutei couitumet eontrairee et promis ledit sieur Colbert 
sous les dites conditions, prendre en tnaritge la dite D'"* Marie PuHort qui de 
M part ■ promis t'y accorder et consentir. 

Si comme dit est stipulé et accordé entre les partie* promettent respective- 
ment par leur toy, souB l'obligation de tous les biens que de présent ont et 
possèdent, auront et pourront posséder ci-sprès, d'avoir le tout pour agréable, 
ferme et stable A toujours, mais payer, satisfaire, fournir et accomplir, l'un 
envers l'autre, tout ce que dessus est dit et écrit, sans jamais y contrevenir en 
quelque sorte et manière que ce soit, a peine de tous couti, frais, mises, despens, 
domoge ou intérest. Renooçans è toutes fraudes, lettres, coustumes et géné- 
ralement choses i ce contraires. — Fait et passé au logis dudit sieur Viscot, 
au dit sieur, en U présence et assistance des parents et amis des parties assembles 
à l'effet du présent mariage qu'ils ont consenty et signes avec les parlyes et 
notaire*. La minute des présentes demeurée par devers et aux registre* dudit 
Viscot. le vingt cinquiesme jour de septembre mil six cent quatone, après 

Les irrégularités de Tait de ce dernier texte sont les suivantes : 

1° Le titre seigneurial de Terron-sur-AiBne donné à Jean 
Holbert, père de Nicolas ; 

2" La garde noble indiquée au lieu de garde bourgeoise; 

3° La fauBse indication A'esewyer, sieur de Vendières, donnée à 
Nicolas Colberl, acquéreur du Bef en 1 620 ; 

4° Nicole Martin, femme de HenT3' Pussort, est dite défunte, 
alors qu'elle était vivante à l'époque du contrat (1614). 

Henri Menu. 




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CHRONIQUE 



L — Ardannais lauréats de l'Acadéinie nationalo 
de Reims. 

Lee prix et médailles de l'Académie nalioDale de Reims décernés 
daos sa séaoce publique du 26 juin 1908 ODt récompensé delà 
façon suivante nos compatriotes : 

POÉSIE. 

Une médaille de vermeil est déceroée & M. Gaston Doquin, à 



Sedan, pour ses Voix aimées. 



Une médaille d'argent de première classe à M. Mëneciërb, 
instituteur public à ÂDoellee (Ardennes), pour son Bittoirt 
économique et toeio/e de cette commune. 

ETHNOOBAFHIE. 

Une médaille d'or à M. E. Deliëge, directeur d'école èk Reims, 
pour son livre: Pays d'Argonne. 

n. — Taine, sujet du prix d'dloqnenoe à l'Acadénxie 
française. 

Le 1 7 juin, l'Académie française a rendu son jugement dans le 
concours d'éloquence dont le sujet élaii Taine. Do prix de trois 
mille francs est décerné à M. Ch. Picard, élève de l'Ecole normale 
supérieure ; un prix de mille francs i^ M. A. Leroy, professeur au 
Lycée de Pontivy ; une mention au Mémoire portant pour devise': 
a U voulut préparer la revanche des faits par le redressement 
des esprits» (P. Boui^t). (Auteur: M. Cordornia, professeur 
au Lycée de Rochefort]. 

Signalons aussi que M. ÂmouM, professeur au Lycée'Chanzy, 
chargé de prononcer cette année le discours de distribution des 
prix, avait choisi Taine comme sujet de son discours. 



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- 170 - 
VARIËTËB 



L — Vme médaille inédite de Hanri de L« Tou*. 

La Revue ^Àrdenne et ^Argonne a bien voulu, dans une note 
uarifiQale (tome VIII, page 61), nous faire eavoir qu'elle accueil- 
lerait avec plaisir quelques articles sur les pièces ictéressantaB 
de notre collection. Depuis lors, l'occaeion nous avait manqué de 
répondre à cette aimable invitation. Nous sommes heureux de 
pouvoir lui envoyer aujourd'hui la description d'une pièce 
Bedanaise, qn? nous croyons inédite. 

C'est une médaille de Henri de La Tour, d'uu fort beau st^e et 
d'une grande finesse. Elle est en bronze coulé, de 43 millimètres 
de diamètre. 

A l'avers : le bu^te & droite de Henri de La Tour, avec col uni 
et cuirasse damasquinée recouverte d'une écharpe. — Légende : 
HENKIC. TVRRIVa. DVX BVL. PRINC. SED. 1604. 

Au revers : une tour sur un rivage battu par les Qots. — Légende : 
STMMA NEQVIT FRVSTHA IMA LA0E8SIT. 

M. Marc Husson, dans un très intéressant article sur les 
médailles sedanaises, paru dans le Bulletin trimettriel du Mutée 
ée Sedan (1" année, 1887, page S3), cite quatre médailles de 
ttenri de La Tour, les seules qui soient parvenues à sa connais- 
aance. De ces quatre médailles, deux portent le même revers 
que la nOtre, la tour battue par les flots avec la légende : 
SVMMA NEQVIT. 

Toutes deux en difi'èreDt cependant beaucoup ; toutes deux sont 
ovales, la nfitre est ronde. L'efSgie du Prince est d'un dessin lent 
différent. La légende de l'avers en français dans les unes e«t eo 
l^n dans la notre. 

Enfin, tandis que la nôtre porte la date de 1604, l'une de celles 
citées par M. Marc Husson porte la date delfttO; l'autre n'est pes 
datée. — La premiàre, que nous trouvons aussi décrite éans 
l'ouvrage de Mazerolle (Les MédmUeun françau, tome II, page 1 &9) 
et donl le Cabinet de France possède deux exemplaires, l'un en 
bronze, l'autre en ai^nt, est citée par Peyran dans sou Histoire 
de {ancienne prineipautéde SedoÊ^ et «et historien rattache la fonte 
de cette médaille aux événements de 1606, c'est-à-dire la révolte 
de Henri de La Tour, la prise de Sedan par Henri IV et le pardon 



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Tomt xi;.\'-aciji> 

.IiiiBtet-Ainil IKOit 



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- 171 - 

^e le roi, malgré les torts du duo, lui accorda géaéreusemeot. 
— La seconde médiUlle appartient i. la coUeclion du regretté 
M. J.-B. Brincourt, qui en donna une autre explication admise 
d'ailleurs par l'auteur de l'article, M. Marc Husaon ; il pense que 
ces médailles n'ont été frappées qu'après la mort de Henri IV 
(14 mai 1610) et qu'elles contenaient une sorte d'avertissement 
donné par le Prince au moment où 11 allait conspirer de nouveau : 
le Roi, symbolisé par l'orage, n'ajant pu frapper la cime, c'est- 
à-dire le Prince, ni détruire la base, c'est-à-dire Sedan. 

Il est facile de voir que ces deux explications du revers commun 
aux trois médailleB, et d'ailleurs parfaitement admissibles lors- 
qu'on était en présence de deux pièces, l'une datée de 1610 et 
l'autre sans date, ne peuvent subsister en préseuce de la nôtre 
qui, datée de 1604, est de eix ans antérieure à la mort de Henri IV 
et ne peut davantage avoir trait à des événements qui se sont 
déroulés en 1606. 

Nous nous demandons s'il y a lieu de chercher à rattacher à un 
événement précis de l'histoire du Prince de Sedan ce revers, qui, 
comme on le voit, se répète sur ses médailles à des dates diSé- 
reutes ? — La tour, Burmontant un rocher au milieu des flots, 
p&nH être le symbole adopté par Henri de La Tour pour figurer 
la puissance de la maison dont il était le chef. Nous retrouvons 
cette QguratioDsur deux de ses jetons : sur l'un avec la légende : 
lUPËRIVM SINE FINE ; sur l'autre avec la légende : STAT 
POBTIBVS ALTA COLVMNIS. — Il nous paraît donc que le 
revers des trois médailles susdites n'est qu'une variante de cette 
même figuration : une composition allégorique d'un sens général 
^mbolisant la puissaoce inébranlable de la maison de La Tour, 
qui résiste à tous les dangers qui l'environnent. La tour, exposée 
aux vagues furieuses, ne les redoute ni pour son sommet qu'elles 
ne peuvent atteindre, ni pour ita baae qu'elles ne peuvent ébranler. 
H. Dbschariies. 

n. — Chéri Pauffin |agé par un da ses suaoiflMB 
oondiscipleB. 

La critique un peu sévère que voici de l'œuvre du poète Chéri 
Fauffin provient d'un cahier de notes et réflexions écrites an 
jourle jonr par le commandant Eugène Pellet, né le 7 août 1803, 
au village de Verrières, arrondissement 4e Vouziers, diépartement 



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- m — 

des ArdeoDee, de Pierre-François Pellet, colonel, chevalier de 
Bainl-Louis, et de Charlotte de Villeloof^ue. 

« En 18S6, j'aperçois à l'étalage d'un bouquiniste les poésies 
de Chéri Pauffin ; elles me coûtent 2S centimes : c'était refaire sa 
connaissance à bon marché. (Eugène Pellet fût au collège de 
Reims le condisciple de Chéri Panf&n]. 

« Chéri PaufSu, fils d'un président au tribunal de Rethel, est 
Dé en 1802 ou 1803. Il St ses études au collège de Reims d'où il 
sorUt en 1820, n'ayant marqué par aucuo succès proclamé. 

« Il ne promettait pas plus qu'il n'a donné. Dans sa dernière 
année classique, il s'escrimait déjà sur la -versification, s'aidant 
du dictionnaire des rimes auquel on doit tant d'idées parasites 
et, si j'ose dire, toutes les filandres qui gâleul les fruits savoureux 
dé la poésie. 

« PaufBn, dès le début, visait à ce qu'il prenait pour des tours 
de force; il donnait & ses productions des formes géométriques 
ou dérivant : triaugle, cOnes aboulés, bouteille, etc., etc. — En 
préludant par ces succès d'écolier, il s'aveugla au point de 
prendre pour du génie une ardeur de rimer. 

a Son père le destinait aux exploits du barreau ou de la 
magistrature ; il secoua ce joug, impatient du Dieu dont le 
souffle poélique agitait ses sens, et il se livra corps et flme aux 
séductions et aux entraves des Muses qui le traitèrent... on peut 
lire comme, et le réduisirent à n'être plue qu'une ombre vivante. 

« C'est sous cette forme que je l'aperçois quelquefois de ma 
fenêtre, au coin des rues Saint-Jacques et Ko;er-Collard, venant 
comme des Sourds-et-Muets et allant vers la cité pour se récon- 
forter d'un modeste ordiuaire. Je le soupçonne de vivre en poète 
incompris du reliquat de son patrimoine que bien cçrlainemeat 
ses rêveries l'ont empêché d'augmenter... Uais il a la ressource 
de s'en prendre à nos révolutions et au malheur des temps. » 
- Sans doute, les poésies de Chéri Pauffîn n'ont guère marqué 
dans la littérature ; mais son nom sera à jamais honoré par les 
historiens des Ardennes, grâce au don généreux de sa collection 
à la ville de Rethel. 

Marie Psllet. 

Le Gérani : B. LAROCHE. . 
9«d4ii. — Imprimerie Emlb Lahocbb, rue GambelU, 11. 



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LES INSCRIPTIONS 
DES teUSES raSSIiCE ET DE U lEOmLE-EI-TIIIIIUIE-l-FlIT 



L'histoire des villagee d'&ussonce et de La Neuville-ea- 
Toume-à-Fuy a été publiée au tome ZLVIII des Travaux de 
l'Académie nationale de Reims (!]. L'auteur, M. l'abbé Marcq, 
tout en étudiant tes églises de ces localités, n'a. pas cru devoir 
reproduire leurs inscriptions. Il est vrai qu'à celle époque (1868), 
les questions d'épigraphie n'avaient pas l'intérfit qu'elles ont 
acquis depuis. Alors qu'aujourd'hui les enquêtes se multiplient 
et s'étendent jusque dans les plus modestes édifices de nos 
campagnes, il nous a paru opportun de combler cette lacune. 

L — Ausaonce. 

L'église d'Aussonce présente un ensemble assez pittoresque. 
Elle peut remonter au xii* siècle avec portions postérieures. Sa 
tour romane domine le village qui est entouré d'arbres de toutes 
parts. 

Les textes conservés dans la tourelle du clocher, et la cloche 
portant le nom du commandeur de Merlan, appartiennent à 
l'histoire régionale et méritent d'être sauvés de l'oubli; une 
autre inscription brisée en plusieurs morceaux gisant dans les 
combles, complétera notre revue épigraphique. 
Tonrelle dn olochsr. 

Nombreux sont encore les graf&ti el les dates taillés au 
couteau par les générations successives. La craie, qui servait si 
soaTent dans la construction de nos églises champenoises, était 
un élément propice pour Sxer les événements les plus saillants 
on les simples faits locaux. Ainsi se perpétuèrent sur les murailles 
le souvenir d'heures douloureuses parfois, comme nous le montre 

(1) AtMonee, La Neuville-en-Toume-à-. 
Topographie et HUtoire <U et* eom(nttn«t, 1 

Un. B-AU. ir vAk. T. XV, ■" H «t IS. 



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cette Inscription rappelant la ruine d'ÂussoDce par l'armée â'Er- 
lacb, CD 1649(1). 

Lan mil six cens quarant neuf 

Le troisiesme cmriljutjaii 

la bataille des allement contre les 

Habitant daussonce qtd fut acomancé 

a dix heur du matin qtd dura jusque 

a kmcl heur du soir par lesquels 

les allement ayant mit le feu far tout 

il ny resta plus que quatre 

Grange et une petite quantité de maisons. 

Le texte en est gravé à l'intérieur de la tourelle où nous avons 
lu également cette mention d'uu désastreux orage (2) : 

L'an 16^8 

au mois de May 

fust ung orage de grêlon 

quijust la ruine totalle des 

seigles dudit Ueu 

Non loin, un autre grafSti peut ajouter un fait inédit aux 
souvenirs laissés par les Russes dans les Ardennes lom de 
l'invasion de 1814 (3) : 

Les Russes ont cantonné 
en 1816 et i8iy 
a Auconce après la 
defaitte de l'empire 
Jrancois cest a dire 
après la déroute. 

(11 Sur cet Munust, cou. Mémoira d'Oudard CoquauU. Tn*. d« TAnd. de 
Mau, I8BS. T. L, p. 131. 

(S) Pimlli dlaniité eit iliui mentionnée dus le npsln ptroUiU] d« 1768 : • Onge 
dpoamiitaUs arrivé à Anuonee le dimuiclie SI loust 1768, qai t enlevé j»eU«s et tnbias. 
Ftaje ibradiole Kniaipiinéa de tonnerre, qui ■ remplie Cbanlereime et le goei ptr deux 
Ibis, iepvU lei lenw de la (eniine, enlei^ moDMaii et itrelle, le Inndj 39 tonsf, à deni 
beore» tptH midj et 6 heures du soir. • 

(9) H. JuMST, Queltnet Souvenin dei Ruiiigr dam Ut Ardtnntt. Reims, SUIot- 
BndM. IttT. 



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Donnons enûo ce Dom d'un maître d'école du ztii* ùèole, 
visible àl'exlérieur de la tourelle (1) : 

P. demmenelle (2) [^| 
descoUe demorant 
au vUlage daussons en 
Ckampaigne 
i6jo. 



L'église d'AuBSonce possédait deux oloobes avant la Révo- 
lution. La plus petite, qui pesail 900 kilos, fut enlevée et con- 
duite au district de Bethel. 

La plus grosse est restée seule dans le beflh>i depuis cette 
époque. Elle a un mètre de diamètre (3) et porte cette inscription : 

t lAI ET3 NOMMEE EN 1763 AUGUSTINE 
VICTOIRE PAR MESSIRE OE MASCRANY COM 
MANOEUR OE BOULT AU BOIS ET MERLAND 
REPRESENTE PAR H- 

PIERRE lEAN GEOFFROY 
RECEVEUR GENERAL DES BIENS DE SA COHHAN 
DERIE ET PAR AUGUSTINE VICTOIRE POCHET 
SON EPOUSE OEM^ AUDIT BOULT 

ET BENITE 
PAR H- HENRI CONCET PRETRE EN 1734 
CURE DAUSSONCE EN 171g A(» DE 81 ANS 
7 MOIS ACCOMPAGNE DE NICOLAS LOUIS 
VOLANT 

VICAIRE (ET PAR DEM— LOUISE DE 
MASCRANY MARQUISE DE MAUBEC}i 

An bai : 

ETIENNE NETELET SINDIC lEAN LA CROIX 
HARG« 

{!) Oa M «wii Mtu dila de rMtuntkn loale nudMW : £«M jr«iU«H, ^ ri< » BM, 
< riitri ttietlier de U tomr avec m» père etx ttovmbn 1870. 

ffi L'ibW Hiinq deoM F. DnemenelU, miis mm ■'■*» fu nffntbat mUn todm 
éeh )kn«. 

(S) llM UMipoDi ki Mtn mpaelMma fntibidt k H. TaUrf Bninlto, cari d'JUt- 
sgoM, MOT In rauei|gnD«iiti qn'3 1 bim Toohi dm» fbni^, et boh ranireiau H. Georfet 
Bein <i* riligiMti qu'il 1 «M t nom (Kiiler rHcemîM da cloeber, uni qo* de im 



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DanB UD cartouche orné, au centre duquel est inscrite une 
cloche, on lit : 

I.'B. LE COMTE FONDEUR 

La partie de rioBcription entre crochets, omise lors de la fonte, 
est burinée. 

Le parrain, Louis de Mascrani, dernier commandeur de Boult, 
était fils de Louis de Mascrani, marquis de Paroy, comte de 
Chiteau-Chinon ei de Marie Picot de ClOBriTière. Reçu chevalier 
de Malte le IS décembre 1737, il fut enseigne des vaisseaux du 
roi et fut nommé à la commanderie de Boult à la Su de 1778 ; il 
habita peu le cb&teau de Boult (t). 

Les Mascrani ou Mascrau;, établis en Suisse, eu Lyonnais, 
Nivernais et Ile-de-France, portaient : de gueules à trois faces 
tnréet d'argent, au chef cousu d'azur, chargé d'une aigle éployée 
^argent, côtoyée à dextre d'une clef d'argent enrichi d'or et à 
semestre <fun casque de profil aussi d'argent enrichi d'or, le tout 
brisé d'un éeu iTazur à la fleur de lys <for. 

Cette famille s'éteignit, quant au nom, par le décès en 1888, 
aux environs de Lyon, de H"* Gayet Mascrany de la Buissière. 

Le nom de Kerlan se lit encore sur la cloche de Boult-aux- 
Bois, nommée en 1S42 par le commandeur Jean du Sart [2j. 
C'est d'ailleurs le seul souvenir qui rappelle dans cette localité, 
avec quelques restes des b&liments de l'ancienne commanderie, 
le séjour des chevaliers de l'ordre de Malte. 

La ferme de Merlan, entourée de fossés bordés de marronniers 
séculaires, possède un corps de logis du xviii<^ siècle offrant 
au-dessus de deux ouvertures des traces d'écussons, l'un avec 
casque et lions pour supports. Il se peut que ce soit là les 
armes de Charles-Casimir de Rogres de Champignelles, qui fit 
à cette maison d'importants travaux. Il fut le prédécesseur de 
Louis de Mascrani et portait : Gironné d'argent et de gueules de 
douze pièces (3). 

Pierre-Jean GeoSVoy, représentant Louis de Hascrani, était 
originaire du diocèse de Meaux. Il avait épousé Augustine- 

(1) ly 0. ConuoT. Le* Commandent de Boult tt Merlan. Rer. de Champ, al de 
Brie, 1817. T. U, p. 169. 

[i) D* H. Vincent. Let Inicriptiont ant. de l'arrond. de Vomier». Raim), Uitoi, 
' I8M, p. 86. 

(3) D' 0. GuEUJOT. Let Commandeur* de Boull et de Merlan, eof.tili. p. IM, 169. 



), v^iWWVH- 



- rn- 
Viotorme Pocliet te 8 mai 1781, dans la chapelle de Merlan, en 
présence de M* Bris&et, notaire royal à Buzancy, bailli de BouU 
et Merlan, de J.-B. DaTaoQe, licencié ës-lois, bailli. du marquisat 
de Buzancy, procureur Sscal desditee commaaderies , et de 
Claude Panier, administrateur du ch&teau de Merlan. 

Le curé Henri Ooncet, d'Auménancourt-le-Grand, qu'accom- 
pagnait à la cérémonie Nicolas-Louis Volant, vicaire, remplit son 
ministère à Aussonce pendant S6 ans. Il eut pour Buccet-seur, en 
1785, François-Xavier GuUlemart, qui fut remplacé deux ans 
plus tard par Jean-Pierre Bouchez (1). 

Quant au fondeur, J.-B. Le Comte, il était âls de François Le 
Comte et de Marie-Madeleine Beooist. Il mourut à Reims sur la 
paroisse Saint-Denis, le 13 janvier 1789, à l'&ge de 36 ans, après 
avoir exercé, associé avec son père, le métier de fondeur An 
cloches. 

François, lui-même, était probablement le descendaat direct 
du fondeur Nicolas Le Comte, établi à Reims au commencement 
du xviii* siècle, et dont on connatt plusieurs œuvres. Outre de 
nombreuses cloches d'églises rurales qu'il fondit dans les 
Ardennes, la Marne et l'Aisne, François Le Comte est l'auteur 
de la belle sonnerie de Bethel (I768J que la Révolution envoya, 
comme tant d'autres, dans les creusets du district, A son actif, 
doivent s'ajouter la cloche (1764) de l'HOtel de Ville de Reims; 
une des cloches (1759) de l'église de Fismes, provenant de 
l'abbaye de Saint-Remi de Reims, et celle de l'hospice de ce 
bourg (1773}; il renouvela de même les sonneries des abbayes 
d'Hautvillers[1737) et de Saint-Thierry (1757J. Il fondit égale- 
ment pour Rethel la cloche de la Halle haute (1769) et une autre 
pour l'HOpital-Général (1787). 

J.-B. Le Comte, vu sa mori prématurée, n*a dû signer, à 
notre connaissance, qu'une quantité restreinte de cloches. Nous 
retrouvons son nom avec celui de son père sur la cloche 
Mignonne de la Cathédrale de Soissons (1754) et celle d'Aussooce 
parait être une des rares survivantes où il Qgure en nom indi- 
viduel. • 



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Mfàt»tika GlMids Roquât, ImboarMV 

A LA aLOIRB DE DISD 
CT OTT CLAUDE ROOHET LAB' 
QOI A FOMDfi A PSnpCTUlTe AVRC 

karoukritte quérin bon é?ous* 
tods lsa dbdx hois le i*' dihancbe 
de chacun, six salct8 avec 

BfiHfiDICTION DU S* SACREMENT, 

ET LE LENDEMAIN UNE UE88E HAUTE 

UN OBIT PAR AN, DE VIOILG, UE8SE, 

RECOHUANOISE SUIVANT UN ACTE 

DU 12 8«* 1748, ET UN DE LADITTE 

OOtRIH DU 19 JANVIER 1750 

LE TOUT PAS8K PAR HENRAT N** 

A JUNITILLE ET ONT LEOUË 1000 

LITRES A LA FABRIQUE 

LEDIT ROQUET DKCfiDC LE 29 

8*" 1748 AQÉ DE... 

El LADITTE OU... 

1776 AOe DE... 

RBQUIBSGAMT... 

Ce texte est gravé sur un marbre noir (haut. : m. 76 ; larg. : 
m. 48] que nous avons trouvé brisé en plusieurs morceaux, 
daos les combles de l'église fvisile du 12 juin 1902}. Hâme 
incomplet, U aurai! pu être replacé à l'intérieur de l'église et 
ainsi perpétuer les pieuses foudations de Claude Roquet el de 
son épouse Maifuerite Guérîn.' 

Sans nous étendre sur ces familles de oonditioo rurale, nous 
allons produire, dès maintenant, les inscriptions conservées 
dans l'église de La Neuville-en-Toume-à-Fuy. 



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II. — La NeavU]e-en>Tourne-A-Fuy 

Le village de La NeuTille-ea-Tourne-à-Fuy, dane son paysaf^ 
monotone de la plaine cliampenoise, qu'animent seuleB les 
grandes ailée de ses deux moulins à venl, possède une église 
assez iatéressante. 

Remanié dans ses principales parties, l'édifice laisse peu de 
traces riaibles de l'époque du moyen-&ge. On y remarque 
surtout l'abside et le transept qu'éclairent de belles fenêtres à 
meneaux et tympans flamboyants (xv*'Zti* siècles). 

Les inecriptione qui décoraient l'intérieur ont été replaoées 
dans la sacristie où elles sont l'objet de la sollicitude de 
M. l'abbé Jacques, curé actuel. 

VnsdatioB d'un plllsr 

La plus ancienne inscription est relative à une fondation de 
pilier (ISOS) portant cette menUon en caractères gothiques gravés 
sur une pierre blanche : le mauvais état de celle-ci ne nous 
permet pas de connaître le nom du donateur. 

bi Unt ss 

ftme \n cest 

piltv tt jiit faite le xit 
be mars là mil d* et piii 

(Hauteur. m. 32 ; largeur, m. 60]. 

Se trouvait autrefois au premier pilier de la nef, du c6té de 
l'Epitre. 

Les fondations de ce genre sont rares dans la région. H. le 
D' H. Yincent en a donné trois exemples (xv*-zvi* siècles), 
relevés à Cfaarbogne, Saulces-Cbampenoises et Tourteron {Int- 
eript. eme. de tarrond. de Vouzieri, 1892, in-S). 



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Xpitaphe de Nlaolas Le G4Mirt, onré 

Sur UQ marbre Doir, en capitales romaines, on lit : 

A LA GLOIRE DE DIEU 
CT GIT MESSIRE NICOLAS LE CODRT 
OTRÉ DK CETTE PAROISSE QUI T A REMPLI 
PENDANT U ANS LES DEUOIRS D'ON BON 
PA8TETR PAR SON ATTACHEMENT A LA HEUO", 
SON ZELE POVH LE SALUT DE SES BREBIS, 
SON AMOUR POUR LA DECORATION DE LA 
MAISON DE DIEU, SA CHARITÉ POUR LES 
PAUVRES, ENFIN PAR LE SACRIFICE QU'IL A FAIT 
DE SA VIE POUR MAINTENIR LE BON ORDRE 
DANS SA PAfiOISSE. IL EST DËGEDË LE QVTNZE 
lANVIER nS7. AGËE DE 7< ANS 

PRIEZ DIEU POUR LE REPOS DE SON AME 

(Hauteur, m. 44 ; lar^ur, m. 42). 

Ce texte est le plus bel éloge biographique qu'il nous soit 
possible de donner sur le vénérable prêtre qui administra la 
paroisse pendant près d'un demi-siècle. Ajoutons à sa mémoire 
qu'il rapporta de Rome les reliques de la vraie Croix comme le 
constate l'inscription suivante gravée sur un marbre noir (I) : 

A LA GLOIRE DE DIEU ET DE LA VRAIE CROIX 
ON TROUVERA AUX PIEDS DES DEUX 
RELIQUAIRES, LES AUTENTIQHE3 DE 
ROME, AVEC LE PROCES VERBAL DE 
MONSIEUR LANGLOIS VICAIRE GENERAL 
DE VOTRE DIOCÈSE EN DATTE DU 
MOIS DE MARS DE LANNËE 1747 
NICOLAS LE COURT, PASTORE 
GHUI AUE 

(1) a ibM UUH», IVbv. iê I'Am^. et ArniM, on. cfU, p. StS. 



D,„i,.,db,Googlc 



- IM - 

Ces reliquaires ont i. jamais disparu comme )e souTenir des 
vieilles clocliea (1), dont les légeodes auraient ^outé un charme 
de plus & notre excursion épigraphique. Celles que nous avons 
irouTées à La Neuville sont modernes, l'uue de 1888, l'autre de 
1890; mais les noms qu'elles portent sont ceux de familles 
attachées de longue date au sol natal et leur son n'en élajt pas 
moins agréable à entendre lorsque nous regagnions pédestre- 
ment la station la plus proche et que noue arrivaient, vibrantes, 
lea dernières notes de l'appel des vêpres. 

Puissent ces textes des vieilles églises rurales filre sauve- 
f^ardés. Il est, en tout cas, de notre devoir de tes faire connaître, 
et mieux, de les faire respecter comme choses inaliénables dn 
patrimoine de nos ptroiases dont ils forment le mémorial le 
plus précieux. 

Al. Baudon. 




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propos de RIMBAUD 

SOUVENIRS FAMILIERS 

(suite). 



A Charlei Ho vin. 
IX 

A quelque tempB de là, trouvant que décidément il faisait trop 
chaud. Rimbaud se 6t couper les cheveux. Grand soulagement 
pour la « partie saine » de la population. Du Moulin à la Redingote 
grite, de la rue d'Âubilly à celle du Daga, les visages perdirent 
leur expression douloureuse. On jugea qu'il donnait satisfaction 
à l'opiniou publique, ou se plul à y voir, pour la reprise de» 
affaires, un heureux présage. Que te jeune homme eût également 
consenti à quitter son brdle-gueule, tout, probablement, eût été 
pour le mieux ; mais l'homme doit savoir borner ses désirs ; 
même l'autorité familiale n'obtint rien au-delà de cette concession 
passagère, et le retour aux études fut, comme précédemment, 
rejeté pour après d'impossibles calendes. 

Et pourtant... 

Je ne crois pas que le « fatum » des Latins, 1' « auanké » des 
Grecs, le » c'était écrit a de l'arabe soient absolumenldes erreurs. 
Notre destinée, elle est écrite, oui, par nous, aussi par des 
scripteurs en dehors de nous, qui corrigent, qui raturent, qui 
ajoutent à notre rédacUoo des phrases, parfois de longs paragra- 
phes... et qui s'appellent : te* «fcofWMftCM. Les éviter ou défendre 
contre elles l'intégralité de nos vouloirs, inutile d'y penser, car 
nous u'avons pas d'yeux pour les voirvenir. La plupart du temps, 
si nous croyons y avoir échappé de nous-mêmes, c'est qu'elles 
se sont présentées plusieurs à la fois et que l'une a fait dévier 
l'autre. 

Il y eut, au mois de juillet, dans la vie de Rimbaud, ce que 
vous, historien, vous appelleriez un a tournant ». 

Je dois mentionner — cet aveu s'impose — que j'étais devenu 
un élève des plus médiocres et, certes, blâmable à tous lus points 
de vue. Faire l'école buissonnière, comme un simple moutard... 
quaud on est en rhétorique!... C'était bien mal, n'est-ce ^as?... 



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- 183- 

— Hais si ! Je tous assure que c'était bien mal. Bl je ne puis 
accepter que I'od me cite comme exemple à la jeunesse... 
Enfin I... J'ai pa;é cela plus lard, en plusieurs versements, et 
les intérAls... je suis quitte... du moins je l'espère... 

Donc, au lieu de traTerser bien gentiment la place du Saint- 
Sépulcre, et de marcher résolument vers la porte en chêne clair 
surmontée du mot « Collée »... hélas ! pauvre de moi 1... j'allais, 
à quelque coin de rue, trouver Rimbaud qui m'attendait, rêveur, 
et nous partions dans le bois de Nouzon, iléclamer du Théophile 
Gautier : 

Je (Ufendi A tonte goitare 

De bourdonner aux alenlou» ; 

Ta rue eat i. moi, Je la baire, 

Pour y chanter seul mei amoiin, 

El je coape le* deux oreillei 

Au premier ricleur de jamboa 

Qui, aouB la fenère où tu veilles. 

Braille nu couplet mauvaii ou bon I 



ou du Banville : 



BnSn, de son vjl échalltid 
Le clown lauta li haut, ai haut, 
Qn'U creva le plafond de toile* 
Au ion du cor et do tambour, 
Et le conir ddvoré d'amour. 
Alla rouler dana lea AoUe*. 

OU bieo c'était le Lazare de Léon Dierx, ou bien quelque sonnet 
enragé de Paul Terlaioe : 



Et vsn M* pieda mordua ae dreasait une Ioutc, 
liai* llnaenié cria : i Qa'eBt«e que cela prouve T... i 

n arrivait que l'eu avait aoif et que l'on possédait à nous deux, 
enjoignant toutes nos ressources pécuniaires... deux sous... On 
n'entrsdt pas moins chez l'honnête Ghesneaux, qui nous servait 
une chope équitablement répartie en un double verre. Pour cette 
minime dépense, on restait longtemps attablés dans la grande 
salle très fraîche, très silencieuse, dont la porte et les fenêtres 
s'ouvraient sur les verdures profondes. Le personnel de la 
maison, circulant pour de vagues besognes autour de nous, 



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-18*- 

avul tout l'air de penser que dous aurions mieux fail d'âtre & 
l'école, pour sûr, que de raconter des bfitises bizarres comme 
nous en débilions... à n'ea plus Bnir. Ils se disaient probable- 
ment que la France se trompait beaucoup si elle comptait sur 
nous pour la « régénérer •, mol joli que l'on pouvait lire et 
entendre partout vers la 6n de 1' « année terrible » — à moins 
que ces braves gens ne fussent rester parfaitement indemnes 
des maladies mentales qui Bévissaient à l'époque... et je préfère 
le supposer. 

D'autres fois, suivant les pentes herbues, pleines de menthes 
et de grands tussilages, du plus minuscule et du plus délicieux 
vallon que je connaisse, on escaladait la colline d'ÂiRlemont, 
village tout aimable, où tapotaient gaiement quelques marteau^t. 
L'on n'y entrait pas, d'ailleurs ; on s'étendait paresseusement sur 
un tapis odorant de thym sauvage ; on passait des heures à 
contempler en bas la Meuse, coulant molle et douce, étincelante 
de calme joie. 

Mon compagnon faisait un peu de brocante. J'entends qu'il 
vendait k des camarades cousus d'or quelques livres qu'on lui 
avait douués. Par exemple, Paul Labarrière — si ma mémoire est 
bonne — devint acquéreur du Kain de Leoonte de Lisle, exem- 
plaire d'une valeur fabuleuse, car chaque vers était précédé, ou 
suivi, de points d'exclamation tracés à la plume, et plus ou moins 
nombreux suivant le degré d'admiration qu'avait éprouvé 
Rimbaud. Nous étions, ces jours-là, terriblement riches — 
quarante ou cinquante centimes — et nous pouvions nous offrir 
un voyage à l'étranger. 

Que l'on gagnât Pussemange par La GrandviUe, ou que l'on 
grimpât aux Baraques par Saint-Laurent et Gemelle, lesquelques 
lieues qui dislancent Méziëres de la frontière belge n'étaient 
qu'un jeu pour nos pattes juvéniles. Je me souviens d'un après- 
midi très chaud où nous vîmes, au coin d'un bois, en face de 
Rf^asarl, une luisante etcharmante vipère coquettement enroulée 
sur le gazon mc, à deux pas du chemin... J'admirai la bête, et 
mes compliments ne lui étant pas, je suppose, indifférents, son 
cou gracieux ondula, câlin, vers mon soulier... je criai : « Qu'elle 
est belle 1 »... Rimbaud lui trancha la tôte, à l'instant même, d'un 
coup de talon. 

— Mais j'étais sur mes gardes, fis-je, — légèrement peiné de 
cette exécution sommaire — elle oe m'auraUi pas touché I... 



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- 185 — 

— El si elle en avait mordu d'autres que toi?... 
Possible, après tout, qu'il eût raison. 

L'on ne pénétrait pas en Belgique sans être administratiTemeot 
s désiurecté ». C'était k cause de la peste bovine, autre cadeau 
fait aux Ardennes par la guerre. Les soldats ^ris et jaunes du roi 
Léopold, en vue de prévenir l'importation par les bipèdes français 
d'une maladie aussi embêtante, les enfermaient, trois minutes 
enriroD, dans une maisouneite en bois où se consumaient des 
produits chimiques d'une extraordinaire puanteur. On sortait de 
là suffoqué, mais alors incapable totalement de communiquer, 
même à des colimaçons, la moindre « épizootie ». Résultat 
merveilleux dont nous étions très Sers, en entrant chez l'auber- 
giste ou l'épicier pour acquérir deux paquets de tabac dont 
l'enveloppe, joyeusement enluminée, portait cette inscription : 
Manufaelures de Thomas Philippe, et chacun de ces paquets, 
pesant cent grammes, pour la somme de trois sous... Jugez si 
ça valait le voyage I... Au retour, la « rigolade », c'était de dire 
à chaque instant : a Attention I... voici les gabelous... » Ceux-ci 
ne tardaient guère. Vous savez qu'ils remplissent leur mission 
avec d'autant plus de zèle qu'ils ont une part de tout produit 
confisqué. Et c'est justice. On n'avait pas fait une demi-Ueue, 
en suivant le sentier sous bois, que dans le fourré craquaient 
des branches, puis le mur de feuillage brusquement s'ouvrait, 
un douanier paraissait devant noua, un autre accourant sur nos 
talons. 

— Messieurs... 

— Messieurs... 

— Beau temps pour ta promenade... Vous n'avez pas de tabac... 
café... chicorée... poudre de chasse?... 

On leur montrait ce que nous avions, c'est-à-dire chacun un 
paquet de « Philippe », déjà entamé ; dans ces conditions, rien à 
dire : nous n'étions pas en fraude. Or, le douanier est mé&ant, le 
devoir du douanier est de ne pas croire à la sincérité des paroles 
humaines. En sorte que, malgré nos figures honnêtes, on était 
tout de même... palpés. Un léger tapotement, de la main ouverte, 
sur l'épigastre, un autre, simultanément, dans le dos... ce n'est 
rien comme « passage à tabac >• — si vos lecteurs veulent bien 
tolérer ce jeu de mots sans aucune intention mauvaise ; — 
mais quand on est un nerveux tel que Rimbaud, cette ausculta- 
tion manuelle a quelque chose, paratt-il, de foH désagréable, et 



jogle 



il n'a pu B'emp6cher de nous exprimer bOD agacemeDt dans le 
fameux souoet récemmeat publié par Reoé Auberl (1 ) : 



Enfer au délinquant que ■■ paume « tràU 1 

Ou les euvoyait au diable... quaod ils ne pouvaieot plus dous 
eolendre, et c'est à peine si les trente kilomètres bouffés — soyons 
moderues — assez rapidement pour pouvoir rentrer au logis à 
l'heure de la soupe nous faisaient « tirer le pied » un tout petit 
peu, quand on repassait devant la tour Lolot, Sllelte suave et 
ingénue. 

C'est ainsi que furent <• séchés » combien de cours d'histoire, 
de malhémaliques, de chimie?... — ohl cette morsure, encore, 
du remord? !... — N'en parlons plus... Après tout, je ne faisais 
pas l'école buissouaière exactement tous les jours. J'allais aux 
classes de Uttru, pour l'unique raison que le professeur me 
plaisait. 

La chaire de rliéiorique venait de changer d'occupant. J'ai dit 
que le successeur d'Izambard prenait le titre de rédacteur en chef 
d'un journal républicain ; cette situation ne lui permettait pas de 
garder ses fonctions dans l'Université, il avait été remplacé par 
Edouard Chanal (2). 

Va lorrain. Figure calme, douce, empreinte d'une énergie 
sereine qui ne pouvait rien devoir, semblait-il, aux passions, 
mais puisait toute sa force dans l'esprit. Figure presque germa- 
nique, à bonne grosse barbe blonde, aux yeux d'un Meu, ou gris- 
bleu, profond et limpide, au large front tenace. Figure souriante, 
cordiale, croyante. Je dis » croyante », bien qu'il fût libre-penseur, 
parce qu'il était fait pour avoir, malgré tout, la foi, même en 
dehors de la foi reli^euse, la foi au moins dans la possibilité de 
rendre l'homme plus heureux et meilleur, et c'est une foi très 
noble. 

Comme l'auteur de La libre patuée data F Art et de L'Art et 
CAmour — vous le connaissez : c'est le bon peintre Schùlz- 
Bobert — il pensait que Pari, justement, par ses propres moyens, 
est essentiellement éducateur, parce qu'il épure les instincts et 
les volontés. 

(1) Ltê dominier$ (Inëdils de Rimbaud panit duu b Acné litlinire de Përii et de 
ChampagHt]. 

(1) Ob tu déçoit ties-rKUar de la Cane. 



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- 1»7 - 

Affranchi à cause de cela de tout préjugé, de toute crainte, 
Edouard Cbanal sortait hardiment du temple étroit où rUniversité 
de jadis enfermait les modèles dits ■ classiques » ; il nous iuiliait 
au génie savoureux, si subtil, si savant dans sa naïveté — et par 
l'effet de cette naïveté même qui est source de vi^^ueur, source 
de gr&ce, puissance pour l'invention, conscience dans l'effort — 
du seizième siècle et du quinzième. C'était pour nous un enchan- 
tement que ces lectures faites d'une voix prenante, gravement 
harmonieuse, attendrie d'amour pour les hetles choses. 

Il arrivait aussi que certain d'entre nous, après avoir admiré 
quelque Qn joyau de Villon, de Marot, de Gilles Durand, de 
Ronsard, de Rémi Belleau , disait avec candeur : « Monsieur Chanal, 
si vous nous racontiez maintenant une histoire de la guerre?... •> 
Le professeur bienveillant, souriait de... l'à-propos. C'est qu'il en 
revenait, de la guerre, comme te petit tambour de la chansonnette, 
mais dépourvu de toute fanfaronnade. Républicain sous l'Empire, 
il avait vu, avec l'enthousiasme de ses vingt-sept ans, dans la 
révolution de septembre un nouveau quatre-vingt-douze, et 
quoique dispeniéen raison de ses fonctions, il était allé simplement 
s'engager dans l'armée régulière. Il avait fait la campagne aous 
les murs de Paris, était parvenu au grade de sergent... II nous 
disait sa vie dans les tranchées, les escarmouches, et le manque 
de vivres et le froid... L'on aurait voulu qu'il insistât davantage 
sur le côté tragique, sur les dangers courus que l'on soupçonnait, 
que l'on voyait, malgré lui-même, à travers le détail de ces 
épisodes narrés avec trop de modestie... Hais Edouard Chanal 
n'était pas Tartarin ; il mettait plutût sa verve en l'histoire d'un 
grand maton de gouttière, proie opime qu'il fut heureux d'ajouter, 
certain jour de famine, à l'ordinaire de son escouade. 

J'ai dit à quel point Rimbaud aimait la simplicité et la bonhomie ; 
un tel homme, par conséquent, ne pouvait lui déplaire. Il le 
connaissait, de vue et par mes récits. La « tête » d'Edouard 
Chanal, si hautement intelligente, surtout privée de tout oi^ueil, 
lui a revenait » ; la sincérité, les goûts littéraires du jeune 
professeur étaient faits pour lui convenir. Joignez à cela un 
obsédant besoin de communion intellectuelle, vous comprendrez 
que certain jour qu'il errait seul par les allées du Petit-Bois, il se 
soit dirigé vers Edouard Chanal assis sur un banc et fumant sa 
pipe avec tranquillité. Que voulait-il, au juste, lui dire?... Je ne 
sais... on ne le saura pas... cet épisode restera dans les ténèbres 



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- 188 — 

de l'énorme chaos d'idéeB et d'impulsiODS cooiradictoires qui 
régireat la destinée de Rimbaud. Il voulait causer, évidemment, 
écbanger des pensées, montrer des vers, cueillir un avis, peut- 
filre le demander, ainsi que, plus tard, il devait très sincèrement 
Bouvettre ses poésies aux conseils de Verlaine — chose qui 
étoDoera les pauvres esprits clopinants qui s'obstinent à prendre 
Rimbaud pour un orgueilleux. — Peut-être aussi — et je le 
pense — voulait-il gagner à son terrible idéal révolutionnaire 
une Ame qu'il jugeait sur la voie/ car il avait à cette époque la 
furie du prosélytisme. Entre ces deux sincères, également épris 
de déterminations conséquentes avec leurs principes, c'eût été 
une collision bien curieuse. Il n'est aucunement prouvé que celui 
qui cherchait à « prendre » n'eût pas été pris. Rimbaud, voulant 
gagner Cbanal, s'attaquait à partie bien forte et qui avait sur lui 
plus d'uo avantage : le monde connu plus amplement, une 
éloquence naturelle, paisible, une faculté de concession largement 
compréheneive qui attirait, qui entraînait, qui désarmait, qui 
faisait de lui, dans les combats d'idées, le plus dangereux des 
rétiaires. Du premier coup, l'on ne se fût l'un l'autre ni convaincu, 
ni persuadé, c'est sûr. On se fût quitté ami. C'était beaucoup, 
c'était énorme. Une eâxonsUmee nouvelle tenait Rimbaud ; une 
influence, une action sédatives ; par la sympathie mutuelle, par 
l'habiie douceur de L'alné, une sorte d'autorité non vue, non 
sentie par l'enfant susceptible, et alors puissante... , 

Que sait-on? Rimbaud s'est expliqué dans Soleatiwre... il était 
l'esquif désemparé qui aime à être poussé par le premier flot qui 
vient... et puis l'ivresse de l'en-allée vers l'inconnu, et puis... 

Je refr«tt« l'Europe aiu ancieDi parapetc I... (1) 

Il eut toute sa vie des désirs de retour... vers quoi?... vers tout... 
La raison vigoureuse et bienveillante d'Edouard Cbanal eût-elle 
réussi ik où échouait la volonté maternelle? Certes, il est peu 
probable que le jeune gars, en pleine crise de puberté, eût obéi 
même à la plus grande action de sympathie au point de se laisser 
ramener à l'école. Mais il est possible qu'il fût entré dans la vie 
littéraire de façon plus normale, et quoi qu'il pût survenir, qui 
sait si cette amitié n'eût pas fait contre-poids, dans la suite, à 
plus d'une impulsion aventureuse 1 Qui sait si Rimbaud n'eût pas 
continué plus longtemps d'être un poète, que son oeuvre, pour- 

(1) ilaleM itn. 



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suivie au cours d'une ezislence moins affolée, ne serait pas, pour 
noue à présent, un plus riche et plus étonnaut trésor?... 
Et cela était-il préférable?... 

Allons ! je le disais : de nos mille mouvemeDls plus ou moins 
coordonnés nous écrivons ce qui serait notre destin ; puis une 
circonstance écrit, puis une autre, puis d'autres encore, sur la 
même page, et le brouillon tombe, indéchiffrable, dans la nuit... 

Le troisième seripteur, en l'occasion, fut l'excellent Duprez qui 
tenait compagnie à Edouard Chanal. Voyant le gamin passer et 
repasser, s'en aller pour revenir, s'arrâler parfois, timide, hésitant, 
déjà celui-ci , curieux lui-même du singulier personnage , 
esquissait le geste de l'inviter à s'asseoir auprès de lui pour 
bavarder en bons camarades, quand Duprez l'arrêta soudain... 
Très délicat, très bon, d'une impressionnabilité extrême, c'était 
lui qui avait révélé à Edouard Chanal Rimbaud poète ; mais 
il le considérait comme un esprit néfaste et redoutable : des 
lettrés comme eux deux pouvaient le lire, goûter son étrange 
talent, mais l'approcher, lui parler, c'était jouer avec le feu: 
Rimbaud « fatal «, Rimbaud « diabolique » : ta légende com- 
mençait. Pour éviter de désobliger son collègue, Edouard Chanal 
n'insista pas. 

Du reste, il ne faudrait pas croire que Rimbaud fréquentât 
uniquement des étoumeaux tels que moi, et qu'il manqu&t d'amis 
sérieux ou graves. Izambard n'étant plus là pour l'accréditer 
auprès du groupe des professeurs, il en résultait que ses rela- 
tions avec ceux-ci devenaient problématiques ; mais il avait 
rencontré parmi eux quelqu'un qui ne le considérait pas Comme 
un échappé de l'enfer. Tous les vieux Carotopolitains se sou- 
viennent de M. Tempestini, l'ironique professeur de philosophie 
â l'instilution Rossât, dont on aimait à citer la formule, suscep- 
tible de tant d'interprétations diverses, et qui pouvait même 
passer pour l'expression de la spiritualité la plus pure : « Le 
bonheur est dans la satisfaction des besoins ». Cependant, il 
D'est pas question de ce doux penseur i l'énigmatique sourire ; 
H. Tempestini, je crois, n'a pas connu Rimbaud ; je veux parler 
de son succeâseur, Léon Deverrière, qui devait bientAt quitter 
l'enseignement pour devenir secrétaire de la rédaction du Nord- 
Est. Si Léon Deverrière avait été prié par ses élèves d'expliquer 



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- 190- 

la déconcertante afSrmation de M. Tempestini, je suppose qu'il 
l'eût fait de la maDière suivante : 

— Après tout, c'est du Montaigne. L'homme a besoin de joie. 
La joie ne veut que de l'esprit et du cœur. Tendre à tout notre 
intelligence, offrir à tous noB curdialilés : voilà nos besoins. Dans 
leur satisfaction réside le bonheur; mais il faut n'avoir point peur 
de la liberté ; car si notre esprit manque de largeur, il aura peu 
de besoins, partant peu de jouissances, et nous tournerons 
pessimistes. En d'iiulres termes, nous serons sensibles préférable- 
ment, principalement, peut-être exclusivement, aux laideurs de 
la vie ; et nous n'aurons pas de bonheur, parce que nous n'aurons 
ni voulu ai pu en avoir besoin : C. Q. F. D. 

C'est pourquoi, gros garçon jovial, actif, pratique, laborieux, 
plein d'optimisme, d'indépendance et de générosité, Léon Dever- 
rière était républicain, représentait dans le Nord-Est l'élément 
radical, trouvait Rimbaud très original, très amusant, lui donnait 
du tabac pour sa pipe, lui prêtait des livres et parvenait à lui 
découvrir des partisans nouveaux. 

De ceux-ci fut Charles Bretagne, le flegme et la gravité en 
personne. 

(A suivre). Ernest Dslaha.ye. 




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CHRONIQUE 

I, — lia Dentelle de Sedan dans la Golleotion 
de H. Alfred Lescnre (1). 

Daos une Revue maguifiquement éditée, « Les Artt », nous 
empruntons à l'arlicle si documenté de M. Raymond Gox (2) ce qui 
concerae la dentelle de Sedan dans la collection de M. Lescure. 

Nous n'aboidercQS pas la question technique ni le cOté histo- 
rique de la fabricatioD de celte dentelle ; noua dirons seulement 
quelques mots des exemplaires très rares conservés dans cette 
collection. En effet, la dentelle de Sedan eât presque introuvable * 
de nos jours et, à notre connaissance, on n'en peut admirer que 
quelques échantillons à Paris et en province (3). 

Rappelons qu'il existe deux types primilifa de dentelle : la 
dentelle à l'aiguille et la dentelle au fuseau, qui apparaît déânl- 
vemeat au xvii* siècle. Pour mémoire aussi, citons la dentelle 
mécanique et la dentelle au crochet (Irlande), inventées au 
iix' siècle. 

Nous nous occupons seulement de la dentelle à l'aiguille, 
dont le point de Sedan est une manlfestatiou. 

Jusqu'au ZTiii* siècle, d'une façon générale, les dentelles sont 
plus robustes, c'est un luxe masculin. Au xviii* siècle, la den- 
telle se féminise, devient plus légère, son travail est de plus en 
plus précieux et délicat. 

Dès le XVI* siècle, il est certain que l'on a fait de la dentelle en 
France, maïs elle était une imitation des produits italiens et 
flamands. C'est seulement en 166S que s'établirent les fabriques 
royales qui devaient innover. Dès l'origine de la fabrique, il fut 
décidé qu'on désignerait ses produits bous le nom de « points 
de France ». On appelait ces points guipure, le mot dentelle 
n'entre détinitivement dans le langage qu'au xviii* siècle. 

Sedan était le siège d'une des manufactures fondées par 
Colbert (4). C'est là, sans doute, qu'on a trouvé le point qui s'est 

[t] Exposa actddlMMBl i Pirit <t qui onwn prochiiiHiBCBt la Hufe iioe ta pfDptW liir e 
«tMi vépue 1 ^"'~ 

I.Zmc 

"(3) Hotte des Arti dtonlift : Hute bUtorim» dM Hku de Lm. 
(t)Toirtatattr«diI.oiiiiXITda » Dorcabn IM« «drawd * i M. d« 



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fabriqué aussi à Âlençon ; ce point dereou plus célèbre n'est, en 
effet, qu'une disposition particulière des points qui se faisaient 
dans la ville ardennaise. 

« La dentelle à l'aiguille se fait en jetant d'abord quelques âls 
de bâtis suivant un dessin tracé sur un vélin, un parchemin. Ces 
premiers Sis servent de support pour la broderie des points qui 
constitue la dentelle à rai(fuille. Dans toute dentelle, il y a deux 
choses à considérer : le fond et ce qu'on appelle la Qeur, 
c'est-à-dire le dessin de son décor. Le fond peut être à barrettes, 
à brides, à réseaux ; la fleur varie à l'infini ; c'est l'étude de ces 
deux parties qui permet de difTérencier les types. » 

Le réseau s'appelait autrefois résmil, qui vient de rels ou filet. 
Le point de France sous Louis XIV avait inauguré les mailles 
régulières, mais grandes et ornées de picots. Bientôt celte maille 
va se raffinant jusqu'au « petit réseau », lequel ne permet plus 
l'emploi de picot» el autres gracieux accidents qui eu rompaient 
la monotonie ; une première innovation consiste dans un réseau 
k mailles hexagonales de brides bouclées, qui porte d'ailleurs le 
nom de réseau d'Alençon (1). 

« On fait des dentelles à fleurs relativement réalistes : tulipes, 
œillets, jonquilles, roses. 

a A Sedan, la fleur s'épanouit plus largement sur le fond de 
brides picotées. Dnns les grandes pièces, la matière première 
paraît souvent plus fine; le feslonnage est moins net, moins 
accentués aussi les reliefs. Modes et jours y sont d'une variété 
infinie et souvent ne se reproduisent pas de façon identique 
dans les formes qui se répètent (pi. 49, dentelle à dessin d'orne- 
ment ; pi. 70-71, barbes point de Sedan, genre Argentella, époque 
Louis XV). L'aspect du point de Sedan est comme une transition 
entre l'Alençon el le Bruxelles. » 

La dentelle de Bruxelles, en effet, était plus fine encore que 
les points d'Alençon et de Sedan, son réseau avait moins de 
relief et de fermeté, mais grâce à son caractère de souplesse et 
de légèreté, elle obtint une grande vogue ; bientôt d'ailleurs, on 
devait appliquer des fleurs en relief sur fond de réseau travaillé 
à part, ainsi que dans le point d'Angleterre, et faire de ces points 
de Bruxelles une classe entièrement différente des Alençon et 
des Sedan, 

M. Lefébure, dans son livre sur les « Broderies et Den- 



(1) Vmr le \im de H" G. Depierre. 



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- 193- 

telles » (1), nuus dit sur le point de Sedan à peu près les mêmes 
choses que M. Cox dans son article : a Une des variétés les plus 
remarquables du point de France au commencement du 
zTiii* siècle, c'est le point de Sedan... Les Qeurs en sont larges 
et traitées en travail un peu corsé et épais, s'enlevant par fermer 
d'une grande ampleur sur des fonds presque toujours garnis de 
la grande maille picotée du point de France. Au lieu d'être 
festonnées tout k l'alentour, ces grandes ûeurs portent des 
accentuations espacées et bien choisies, marquées par des 
parties à feston placées comme des retouches en vi^'ueur qui 
sont d'un effet Irès artistique. Les plus beaux rochels d'évêque, 
dans les derniers portraits de Hyacinthe Rigauld et de Largillière, 
sont en point de Sedan. Mais ce ^enre de dentelle lumba vite 
dans les formes prétentieuees du style rocaille, si fort k la mode 
sous la Bégence, et l'on ne peut admirer sans discernement tout 
ce qui s'est produit à partir de cette époque. » 

La Révolution fui fatale à ces fabriques de point de France et 
maintenant nous ne pouvons plus admirer ces merveilles légères 
et durables que dans les vitrines de quelques-uns de nos 
Musées ou dans la vision d'art unique et passagère d'une expo- 
sition parisienne. 

Marthe Collinet-Guërin. 

n. — L'Arboretum de Bouillon. 

L'Administration forestière belge a créé & Bouillon, dans un 
des plus beaux sites de l'admirable vallée de la Semois, derrière 
le ch&teau, au-dessus de la route de Uorbion, un champ d'expé- 
riences foreiitières de 25 hectares, comprenant un arboretum 
botanique et un arboretum géographique. 

A cdté de la pépinière, qui sert fc l'enseignemeul pratique des 
élèves de l'école de sylviculture annexée à l'école régimentaire 
de Bouillon, l'arboretum botanique groupe,, dans une cinquan- 
taine de compartiments, les essences étrangères dont l'acclima- 
taliou peut être tentée avec des chances de succès. 

On remarque successivement les principales espèces et variétés 
des genres Abies, Picéa, Pinus. Laiix, Tsuga, Pseudo-Tsuga, 
Chamfficyparis, Libocedrus, Juniperus, Quercus, Acer, Fraxinus, 
Juglans, Prunus, Alnua. Betula, Ailantus, Liriodendron, etc. 

L'arboretum géographique est calqué, en plus petit, sur 

(1) ablioUièvie de rSnuipedianl dM B4Mn-Arb. 



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-194- 

l'arboretum de Tervueren établi, sous la direcliOD de H. Bommer, 
Conserrateur au Jardin botanique, dans le beau domaine dont le 
roi a fait don à l'Etat. 

Il oOVe la représentation des principaux types de fordis de la 
zone tempérée. 

Les essences étrangères sont cultivées dans des conditions 
qui se rapprochent autant qu'il est possible de l'état naturel, 
c'est-à-dire en maesirs d'une certaine étendue. Elles sont 
groupées dans des proportions conformes à la réalité, de 
manière k oiïriT une image réduite des ditféreules Qores fores- 
tières de l'Ancien et Nouveau Continents. 

Le» arbustes et les plantes herbacées les plus caractéristiques 
de chacune des régions représentées peuvent compléter le 
tableau de leur ûore. 

L^es plantations ont été commencées au mois d'avril 1906; 
elles ont été intercalées dans uu taillis de quelques années ser- 
vant d'abri et de remplissage. 

Le but que l'on s'est proposé en créant l'arboretum e»l à la 
rois scientiSque et pratique. 

Au point de vue pratique, l'arboretum réalise en grand des 
expériences d'un haut intérêt pour l'acclimatation des essences 
exotiques. 

Les travaux de reboisement ont pris, depuis quelques années, 
une grande extension en Belgique. Les essences indigènes, très 
peu nombreuses, donnent, dans certains cas, des résultats insuf- 
fisants, et l'on est forcé de mettre à contribution la flore fores- 
tière des régions tempérées. Elle peut nous fournir, en effet, un 
grand nombre d'espèces dont les unes sont utilisables pour les 
boisements destinés à l'exploitation, tandis que les autres cons- 
tituent des ressources nombreuses et variées pour l'ornementa- 
tion des parcs et des promenades publiques. 

Au point de vue scientiSque, l'arboretum offrira, à ceux qui 
s'occupent de sylviculture et de botanique, une coUeolion 
d'essences forestières, formée d'exemplaires nombreux et norma- 
lement développés. 

Le groupement géographique qui a été adopté constituera, 
dans quelques années, une représentation très saisissante de la 
distribution des principaux éléments de la végétation des 
contrées tempérées. 

L'arboretum de Bouillon contribuera, avec celui de Tervueren, 
à démontrer l'intérêt et l'utilité de l'étude des arbres encore 
beaucoup négligée, malgré les efforts considérables et féconds 
doDt-M Tulgarisation a été l'objet dans notre pays. Il contribuera 



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- 195 — 

à fournir en6ii la base malérielle qui fait géDéralemaot défaut 
pour l'ensei^nemenL de )a disLribulion géographique des plantes 
et dout l'absence force le plus souvent à sacrifier enlièremeot 
cette branche imporlaole de la biologie. 

Les plaotalions sont réparties en deux sections, l'Ancien et le 
Nouveau Continenl. 

La section du Nouveau Continenl se subdivise en deux sous- 
sections : 

!'> Le bassin de l'Océan Pacifique ; 

2" Le bassin de l'Océan Atlantique et de l'Océan Glacial. 

Les groupes s'y succèdent géographiquement du nord verts le 
sud et dans l'Ancieu Continent de l'ouest vers l'est. 

En créant ce champ d'expériences, l'administration des Eaux 
et Forêts a fait de Bouillon un centre important d'enF^eignement 
forestier. 



COMPOSITION DE QUELQUES GROUPES 
Chaîne côtiôre de l'Ocôan Pacifique. 

Stat de ItOrègou. 

43'' de latitude Nord. 
40 Chamaecyparys Lawsoniana. 5 Abies grandis. 

30 Pseudotsuga Douglasi. 5 Fraxinus Oregona. 

15 Tsuga Merleosiana. 5 AInus rubra. 

10 Picea sKchensis. 10 Acermacrophyllum. 

Bassin de l'Océan Atlantique. 
Province d'Ontario. 



52" à 45" latitude Nord. 

6 Pinus banksiana. 4 Fagus ferruginea. 

10 Pinus resinosB. 2 Oslrya carpfnifDIia-iar. 

2 Pinus slrobiis. 2 Ptulanus occidentalis. 

10 Thuya occidentalis. 2 Populus balsamifera. 

10 Tsuga canadensis. 2 Populus grandîdentata. 

4 Juniperus virginiana. 10 Quercus alba. 
10 AcersaccbarÎDum. 4 Quercus macrocarpa. 

2 Betula lenta. 4 Quercus rubra. 

2 Betula lutea. 2 Sorbus amerîcana. 

2 Betula papyracea. S Tilîa amerîcana. 

2 Carya amara. 2 Ulmus amerîcuia. 



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Asie. 

PFovine« cl« Toche-Klang. 

CUaa Oiiontala. 

31° à 28' ialitude Nord. 
5 Cryplomeria Japonica. 6 Fraiious BungeaDa. 

5 Juniperus Chinensis. 6 Gleditschîa sioeosis. 

20 l>seudoIarii Kiempferî. 8 Paulownia imperialis. 

4 Torreya grandis. 4 Pterocarya sienoplera. 

4 Acer palmatum. 10 Quercus giandulifera. 

4 Acer Irifldum. 4 Sophora Japonica. 

4 Aesculiis turbinalu. Zelkova keaki, 

G. Dblvillb, 
Sout-lnipêcUnr dti ForH» i Bouillon, 

m. — lie Ruober productif de Contreuve. 

Sail-oii qu'il existe dans leB Ardeune? ud rucher modèle? 
Notre atteDtiou a élé appelée sur lui par uu article de riutéres- 
saule i-eviie La VieHa Campagne ( I ), que nous résumons. 

Créé au priatemps de 1900,1e rucher de M. l'abbé Coquet, à 
Contreuve, ne comptait d'abord que najtl ruches vulgaires, 
installées sur uq terraio coDtigu à sou jardin. Le but de bOQ 
possesseur était surtout d'obtenir la cire absolument pure, 
réclamée par la liturgie pour les cérémonies du culte et subsi- 
diatrement de se créer des ressources eu prévision de la Sépara- 
tion des Eglises. Chaque ruche donnait alors S à 6 kilos d'un 
œittl excellent, vendu au prix moyen de t (r. 20. 

Plus tard, les vingL paniers furent remplacés par vingt ruches 
cubiques à cadre (2j, qui fournissent du miel plue beau et 
meilleur, à causu des facitilés qu'on a de l'extraire sans contami- 
nation aucuue. Le rendement fut porté à 10 kilos par ruche, se 
vendant de 1 fr. 80 à 2 francs. 

Encouragé par see résultats et l'augmentatioa des commandes, 
M. l'abbé Coquet passa de vingt ruches à cinquante en 1902, à 
soixante en 1903. La longueur du rucher fut portée à 10 mètres 
en 19ft4. 11 possède aujourd'hui 140 ruches. 

D'autre part, la même année, une section nouvelle fut créée ; 
pour que chaque groupe puisse trouver aisément ta provende 
nécessaire, le site fut choisi dans une solitude absolue, au cou- 

(1) Article de Joseph Paa dus La Vie i la Campagnt, vcri. UI, ii° 3S (15 tyril 1KIB), 
f. 215 (»ec 4 illDstnUoot) (Hachette et C", 1 fr. le nnméra). 

(S) Vojei sur w |Mre de radue, La Vie à la Campagne, vol. Il» n* V^ p. 318. 



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chaot, à 3 kilomètres environ du village. Un rucber-cfafttet à 
onze pans, de 6 mètres de haut sur 3'40 de diamètre, comprend 
130 niches. Cette station apicole, l'une des plufi belles de 
France, s'appelle l'Espérance. 

Enfin, en 1904 encore, trois groupes moins importants ont été 
disposés à Bourcq (30 rucHes), Sugny [4S ruches) et Saint-Morel 
(20 ruches). 

L'effectif total des diverses sections idleinl actuetlemeot le 
chiffre de 36S ruches. 

La récolte annuelle varie de 10 à 15 kilos par ruebe, aqtt an 
total environ 4360 kilos. 

Le rucher de Oonlreuve étend sa clientèle sur toute la France 
et exporte même à New-Tork pour 400 kilos par an. L'instal- 
lation a coulé 30000 francs en chiffres ronds. Le!< dépenses 
annuelles varient de 1500 à 1800 francs. 

a Tels sont, conclut l'auteur de l'article, les résultats obtenus 
dans l'espace de sepl années d'une pratique attentive, aidée, il 
est vrai, d'une bonne flore et de sites appropriés, mais grftoe 
surtout à l'activité et à la persévérance de l'abbé Coquet. » 



VARIÉTÉS 



L — La Fondation du Bureau de Charité de Itonchery 
(1683). 

Le document publié ci-dessous est extrait des Archives du 
Palais de Monaco, T. 77, 2* liasse ; c'est une copie sur papier de 
2 S. Le passage le plus intéressant est celui où l'os constate 
que le pain est fait par les dames de la vUle ; l'émulation entre 
riles contribue à améliorer l'ordinaire des pauvres. 

Plaa «t la nuwUre qne le Bnroaa de Quuit* s'eat esULbtr 
Ml la vUle d* X)oa<dt«rr. 

[Fnl. 1 r*] L'arrest du SO octobre )S<>3 portant rAglemsnt par [nrOTlaioii pour 
la fubaiiUnce des ptUTrei ayant est^ publia et aOIChë, on asBembla la potiea 
le dimanclie suivant, ou j somma deux notables habitans i la pluraliM des 
▼oiz H. Leiuvé présent; lequel avec le jufe, procureur fiscal, le tciudique et 
lesd deux habitans ont fait un rolle de tous les pauvres du lieu contenant ce qu'il 
failloit de livre de pain i chascun par septmaine i l'un 8 I. i l'autre 15 1. 1 
l'antrii 18 I. suivant leur misère et la quantité d'enhins. 

Et un autte Rolle de tous les bourgeois qu'on acru pouvoir portw quelque 
somme. — Les Rollei estant faits sachant pour lors IM quantité de pain- qu'il 
MUoit distribuer par septmaine, les directeors du bumu se sont tr«niporl«i 



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-198- 

chas le* dtoomdiex aud. roUe pcnir recevoir les offre* de ceux qui en vonloient 
bien faire, lesquelles oitm ayant esté euiuite examiné i rassemblée on a accepté 
celles qu'on altrouTë raisonnables et on a lazë les autres, Lequel rolle de taxe 
• esté mis en /orme exécutoire et par la closlure d'Iceluy a esté ooimaé un 
receveur pour recevoir et distribuer tout le Tond de la cbarité lequel a un 
registre de recepte et un autre pour la deepense. — Comme il j a ud four 
bannal aud. Donchery et qu'il estoit difficile de se dispenser d'y cuire le pain 
des pauvres, au lieu du vingtitme qu'il pouvoit prendre on a composé avec lu; 
•u trentième, de trente quarlels de rromeot on luy en ■ donné on eu espèce et 
point de peste et déchargé de la taxe qu'on auroît pu luy donner. — Ce sont les 
daines [fol. 1 v*| de la charité et les lemmes des plus notables bourgeois qui 
font le pain et chascune à leur tour. Cette manière est très bonne et profitable, 
n n'en cooste oy bois ny façon au burreau et jusqu'à présent les pains ont été 
très bons et bien faits se faisant un point d'honneur de mieux réussir tes unes 
aprËB les autres. Le pain est de pur froment et avant de le faire on [n'Jostc que 
le plus gros son c'est à dire très peu de cbose, pour cela raeame on fait moudre 
un peu deli£. — Les assemblez se tiennent t«us les dimanches i la sortie des 
veapres; li on examine les besoins d'un chascun et nolamment de ceux survenus 
pauvres depuis la démise assemblée et s'ils sont recognus tels on les enrolle, 
si le besoin est trop presMnt t la sortie de rassemblée on leur donne du pain 
sinon on attend au vendredy suivant. — On cuit le pain tous les mardys de 
^•«cune septmaine, on le met dans une maison boui^eoise et dans une 
chambre qui a une feneatre sur la rue dans laquelle chambre il y a une table 
pour y coupper le pain, une balance suspendue pour le pezer et i costë les 
poids, des rayons ou planches tout autour ou est escrit i l'une portions de 
S livres, à l'autre portions de 10 I. i l'autre portions de 19 I. i l'autre portions 
de 18 I, Le Jeudy on fait les portions conformément au rolle arresté le 
dimanche d'auparavant que l'on met chascune i leur place ce qui facilite beau- 
coups la distribution et U fait faire fort viste. — Et la distribution ne s'en fait 
que le lendemain vendredy à une heure après-inidy, affln que le pain soit 
[fol. 3 r*] suffisamment rassis, par la fenestre aux pauvres qui sont dans la rue 
devant icelle à tour du Rolle et en les appelant les uns après les autres et elle 
se fait en présence de mondit 3' Leluvé juge, procureur fiscal qui en est le 
receveur et eschevina, — La première distribution a esté de sept cent livres de 
pain, la seconde de l&O I. et la dernière qui estait l'oniième et qui se Bt le 13 du 
présent mois estoit de 1000 I. ce qui donna bien de l'inquiétude au burreau, 
n'ayant pu trouver par la taxe, à cause de la pauvreté du lieu, qu'environs 
quarante septiera de froment et sept cent livres d'ai^nt et voyant que le fond 
estoit si modique, le burreau donna pouvoir aud. receveur d'achepter des 
grains et a justifié A la dernière assemblée en avoir achepté pour la somme de 
SlflS I. T s. le tout pourtant à crédit n'ayant pu jusqu'à présent trouver aucun 
moyen de les payer sans quoy led. burreau de charité ne subsisteroit plus. 
L'on ne croit pas que ce fond suffira encore estant obligé tous les jours d'en- 
roller des pauvres qui surviennent i cause qu'ils ne trouvent plus i travailler. 
Il faudra au moins à la distribution prochaine 1060 I. de pain ,' on tacbe d'en 
avoir toujours de reste pour des besoins pressants. — Le rolle des pauvres est 
a présent de cent vingt neuf famille. 

Paul COLLIMET. 



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n. — Un Règlament de Police ft Boutancourt en 1768. 

Nous, No€l Jonval, jut^e en la Juslice de Boutaitcourl étant 
demeuraut, informé des abus contraires an Bon Ordre et au 
Bien Public, qui régnent dans le lieu de BoulancouH et des 
contraventions aux ordonnances et règlemeol de police dont les 
habitants dudil lieu se rendent Journeliement coupables ; dési- 
rant en arrêter les progrès, rétablir le bon ordru et maintenir le 
bien public, à cet effet, conformément aux ordonnances et règle- 
ments généraux de police, faisons défense auxdits habitants de 
Boutancourt : 

i" De fréquenter les cabarets les dimanches et fêtes aux 
heures du service divin et aux cabaretiers de tenir leurs cabarets 
ouverts, recevoir et donner à boire et à manger à aucune per- 
sonne auxdites heures, à peine de dix livres d'amende pour la 
première fois et de cinquante livres pour la seconde fois, par 
chacun contrevenant et pour chacune contravention aux pré- 
sentes défenses; défendons encore auxdits cabaretiers sous les 
mêmes peines de tenir les cabarets ouverts, recevoir et donner à 
boire et à manger à qui que ce soit après neuf heures du soir en 
hiver et dix heures du soir en été, et de tenir chez eux des 
vagabonds, gens sans aveu et de mauvaise vie ; 

2« Ordonnons aux habitants de Boutancourt d'observer reli- 
gieusement les dimanches et fêtes, eu conséquence leur défen- 
dons de faire aucun commerce ni travailler publiquement lesdits 
jours, à peine de dix livres d'amende ; leur permettons cepen- 
dant, en cas de nécessité, de travailler lesdits jours aux mois- 
sons après avoir entendu la messe et avoir demandé ta permis- 
sion au sieur curé dudit lieu ; 

3* Faisons défense aux laboureurs, voituriers et autres, de 
vulturer des foina et grains avant soleil levé et après soleil 
couché, à peine de vingt livres d'amende ; 

4' DeffeadoQS auxdits habitants de même teuir leurs bestiaux 
aux champs et à garde séparée h peine de trois livres quinze sols 
d'amende, leur enjoignons de les mettre aux troupeaux communals ; 

3* Faisons défense aux glaneurs d'entrer dans les terres pour 
glaner, que les grains, terrage et dixme d'yoeux nayent été 
relevés à peine de dix livres d'amende pour la première fois ; 

0' Pour donner aux pauvres la facilité de glaner, faisons 



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défense aux bergers et pâtre de Taire entrer aucun bétail dans 
Lea champs, que trois jours après que la moisson sera enlevée, 
sous pareille peine de dix livres d'amende ; 

7» Pour prévenir les iDCeodies qui arrivent souvent par la 
négligence des propriétaires ou locataires des maisons de tenir 
les cheminées des maisons qu'ils habitent en bon état el nettes 
de auie, leur enjoignons de faire tenir en bon état et nettes de 
suie les cheminées de leurs maisons, k peine de cent livres 
d'amende contre ceux qui habiteront des maisons dans les che- 
minées desquelles le feu aura pris à faute d'avoir été nettoyées 
quoiqu'aucuD autre accident ne s'en fut ensuivi ; 

S" Deffendons à toutes personnes de causer aucun scandale, se 
quereller, injurier entre elles publiquement, même se battre à 
peine de 20 livres d'amende pour la première fois el du double 
en cas de récidive ; 

9° Faisons défense auxdils habitants de Boulancourl de jouer 
n'y souffrir que leurs enfants ou domestiques jouent à aucun jeu 
de hasard et tous autres jeux défendus tels que les Detz, le 
Brelan, la Blouse et autres & peine de vingt livres d'amende pour 
la première fois et du double en cas de récidive, de laquelle les 
père et mère pour leurs enfants, les maître el maîtresse pour 
leurs domestiques seront responsables ; 

1 0" Et pour que les présentes ne fussent ignorées de personne 
ordonnons quelles seront lues, publiées et affichées par notre 
sergent, en outre au jour de dimanche, 6n de la messe parois- 
siale de Boulancourt. 

Fait et arrêté ce jourd'huy 25 juin 1768. 

Signé : Jonval. 

Ce document est tel que ci-dessus aux Archives départemen- 
tales à Hézières, série B ; nous nous garderons d'y ajouter le 
moindre commentaire. 

Nous n'avons trouvé aucuoe contravention faite pour non- 
observance dudil arrêté ; seulement une plainte contre un habi- 
laal de Boulancourt : « se lert d'un chapeau de m«unûr pour all^ 
voler noctumement kt réeoitet. « 

H. BOORBON. 



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COMPTES-RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 



HélangeB et docamants pnbliéB k l'occasioD du deazidme centenaire 
de la mort de' Habllton (Archives de la France monastique, vol. V). 
— Paris, Poussielgue, 1908 ; XLVii-^72 pp. in-S". 

Le R. P. Dom Besse, de l'abbaye de Ligugè (0) après avoir pris 
rinitiative de la célébration du deuxième centenaire de Mabillon à 
SaiQt^ermain-des-PrëSj vient de donner avec d'éminents collabora- 
teurs un volume de Mélanges et documents consaci'és h notre illustre 
compatriote. 

Voici la liste des articles qui composent ce volume : 

I. Panégyrique de Mabillon prononcé en t'élise SainM^rmain- 
des-Prés le 27 décembre 1907 par le R"" P. Dom Cabrol. 

II. Bibliographie chronologique des ouvrages relatifs à MMllon (1707- 
1907), par H. Steiu. 

III. L'origine de D. Mabillon à Sainl-Pierremonl. — Sa jeunesse, ses 
études et sa profession religieuse à Reims (16:i3-1656). — Sa liaison 
avec D. Thierry Ruinarl (1682-1707), par H. Jadart. 

IV. Le premier supérietM- général de la congrégation de Saint-Maur, 
Dom Grégoire Tourisse (1575-16i8), par H. Steln. 

y. Dom Jean Mabillon. — Sa probité d'historien, par L. Delisle. 

VI. Mabillon et ta Btbltothègjie dit Roi à ta fin du XVII' siècU, par 
U. Omont. 

VII. Une expertise de Mabillon : La filiation des La Towr d'Auvergne, 
par J. Depoin. 

VIII. Mabillon et les Eludes Liturgiques, par le R" P. Dora Cabrol. 

IX. Mabillon et Papebroch, par le P. Alb. Poncelet. 

X. Un document inédit sw la querelle de Mabillon et de t'ahbé de Raneé, 
par H. Ingold. 

XI. £e • De re Diplomatica •, par L. Levillain. 

Xli. La piMieatvm d^ • Annales ordinis Sancti Beoedicti >, par 
M. Lecomte. 

XIII. Un ami de Mabillon .- Dom Claude Estiennol, par A. Vidier. 

XIV. Dom Jean Mabillon el l'Académie des Inscriptions, par A. 
de Boislisle. 

XV. Le premier ouvrage de Mabillon, par Dom J.-M. Besse. 

Le dernier numéro paru de la Revue Mabillon (4* année, n* 1, 
mai 1908), contient d'abord le compte-rendu du deuxième centenaire 
qui indique déjà plusieurs notices et chroniques des Revues et 
Journaux consacrés à Mabillon, un article de Dom U. Berliére, 
Mabillon el la Belgique ; Le vogage de Flandre (1672) ; Correspondance ; 
une lettre de M. Hyrvox de l^ndosle. L'ancienne épitaphe de Mabillon 
[auj. conservée au château de Versailles < accrochée au mur du palier 
du deuxième étage de l'attique du nord >] (avec une planche). 

Nous continuerons, soit ici, soit dans le Bulletin bibliographique, 
la revue des Etudes consacrées à Mabillon. P. C. 

(I) Aujourd'hui 1 Chevelogne, pu Lelgnon ;B«lfEi(tM). 



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Bibliographie des Eglises ardeonuses, par Henri Jadart. — D6Ie, 
Audebert, 1908 ; 30 pp. in-S" (tir. à part de la Rev. kisi. ard. à 
25 exempl. dont 6 sur papier vergé.) 

Cette très utile brochure fait suite à une brochure de M. J., 
Les édifices religieux du dèparlemenl des Ardennes (^) dont elle est un 
( résumé • et un • corollaire > ; elles s'inspirent toutes deux du 
même désir louable de tenter de sauver les vieus monuments, leurs 
objets précieux, leurs inscriptions, des menaces de vandalisme qui 
pèsent sur eux, surtout depuis quelques années. Plus de 300 ëelises 
ont reçu leur notice bibliographique, composée par l'érudit chercheur 
avec toute la compétence voulue d'après les ouvrages généraux, les 
guides, les annuaires et revues générales ou locales qu'il connaît 
mieux que personne. Nous nous associons au vœu de ti. J. qu'elle 
soit imitée dans chaque département pour stimuler l'attention conser- 
vatrice de tous les citoyens et des municipalités. P. C. 

(1) Cr. Rev. ifArd. et ifATg., Xin, p. 179. 



CORRECTIONS 



Page 20, ligne 28, au lieu de : le flot tumultueux des flots, lire : 

l'assaut tumultueux des flots. 
Page 24, ligne 9, au lieu de : ayani, lire : ayant. 
Page 22, ligne 2, au lieu de : Je t'assure que les avais, lire : Je 

rassure que je les avais. 
Page 28, ligne 1, au lieu de : Notions, lire : Notices. 
Page 31, ligne 30, au lieu de : mobiles, lire : mobiles. 
Page 31, ligne 33, au lieu de : Hterges, lire : Hierges. 
Page 64, ligne 41, au lieu de : M. Bélus, lire : M. Beluze. 
Page 109, ligne 6, au lieu de : par les épingles, lire : pour les épingles. 
Page 125, ligne 28, au lieu de : sixain, lire : huitain. 



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TABLE DES MATIÈRES 



I. ARTICLES DE FOND. 

Abjuration (L*) d'Anne de Schélandre dans l'église 
d'Autruche en 1683 (B°° Max de Finfg de Sainte 

PlBHKEMONT) t05 

A propos de Rimbaud, souTenirs familiers (Ernest 
Dblahaye) 18, 54, 88, 119, 182 

Ballay et sa seigneurie au moyen âge (Louis Boksu), 

33, 74 

Contrat (Le) de mariage de Nicolas Colbert et de 
Marie Pussort (1614-1615) et les fausses preuves 
de noblesse produites pour l'Ordre de Malte 
(1667) (Henri SIknu) 162 

Inscriptions (Les) des églises d'Aussonce et de la 
Neuville-en-Tourne-à-Fuy (Al. Baudon) 173 

Loup (Le) et les trois brebis, conte populaire en 
patois de Bièvre-en-Ardenne (Belgique) (G. Dblaw) 126 

Maréchal (Le) de camp Louis de Bigault de Signé- 
mont et l'Eiffaire de Varennes (abbé Cillant) 65 

Prpiet (Un) de réorganisation territoriale de la 
France : Ce que deviendraient les Axdennes 
(Jean Bourguignon) 1 

Recherches statistiques sur la population des 
Ardennes avant le XIX* siècle.— ^roisiàme article : 
Dénombrement de la Pi^ivince et Frontière de 
Champagne en 1764 (Paul Collinbt) 155 

Soldats et Gentilshommes Verriers (abbé Cillant). . 137 

U. CHRONKJUES. 

Arboretum (L*) de Bouillon (C. Dblvillb) 133 

Ardennais lauréats de l'Académie nationale de 

Reims 169 

Comité (Le) des sites et promenades de Bouillon 

(Paul Collinbt) 128 

Dentelle (La) de Sedan dans la Collection de 

M. Alfred Lescure (Marthe Collinbt-Gubbin) 191 

Deuxième (Le) Centenaire de Mabillon 26 

Disparition de la fonderie de cloches de Mont- 

devant-Sassey 128 

Inauguration d'un monument à Boucher de Perthes 

à Abbeville (P. C.) 128 

Nouvelle station météorologique de l'Ardenne 

belge : Mogimont-Vivy (P. Collinbt) iso 



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— 204 - 

Rucher (Xj«) productif d« GontreuT» 196 

Séjour (Un) aux ArchÏTes du Palais de Monaco 

(P. COLLIHBT) 102 

Taine, sujet du prix d'éloquence à l'Académie 
française 169 

Ilf. VARIÉTÉS. 

Chéri Pauffln Jugé par un de ses anciens condis- 
ciples (Marie Pbllht) 171 

Exécution (Une) capitale à Donchery au XV< siècle 
(P. CoLi-iNBr) 132 

Fondation (La) du Bureau de charité à Donchery 

(1693) (P. COLLINBT) 197 

Médaille (Une) inédite de Henri de La Tour 
(H. Dbschabmbs) 170 

Note sur les professeurs sed an ais du C<dlège royal 
français de Berlin, aux XVn* et XVnr siècles 
(E.Henry) «0 

Paulette (La) h Rethel en 1740 (P. Collinet) 133 

Règlement (Un) de police à Boutancourt en 1768 

(H. BOUKBON) 199 

Togeardes (Les), allumettes soufrées 61 

IV. POÉSIES. 

Berceuse au clair de lune (André Faob) 5:^ 

Légende (La) du Gué Gharlemagne (H. Sauthoy)... 101 

Premier Novembre (H. Sarthot) 25 



V. NÉCROLOGIE. 

H. Jean-Baptiste Brincourt (P. Collinbt) 59 

VI. GRAVURES. 

Deux dessins inédits de G. Dblaw pour illnstrer la 
BerMiuse au clair de lune d'André Fage 52, 53 

Deux dessins inédits de G. Dblaw pour illustrer le conte 
du Loup et des trois Brebis. 126, 127 

Une médaille inédite de Henri de La Tour (planche 
hors texte) 170 

VII. BIBUOGRAPHIE. 

Bulletin bibliographique 26 

Comptes-rendus 62, 104, 134, 201 

Le Gérant : E. LAROCHE. 
Sedan. — Imprimerie EitiLt Lab^chb, rue GambetU, 13, 



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PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ D'ÉTUDES ARDENNAISES 



SEIZIEME ANNEE 
1808-1909 




SEDAN 

IMPRIMERIE EMILE LAROCHE 



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RuÏDM du ChItMu ds UontooriMt 



POUR LES PAYSAGES 



La Société pour la Protection des Pa^sa^s 

Si le géoîe civil ou militaire s'applique à développer le& 
voies et conimuDicatious, remblais, viaducs, canaux, ponts, le 
géographe désire que la conGguratioD du sol ne soit paB 
détruite au point d'en bouleverser la constitution physique, et 
les travaux d'art ne doivent pas faire disparaître les monu- 
ments naturels qu'ils ne sauraient remplacer. 

L'ingénieur veut utiliser les forces motrices des cascades 
el l'architecte étendre le règne de la propriété b&tie ; mais 
le géologue, l'agronome, l'hygiéniste estimeat qu'il faut un 
régime d'eau régulier, que l'usine ne doit point rendre un pays 
inhabitable par suite de ses émanations délétères qui tuenl la 
végétation environnante, enfin qu'il faut çà el là des espaces 
libres au milieu des agglomérations humaines. Autant l'agri- 
culteur souhaite que ses semences germent et fructifient, autant 
le botaniste tient h ce que les végétations naturelles soient 
quelque part à l'abri des ravages el des deslritclions. Serait-ce 
au prix de parcs, de siles el de rivières réservés, le naturaliste 
réclamera toujours que la fiore et la faune soient laissées à 
elles-mêmes en quelques endroits et qu'elles échappent ainsi 
à une civilisation trop intensive- De même l'arliste s'émeut 



Rt*. D'im. R b'Am. t. m, w 



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devant les atteiutes qu'on porte à cette nature. Dans un commun 
accord, pour de communs efforts, bommes de science et hommes 
de goût, savants, peintre?' et poètes, se sont du reste lignés 
et ont constitué chez nous la Société pour la protection des 
paysages de France. 



Le mouvement avait commencé à l'étranger : en Angleterre, 
en Belgique, au Canada, aux Ëtats-Unis des sociétés de même 
genre s'étaient formées. 

En Grande-Bretagne, notamment, les revendications de l'art se 
joignaient à celles de la science : on acheta dans l'Est d'anciens 
marais aSn de les conserver avec leur flore et leur faune sans 
qu'on pût jamais les dessécher ni les combler. Un entomologiste 
compléta cette acquisition par le don d'une bande de terrain 
qu'il possédait dans le même endroit et où se rencontrent de 
très curieux lépidoptères. Les immenses parcs nationaux améri- 
cains furent créés autant pour conserver intactes leurs végéta- 
tions vierges, leurs roches moussues, leurs animaux sauvages, 
que pour sauver leurs beautés pittoresques : montagnes, plaines 
et lacs. Voilà des exemples que nous sommes loin de pouvoir 
imiter. 

Cependant, en 1902, sur les éloquentes objurgationa du 
poète Jean Lahor (le docteur Cazalis], se constitua autour 
de M. Charles Beauquier, député du Douhs, cotte Société de 
protection des paysages qui, avec des peintres comme Hugo 
d'Âlési, Guillemet, Georges Godin, ou des hommes de lettres 
comme Âugé de Lassus, André Hallays, R. de Souza, Audré 
Mellerio, J. Charles-Brun, compta des savants comme le docteur 
Jacquet, médecin des hôpitaux, Looten, conservateur du dépôt 
des phares, le professeur Manouvrier, de l'Ecole d'anthropo- 
logie, etc. ; le nombre de ces derniers tend d'ailleurs chaque 
jour à augmenter. Avec une précision de plus en plus logique, 
la Société poursuit son but de développer et de répandre la 
notion que toute beauté naturelle d'ensemble ou de détail peut 
être un objet d'utilité publique aussi nécessaire à l'honneur el 
à la richesse de la France qu'à son agrément. 

Elle a aussi pour buts particuliers : 1" la défense des paysages 
contre les enlaidissements de toutes réclames commerciales 
ou autres, de tout aMchage imposé avec un abus manifeste ; 



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— 3 — 

2* l'opposiUoD aux dégradations des sites naturels, & leur 
destruction par des travaux publics conçus ou installés, par 
des spéculations, des industries, des construclions, exécutées 
sans aucun souci de l'aspect de la région et des intérêts même 
matériels qui sont attachés à cet aspect ; 3° la connaissance 
des beautés naturelles du pays et la dénonciation à l'opinion 
publique de tout acte de vandalisme pouvant les menacer; 
4* l'introduction dans la législation et les mœurs de mesures 
de sauvegarde pour les paysages, comme des mesures de 
salubrité et d'hygiène publique. 

Suivant ce programme, l'association a engagé une lutte 
acharnée contre tous les travaux qui enlaidisseot les villes, 
tels que la disparition des jardins, parcs, forêts; elle s'est 
élevée contre les redoutables plans qui atteignent le Bois de 
Boulogne avec la démolition des fortifications, elle a protesté 
contre 1' a étranglement u du square du Temple, demandé la 
conservation du vieux port de Marseille, l'intégrité du lac 
d'Annecy et protesté contre la laideur du pont de la Boucle à 
Lyon et contre le projet de démolition des vieux ponts de 
Limf^es. Elle a fait, hélas ! des efforts désespérés en faveur du 
pont Cabessas à Cahors, naguère ai pittoresque dans la perspec- 
tive du Lot. Ces monuments, avec certaines ruines, quelques 
mégalithes et les clochers de campagne, entrent dans la caté- 
gorie de ceux qui, n'ayant souvent pas de valeur historique ou 
archéologique, importent cependant au décor du pays comme 
monuments de silhouette. 

Les voies publiques, comme le chemin de rive à Honfleur, 
les allées marines à Bayonne, ont été notamment l'objet de 
victorieuses sollicitudes : un point de vue à taire respecter, te 
tracé d'un tramway ou d'uu chemin de fer à détourner pour 
éviter de gâter un site, voilà sur quoi se sont exercées avec 
succès cent fois les démarches de la Société, conciliant toujours 
son idéal esthétique avec les exigences brutales du progrès. 

Des œuvres des hommes aux œuvres de la nature la distance 
n'est pas longue : ici les monuments sont des rochers, soit â 
Cette, floit à Ploumanach en Bretagne, soit dans les Vosges; 
leurs aspects pittoresques sont sauvés du pic destructeur, de 
la pelle ûiveleuse. Puis ce sont la fontaine de Vaucluse, les 



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sources du Loiret, celles de la Loire, celles du Lizon et la chute 
du Rhin qui ont été disputées aux captâmes de l'industrialisme 
absorbant. La Société a également démoDlré qu'il n'est pas 
impossible d'utiliser les cascades productrices de la houille 
blanche tout en respectant les paysages. D'autre part, elle a 
prouvé que les barrages qui s'élèveraient sur la Creuse détrui- 
raient sans proSt réel les beaux sites classiques de Crozant et de 
Gargilesse, la terre poétisée par Geoi^e Sand et Rollinat, et prive- 
raient de leur source d'Inspiration les artistes nombreux qui en 
vivent et forment une brillante école paysagiste française. 

Après les eaus, les arbres et les forêts sont ses principales 
préoccupations : contre les trolleys qui assassinent sur les 
routes les plantations voyères, — dans les environs de Lyon 
par exemple ; — contre l'arrachage de la forêt de Harchenoir 
qui priverait d'eau souterraine toute la contrée voisine; — 
contre le déboisement en grand de l'Est menacé par des 
Compagnies allemandes; — contre la dévastation des forSts de 
la Sainte-Baume, de Fontainebleau, du bois de Vincennes, etc. ; 
— pour le déeeogrillagement des bois suburbains de Paris, ou des 
coins aimés du passant comme la Mare aux Canes, elle a mené 
de vigoureuses campagnes. Ajoutons aussi ses efforts en vue 
de faire sauvegarder les oliviers dont on priverait la Provence, 
comme les plantes de montagne menacées de disparaître dans 
les Alpes. Et le récent mouvement en faveur du reboisement a 
trouvé chez elle un appui énergique. 

Hais là où son action devient décisive, c'est contre les affiches 
barbares qui, sans elle, déshonoreraient laC{tte d'Azur... 



Qui parle d'action doit en indiquer les moyens : la Société 
pour la protection des paysages en use de diverses sortes, et 
des plus ingénieux. Ce sont les enquêtes que conduit son Comité 
directeur, les démarches qu'il fait auprès des administrations, 
des autorités municipales, des particuliers, les vœux qu'il émet 
et livre k la presse ; les délégués qu'il mandate sur tous les 
points du territoire. 

Nous ne parlons pas de son Bulletin trimestriel ramassant 
tous les échos, aussi bien ceux des vaudalismes que ceux des 
victoires du bon ^ût ; signalant les arbres commémoratifs et 



), v^iWWVH^ 



historiques ; pubUaot des éludes âescriptives locales trèA détail- 
lées sur le Périgord, la Creuse, la vallée de Gargilesse, VieoDe 
en Daut)tiiDé, rOrléanaie, le Cantal, etc. ; exposant des questions 
de priDcipes esthétiques suivant l'actualité; montrant tout ce 
qui est fait en France et à l'étranger dans la voie que suit la 
Société. Son dévoué secrétaire général, M. Changeur, tient 
chaque lundi, au siège social, 26, rue de Grammont, à Paris, 
un bureau de renseignements et d'études ouvert à toute récla- 
mation, à toute demande d'aide et d'instructions. Des diplômes 
récompensent tout acte marquant de protection en faveur des 
paysages, comme tout dévouement à la cause esthétique. La' 
Société d'ailleurs réunit périodiquement ses membres et comme 
celles de botanique, de géologie ou d'entomologie, elle organise 
des excursions, elle constate ainsi sur place les dispositions 
conservatoires nécessaii-es pour empêcher la destruction des 
sites. Son iDÛuence se double d'une entente qu'elle établit avec 
les associations qui contribuent à exécuter un point quelconque 
de son programme, comme les Amis des Monuments, le Club 
Alpin, la Société des Espaces libres, la Société d'Art populaire, 
la Société de l'Art à l'Ecole, les Amis det< Arbres, l'Association, 
pour l'aménagement des montagnes, la Fédération régionaliste 
française, les Syndicats d'initiative, etc. Au Touring-Club, ses 
membres les plus actifs sont entrés pour faire partie du comité 
des sites et monuments, a&n de faire servir les goûts touristiques 
au culte des beautés naturelles. Aux Congrès des Sociétés 
savantes, des Sociétés de géographie, ses représentants font 
adopter les idées esthétiques de la Société. Une section spéciale 
des Paysages a été constituée aux Congrès de l'Arbre et de l'Eau 
& Limoges, en Juillet 1907, et à Guéret, en juillet 1908. De 
même son délégué, M. Raoul de Clermont, gr&ce & un remar- 
quable et substantiel rapport, a fait triompher les principes 
législatifs de la Société, au 27* Congrès de l'Association artis- 
tique et littéraire internationale et au Congrès de l'art public 
qui ont eu lieu à Liège en septembre 190S : prodromes d'un 
Congrès international pour la protection des Paysages qui est 
organisé pour juin 1909 (1). 



(1) Ce battèi * élé précMé DOUnusent par mt lefon de cfaoses, c'est-à-dire mv 
BiMB 1 rSiiiâNtkia baiwo-lirituinique oA li Sodétë a en nue coneeuioa duu li S 
rlasbvcttMi paWqne et obtena une niédvUe d'or, sm conpler d'iulres médiiUea 
colUiantenre, HM. Chos-Hairkvuuu, E. ds CtiaiiovT et let dilHnnb iKBitrei qi 
mcM^ det TBBi dtepqsiCM duiii, anméi « iitrvili. 



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La Société se fait enfin écouler par les pooToirs publicB. 
Gr&ce à l'aulorité personoelle de son président, H. Beauquier, 
et' de ses directeurs left plua actifs, l'Administration forestière 
est intervenue pour arrêter l'extension abusive des carrières 
dans les forêts des Vosges ; le ministre des Travaux publics a 
ordonné au service des ponts et chaussées de respecter dans 
ses travaux tes beautés naturelles et même d'en augmenter 
l'inlérél, si c'était possible; le ministre de l'Agriculture a 
donné les mêmes instructions aux ingénieurs de l'Hydraulique 
-agricole; le ministre de l'Intérieur s'est adressé à ses préfets. 
Les ciroulaires ministérielIeB, évoquées pratiquement en 
maints cas journaliers, sont complétées par les recommanda- 
tions du Directeur des Eaux et Forêts pour la conservation 
des arbres remarquables ; du préfet de l'Aveyron pour que les 
travaux communaux ne défigurent plus les sites; enfin, par 
l'arrêté exemplaire du maire de VilIefranche-sur-Her prescri- 
vant les affiches barbares dans l'étendue de sa commune. 



Malgré tous les résultats qu'elle pouvait obtenir avec circu- 
laires et arrêtés, la Société pour la protection des paysages 
n'avait point encore assez d'appui pour remplir sa t&che. Elle 
a préparé une loi qu'elle vient enfin de faire voter par le Parle- 
ment. C'est & son président M. Beauquier que revient l'honneur 
d'avoir déposé le premier projet que son collègue à la Chambre — 
et au Comité directeur de la Société — M. Duhuisson, a corroboré 
d'une proposition similaire. Après avoir passé par une longue 
filière parlementaire, cette loi a été promulguée le 21 avril 1906. 

Au Sénat, dans des débats décisifs, M. Maurice Faure, 
rapporteur de la commission, en un excellent discours, a fait 
ressortir l'utilité et les avantages d'ordre matériel et moral 
qu'elle offre : elle a, en effet, « pour objet précis d'o^anlser 
la protection des sites et monuments naturels de caractère 
artistique, c'est-à-dire des paysages et aspects du sol, intéres- 
sants au point de vue esthétique, qui, groupés ou isolés, sont 
dus à l'action de la nature et non pas exclusivement à la main 
de l'homme ». 11 faut, à l'exemple de plusieurs Parlements 
étrangers, protéger a les sites pittoresques et les moDuments 
naturels qui donnent à certaines régions un caractère imprea- 



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sioQoant de réelle beauté », parce que ces eîtea et ces idodu- 
ments naturels coustituent le patrimoioe de la natiOD, tout 
aussi bieu que les traditions, les productions intellectuelles , 
les institutioDS et les lois. En agissant ainsi on fera une œuvre 
éminemineul patriotique, car r le patriotisme n'est pas unique- 
ment une entité morale, uhe conception abstraite, une expres- 
sion géographique ou historique. Il est la représentation en 
quelque sorte matérielle et visible du pays même, avec ses 
caractères physiques particuliers et ses éléments divers, avec 
ses montagnes, ses forêls, ses plaines, ses ûeuves, ses rivages, 
avec les aspects multiples et variée du sol, tels qu'ils ont été 
formés et transmis par la lenle succession des siècles ». Dès 
lors, modiâer les horizons auxquels nous sommes accoutumés, 
et qui nous sont chère ; altérer les paysages qui nous sont 
familiers, et que dous aimons d'autant plus que plus profonds 
el plus lointains sont les souvenirs qui se rattachent à eux, 
c'est briser ou tout au moins afTaiblir l'un des lîeus qui nous 
unissaient au sol natal. 

En vertu de la loi qui, pour ces motifs, a été édictée, 11 sera 
institué, dans chaque département, une Commission des sites 
et monuments naturels composée : du préfet, président, de 
l'ingénieur en chef des ponts et chaussées et l'agent voyer en 
chef, du chef du service des eaux et forêts, de deux conseillers 
généraux élus par leurs collègues et de cinq membres choisis 
par le Conseil général parmi les notabilités des arts, des sciences 
el de la littérature. Cette commission aura un caractère perma- 
nent. Elle sera convoquée toutes les fois que son action sera 
jugée nécessaire par le préfet, qui. comme représentant du 
pouvoir central et intermédiaire administratif du département et 
des communes, devra la saisir des demandes de classement qui 
lui seront transmises, soit par le ministère des Beaux-Arts, soit 
par les élus des cantons, soit par les maires, soit par les comités 
ou syndicats locaux, soit par voie de pétition individuelle. 

Cette commission, c'est son but déterminé, dressera une liste 
des propriétés foncières dont la conservation peut avoir, au 
point de vue artistique ou pittoresque, un intérât général. Les 
propriétaires des immeubles désignés par la commission seront 
invités à prendre l'engagement à ne détruire ui modifier l'état 
des lieux ou leur aspect, sauf autorisation spéciale de la com- 



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— 8 — 

mission et approbatioD du ministre de l'Instructiou publique 
el dea Beaux-Arts. Si cet engagement est donné, la propriété 
sera classée par arrêté minialériel ; mais s'il 'est refusé, la 
commission notifiera le refus au département el aux communes 
intéressés, el le déclassement aura lieu dans les mêmes formes 
el sous les mêmes conditions que le classement. Mais, eu vertu 
de la loi de 1841, tes propriétés désiffiiéeE comme susneptibles 
de classement pourront être expropriées, Qaturellemeot avec 
indemnité. Après l'établissement de la servitude, toute modifica- 
tion des lieux, sans autorisation, est punie d'une amende de 100 
à 3,000 francs, mais il peut être fait application de la loi Béranger. 
La poursuite sera exercée sur la plainte de la commission. 

Telle est l'économie de la loi Beauquier qui est applicable à 
l'Algérie comme à la mère patrie. 

La loi Beauquier, que noue n'avons pas à discuter ici, est 
avant tout une loi de principes : elle pose celui — tout nouveau 
— de la restriction des droits privés de la propriété, en vertu 
des droits supérieurs el imprescriptibles de la nature. A son 
insuffisance, en quelque sorte voulue, la Société pour la pro- 
tection des paysages travaille & obvier en la complétant par 
d'autres projets sur les abus : de l'afBchage. dont le projet a 
été déposé par M. Beauquier le 26 janvier 1908, — des occupa- 
tions temporaires pour les extractions de matériaux sur les sites 
classés et dans leur périmètre (déposé le 10 juillet 1908), — ou un 
projet tendant à créer autour des villes des réserves nationales 
boisées en vue de l'bygièoe et de la conservation de la beauté 
des paysages (6 juillet 1908), — projets qu'elle a discutés à sod 
Comité directeur et dans son Bulletin. 

A cbaque proposilion de loi louchant l'industrie, l'agriculture, 
les travaux publics, les forêts, son attention en éveil et pré- 
voyante offre des dispositions particulières, comme celle que 
déjà M. Beauquier a fait adopter à la Chambre à propos des 
dislributions d'énergie et des usines hydrauliques. Il faut consti- 
tuer tout un arsenal législatif comme corollaire et à l'appui de 
la loi principale. 

Mais c'est surtout les applications directes de celle-ci que la 
Société poursuit désormais ; elle porte ses efforts et dirige toute 
son action vers ce but, d'ailleurs complexe. Déjà tous les Conseils 
généraux de France, en juillet 1907, avaient cooatitué des 



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_9- 

Commisaioiis de classemefil, et sur les li8tei< de propositions 
faites au Ministère doul la procédure est eu cours, cinq arrêtés 
ont été pris classant l'Ile de Bréhat (COtes-du-Nord), le Camp de 
César (Meurthe-et-Moselle), le Camp celtique de Bierre (Orne), 
les Gorges-du-Diabie (Haute-Savoie) el le Roc-ao-Cliien{Orce), 
celui-ci à la demande des propriétaires eui-mémee : il en sera 
incessamment ainsi du parc dit de Walteau à NoyenL-Bur- 
Marne (Seine), démontrant par l'exemple que la loi Beauquier 
peut être une sauvegarde de la propriété privée, une garantie 
pour sa conservation intégrale. La fontaine de Vauclu&e et les 
rochers des Baux vont être également classés aux premiers jours. 

Il n'y a cependant pas à se faire illusion ; ce ne sont que des 
excès et des abus que limiteront lois et société. Elles ne pré- 
tendent empêcher ni les locomotives de traverser l'espace, ni 
l'électricité de fonctionner, ni les usines d'employer les forces 
hydrauliques. Mais, correspondant au sentiment tout moderne 
des beautés el des ressources naturelles, â l'éducation qui se 
forme du goût public, lois el société pour la protection des 
paysages sont à ta fois conservatrices et progressistes, libérales 
el collectivistes, en face de l'industrialisme envahissant. 

Elles ont ainsi le rare avantage de concilier dans leurs justes 
visées les artistes et les savante, l'esthétique et la science, — 
la nature et le progrès. 

Louis OË NussAC, 
Sons-bibUoUifciire « Mujani, 
SMrébdn de U BocUté pour li Prateeiiaii dn PtyiigM. 




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La, Protection des Fajrsages dans les Ârdennes 



Hainteaaot qa'avec l'article ci-dessus, la cause géaérale des 
Paysages est eDteodue, il y a lieu d'sjouler ce qui iuléreese 
particulièremeDl les Ardeuoes, pour doDuer une portée locale 
aux coasidéralions précédeates. 

Depuis déjà longtemps notre revue s'est occupée de sites à 
protéger, et dans ua cas très caractéristique qu'il importe de 
rappeler : c'est celui des rochers des Quatre-Fils-Aymou, objel 
d'exploitation abusive de carrières. Notre organe St campagne 
pour protester contre la ruine d'une telle curiosité naturelle 
et l'arracher au trafic des vandales (1). 

La Société d'Etudes ardennaises et un Comité des sites, fondé 
en 189S, lequel nomma une Commission spéciale des Quatre- 
Fils-Âymon, se liguèrent en la circonstance ; l'afiaire du reste 
eut du retentissement. hors de la région. 

La Société jpouT| la] protection des Paysages s'en émut; elle 
avait à Sedan un délégué, H. André Page, qui fit un rapport 
sur la question (2), à l'appui de ses démarches. 

Mais le [plus grand mal était fait : aussi n'y a-t-il lieu que de 

(1) Revue d'Ardettnetet d'Argonne, T (1891-96), pp. 11»^0 ; VI (189S-99), 
pp. S6-59elp. 139, 

(S) BMetm 4t U SoeiéU pour l# PnUetion àet Payt^et, 1903, pp, «S-«t. 



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- tl - 

fifDsIer Ici le discours de H. Lucien Hubert, député de Vouzien, 
en faveur de ces malheureux rochers, dans la discussion de la 
loi Beaaquier. 

L'affaire dsi Quatre-Pils-Aymon occupa encore le Comité 
des Sites et Monuments pittoresques, émané du Touring-Club 
eu 1905; son yice-président, U. Cardot, a envoyé, en 1906, au 
Comité central k Paris, un rapport détaillé sur la question, 
sans plus de résultat. Les Ponts et Chaussées laissent achever 
la destruction des rochers au mépris de toutes les promesses 
faites de limiter l'exploitation des carrières. Le Comité des 
Sites avait essayé de traiter avec le Conseil municipal de la 
commune intéressée ; or, au bas de la montagne, il y a quelques 
estaminets qui vivent des ouvriers carriers. Ils sont électeurs, 
donc il n'y a rien à faire. 

Cette déplorable histoire a montré les initiatives locales qui 
se sont exercées dans la voie de la protection des paysages. 
Le Comité des Sites a Les Ardennee pittoresques u avait créé 
nOD seulement la Commission spéciale des Quatre-Pils-Âymon 
qui aurait réussi dans sa t&che si elle avait eu en main la loi 
Beauquier et \n future loi sur .les occupations temporaires, — 
mais encore un Syndicat d'initiative des Ârdennes qui a tenté 
maintes bonnes mesures, mais a dû démissionner, en expliquant 
son impuissance (1). 

Jusqu'à ces derniers temps, en fait d'organisation locale agis- 
sante, on ne peut citer que le <« Givet pittoresque », syndicat 
d'initiative très actif, dont l'influence pour les sites et les 
paysages est très heureuse, grâce à ses guides, à ses confé- 
rences, à ses encouragements au reboisement, etc. (2). 

Il ne faudrait pas oublier le râle des journaux régionaux, en 
particulier les efforts de la Dépêche des Ardennes et de son 
rédacteur en chef, M. U. Domelier, qui a plaidé maintes fois 
la cause des monuments soit aaturels, soit historiques. 

Enfin il a été institué une CommissioD départementale des 

1 bit pmltre dus h Petit ArdtKnaU, d' dn U lottl 

tenntt, n* du S5 aoAt 1907. 
(8) Le It jaillel denber li SodéU du > Givel PitlorasqiM > iniBannit le Iwtaia de 
phistnce Gi«tt-To»Ti4te, deitind i (un le serrice entre Laifour el mnJsort. Le soir de 
«tie jonrnde, dins un dîner oflért lui intitdi. le pr«aideat de h Soeléié, H. le ccriaael Donan, 
disait, «nire ntres choses, qu'il éliit ■ innt loat d'une imfortiuce opilale de consicrer 
loalM DOS fortes au relwisemenl gai enbellil', asuinll >t enncbil, i li couo^iiion de nos 
tiles adi^rables, de nos monumenls et de nos mints, qnl sont h source de nolM ricbem «t 
itbaimài *»mBÊUféamon t. {La Dépitke en ArétnnM.v' «a UifiMni».) 



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— 12 — 

Sites et UoDuments naturels pour l'applicalioD de la loi du 
21 avril 1906. Cette a CommiseioD de protection des sites et 
moDuments naturels de caractère artistique », nommée par 
arrêté préfectoral du 18 juillet 1906, est ainsi composée : 

Préiiàent : le Préfet des Ardeonea ; — Membres : l'In^nieur 
en chef des Ponts et Chaussées ; l'Â^ot-Voyer en chef, & 
Mézières; le Conservateur des' Eaux el Forêts, à Charleville.; 
HU. Barbeaux, conseiller général, à Uonthois ; \y Doizy, 
conseiller général, à Flize ; Albert Gérard, sénateur ; Georges 
Gomeau, directeur du Petit drdenttoù, à Charleville; Depambour, 
à Sedan ; Plootz, négociant, k Grandpré. 

Comme la Société pour la protection de» Paysages sollicite 




de ses délégués et de ses membres des propositions de classe- 
ment de sites el monuments naturels afin d'aider les Commis- 
sions départemeotales dans leur t&che éventuelle, nous nous 
permettrons d'établir la liste suivante, liste d'ailleurs fort 
incomplète, car nous sommes loin de connaître tous les coins 
de notre département |1). 



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Valide de la Meuse. 

io Le» vieux remparts et le eh4teau de Sedan, plus inléressants 
comme siLe que comme moaumeals hisloriques, ah!més par une 
exploitation abusive, irratioDiielle. mal conduite, de carrièree, 
aur le versant Nord, du cOté du bois de la Garenne. 

2a Le Mont-Olympe, en face de Charleville, que la ville a eu 
roccasion inespérée d'acheter à bon compte, occasion dont 
elle n'a pas eu l'idée de proBler. Ce site, par son caractère 
géologique, sa beauté, ses souvenirs historiques, mérite d'être 
conservé. La ville aurait pu en faire un parc naturel qui aurait 
été une précieuse réserve d'air pour une population industrielle 
dont le chiffre s'accroH rapidement. 

3" La Roeke d^ Argent, près de Nouzon. 

4* Les Roeket de Joigny. 



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Villara-iup-l^HoDt. 



5° La Boche dite PErmitage ou Cheminée de Bogny. 

6" La Roeke des Sept-Villages, entre Bogny et Monthermé. 

7° Les QuaUx-Fils-Aymon. — Les quatre pics de quariziles ne 
tarderont pas à disparaître, au train dont se poursuit le travail 
des carriers : le premier a pour ain^i dire disparu, le second est 
fort abîmé, le troisième est entamé. 

8> L'Enveloppe, à Monthermé, et de nombreux sites environ- 
Dants : la Boche à Sept-Reures, la Longue-Roehe, le Chestia- Bossu, 
le Pay, le Liry. — A Monthermé, le site est déjà Tort enlaidi par 



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- 14- 

ane ezploiUtioQ très aDCienae el très intempesliTe d'ardoisières. 
La falaise semi-circalaire, appelée tEmetoppe et baigaée par la 
Meuoe, est abtmée et bouleversée. 

9* La Rocket de Laifoar et leur towree ferrugineute. 

10* let Dames de Meute. — Elles sont à leur tour entamées 
depuis quelques années. Ce beau massif rocheux mérite un 
meilleur sort et il serait temps de songer à leur sauvegarde. 

11* Tout le ctrfiM de Revin, formé par la boucle de la Meuse. 
avec les roches qui le dominent : la Roche de Minteke et le 
Malgré-Tout, la Roeke-à-Faux, les Eeumontt, le Terne de Decma- 
Rtrm, etc. 

12» Le Baut-Fort-Leehat, entre Revin et Fumay. 

13° Le eirgve de Fumay, avec le Dveertmont, la promenade du 
Bât!/, la ekapelle Saint-Roch, etc. 

U* Le Chestùm, après Fumay. 

1b* La Roche à Fépin et le ratin de Fétrogne. 

H' Les mines du château ^Bierget. 

17* Les Roches de Chooi. 

18* Les rochers et U fort de Charlemont, le site de Givet dans 
son ensemble, la grotte de Niehet. 

19° Dans les bois de Hargnies, le Chestia, le Pas Bayard, etc. 

VsJlée de la SenuôB. 

Tout ce qui n'a pas été dégradé par l'industrie devrait être 
jalousement protégé dans cette vallée d'une âpre beauté et 
dans les vallons latéraux, depuis la frontière belge jusqu'au 
confluent à Laval-Dieu (1). Nous nous contenterons de signaler 
les sites les plus connus : 

1° Le cirque des Bautes-Rimères, avec ses rochers domi- 
nants : Roche-Margot, Côte (tEnfer, Roehe-aux-Boulets, Roche 4e 
la Pileuse, etc. 

2" Let ruisseaux de Saint-Jean, avec ses affluents : museaux 



(1) U iûàSié povr la protêetion du sitK de Bdfiqaa t'oosaft ictiTe . . . 

la BMDOit bel|e ; diiu aon rapport annoeJ de ISOT, die appeltit l'atlaotlao dee ponvoin 
poUin tnr le Tilha de PetU-Paj* et le débdev pont de Cluiij. menieét pu lei tncfa de 
MaKnn ndiMOi. 

Dut le ntae ordre dldJes. mnitwaDoai te rapport de M. Chirlei UnNn n CoMrts 
mllOD de 1905 : Vi premier pare Haliotui en Wallonie ^dan* Wallonia, Urne XIII, 

œ. Ùl-lSt). L'nlenr j propose de déctarer pire nitioflal li nSH de rAmWTe, de 
irtinrîTe k lïoù'j^nili, qai devnll «nutitoer • aae riiAeue aationale, déiomiia iataMriUe *. 
U Semois ■ le nêine genre de beautés qoe rAmblère, et elle n'est ns abaaiaafieaMat 
aUnfe eonum ettie dernitre l'eai a^pfe d AfwaiUe, k » jenction <*ec I Oqrtfae. 

D,;„l,z..!!,,>^.00'^le 



_ 15 - 

de la Papeterie, des Corbeaux, de FOurs, avec la Roche du Saut- 
Thibaut et la Creue-Boehe. 

3° Les mines et les crêtes de Linehamps. 

i" Les Roches de Bobersart et en face la Roche du Faucon. 

5° Les roches de Nohan ou Dames de Semois. 

6° La gorge de Nantanru et les Roches des Fées. 

7" Le ravin de Devant-Navx ou racin de la Gire, 

8" Le ravin et le moulin de Nabruay, la Crowc-Bozin. 

9° Les Roches de Moray. 

1 Qo Le défilé de Naveaur. 

M" Les Roches dtHaulmé, les Roches Ckoplet séparées par les 
ravins de Narïva et de Nanfei^ulte. 

12° Le Saumont. 

13" Le cirque de ToumatMiux. 

14* Les rapides de Pkades et la Roche-aux-Corpias, bien que 
coupée et en partie abîmée par la roule. 

tS" Le Roc Latour. 

Autr«s AiCLuentB de là Meuso. 

Outre les paysans de la Semois, nombreux sont les sites à 
sauvegarder dans les vallées ou ravins secondaires qui abou- 
tissent & la Meuse. 

Sur la rive droite, nous pouvons citer les ruisseaux de la 
Gtmttelle, de la Grande-Commune, de la Petite-Commune, des 
Manises, du Ridou, de la Bouille et de la Huile; sur la rive 
gauche, la vallée de la Sermonne (spécialement entre Laval- 
Morency et Murtin-Bof^ny) et de plusieurs de ses affluents, tels 
que la Saultry et la BichoUe, les ravins de Mairus et de la PiU, 
le ruisseau du Pont-des- Aulnes, la vallée de Misère, la vallée de 
la Dlvve. 

Signalons encore les sites des bautes vallées de la Vrigne, de 
la Givonne, du RuUe, de la Magne, du Pouru, du ruisseau de 
MatUm (avec le Fond-de-Saulx). 

En dehors de )a région ardennaise proprement dite, beaucoup 
de paysages au charme plus doux méritent également l'attention 
dans les zones jurassiques et infracrétacées : certains coins de la 
Ba/r el de son àtflueot le ruisseau de Bamm, du ruisseau d'fJon 



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- 16- 

(sites d'Elan et de Balaivet, ekapetU Samt-Roger), de la Vêtue, qui 
voDt à la Meuse, — des vallées de YÀire et de la Vaux qui vont à 
l'Aisne (la Vaux est admirable entre Signy-l'Abbaye et Wasiguy; 
à Signy-l'Abbaye et dans ses slentours, la source du (Hbergeon, 
la Fosse-ati- Mortier, les gouffres de Dommery) ; — des vallées de 
la Malaequiie, de la Serre, de VAube, du 7*^» et du Gland, qui 
▼ont à l'Oise. 




Ifoulin ds Saint-Piarre-mf-Venis». 

A cette aomeDclatare déjà longue, il faut ajouter des sitea 
d'une beauté caractéristique, que parfois de» ruines, évocatrices 
du passé, revêtenl d'une grAce mélancolique; Montcomtt, 
Sitigny-la-Fortt, en Ardeooe ; WiUiers, au Nord de Garignan ; 
la Ckartreute du Mont-Dieu, les abbayes de Bonnefontaine, de 
Belval-Bois-deg-Dames, le site et l'ermitage de Saint-Walfroy ; les 
ancieus ch&teaux de La Cassine, de Day, de Rardoncelle; la Butte 
de Stonne et le Moni-Damion, le site d'Omont, la ligne des Critee, 
et combien de recoins ignorés d'Argonne et d'Ardenne I 



Ainsi qu'on l'a vu plus baut par l'exemple fameux des Quatre- 
Fils-Aymon, puis par ceux de Monlhermé et des Dames de 
Meuse, c'est principalement par les carrières que sont menacés 
les paysages ardennais.Nous citerons encore l'exploitation des 



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— 17 — 

Tersaols du plaleau de Bertaucoupt (calcaire ai^leux) qui en- 
laidit affreusenieol l'arrivée en ^are des deux villes de Idézières 
el (le Charleville ; à Nouzon, plusieurs carrières du plus vilain 
effet; à Vireux-Uolhain, les carrières du Monl-Vireux qui »nt 
IrausTormé l'aiicieu Bajardinonl en une énorme el horrible 
taupinière et AéCiguré le site exquis du confluent de la Dluve 
eL du Viroiu. Ici el là se fail sentir le besoin d'une bonne loi 
sur les occupations temporaires, Torlifiant celle du 21 avril 1906. 
D'autre pari, les affiches-iéclaoïes ne semblent pas avoir pris 



Sisquetout. 

d'excessives proportions ; il n'y a guère lieu d'en signaler l'abus 
qu'en quelques endroits, à Revin, par exemple. 

Enfin le redoutable péril du déboisement n'a pas jusqu'à 
maiuteuaut exercé trop de ravages dans notre département, 
qui reste l'un des plus boisés de France. Mais il y faut prendre 
garde : les Compagnies allemandes qui mettent les forêts 
françaises en coupe réglée sont toujours à l'afrûl des achats 
possibles de bois privés ou communaux, el il nous revient que 
la menace se serait tout récemment réalisée par une vente de 
ce genre sur le territoire de Vrigne-aux-Bois. 

C'est un début déplorable et tristemenl symptomalique. Tout 
a été dit sur le danger de la déforeslalion et la nécessité du 
reboisement. Les forêts sont un des plus précieux dons de la 
nature : agents d'assainemeut, régulateurs de climats, elles 



D,;,,l,zP.!b,>^.0 



yogle 



— 18 - 

soDt la richesse et la parure d'uo pays. Conservons-les avec 
UQ soin jaloux, et entourons aussi d'un culte tout spécial les 
vieux arbres que leur âge et leur beauté recommandent à 
notre pieuse sollicitude (1). 

Charles Houin. 



BIBLIOGRAPHIE 

Nous conseillons de consulter sur la question des Sites et Paysages 
les ouvrages et articles suivants : 

F. Chos-Mathetielle : De la Protection det Monnmeatt biitoriqaei oa trlii- 
liqnti. de» Site$ et de» Faytaget (Thèse). Paris, Laroae cl Tenin ; in-R-, 1907. 

ânliefin de la Société poarUt prolectioa det Payiêget, IBOl-lBOH. Paris, 2S, rue 
de GraniiDont. 

Loois DR NussAC : La Société pour la protection de» Pauiagei 'Lt Science ao 
XX* siècle, n* du 13 septembre ISOfl) — [article qui a élé repris et mis i jour 

E.-A. Martel : La Protection des Paysages (La Nalare, tf du M février 1908). 

G. DE MoDTBiiACH : La Diftnte des beaaté» natureUes. des Sites et des Paysages 
(L* Recoe Verte. Fribourg, depuis le 30 octobre \W1). 



ft la Venee, i Boulzicourt. 



(1) La Aetrue d^Ardtnnt tl d'Arçonne \ signale qoelaues-uns de ces arbres : le grot 
ùkéne de la ■ QMue des Bel'Aulnet i et le chêne des Mouches, dans les bois da 
Dos-do-Lonp. (T. 1, p. !Ofi. et T. II. p. eî); le chine d\i . £.ei Uitatre-Fils-Agmon ., 
daos les baiE d'Omonl (T. 111, p. t55, el T. IV, p. SSj [d^tniil Hn Ige&l ; le poirier giaiH 
(fH liïu dit • La Baronne i (commune de Faissaull) (T. III, p. 66): Tes iiieuit arbres de 
SivigfUf la-FoTél (T. V p, 155). 

M. H. Jadarl a dressé la liste de Tous les vieui arbres de la contrée, dont il a eu connais- 
tance, dans IMImanacA-.lnnuaire Matot-Braint (années 1900, pp. !5î-i7e; 1901, 
pp. 1»-157 ; 1901, pp. 119-162 ; 1908, pp. Wt-40B). 



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A propos de RIMBAUD 

SOUVENIRS PAMIUERS 

(suite). 



A Charlei Houni. 



LoiD àe moi le Uésir de Taire concurreuce à l'homme spirituel 
qui prétend avoir eoleudu celle exclamation candide : i< Vous 
êtes myope ?... Je croyais que vous étiez Alsacien !... » La néces- 
Eité, néanmoins, s'impose de faire connaître, pour expliquer la 
taciturne humeur de Charles Bretagne, que ce n'élall pas un 
trixle, mais un Flamand, et un Flamand de l'Artois, ce qui 
aiKQÎfie encore pins ilatnand que les autres. 

Vous auriez difScilemenl trouvé, de Bapaume à Bruges et 
d'Anvers à Uontreuil, un Flamand aussi flamand, un homme du 
Nord aussi du nord, aussi froid, aussi imperturbable, et, dans 
toute la force du terme, rassis. 

Devant cette figure impassible, grasse et rose, dont la barbe 
noire encadrait, ou plutôt cherchait à encadrer une paire de joues 
telleioent larges qu'elles débordaient sur le cou, — ce qui le 
faisait ressembler à un portrait d'Henri VIII, — à voir cet homme 
athlétique, ventru, buvant, au café Dutberme (1 ), chope sur chope, 
et ne desserrant guère les lèvres que pour le « peuf... peuf... » 
régulier, méthodique du fumeur qui met toute son attention, 
toute sa passion à culotter une pipe d'écume, l'on n'eût certes 
pas diagnostiqué l'ardent fantaisiste, épris d'art, de poésie, même 
de surnaturel. Et Charles Bretagne était un artiste, presque un 
mystique, jugeant, comme Rimbaud, la religion chrétienne par 
trop terre-à-terre, anti-clérical pour cette raison [chose curieuse, 
qui n'est pas rare], et croyant & roccullisme, à la télépathie, à la 
magie, à des « au-delà » tant que l'on voudrait, pourvu qu'ils oe 
fussent pas érigés en dogmes, non formulés, mais à trouver, mais 
à découvrir. .. Autrement dit, volontiers eût-il avoué que le catho- 
licisme l'ennuyait parce qu'il ne comporie que trois malheureux 
petits mystères, dont deux au moina sont clairs comme le jour. 



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— 20 — 

tandis qu'à lui il en fallait des mille et des mille, bien plus téné- 
breux, plus abstrus, plus insondables. 

Au moyen Âge, il se fût révolté, avec une malice noire, contre 
cet autoritarisme gênant de l'Eglise qui entend limiter le cercle 
des étonnements humains; il eûl été aslrologue, démouologue, 
toutes les horreurs ; il eût été un bel hérétique, un joli sorcier k 
mettre sur un bûcher de bois vert, pour la longue joie des 
multitudes. 

Vivant à une fadasse époque où l'on ne peut plus, malgré la 
meilleure volonté du monde, revêtir sérieusement le moindre 
(an benito, il se conientail de blaguer « les curés » : peu à coups 
de langue, beaucoup à coups de crayon. Ses caricatures, où il a 
précédé Lavrate — avec non moins de force comique, avec plus 
de finesse et d'inattendu, ~ faisaient le bonheur des mécréants 
qui fréquentaient chez Deverrière. 

On se réunissait aussi, d'ailleurs, chez Bretagne, excellent 
violoniste ; il venait là des violoncelles, des contrebasses d'impo- 
sant calibre, également des clarinettes et des (lûtes variée». Pour 
finir, on lisait les vers ou quelques-uns des premiers poimet en 
prose de Rimbaud. 

Celui-ci pouvait rarement assister à ces médianoebes; mais 
des soirs, après dtner, il s'échappait de la maison maternelle, 
courait jusqu'à tel estaminet, connu pour quelque bière spéciale- 
ment renommée, où il était sûr de rencontrer son grave ami ; 
alors il lui remettait un poème, ou bien lui rendait un volume, 
— par exemple les Contes de son compatriote Charles Deulin, — 
appliquait soigneusement sur le « couvet » sa Oambier, puis la 
fumait en rêvant... 

— Hum?... interrogeait Bretag-ne, c'est tout ce que vous 
dites?... 

— C'est tout. 

— Matin 1... Causez donc !... 

— Je n'ai rien à dire. Causez, vous!... 

— Hum !... Vous savez bien que je ne parle pas quand je 
fume. 

— C'est comme moi. 

Une heure passait ainsi. Bretagne parfois s'en allait, vexé. Car 
une bizarrerie de ce muet, c'est qu'il aimait entendre des bavards, 
tandis que Rimbaud, de son côté, serait aisément rente deux 
jours sans articuler une parole, à moins qu'émoustillé par le 



ibX-OOgle 



- 21 — 

bavardage d'une pie-borgne dans mon genre, auquel cas il lui 
Tenait une loquacité fort amusante. 

Bretagne n'éprouvait la mortiâcatiOD plus haut mentionnée 
que quand ils étaient seulement eux deux ; mais il recevait loute 
satisfaction pour peu que vint s'asseoir k leur table un troisième 
personnage en humeur de gazouiller quand même. Dans ces 
conditions, la gaieté de Rimbaud s'allumait progreesiTement 
comme un tison sur lequel on sounie après l'avoir tiré des 
cendres, et bientôt, pur délice pour le bon fumeur, les paradoxes 
les plus effrayants, les plus scandaleux, se suivaient en feu 
d'artifice. 

Quand je devrais avoir l'air de bisser mon couplet sans qu'on 
me le demande, j'insisterai, en vue de faire mieux comprendre 
l'engouement pour le jeune lettré d'un homme aux apparences 
tellement frigides, sur sa haine non seulement de tout dogme 
philosophique, maû encore de toute autorité scientiSque, artis- 
tique, littéraire. Facultés el académies lui semblaient des forces 
également oppressives el à combattre, et de même qu'il soute- 
nait avec tranquillité — quand il se décidait à retirer uo instant 
sa pipe de sa bouche — que les médecins les plus illustres sont 
des &nes eu comparaison de certains « rebouteux » de cam- 
pagne, il prenait un intense plaisir à voir la hardie indépendance 
de l'enfant- poète jeter à bas les principes, démolir le convenu, 
piétiner le traditionnel, bafouer les réputations et les pontificats. 

Et puis, en dehors de la juvénile sincérité jointe à un art très 
savant, indépendamment de celle originalité délicate, savou- 
reuse, d'une œuvre qu'il voyait grandir, se perfectionner chaque 
jour et qui devenait singulièrement chère à son esthétique née 
sous les mêmes cieux &pres que respirèrent Watleau et Téniers 
et Rubens, il y avait, pour attacher Bretagne i^ Rimbaud, la 
bonté native de ce gros septentrional, un besoin comme paternel 
d'encourager, d'aider ce gamin... parfois agaçant... mais si génia- 
lement précoce ! Répandre dans Gharleville sa notoriété, ainsi 
que l'avaient fait Izambard et Deverrière, eu lisant ses poésies à 
qui voulait bien les entendre, lui abandonner libéralement des 
paquets de tabac à peine commencés, — bien qu'il ne fût pas 
riche : simple agent des Contributions indirectes employé comme 
contrôleur à la Sucrerie du Petit-Bois, — le présentera d'autres 
amis, lui faire prêter par eux celte revue très moderniste qu'il 
veut lire et qui n'est pas à la Bibliothèque, ou ce livre paru tout 



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rëcemmeDl, au besoin les acheter de ses propres dealers : cela 
ae surfit pas à Brelagae... 

— J'ai assez de cette ville, gémit un matin Rimbaud ; il faut 
absolument que je puisse aller à Parie ; mais, cette fois, pour de 
bon ; mais, cette fois, pour y vivre I... 

— Eh bien ! voue irez, voua y vivrez. 

— Qui m'accueillera? Quel écrivain, quel poète f 

— Je veux — et, contre ses habitudes, il devint quasi pro- 
lixe — vous procurer un introducteur daus le monde des lettres. 
Mon métier m'a mis en relation avec un sucrier du nord; j'ai 
reucontré chez lui sou cousin : le poète Verlaine, que vous aimez 
tant. Il me considère à présent comme un de ses amis, même il 
m'a donné cet encrier que vous voyez là... et dont je vous fais 
cadeau avec grand plaisir, parce qu'il vous convient mieux qu'à 
moi... 

Rimbaud, rouge comme une écrevisse, balbutiait des paroles 
de joie et de gratitude ; quand il eut comprimé son émotion, 
il dit : 

— Si je lui envoyais de mes versî 

— Faites-le tout de suite... Vous les accompagnerez d'une 
lettre au bout de laquelle vous laisserez l'espace d'une demi- 
page, pour que j'y mette aussi de mon écriture. 

Les yeux de Rimbaud étaient de l'azur le plus radieux, quand, 
dans l'après-midi du mfime jour, il m'aborda au coin de la rue 
du Moulin et du quai de la Madeleine. 

— Vite, me dit-il, chez Dutherme '.... Je l'offre une chope... 

Et il me fit voir, dans sa grosse main, une toute petite mais 
ravissante pièce de monnaie. 

— Ciel! m'écriai-je, dix sous I... Tu as donc assassiné 
quelqu'un?... 

— Pas encore... C'est Bretagne qui me les a donaés... Viens... 
Tu moules l'aDglaise ? 

Je me rengorgeai ; 

— L'anglaise, la gothique, la bâtarde... je n'y sols pas man- 
chot... et même la petite ronde... 

— Justement, je voudrais te faire copier mes vers en petite 
ronde ; ça se lit plus vite, ça ressemble davantage à l'imprimé... 

En sorte que, pour nos deux chopes, nous occupâmes à nous 
tout seuls, pendant une bonne heure et demie, la plus belle table 



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- 23 — 

du café, garnie de tout ce qu'il fallait pour écrire, H. Dutherme 
élaot un cafetier très obligcaot, très aimable et qui devinait sans 
doute que son matériel, eu ce momeut, était appelé à jouer le 
plus essentiel des râles dans un très mémorable éTènemenl 
littéraire. — Les Charlevillois (1) ont respiil tellement enclin au 
sceplicieme qu'ils sont bien capables d'insinuer que M. Dutherme 
ne songeait nullement à pareille chose. Ëb bien tant pis I... j'aime 
celte illusion, je la garde... et je demande que l'on m'enlerre 
avec elle. — Quoi qu'il en soit, je copiais ainsi Les Effarés, 
AccroupUiements, Les Douaniers, Le CceurvoU^i Les Assis. Rimbaud 
y joignit une longue lettre, en écriture serrée, où il disait son 
idéal, ses rages, ses enthousiasmes, sou enuuî, tout ce qn'il 
était; puis il soumellait ses vers au jugement de Verlaine, lui 
demandait avis et conseils. 11 passa ensuite chez Bretagne qui 
ajouta dii ligues de recommandation très énergique. Les copies 
el l'épltre, étant sur papier fort mince, ne formaient pas un trop 
gros paquet; la poste les reçut dans sa grande botle avec la 
même aisance — et la mfime indifférence — que le plus banal 
des chiffons. 

II n'y avait plus qu'à attendre. 

Mais comme il était au-dessus de ses forces d'attendre long- 
temps, Rimbaud, dès le surlendemain, sonnait à la porte de 
Charles Bretagne ~ qui demeurait avenue de Mézières, pas 
loin de la gare, à gauche eu allant vers le pont (Hein?... ils 
seraient fiers, les lecteurs de la Revue, si je me rappelais le 
numéro I... Dam I... trente-sept ans de ça, ù mon cher ami, 
trente-sept ans I...} 

Naturellement, rien n'était venu encore. 

— Patientez... il répoudra, j'en suis sûr!... dit le placide 
^tésien. 

Rimbaud écrivit à l'instant une nouvelle lettre; il y inbéra 
d'autres vers : Mes petites Amoureuses, les Premières Commtmions, 
Paris se repeuple... 

Enfin, le quatrième jour, vint la réponse, telle que l'avait 
prévue Bretagne, c'est-à-dire charmante, admirative... extasiée 
serait à peine trop dire. L'auteur des Fêtes galantes commençait 
par s'excuser de n'avoir pas répondu plus tât; la lettre et les 

(1) Ce vouble ne plilt. Qu'ils s'appellent < Carolopolilains >, s'ils prëdreat, miù... 
Marquai pas les deui noms... UdUI l'an, tanUI l'iulre... wmme ona un clupeau baut- 
it-Umae et puis m gIi^ud dmd, no ebapeiD mekw, m cLapcande palleT... 



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— 24 - 

vers, adressés à Montmartre, oe l'y avaient pas trouvé, puisque 
absent, mais venaient de lui parvenir dans le Nord où il aclievait 
une assez longue villégiature ; il rentrait à Paris, laissait entre- 
voir des pOEsibilitéa d'y faire vivre Rimbaud, avait besoin de 
quelques jours pour se concerter avec des gens, donnait les avis 
demandés : je me rappelle qu'il lui conseillait d'éviter cerlaines 
crudités de langage — dans tes Effarés el Paris se repeuple, 
notamment — aussi l'abus du néologisme et des expressions 
scientifiques telles que : ithypkalliques, hydratât lacrimat... 

— Parfaitement juste ! dit Rimbaud. En effet, c'est inutile... 
d'ailleurs, cette sorte de mots, je ne l'emploie pas dans mes 
choses récentes... 

Et, presque aussitôt, seconde lettre, celle-là catégorique. Tout 
s'était arrangé, le cher poète n'avaîl qu'à venir : le lendemain, le 
jour même!... Ce n'était plus seulement Verlaine plein d'impa- 
tieuce qui l'altendait, qui l'appelait, mais d'autres, mais un 
groupe de camarades littéraires avides de communiquer avec 
cet esprit étrange et merveilleux, prêle à l'adoration devant son 
prodigieux talent. 

J'ai raconté (1) dans quel trouble jeta Rimbaud la réalisation 
trop soudaine, presque foudroyante, de ses longs désirs. J'ai dit 
comment celte porte ouverte tout à coup sur le grand soleil de 
la gloire, surtout de la liberté, avait produit l'étourdissement 
formidable... et ce rêve chanté qui s'appelle Bateau ivre. J'ai dit 
l'espèce de peur qui le saisit ensuite. 

Qu'était ce mouvement de recul devant le sourire du destin, 
sinon l'intuition froide, claire et inexorable de la réalité que 
seul, peut-être, dans un pareil instant, pouvait avoir le génie 
de Rimbaud ; sinon la force cruelle qui permet à quelques 
hommes de se dire, aux minutes d'oi^ueil les plus éblouis- 
santes : H Connais-loi » ; sinon qu'il comprenait, lui l'appelé de 
manière si flatteuse dans le monde littéraire, qu'il n'était pas 
fait, qu'il n'était pas — quoi qu'en dit Verlaine — véritablement 
« armé » comme il faut l'être pour les subtiles, pour les atroces, 
pour les si bizarres batailles que doit soutenir un homme de 
lettres?... Parmi ceux qui donnent, molécule à molécule, leur 
sang, leurs nerfs, leur cerveau, pour qu'aux désœuvrés le temps 

(1) Rimbaud, en vente chei GeorKas Lenoir {Editions de I* Rtvue littiraire de Pari* 
et de Champagne). 



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paraisse moins long, combien n'y en a-t-il pas qui maudissent 
mille fois l'horrible lutte où ils ont voulu entrer, d'où ils ne 
peuvent plus sortir! C'est c«la, c'est tout cela — qu'ils con- 
naissenl... trop lat'd — que Rimbaud voyait d'avance. Il eu 
frémissait, écrasé, lui l'innocent et l'éternel timide. 

La fugue devait avoir lieu, bien entendu, selon le mode 
habituel, c'esl-à-dire sans qu'il sollicil&t aucune permission 
parentale, celle... préalabililé... lui semblant imprudente et 
même superQue. Quand j'arrivai à la gare, pour la poignée 
de main d'adieu, il élail U depuis touglemps, suivanl sur le 
cadran de la façade la marche des aiguilles, et il me parut tout 
ragaillardi. Le temps, il est vrai, en cette 6n si indulgente de 
septembre, se maintenait beau à ravir. C'était toujours le même 
ciel de turquoi»^ et de lait, la même brise très douce que cet 
après-midi de la veille où il m'avait lu, à l'orée du bois Portemps, 
l'étonnant chef-d'œuvre que tous les jeunes Français d'aujour- 
d'hui savent par cœur(l). Jamais départ n'eut lieu sous d'aussi 
riants auspices. Je lui redis, tout joyeux : n Tu vas entrer là-bas 
comme un boulet... Tu feras « le poil o à Hugo, à Leconte de 
Liste... u Puis je ne sais pas pourquoi, j'accablai de sinistres 
moqueries le joli square aux feuilles jaunissantes. Je déSais 
l'humanité euUère, dans celte marche au triomphe, et j'insul- 
tais tes arbres par dessus le marché... La joie rend fou : c'est 
évident. 

Rimbaud souriait, calme. Son voyage allait s'accomplir jus- 
qu'au bout de façon très confortable, car le généreux Deverrière 
venait de lui donner plus que le prix du ticket de troisième 
classe : un beau louis d'or qu'il me montrait, qu'il faisait 
miroiter au soleil. 

(A tuivre). Ernest Deiahaye. 



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Poésies inédites d'Arthur RIMBAUD <" 



FRAGMENT 

L'étoile a pleuTé Tose au caur de tes oreilles. 
L'infini roulé blanc de la nuque à tes reins, 
La mer a perlé i tes mammes vermeilles. 
Et Chomme saigné noir à ton fiane souverain. 

LES DOUANIERS 

Ceux qui disent Cré nom ! ceux qui disent Maeache, 
Soldats, marins, débris d'Empire, retraités. 
Sont nuls, tris nuls devant les soldats des Traités 
Qui tailladent Cazur frontière à grands coups ^haeke. 

Pipe aux dents, lame en main, profonds, pas embités, 
Quand l'ombre bave oui bois comme un mufle de vache. 
Ils s'en vont, emmenant leurs dogues d l'attache, 
Exercer nuitamment leurs terribles gaietés ! 

Ils signalent aux lois modernes la faunesse, 

Ils empoignent les Fausts et les Diavolos : 

(1 Pas de çà, les anciens ! Déposez les ballots ! m 

Quand sa sérénité s'approche des jeunesses, 
Le douanier se tient aux appas contrôlés. 
Enfer aux délinquants que sa paume a frôlés I 

LES SŒURS DE CHARITÉ 

Le jeune homme dont l'cBil est brillant, la peau brune. 
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu. 
Et qu'eût, le front cerclé de eutftre, sous la lime, 
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu, 

ymp^fueux, mec des douceurs virginales 
Et noires, fier de ses premiers entêtements. 
Pareil aux jeunes mers, pleurs de nuits estivales 
Qui se retournent sur des lits de diamants ; 

(1) Ces poésies inédites qu'on beureui baurd a permis de retrouver, on! été pobliëes dm 
Il Revue UlUraire de Parii et de Ckampanru, n" d'octobre 1806, pp. 3*3-315. Nou 
mnercions liTemeiit son directeur, H. J.-H. Aubert, d'avoir bien voalu nous autoriser i \t 
reproduire. — Le numéro précëdenl (septembre 1006, pp. S58-1S0), contenait un morcea 
de prose ëpitement inédit de Rimbaud, inlilulé : Lti aénrlt de Camotir. 



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— 27 — 

Le jeune homme devant (m laideurs de ce monde 
Tretsaille dans son cœur, largement irrité. 
Et plein de la blessure ilemelle et profonde 
Se prend à désirer sa sceur de charité. 

Mais à Femme, monceau ^entrailles, pitié douée. 
Tu n'es jamais la Sœur de Charité, jamais, 
Ni regard noir, ni ventre oH dort une ombre rousse. 
Ni doigts légers, ni seins splendidement formés. 

Aveugle irréveillée aux immenses prunelles, 
Tout notre embrassement n'est qu'une question : 
C'est toi qui pends à nous, porteuse de mamelles ; 
Nous te berçons, charmante et grave Passion. 

Tes haines, tes torpeurs fixes, tes défaillanees 

Et les brutalité» souffertes autrefois, 

Tu nous rends tout, à nuit pourtant sans malveillance, 

Comme un excès de sang épanché tous les mois. 

Quand la femme, portée un instant, ^épouvante. 
Amour, appel de vie et chanson d'action, 
Ktennent la Muse verte et la Justice ardente 
Le déchirer de leur auguste obsession. 

Ah.' sans cesse altéré des splendeurs et des calmes. 
Délaissé des deux somrs implacables, geignant 
Avec tendresse après la Science aux bras aimes. 
Il porte à la nature en fleur son front saignant. 

Mais la noire alekimie et les saintes études 
Répugnent au blessé, sombre sacant d'orgueil; 
Il sent marcher sur lui d'atroces solitudes. 
Alors, et toujours beau, sans dégoût du cercueil, 

Qu'il croie aux vastes fins. Rêves ou Promenades 
Immmses, 4 travers les nuits de Vérité, 
Et t'appelle en son dme et ses membres malades, 
mort mystérique, 6 sceur de charité. 

(Juin 1871.) Arthur FtiufiAUD. 



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VARIÉTÉS 

L TrouTsille nniniamatique à Revin : un florin d'or 
inédit d'Henri de la Tour. 

Tout récemmeDt, ud chasseur a trouvé aux environs de Revin, 
dans te» bois au dessus des roches qui dominent la gare el 
portent le nom de : « Hoches de Miutche u, une pièce d'or 
intéressante, tant à cause de son origine ardennajse, que par 
les particularités qu'elle présente. — C'est un flonn d'or d'Henri 
de la Tour frappé à la Monnaie de Raucourt. 

Nous ne chercherons pas, bien entendu, à expliquer par suite 
de quelles circonstances cette pièce a pu venir se perdre en 
cet endroit; toutes les suppositions sont possibles. Peut-être 
n'y a-t-il là qu'un fait de pur hasard et il serait à coup sûr 
téméraire de vouloir en tirer un enseignement quelconque. 

La pièce est dans un élat de bonne conservation, bien que 
légèrement ébréchée; elle a 22 millimètres de diamètre et pèse 
3 gr. OS. — En voici la description : 

A l'avers : H. DE LA TOUR D BVLLIONL — Buste à droite 
avec fraise, cuirasse et écharpe fLottant derrière l'épaule ; 

Au revers : SVP. PRINGEPS 3EDANI ET RA. - Écu couronné 
écarlelé au 1" de La Tour, — au 2' d'Auvergne, — au 3» de 
Turenne, — au 4* de Bouillon, et sur le tout de Boulogne. 

En comparant ce âorin à un autre que nous possédons et qui 
d'ailleurs est identique à celui que l'on trouve gravé dans 
l'ouvrage de Poëy d'Avant (pi. cxlvi, n* il), il est facile de 
voir qu'il en diffère à plusieurs points de vue. 

D'un diamètre un peu plus petit |22 millimètres au lieu de 23), 
il est par contre un peu plus épais. Le poids d'ailleurs est 
sensiblement le même, et même légèrement supérieur si l'on 
tient compte de la cassure. 

Nous n'insisterons pas sur les différences dans l'orthographe, 
la ponctuation, les abréviations des légendes. Ces différences 
ae présentent fréquemment entre les divers exemplaires d'une 
même pièce. — Mais tandis que la pièce de Poëy d'Avant porte 
à l'e^ier^ue la date de 1614, celle-ci n'est pas datée. La Monnaie 
de Raucourt a été établie par ordonnance du i février 1614. 
La frappe des Qorins d'or a commencé immédiatement, mais 



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paraiKsait s'êlre rapidement arrêtée ; car, jusqu'à présent, tous 
ceux que nous avons pu voir ou dont nous avons lu la descrip- 
tion sont à celle date. Il est au coulraire permis de penser que 
la frappe de celui-ci a été postérieure. 

L'eTfit^ie du Prince est d'un dessin (ont à fait différent; le 
bas du buste e-épare la lé(,'e[:de et occupe dans te bas de la 
pièce toute la place de l'exergue. On pourra d'ailleurs s'en 
faire une idée très exacte en se reportant au double liard 
gravé dans Poëy d'Avaul (pi. cxlvii. n" 13), dont le coin esl 
loul-à-fait analogue. 

Quant aux revers, ils sont à peu de chose près identiques 
dans les deux pièces. 

Nous ignorons si cette variété est connue ; nous n'en avons 
trouvé trace dans aucun des ouvrages dout nous disposons. — 
M. J.-B. Brincourt, notamment, qui connaissait à fond la 
numiamalique sedanaise, signale, parmi le^ types relronvés des 
monnaies frappées à Raucourt, les seuls florins de inij et ne 
mentionne pas le? floiûns sans date [I). 

Quoi qu'il en soit, ces florins, comme toutes les monnaies 
d'or des Princes de Sedan, sont rares et atteignent dans les 
ventes des prix élevés. 

H. Descharmes, 



II. Un bon Juge à Donohery {1736-1737). 
Un humoriste définirait peut-être le h bon juge u, celui qui 
viole ouvertement la loi. Peu importe la définition. Lee honn 
juges d'aujourd'hui, dont les noms sont sur toutes les lèvres, ont 
eu des ancêtres, voilà ce que prouve le document (extrait des 
Àrchitet du Palais de Monaeo,T. 77) qu'on va lire. Nous regrettons 
d'ignorer quelle fut la conduite du duc de Relhelois à qui le 
rapport ci-dessous fut communiqué : 

Prévôté de Donchery. 

ir Faire décider si il sera permis aux juges de modérer les amendes 
ou $i ils se conformeront à {"ordonnance. 

Par l'article 14 du titre 33 de l'ordonnance de 1669 il est 
delTendu aux ofSciers d'arbitrer les amandes et peines, ny de 

(I) Bulletin trimeilTiel du lUiisie de Sedan, V innée, 1SST, p. 39 et sdÎv. 



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-so- 
les prononcer moindres que ce qu'elles sont réglées par la d» 
ordonnance k peine elc Jl). 

Les amandes prononcées par le juge [forestier] de Doncher; 
depuis le 30 juin 1736 jusque au 30 juin 1737 monteut ensemble 

à la somme de 528 1. 

Si il les eut prononcée en conformité de l'ordon- 
nance, elles monteraient en la somme de 3388 

SçAVom 
Procei-verbaoi dn 30 juin 1736. AmamleelrMUtutiDD 7 1. elle démit «Ire de 130 

dulSjuIllet d" 8 160 

duSSaorn d'* 1! 9i0 

du Isepumbre d" 13 tSO 

du 5 décembre d- M S80 

duMjiavier 1731. 8 160 

du19Hvrier d* I « 

antre S SI 

autre S 115 

duSmar 10 160 

Délits comJG dans les bois de Doncbery 
dont l'amande apartient au seigneur. 

Da 3 avril d* imeDde sealemenl 121. IM 

Don d» 17 310 

DaS8 d° 3 IM 

DaSmaTd* 6 80 

DaSOimnd* SOOnedevoil estre que de 150 

1 maint de rëddire. 

antre d> 100 50 

ToUI dM amandes tmeonett 6S8 1. aurait do estre de 3388 
Pau! COLUNET. 



(1) 1 DéfeodoDS ani officiers d'arbiirer les amandes et peines, ni les prononeer nniadres 
qoe ce qu'elles sont rjgl^ea jur la présente ordonnance, on les modérer on changer après le 



Jugement, k ^eine de ripétilion contre enx, de suspension de leurs charges pour ta pi 

fois, el de nrlwtion en récidive. ». Ainsi s'eiprime TEdit portai. I r^lement général pour 

!l furets (AoOl 16691 [l^mibert, Rtcutil da ancienne Loii franpatiet. T. XVIII, 



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COMPTE-BENDU BIBLIOGRAPHIQUE 



Pays d'Argonne, par E. Deliègk, Reims, Matot-Braine ; 1907, in-8»; 

218 pp. &rav.) — Prix : 3 fraocs. 

Voici un joli volume, agréable à lire, qui donnera à ceux qui ne 
conaaissent pas l'Argonne l'envie d'aller la voir ; h ceux qui l'ont 
visitée déjà, il rappellera les sites, les monuments, la forât pleine de 
charme. L'ouvrage de M. D. dissimule sous sa facilité apparente 
une riche documentation empruntée d'ailleurs plus aux sources 
vives dftia nature, du milieu et des hommes actuels, qu'aux temps 
anciens. Le dernier chapitre ÇVW partie) : L'Histoire, réduit à trois 
morceaux sur la fuite de Louis XVI, Valmv et le massacre de Passa- 
vant est vraiment un peu court. Quelles Selles pages il y aurait eu, 
pour M. D. qui sait écrire, dans l'histoire des abbayes ! et' n'aurait-on 
pas aimé trouver sous sa plume un développement consacré au r6le 
nislorique de la • Frontière d'Argonne ■ ! Souhaitons qu'une nou- 
velle édition augmentée mette mieux en valeur le passé particulier 
de la région d'Argonne. 

Les choses du sol, des eaiix, des champs el prairies, de la forél, des 
localités, réparties en cinq parties forment de délicieux tableaux ; 
les silhouettes du tireur de • coquins ■, du verrier ou du charbon- 
nier, comme les descriptions de forêts ont été tracées d'après nature 
et par quelqu'un qui connaît bien son pays et l'observe bien. 
Combien ce Itvre-ci est supérieur à tel autre, sur la • Forêt des 
Ardennes ■, qui n'a fait que déflorer un admirable sujet. Les 
légendes, coutumes et mœurs forment aussi d'agréables pages. 

J'ai réservé pour la fin la 6° partie : Vhabilan.t, série de petites 
biographies des Argonnais illustres ou notables : Taine, Lemaire, 
Buache, Dorlodot des Essarts, etc... qui gagneraient à être révisées 
et complétées (1). P. Collinet. 

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 



Bulletin ds la Société des Nattiralistea et Archéologoes dn fford de 

la Meuse (Montmédy) : 

Sciences Natukblles : Tome XIX (1907). — Vertus des plantes e( 
doctrine des signatwes, par L. Bruneau (pp. 1-37). 

Aechéologie et Histoiee locale : Tome XIX (1907). — Les monu- 
ments de Maroille, par F. Houzelle (pp. 1-66, avec 2 planches hors 
texte). [Dans la bibliographie de son intéressant travail, l'auteur 
a omis de citer Une excursion à Marvilk, par Ch. Houin, étude parue 
en 1896 dans la Revue d'Ardenne el d'Argonne, tome III, pp. 37-47, et 
où se trouve l'épitaphe exacte de Marguerite de Dandelin, veuve de 
Jean de Hezecques, seigneur de Pouru et de Lombut, et de sa fille 
Jebanne de Hezecques ; l'auteur a commis quelques fautes de lecture 
dans la transcription de cette épitaphe, p. 9. Marguerite de Dandelin, 

(1) Celle de Taine est Aénirée par quelques erreurs. Je ne crois pas que le sljle puisse 
fiire qaalJO^ de " vif el rapide " ; sas Oriijinei n'ont pas ^l^ ^criles de iSTI à 1873. mais 
ont m bissto inachevées ; pas no mol de la Gorretpondante du grtnd pbitiHophe, ni de 
la PAÎiloaophM de l'AH, ni du £a Fonlaint} 



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dite de Bernard, était fille de Heory Beroard, capitaine, prév&t de 
Damvillers ; elle avait épousé Jean de Hezecquesj 1 aîné, seigneur de 
Lombut, gouverneur de Damvillers. Caumartin, dans son ouvrage 
sur la Recherche de la Noblesse en Champagne, ne mentionne pas 
ce nom de Dandelin. Le chàtel, forteresse et maison de Lomout 
(commune d'Euilly) fut acquis par Jean de Hezecques, dit Engrevin, 
le t novembre 1466. — Signalons encore : à la p^e 3S, la tombe de 
J.-E. DEPOEtTEBRH né à Méziéres le 30 novembre 1753, capitaine 
d'iafanterie, dècéaé à Marville le t janvier 1831 et inhumé au cime- 
tière Saint-Hilaire. A la page 48, la tombe de Nicolas Leroy, prêtre, 
ancien curé de Marville, décédé le 13 avril 1S29, à l'âge de 89 ans 
(et non le 13 avril 1S83, à l'&ge de 92 ans) : Nicolas Leroy, (ils d'un 
tanneur, naquit à Marville le 14 avril 1740, et non dans les environs 
de Carignan, comme l'ont écrit à tort l'abbé Boulliot et d'autres 
après lui : reçu licencié en théologie à Reims, Leroy fut chapelain 
desservant l'hApital de Sedan. Pendant son séjour à Sedan, il fil 
imprimer en 1186 chez Morin un poème épique en dix chants inti- 
tulé La Tobiade (m, Tobie secouru par l'ange (in-12 de 186 pages). 
Enfin à la page 50, la tombe de Louis-Antoixb db Ponsort (et non 
PoDsord), ancien capitaine, chevalier de Saint-Louis décédé le 
9 janvier 1812, à l'âge de 79 ans, originaire de Mouron ; la tombe de 
cet officier déclaré émigré le 16 avril 1793 est attenante à la chapelle 
du cimetière Saint-Hilaire]. — Vilosnes, par P. LehurauK (pp. 67-78). 

iA noter une inscription funéraire dans le mur de la maison Larzil- 
iére-Mauvais. laquelle fut le ChAteau Haut des de Pouilly : c'est la 
pierre tombale de NicoLis de Chamisso, écuyer, en son vivant 
seigneur d'Àndevanne en partie et Vilosnes-sur-Meuse, de Bellefon- 
taine et du ban de Meuse, décédé le 16 avril 1542]. 

Gommission météorologîqae da département des irdeanea. — 
Compte-rendu dea observations faites en 1906, 21< année. — 
Méziéres, imprimerie Charpentier-Richard, 1907 ; in-4° de 29 pp. 
(avec un diagramme hors texte des principales obsei'vations faites 
en 1906). 



Le Bulletin bibUognpbiqae méthodique, que aoua nous sommes 
totijoars eSorcÉs de tenir au cour&nt même des périodiquea, sen 
mis à jour dans les proob&ins numéros pour i9u7 et les innées 
antérieures. 

Bésorm&iB, su lien d'être dispersé dans ob&que f&soioule de /a 
Revue, ce Bulletin sera rémi en un seul numéro. Le Bulletin biblio- 
gnpbique de l'année 1908 paraîtra en bloc vers msi-juin 1909. 

Ce système aura F&v&nt&ge de rassembler toutes les indications 
relatives k notre région et de faoiliter les reoberobea. 

Les comptea-rendua des ouvrages continueront à être insérés 
comme par le passé. 

Le GérarU : E. L.\ROCHE. 
Sedan. — Imprimerie Emilb Lahochb, rue Gambetta, S3. 



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W§i 



LA JUSTICE A SEDAN 

DB ITS© A. IBOO 



AVANT-PROPOS 

Comme il en était jadis des bailliages et des prévôtés, le mot 
tribunal est. de nos jours, indilTércmmeTit employé aussi bien 
pour indiquer IVndroit où se vcnA la justice que l'ensemble des 
juges composant une niCmc juridiction. Pris dans un sens res- 
treint, ce mot dcvi-ait servir exclusivement pour désigner les 
juridictions d'arrondissement, la dénomination cour étant réser- 
vée aux juridictions sujiérioures, cl le palais de justice étant le 
lieu où siègent les cours et les tribunaux. 

Le tribunal de Sedan tint longtemps ses audiences à l'hôtel de 
ville, dans l'édifice construit sous Henri de la Tour, à l'angte 
des rues Saiut^M icbel et de l'Horloge, naguère encore école de 
Sainte-Chrétienne, aujourd'hui bourse du travail. Le palais de 
justice actuel fut commence en iSas, en même temps que le 
nouvel hôtel de ville et !e théâtre ; trois édifices dont l'architec- 
tare indique bien une mCmc époque, La première pierre fut posée 
le 39 juillet iSaa ; les travaux dui'èrent plus de dix ans. D'après 
le projet primitif, le palais de justice et l'hôlel de ville devaient 
être réunis dans le même coips de b&timents. Les plans furent 
plusieurs fois modifiés : au mois d'avril i83a, le deuxième étage 
n'était pas encore terminé quand lé tribunal, après les vacances 
de Pâques, fut installé dans la salle d'audience actuelle. 

L'organisation judiciaire d'un pays est intimement liée à la 
constitution même de la société et subit autant de ti'ansforma- 
tions que son existence politique a connu de phases diverses. 
Une notice sur le tribunal de Sedan, comme d'ailleurs sur tout 
autre tribunal de France, pourrait se diviser en trois périodes : 
ce qu'il était au dernier jour de la monarchie de l'ancien régime ; 
ce qu'il fut à l'époque de la révolution ; ce qu'il devint depuis. 

Avant 1789, les charges judiciaires étaient vénales et hérédi- 



RlV. D'A». Kl D'AH. T. XVI, B* i. 



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- 34 - 

taires. De 1790 à l'an VIII, les mngistmts furent nommés à 
l'élection, puis durant la mfmc périodo. mais pendant un laps 
de tempfi îissi'z court, sur drsi^tation dus sociétés popii'aircs 
ou des ccmitcs de sa'ul pitblit-, p ir drcîsii ns. soit dus i-ciu-c- 
sentarts du peuple délégius, soit des conseils de district-i. I,a 
constitution de l'un VllI posa le principe de In r.omtnation des 
juges j>ar le pouvoir exéiut^f et élaMit une orgiinisatiun qui, à 
quelques modifications près, est encore en vigueur de nos jours. 



CHAPITRE PREMIER 

Période antérieure à 1790 

Vers la fin du dix-huitième siècle, la justice royale était repré- 
sentée, dans l'ancienne principauté de Sedan, par un présidial 
comprenant les bailliages de Mouzon, de Sedan, d'Yvois-Carignan. 

La prévôté de Donchery, qui ne fut pas pans importance et 
au sujet de laquelle il est à remarquer que l'écuyer Choinet de 
Bollemont, conseiller du roi, dernier juge civil et criminel des 
villes et dépendances de Donchery et du bourg de Floing, por- 
tait le titre de bailli, dépendait du bailliage de Reims. En i663, 
Donchery, qui faisait partie du Rethélois, avait été érigé en 
duché-pairie en faveur d'Armand Ghai-ks de la Porte, mari 
d'Hortcnse Mancini (i). 

Mouzon, jusqu'en 1634, avait eu une cour souveraine; cette cour 
fut alors remplacée par un bailliage relevant du parlement de Metz. 

L'origine du présidial l'cmoittait alors à un peu plus d'un 
siècle, c'est-à-dire à l'époque contemporaine de celle où Sedan, 
cessant d'êti-e principauté indépendante, devint partie intégrante 
du royaume de France. Par. un édit de 1661 donné à Fontaine- 
bleau, le roi avait supprimé le conseil souverain de Sedan ainsi 
que l'ancien bailliage et les avait remplacés par ce présidial qui 
devait être soumis au parlement de Metz. Cette transformation 
ne se fit pas sans difiicaltés. 

Le roi avait nommé Fabert grand sénéchal (a) et, d'après le 
langage du temps, tous les emplois de la nouvelle magistrature 
sedanaise avaient été mis à sa nomination, pourvu toutefois que 

fi) Voir llitlolre ta diocèse de Ltoa. 
It} Le tfnii'liai ilnii lUns ua j-eA&oii \e cher de 
oobltiH quand elle é\ùl convoqné» pour l'arnère-biD. 



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— 35 — 

les candidats conscntisseBt à les financer. Fabert refusa le titre 
de sénéchal, protesta énerdiquemert contre l'institution de la 
vénalité des charges judiciaires, allant jusqu'à dire que si elle 
était maintenue, il payerait de .ses propi-es deniers les sommes 
d'argent qui seraient exigées des nouveaux magistrats ; le roi lui 
donna satisfaction et se désista de son d(X)it de finance. 

Le gouverneur de Sedan rut également h soutenir une lutte 
assez vive avec le parlement de Metz, qui, à difl'érentes reprises, 
lui délégua des députés. Le parlement, ii-réducliblc, ne voulait 
admettre au présidial que des catholiques, Fabertentendait main- 
tenir dnns leurs fonctions h s anciens magistrats qui n'avaient pas 
démérité et qui, comme d'ailleurs la grande majorité de la popu- 
lation sedanaise. appartenaient à la l'eligion réformée ; cette fois 
encore, Fabert obtint gain de cause (i). 

Le premier présidial de Sedan fut composé de MM. d'Ozannes, 
président et lieutenant criminel ; de Mohenvillé. procureur dn 
roi ; Le Blanc, de Chadirac, Kambour, conseillers, tous pro> 
testants, su f le dernier. 

En iliO^. des modifications étaient déjà survenues. M. de la 
Menardière était premier président et lieutenant général du 
bailliage; M. Léonard Adam, procureur du roi; MM. Gaspard 
Lalouette et Dufrène, conseillers (a). 

La compétence territoriale du présidial s'étendait sur le même 
teriitoirc que celui de l'arrondissement actuel de Sedan, à l'excep- 
tion de quelques communes qui furent rattachées à l'arrondisse- 
ment de Mézières. 

Les présidiaux correspondaient assez bien avec nos tribunaux 
de première instance. Gréés par un édit d'Henri II, ils furent 
établis dans les principaux bailliages ou sénéchaussées. Juge 
d'appel des décisions rendues par les justices seigneuriales, cette 
juridiction connaissait, en premier ressort, de toutes les afl'aires 
criminelles ainsi que des causes civiles supérieures à 35o livres; 
en dernier ressort, de celles inférieures à ce chifl're. En i774> 
leur compétence fut étendue, en dernier ressort, à deux mille, 
et. à charge d'appel, à quatre mille livres. 

Leurs décisions étaient exécutoires par provision, c'est-à-dire 
que les appels ne pouvaient en suspendre l'exécution. 

(1) Voir tlegiflre des Modi'raleiirs. 

(3) Ni>ins I1):iirant romme commlsuires chirs^s d« tlitaer tnr drc pr^Untioii de bieoar 



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Uoe ordonnance royale de 1777 avait Sxé à sept le nombre 
des magistrats devant siéger aux audiences des présidiaux. Les 
conseillers devaient être âgés de a5 ans au moins, être licenciés 
ou gradués en droit ; ils n'étaient en outre admis qu'après avoir 
subi un examen du chancelier ou du garde des sceaux. On 
retrouve dans ce mode de recrutement, à un siècle et demi de 
distance, une certaine analogie (sauf la vénalité des offices) avec 
les conditions actuelles d'admissibilité dans la magistrature, 
telles que les a établies un décret tout récent. 

Les mêmes magistrat» tsiégeaicnt, tantât comme juges du pré- 
flidial, et tantilt comme juges du bailliage ; leur nombre dans 
les bailliages variaft avec Timpoi'Umce du ressort. La plujKirt 
n'avaient qu'un bailli, un procureur du 1*01 et un gi-efiier; dans 
d'autres, par contre, le nombre des offices était très multiplié : 
on y comptait deux lieutenants, un pour le civil, l'autre pour le 
criminel ; parfois même, un lieutenant spécial de police, des 
conseillers dont le nombre était variable, un procureur du roi, 
des hommes de loi et un ou plusieurs greffiers. 

Au quinzième siècle, les baillis prêtaient serment « de faire 
bon droit et hâtif, tant au faible comme au fort et de ne recevoir 
aucun préimt des, parties en cause ». 

Le bailliage formait une juridiction ordinaire. Il connaissait 
en premier ressort de certaines causes et statuait, comme juge 
d'appel, dans les affaires soumises aux prévAts et juges inférieurs. 

Les pouvoirs des baillis étaient multiples et divers. En dehors 
de leurs fonctions judiciaires proprement dites, ils avaient cer- 
taines attributions administratives : ils fixaient notamment le prix 
desdeni*ées alimentaires ainsi que los conditions dans lesquelles 
les commerçants pouvaient et devaient vendre Icui-s marchandises. 

Le prix du pain subissait des variations assez considéra- 
bles. En 1788 et 1789, on voit que le pain mollet de 8 onces 
était taxé depuis la deniei-s jusqu'à 1 koI 9 denicrsli); la livre 
de pain blanc, de 35 deniers à 3 sots 9 deniers ; le pain bif , de 
18 doniers ii 3 sols 9 deniers. Di-fvnse était fuite, sous peine 
de certaines amendes, d'excéder la taxe. .K peine de confiscation 
et de ao livres d'amende, les boulangers étaient tenus de m.i:- 
quer leurs pains d'une indication qui devait en connaître le véri- 
table poids et d'aflicher ta taxe en un lieu apparent. 



(t) U dMkr nUI ]» doiuitaN d'un sm «1 It Utn du liKd. 



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DE PAR LE ROY. 

ET MONSIEUR LB GRAND BAILLI OU MONSIEUR 
LE UËUTENANT CSNÊRAt DE POLICE. 

SAVOIR/ 
L* Pam MaHit 4t haH Omn, à p^ /«h^ «U.*«n 
U Um it PmèUm, à fu^/ &y ,^»^'^f^ A*. 
L* tm» à* P«fa hfm U fiim, i O.'y jL^ «%*»^ 



*wMa ta «âbiM Taxe, km Im prinn port/il 

, . .. , _ n« cnjcbucfc .jrirc jownellraiint , d'uvalr [ail}oiii Inin Boua 

thfKi gnnin (k nob lorni de Piii») av«c Bilanca ^Poldi éulcvinà pour en vendre Oi diUci- 
t)URbqauKMaitllajr(Bai)naindte,dcRun|ucrioiRlrunFa9u de leur Muixie piniculMt; 
CoaHMtdncD»lMâ(ouiBoulingmmtoeiuxFoniat,roui peine de conAIcinan % devinr.; 
lintf d'Amende, de oarquei leiin Piïm d'une Marque <)ur en ulTeconnoItre k Tâiab!:; g:^;^ ; 
Jf ferani tcnia, fou la mnaapeuKtiirivwrchicundinsleun B<Hirit)ues, en m Ucd ippàrenit 
Il BrJfaucTixe, qailcra txioBit nonobllaniAt uns prfjudifei î'Apel, tui^j pubMe par mm 
ci Mbla farif St wtr^\i(f «■ Gi(% de la Folie*. Fait Si itaia pu Nota A^—^-a^j— 

tSt rn *^ ^•ùt-^.^jT^--'^ 4-eJ*^ /'^•*' ^j/S-Av— , .««.<*^ 



Fw-sîmiU d'm» dr^s aJDehss se trounot au |re(fe <ta trlbni»! dfil di Sc^m. 



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A la même époque, les viandes de boucherie étaient classée» en 
trois catégories : i° les bœuf, veau et mouton des bons endi-oits, 
dont la livre variait de 6 à 7 sols ; 3" la vache et la brebis 
(bonnes et grasses), taxées de 5 sots à 5 sols 8 deniers ; 3" les 
bas endroits qui variaient de 4 sols ^ 4 ^^^'^ ^ deniers. 

On trouve dans une ordonnance de l'époque les dispositions 
suivantes : « Défenses sont faites aux bouchers d'excéder la taxe 
sous peine de 5o livres d'amende et d'interdiction en cas de 
récidive; ils doivent, sous peine de 3o livj-cs d'amende, avoir 
leurs étaux garnis des ti-ois sortes de viande, des poids et 
balances pour débiter au prix de la taxe, mettre des écritaux 
en gros caractères, pour distinguer les sortes de viande et en 
indiquer les prix ; défenses sont également faites aux bouchers, 
à leui-s femmes ou & leurs domestiques, d'insulter ni criaillier 
après leurs acheteui's, sous peine de 5o livres d'amende la pre- 
mière fois, et de prison en cas de récidive ; sous pai-eilles peines, 
le règlement les concernant doit êti-e affiché au lieu le plus appa- 
rent de leur étau. » 

Une autre ordonnance en date du 5 février 1788, émanant de 
M. le grand bailli de Sedan, rappelait que le roi, par lettres 
patentes de juin 1700, avait coniirmé l'établissement de l'iiâpital 
de Sedan sous le titre de l'Hùtel de la Miséricoi-de; que, parmi 
les privilèges que sa Majesté lui avait concédés, existait le 
droit de faire seul le débit pendant le carême de la viande aux 
malades et infirmes qui, s'étaut soumis à l'église, auraient obtenu 
de M. le curé la permission d'en manger (r).- 

En conséquence, oi-di-e était donné à tous les maîtres bouchers 
de la ville, auxquels il restait des viandes, d'en faire la déclara- 
tion dans le jour ou le lendemain h un délégué, pour être salées 
en sa présence et lui être représentées à la fin du carême, 

« Défense à tous les maîtres bouchers, rdtisseui's, cabaretiers 
et ckarcuiliers, de vendre aucune viande de boucherie, volailles, 
gibier, porc frais ni salé, pendant le carême à. peine de confisca- 
tion au profit de l'hApital et de 10 livres d'amende pour chacune 
des contraventions et pareille peine contre les acheteurs ; défense 
à tous particuliers de faire venir du dehors de la ville, pendant 
le carême, aucune viande, à peine de confiscation et de pareille 
amende. » 



(i) Calte onloiutiDU se Itmne encore au greSs du Iribnn*! de Sedu. 



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Les habitflnta qtii avaient obtenu de M. le caré la permission 
do manfçcr de la viande devaient toujours l'envoyer chercher par 
la même personne, afin qu'il ne puisse y avoir de surprise, et afin 
d'éviter : que pour violer la loi de l'église, il ne se trouve quelqu'un 
ayant emprunté le nom d'un de reux ayant la permission, ou que l'un 
de ceux-ci, par une lâche et criminelle condescendance, ail favorisé 
quelqu'un n'ayant pas Cautorisation d'en manger. Les contreve- 
nants à cette disposition étaient punis chacun d'une amende de 
5o livres. 

Le prix des viandes de boucherie en carCme, quelles qu'en 
soient la nature et la qualité, était fixé à 7 sols la livre, c'est- 
à-dire à peu de chose près le prix ordinaire. 

En ce qui concerne les autres viandes, les personnes autorisées 
à en manger devaient payer à l'hùpital, d'après le règlement, 
une i-edevance fixée à : 

7 sols de la gelinotte ; 

3 sols de la paii-e de perdrix ou bécasses ; 

a sols 6 deniers [>ar lièvre, levraut ou lapin ; 

3 sols pour un canard ; 

9 sols de la paire de plaviers, vanaux et pigeons fuyants; 

3 sols d'un poulet dinde ; 

6 deniers par livre de sanglier ou chevreuil ; 

a sols 6 deniers pour un chapon; 

9 sols pour une poule ; 

3 sols la douzaine de grives, merles ou alouettes ; 

3 sols pour une oie et une paire de pigeons de pieds; 

9 sols 6 deniers pour un cochon de lait ; 

9 sols 6 deniers pour un cabris. 

Un lit cncoi'e dans la mâme ordonnance « les particuliers de 
la ville qui i-eviendraient de Torcy, Bazeilles ou autres lieux, 
seraient sujets à être fouillés aux portes de la ville, et au cas 
où ils se trouveraient chargés de viandes ou gibiera, ils seraient 
confisqués et punis d'une amende de 10 livres ». 

Dffense était faite îi tous les bouchers des villages de la princi 
panté de tuer ni vendra aucune viande pendant le même temps ; 
et comme l'usage des œufs n'était pas moins défendu pendant Je 
carême que celui de la viande, défense était fuite à tous ceux 
qui avaient des volailles dans la ville et it tous les cocassicrs 
et autres, de les vendre à d'autres qu'aux tîUes de charité de 
rhdpitai, à peine de confistation et de 10 livres d'amende. Les 



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— 40 — 

pei-aoïmes ayant l'autorisation den manger devaient s'adresser 
à l'hôpital. 

Les archives du présidial de Sedan, que l'on trouve au palais 
de justice, pei'mettcnt de l'econstituer, en pai-tie tout au moins, 
' et à des dates approximatives, les noms des magistrats ayant 
appartenu à cette ancienne juridiction. 

On peut citer comme lieutenants généraux : 

Vers 1667. M. Joseph nE Gl'illet de la MENAitDièHE. à qui 
succéda M. Jean Jacquesson' ; en 1703, M. Nicolas Pesart, 
qui rempla<;«it son père, M. Jean-Baptiste PaNliRT; vers 1711, 
M. David Dufresne; en 1730, M. Nicolas I.EoAUDEvn, un nom 
bien sedanais; en ij'j, M. Josepli Pillas décédait, âgé de 67 ans, 
laissant pour successeur son fils, Nicolas Pillas, qui fut le der- 
nier lieutenant général du bailliage et présidial de Sedan et 
le premier juge élu en 1790. 

MM. Pierre Midrovet en i-ai, François Tabouillot en 1773, 
Leroy en 1776, Jean-Daptiste Ninmn en 1789. furent lieutenants 
particuliers. 

En 1789, le présidial de Sedan se trouvait composé de ; 

MM, Pillas Nicolas-Joseph, conseiller du roi, lieutenant civil 
et criminel, président ; Doorth, pi-ocureur du roi ; Gérard 
Claude, procureur du roi à la maîtrise des forêts; Picn-e Pillas, 
Leroy Dorival. Millet, Brazy, Dupont, Lafo.ntaine, Robin. 
AucLAiRE, Jacquillo.v, Lemarié, Goffinet, Odelixcque, Mail- 
fait, conseillei's du roi, avocats ou hommes de loi. 

Ce sont ces mêmes hommes, réunissant à la notoriété les condi- 
tions d'éligibilité, que l'on retrouve parmi les élus de 1790 et 
parmi les magistrats que les gouvernements successifs ont, 
jusqu'en 1814, maintenus dans leurs fonctions. 

En 1774. M. Nicolas Pouais, conseiller du roi, était lieutenant 
civil et criminel, seul juge du bailliage de Mouzon ; en 1790, 
M. Alein, doyen des avocats, remplissait les mêmes fonctions, 
remplaçant M. Pourin, titulaire absent et malade depuis de 
longues années. 

En 1785, M. Jean-Baptiste Guiot était lieutenant général du 
bailliage de Cavignan (Yvois); en 1788, M. Charles-Joseph Delà- 
haut, avocat au parlement, remplissait au même lieu les fonc- 
tions de bnilli en attendant sa nomination. 

A celte époque, les institutions judiciaiics anciennes avaient 
accompli leur temps, la révolution ne fit qu'en précipiter la 



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-41 - 

chute. La ri<iinion des t'talB généraux fut, pour le tiers état 
si longtem|>s néglige, l'oLCiiHioii de miuifester en f^veui- de 
réformt'S judiciaires qu'imposait l'équité aussi bien que lu 
mai-clie du temps. 

Le cahier de la ville et thâtellcnic de Monzon offre la parti- 
cularité d'avoir été couiniun aux trois ordres. Les termes dans 
lesquels il est rédigé, et qui résumor.t tontes les l'éfnrmcs réali- 
sées dépars, le signalent tout particulicrenient pour être inté- 
gralement reproduit : 

« La vénalité des charges de judicature, le choix souvent trop 
« peu réfléchi que les seigneui's font de leurs juges, entraînent 
« l'inconvénient que les peuples ont la douleur de voir frcquem- 
« ment la décision de leurs contestations, leur honneur môme 
« et leur vie, soumises aux lumières de magistrats qu'au moins 
« leur inexpérience fait justement suspecter de pouvoir se 
« tromper. 

« Les charges de judicature intéressant essentiellement tous 
« les ordres de l'étitt, il serait Jr drsii-er que les charges ne 
u fussent plus vénales, il serait bon qu'elles ne fussent remplies 
« que par d'anciens avocats qui eussent mérité l'estime et la 
« conQur.cc publique par leurs talents. leur intégi'ité ; mais en 
c< attendant, que le gouvernement se trouve dans la possibilité 
« d'en rembourser les premières fmanees, on forme dès à pré- 
« sent le vœu qu'elles ne soient exci-cées que par des hommes 
(( cap ibles et qui, ayant acquis par un usage sufli:taiit du bari-ean 
« les lumièi'es nécessaires h remplir dignement leurs fonctions; 
<( on estime en conséquence que les juges des prévOtés, même 
« seigneuriales, ne devraient être admis à monter sur le siège 
a qu'après avoir exercé au moins pendant tiMiis ans l'honorable 
« profession d'avocat. 

« Les abus multiples qui se sont introduits successivement 
« dans la manière de procéder font aussi désii-er que l'on 
<( simplifie les formes et formules de manière à étarter tout ce 
« qui ne tend qu'à la ruine de chaque individu. 

« Qu'il soit établi dans chaque ville un conseil gratuit que 
« pouM-ont consulter surtout les pei'Sonnes de la campagne, qui, 
« peu instruites par elles-mêmes, ne sont que trop souvent 
« induites à erreur par de malheureux praticiens de village 
« qui ruinent les campagnes, hommes pernicieux qu'il faudrait 
« cor.séquemment intei-dire et empêcher d'exei-cer leurs mau- 
« valses manœuvres. 

« Qu'il serait également important d'aviser aux moyens & 



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« employer poar empêcher que les veuves, lea orphelins et les 
« mineurs soient d('])ouillés de leui'S biens faute de défenseui-s 
« et vexés en aucune manière. 

« On demande en uutt-e qu'il soit formé un nouveau code de 
« lois, tant civiles que criminelles et que les parlements soient 
« tellement distribués que les justiciables les plus éloig;nés ne 
« soient pas à plus de a4 ligues. » 

Dans un autre cahier, on lit le vœu suivant qui ne manque 
pas de saveur (i) : 

« Que les procès de peu de conséquence soient terminés au 
« bout de 4 mois, les médiocres en 8 mois, le» plus considé- 
(( râbles dans le courant d'une année, et que les frais de justice 
« soient tellement déterminés qu'ils ne soient plus sujets k 
« l'arbitraire. » 

Au moment où vont s'effondrer dans le même mouvement 
populaiiH* et sous la m€me réprobation les anciennes justices 
royales qui ne furent cependant pas sans grandeur dans la 
principauté de Sedan et les derniers vestiges des justices sei- 
gneuriales, il n'est i>as sans intérêt de rappeler les noms des 
familles nobles qui, en 1789, avaient encore, dans la région, 
quelques épaves du droit de justice qui fut si longtemps leur 
privilège et qui, soit par elles-mêmes, soit par mandataires, 
privent part aux travaux préparatoires des états généraux. 

Les assignations aux états généraux, déposées aux arcbives, 
donnent les indications suivantes (a) : 

Jean-Maurice, chevalier de Vissecq dk Latudb, seigneur 
poiii- moitié des fiifi de Maugré et de Tassigny ; 

Haute et puissante dame Mai-ie-Tliéi-èse, née comtesse de 
CcsTiNE DE WiLTz, dame d'Inor, de Molandi-y, de Sart et Luz}; 

Comtesse de Buanueville, douairière de haut et puissant sei- 
gneur Messii'c Innocent Miirie de Vassinhac u'Ihbcourt, vivant 
chevalier seigneur d'Imécourt, Inor, Amblimont et autres lieux ; 

Dame Luce Louise de Hezecques, veuve en premières noces 
de Messire Louis-Joseph, baron de Poi'illy, et en deuxièmes 
noces de Messii"c Josejih, comte de Gevigxy de Poinctk ; 
. Eugène- Albci-t- Joseph, baron de Wal, vicomte d'A>THi\'Es et 

{I ) Caliicr >li- 1» Cmiiii<rin:Mili> il.> Rmiilly. 

|âi lii'» oii^'.na'ii. tiO IiuuvvlI lu ïiiiDj du liibuDal ilo Scdim; h r^ducUiHi et roi'llio;iaj>|je 



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— 43 — 

d'OuHAR, seigneur de Po u 1 se ur-Sart-MoI lin-Tas s igny-Sapogne, 
haut voué, héréditaire de Rody ; 

Messire Christophe-Gabriel, baron de Reimont, chevalier 
seigneur de Flassigny et de Wilic Cloy ; 

Messire Jean-Claude de Failly, seigneur de Chennery et 
Laneuville, ancien officier des gendarmes de la garde ordinaire 
du roi ; 

Jean-François de Chardon de Watbonvillb, seigneur de 
Breux-Pura-Lamouilly-Messin court ; 

Elisabeth -Françoit^c de la Chevardièbe. demoiselle majeure, 
en partie de Cons-la-Granville; 

Jean-Baptistc-Magdeleine de Failly, chevalier seigneur de 
Vilmontry, Gcvaudcau, Artaise-le-Vivier, fief de !a Snrtelle ; 

Les enfants mineurs de Jean de Mecquexem, vivant seigneur 
de la Malniaison ; i 

Nicolas-François de Barchon. seigneur de Gemel et de Rumel; 

Pierre-Louis Rcedkrbr, seigneur en partie du fief de Moo- 
Ihernié ; 

Pierre- Louis-Remy, comte de Haxgest, seigneur de Neuf- 
manil ; 

Marie-François Dorival, seigneur du fief de Houleux et en 
partie du fief de Bazeilles, premier président de la Cour souve- 
raine de Bouillon ; 

Charles Madelaixe de Gentil, seigneur d'Artaîse; 

M. le comte d'ARiMOT, seigneur de NeufmRnil(i): 

Demoiselle de La Mock, seigneur de la Grandville; 

Demoiselle Liicc-Louise Casa-Major de Montclarel, veuve 
douairière de M. Ferotin de Montag.vac, seigneur haut moyen 
et bas justicier de Lnmoncclle, au nom et comme ayant la gnrde 
noble et tutelle du sieur et demoiselle ses enfants mineurs avec 
ledit défunt (terre seigneuriale de Lamoncelle). 

L'appel des doléances des communes devait être entendu. 
Dès le mois d'aoïU 1790, l'assemblée nationale constituante sup- 
primait, en principe tout au moins, les juridictions jusqu'alors 
existantes. 

Ce fut la fin des dernières justices seigneuriales. Quelques 

(1) liidiqiH> pmhalilciDriit i lort comme seigoeur de NcuCuaniJ, parce qu'il anit f^onsf 
aoe demoiMUc de Barclum. 



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— 44 — 

justices rornlpR fiirprt provisoircmcrt maintenues, et, par on 
ciii)li('niisi>ic (jiii ne manque pits de chaniio, le» i)ar'.ements 
fui-eiit mis en vacunces jusqu'à ce «pi 'il soit pourvu à leur i-cm- 
placemci.t par un nouvel ordre judiciaire. 










Fac-similé des ^(natures de la IlabJ<»^ic a: 



it à une i-éunloQ lu baillJiifo de Sedan. 



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CHAPITRE II 
1700-1791 

L'Asséroblée constituante posa les principes qui devaient 
régir la nouvelle organisation de la magistrature, tant en ce qui 
concerne le mode de i-eci-uteraent, que sa compétence ralione 
maUria et ratione loci: la première visant la nature et le quantum 
des litiges ; l'autre, la division territoriale sur laquelle s'étend 
une juridiction. 

L'Assemblt^e constituante décrt^ta Tabolition de la vénalité 
des ofliccs de judicatiut', la i-éti'ibution des juges [wr l'Etat et 
non plus pur les pai'ties en cause, le choix des magistrats fait à 
l'élection pur les justiciables ou tout au moins par quelques-uns 
d'entre eux. 

Les départements furent divisés en districts et ces demiera 
en cantons. Far cette nouvelle répartition territoriale, les diflé- 
rents organes judiciaires se trouvaient en harmonie avec l'oi^- 
nisation administrative. 

La caractéristique de l'innovation, en ce qui concerne la 
compétence ratione vialcriœ, est la distinction établie entre 
les tribunaux connaissant des causes civiles et ceux appelés à 
réprimer les différentes fautes pénales. Ces deux juridictions, 
jusqu'alors confondues, se séparent. On ne voit plus les mêmes 
magistrats siégeant, tintùt dans les tribunaux civils- et tantôt 
dans les tribunaux correctionnels. Les litiges entre particu- 
lier» sont portés, soit devant les arbitres à qui une place pré- 
pondérante est attribuée, soit, selon leur iniportame. devant 
les juges de paix ou les tribunaux du district. Les infractions 
pénales sont jugées, les plus graves par les tribunnux criminels 
siégeant aux cbef^i-liiux des tïépai'tcmcnts; celles de moindre 
impoitance, par les tribunaux de police ou cori-ectionnels insti- 
tués dans chaque car.top, et coin|>uscs de trois membres ; le eu 
les juges de [laix complétés par un ou deux «s:erseurs ou 
prud'hommes. 

Au chcf-Iieu de la circonscription judiciaire se trouvait le 
tribunal du district, connaissai.t en dernier l'cssort des sentences 
des juges de paix et des contestations irférieures à deux mille 
livres ; en premier l'essort, de celles supérieures à cette somme. 



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— 40 - 

Consacrant le principe de régalité, et, surtout dans la crainte 
de faire revivi-e l'autorité des anciens parlements, la constitution 
de i;r|t> écarta la création des tribunaux spécialement tliargés des 
appels, lissquc's étaient portés, d'un ti-ibiinal de district laissé 
nu choix des partie^, devant tin «iitre tribunal de district, et ce, 
dins un i-cssort l'iirmê p:ii' sept tribunaux. 

Une justice de paix était instituée dans char;uc canton et dans 
chaque ville ou houi-g dépassant a,ooo habitants. Le district de 
Sedan, en rjgo. comprer.ait douze juBtices de paix, réparties 
en neuf cantons : Sedim nvait trois juges de paix ; le canton de 
Mouzon en avait deux ; il y en avait un dans chacun des cantons 
suivants : Benumont, Carignan, Chémery, Doncliery, D<uzy, 
Givonne, Mai^t. — L'ensemble de ces diflcrents cantons i-epré- 
sentait une population de 53,3^0 habitants. 

Ce n'est qu'en 1804. lors de la pix>niulgation des dilTérents 
codes, que satisfaction fut donnée aux vœux exprimés concernant 
l'unification des lois et ri>glcmeuts. Jusqu'à lette époque, les 
nouveaux cantons reslèrent s^t^mis :>i:x cou'.i.mcs qui. du temps 
des bailliages, avaient régi les communes ou écarts de communes 
ayant concouru k les former : d'où continuation d'une divci-sité 
regrelluble enti-e les jugements i-endus, non seulement de canton 
à canton, mais souvent par le même juge, dans le même canton. 
Ce qui avait force de loi dans telle agglomération était lettre 
morte pour les plus prochfS voisins, parfois même se trouvait 
en contradiction avec les usages ayant cours dans les villages 
les plus rapprochés. 

Quelques-unes des anciennes coutumes, de plus en plus rares 
il est vrai par suite des lois nouvelles, ayant survécu au Code 
civil, à la demande de M. le premier président de la Cour de 
Metz, un travail sur cette matiéi'e fut commencé vers i8'ja. Bien 
qu'incomplets, les renseignements que l'on peut y puiser per- 
mettent d'indiquer les coutumes ayant régi les communes qui 
formèrent la première cii-conscription modeme de l'arrondisse- 
ment de Sedan. L'énumération peut en paraître longue et aride, 
mais il n'est toutefois pas sans intérêt de les rappeler. 

Sedan-Ville était régi par les coutumes de l'ancienne princi- 
pauté qui avaient été vérifiées et codifiées le 33 janvier 1669. Son 
territoire était divisé en deux sei:tions judiciaires, le canton 
oriental et le canton occidental. La délimitation de chacun d'eux 



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— 47 — 

fut faite le 14 janvier 1791 par le conseil général de Is commune 
et se trouve l'eliitôo <Iuiis une dt'iibér.itton ainsi rêdigôe : 

H La {lait'.K tic lu ville h l'<;rici;t d'iirc ligrc tinV do l'angle rcn- 
ti-iiLt de l'ancierr-o jiîacc à In v<;liiillc pur le milieu de la grande 
p!iifi'. de la [t'i-xc i!ii (iolJège l't de In i-i»; nH.itiir.t an bastion de 
Buui-bon avec le pttit ]>oi t ; le elum'n dr Balaii ; le JMoiiHn à 
vent ; le Fond de Gîvoi ne ; la Garei i^e, et géi.ériih mci.t, tout ce 
qui est en dcboi's des murs, forme uo cnnton. La partie de la 
Tille à l'occident de cette même ligne, compris le cbâteau, les 
faubourgs du Hivage et de la Cassine forment l'autre canton, n 

Cette division semble bien éti'e celle existant encore et compre- 
nant les cantons noixi et sud de Sedan. 

Le canton de Sedan rural, dont Torey était le chef-lieu, était 
formé des communes de Balan, Bazeilles, Noyei-s, Thelonne, qui, 
ayant comparu à la vérification des coutumes de Sedan, étaient 
régies par elles. 

La Tour à Glaires, qui a fait partie de la principauté de 
CItftteau-Regnault-sur-Meuse, fut iiicoi-porée et réunie à la cou- 
ronne en 1679. Cette principauté, battant monnaie, ayant us k 
part, n'a comparu à la rédaction primitive ni nouvelle d'au- 
eones coutumes de France. Depuis que Louis XIV en avait fait 
l'acquisition, des praticiens y avaient adopté, par routine, les 
coutumes usitées dans le voisinage. 

Torey, Glaires, Villette, Iges, ayant été justiciables de la pré- 
vôté de Donchery, étaient régis par la coutume de Vormandois. 

Le canton de Mouzon comptait 7,i5o habitants répartis en 
la communes, 

Mouzon, Amblimont, Autrecourt, Moiry, Ponrron, Villers- 
devant-Mouzon, étaient soumis à la coutume de Paris. 

Villemontry à la coutume de Vitry. 

Angecoort k la coutume de Sedan. 

Lombut, Remilly, Aillicourt, Tétaigne, Vaux, k 'a coutume 
de Vermandois. 

Euilly dépendait, d'année à autre, des bailliages de Carignan 
et de Mouzon, et était régi par la coutume de Laon, chef-lieu de 
Vermandois. 

Vaux, d'après le traité do Metz en ijSo, était également justi- 
ciable, alternativement, des bailliages de Mouzon et de Carignan. 



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Le canton de Beanmont comprenait neuf communes et 3,990 
habitants. 

Bcaumont. les maisons du Mont-Dieu et de Bairon. Stonnc, 
dépendaient de la loutuini; de Vermandois, Ct-pend.int, si Beau- 
mont, i-iclie en souvcnii-s Idstot-iques, a comparu k la rédaction 
des coutumes de Vermnndoîs, ce fut sous la i-^^serve de s'en tenir 
k la charte célèbre qui lui fut donnée, vers ii8a, par Guillaume 
de Champagne, archeviique de Reims. 

Létannc était de la coutume de Paris. 

Cesse et Yonq, de la coutume de Reims. 

Le canton de Carignan, qui compte aujourd'hui aj communes, 
n'avait, en l'QO, que 4-*'48 iiabitants répartis en i3 communes, 

Cariffnnn, RIagny. Ciiarbcaux, les Deux-Villes, Linay, I.om- 
but, Malton-Glémency. Mogucs, Osnes. Puilly, Saîlly, Le Trem- 
blois. Pure. Toutes ces communes, jadis du bailliage d'Yvois, 
ancienne prévôté du Luxembourg, conquise et retenue par la 
France, faisaient partie du cluihé de Luxembourg et étaient 
soumises à la coutume du Luxembourg français ou de Thion- 
ville. 

Le canton de Chémery comprenait 9 communes et 3, 801 habi- 
tants. 

Chémery, Connage, VJUei's-devant-Rauconrt, Artaise-Ie-Vivier, 
étaient souiiiis à la coutume de Vei-mandois. 

Bulson. Haraucourt, Uaucourt, avaient comparu à la rédaction 
des coutumes de Sedan. 

Maisoncelle, La Neuville-à-Maire, étaient de la coutume de 
Verdun. 

Le canton de Donchcry était foimé par la réunion de treize 
communes. 

Donchcry, Frénois, Lcdancourt, Montimont, Saint-.A.ignan, 
Villersvsiir-Bar, Cheveuges, Chéhtry, Bo.s.séval et Briancourt, 
autrefois de la prévôté de Donihery et, partant, de la coutume de 
Vermondois, 

Vrigr.e-aiix-Bois. Ter. d recourt, Maraucourt, jadis de la prin- 
cipauté de CLâteau-Rcgnault, étaient de la coutume de Reims. 



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Le canton de Donzy comptait nenf communes et 3,^34 habi- 
tants. 

Donzy, Friincheval, Pouru'Saint-Remy, Lamécourt et Lamon- 
celle, avaient adhéi-é à la vérification des coutumes de Sedan. 

Eiicombres, Le Chesnoy, Pouru-aux-Bois, ayant appartena an 
bailliage d'Yvois, étaient en conséquence régis par la coutume 
da Luxembourg français. ■— Escombres, cependant, avait justice 
seigneuriale à part et n'était soumise (}ue pour appels au baill* 
de Carignan (Y vois). 

Brévilly avait adopté la coutume de Paris. 

Messincourt, bien qu'ayant appartenu aux princes de Sedan, 
avait une justice à i>art, un chflteau considéré comme dépen- 
dant de la foitercsse d'Yvois. Cette commune n'a pas comparu 
à la vérification des coutumes de Sedan ; si Henri-Robert de 
Le Murck en était le seigneur, ce n'était pas en qualité de prince 
de Sedan. Vers 1814. un habitant de Messincourt étant décédé 
alors qu'un de ses fils était absent pour le service militaire, le 
ju^ de paix de Carignan voulut apposer les scellés; la veuve 
s'y opposa, arguant qu'elle s'était mariée 35 ans auparavant 
au même lieu, sans contrat de mariage, et que la coutume du 
Luxembourg lui accordait la propriété des meubles et l'usufruit 
des immeubles. L'affaire fi.t portée en référé devant M. le Pré- 
sident Pillas, qui dit n'y avoir lieu à apposition des scellés, 
Messincourt ayant, en effet, été régi jadis par la couttune dn 
Luxembourg. 

Le canton de Givonne ne comprenait que sept communes, avec 
une population de l^,ooo habitants. 

Givonne, La Chapelle, Daigny, lUy, Villers^emay, ont com- 
paru et adhéré à la vérification des coutumes de Sedan. 

Floing figure au grand coutumier comme ayant pris part à la 
vérification des coutumes de Vermandois. Cette commune avait 
justice à part, mouvante du duché de Rethel-Mazarin, et était 
administrée par le bailli et procureur fiscal de Donchery. 

Saint-Menges fut jadis le chef'lieu d'une principauté possédée 
conjointement par le roi, comme prince de Sedan, et par le prince 
de Condé, comme prince de Cbarleville. Cette commune avait 
une cour souveraine qui, d'api'ès un concordat remontant au 
17 février 15^3, a dû dresser un formulaire et on état des ordon- 



D,;,,l,zP.h,>^.0 



_>ogle 



nanccs et coutumes de Saint>Menges. Cependant, il n'apparaK 
pas que ce coacordat ait jamais été exécuté, car le coutumier 
^néral ne fait aucune mention des coutumes de Saint-Mcn^s. 
La coutume de Paris y a été introduite à une époque que l'on ne 
peut déterminer exactement. 

Le canton de Mar^pit, comptant 3,4o4 habitants, comprenait 
doiuc communes : 

Mar^t, Aallance, Bièvres. La Ferté, Fromy, Herbeuval, 
Malandry. Margny, Moiry, Sapogne, Signy-Montlibert et Vfil- 
liers. — Ces communes, ayant toutes été justiciables du bailliage 
d'Yvois, étaient réffies par la coutume du Luxembourg français. 



Le dimanche 34 octobre 1790, l'Assemblée appelée à élire les 
premiers juges du tiibunal du district se réunit dans la grande 
salle du gouvernement de la ville de Sedan. Le corps électoral 
était composé des électeurs de la ville ainsi que des délégués des 
cantons, que les citoyens actifs des diOérentes communes choi- 
sissaient entre eux. 

Pour être élu juge, il fallait être citoyen actif, c'est-à-dire 
payer un certain chiffre d'impdts, être âgé de 3o ans au moins 
et avoir été antérieurement, pendant cinq ans, juge ou homme 
de loi. 

Les magistrats appelés à former le tribunal du district devaient 
être au nombre de huit, soit cinq juges titulaires et trois juges 
suppléants. Il n'y avait pas de président, le juge premier élu en 
remplissait les fonctions. 

A Sedan, 65 électeurs prirent part à l'élection qui ne dura pas 
moins de ti-ois jours. Malgré les conditions d'éligibilité, les can- 
didats étaient nombreux; trois toui's de scrutin furent nécessaires 
pour certains sièges. Un candidat, pour être proclamé, devait 
avoir obtenu la pluralité absolue des suOrages. Au troisième 
tour de scnitin, les voix ne pouvaient se porter que sur les deux 
candidats tes plus favorisés du tour précédent. Avant de déposer 
leurs bulletins de vote, les électeurs prêtaient un serment dont la 
formule écrite était déposée auprès de l'urne. 

Une seule protestation, déclarée d'ailleurs mal fondée, s'éleva 
conti-e les opérations du scrutin. Un sienr Simonot, scrutateur 



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et ëlectenr de Carignan, écrivit an président la lettre sdivante, 
qui mérite d'£tre reprodoite : 

Momimr le Président, 

Habitué depuis deux jours à respirer le parfum des fleurs oratoires, 
que ne dois-je pas craindre, moi qui n>n ai point à vous offrir, tout 
ce que je puis faire, à l'imitation des candidats qui en ont semé hier 
à pleines mains autour de votre fauteuil, est de vous promettre de 
n'être pas long. 

L'affectation que j'aoais remarquée dans certaines personnes d 
venir investir votre fauteuil au moment de l'ouverture des scrutins 
et la position d'une d'entre elles assise sur un des bras m'engagea 
à représenter à ^Assemblée que cette manœuvre réunissait Findé- 
cence aux apparences d'une intention de violer le secret des électeurs, 
ijuoique ma motion n'ait pas été accueillie, je ne la ùrois pas moins 
fondée. 

il me reste aujourd'hui à vous exposer les petites infractions que 
ton zoui a fait faire à la loi et les atteintes que Ton «oui a fait porter 
A la liberté des électeurs. 

J'ai l'honneur de vous dire. Monsieur le Président, que ce n'était 
pas à vous qu'il appartenait de dépouiller les scrutins, mais bien aux 
serufaieurs; l'étymologie du mot déciderait la question quand bien 
mime la loi n'aurait pas prononcée. 

Les ordres que Ton cous a fait donner à la garde placée à texte' 
rieur de la porte pour ne laisser sortir aucun électeur, est un attentat 
à leur liberté et un; extension à votre autorité qui est incontestable- 
ment limitée par les parois intérieures de la salle; cet ordre prouve 
qu'un parti y domine et que pour mieux subjuguer les suffrages, U 
avait eu recours à ses enfants. Certes, le moyen était sûr. Quel est 
l'électeur qui, pour recouvrer plus tôt sa liberté, n'aurait pas voté 
suivant des ordres dictés par la force et [injustice? Surtout pendant 
le cours d'une séance de six heures où les besoins de la nature mus 
prescrivent impérieusement la docilité. 

les cartes en blanc, présentées par plttsieurs électeurs à la senti, 
nelle pour essayer de s'échapper sont des preuves certaines de ce que 
j'avance. 

L'oubli de ta décence et des lois, la transformation (fune salle 
d'Msetnblée électorale en une salle inquisitoriale, ne me permettent 
pat i'y mettre les pieds. Vous pouvez faire procéder à FélecUon «Tttn 



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scrutateur puisqu'on réduit ses lonctions à celles de compter tes voix, 
le choix n'en doit pas être difficile, pour moi, je ne puis me rajeunir 
assez pour m'amuser à passer plusieurs jours les yeux fixés sur un 
alphabet et travailler avec cet insfrummt à la découserte du mérite. 
Je suis avec respect, Monsieur le Président..., 

(Si^é) SiMONOT. 

Furent élus : 

I" Juge : M. Nicolas -Joseph Pillas, lieutenant général du 
bailliage et présidial de Sedan, qui, dès le premier tour de 
scrutin, recueillit 40 suffrages. 

a* Juge : M. Antoine-Félix Auclaire, avocat au bailliage de 
Sedan, qai obtint au deuxième tour de scrutin 36 suffrages. 

3* Juge : M. Jean-Antoine Allairb, avocat an bailliage de Mou- 
ron, élu au premier tour de scrutin par 45 suffrages. 

4* Juge : M. Augustin -Jacques Deliars, plus tard député, puis 
maire de Sedan, nommé par 35 suffrages. 

5* Juge : M. Claude-Jean-Baptîste Gérard, originaire de Mou- 
zon, ancien conseiller du roi et procureur de la maîtrise ans 
eaux et forêts de Sedan, qui réunit 34 suffrages. 

En suite de l'élection des juges titulaires, comme dit le procès- 
verbal, MM. Brazy, père, doyen des avocats de Sedan, ancien 
bailli de la souveraineté de Salnt-Menges ; — Nicolas Desaive, 
homme de loi à Donchery ; — Jean-Baptiste Jacquillon, avocat 
à Sedan ; — Bretagne, avocat au bailliage de Carignan, furent 
élus juges suppléants. 

Le tribunal du district ainsi composé et complété par M. Jean- 
Baptiste n'OuRTHB, nommé commissaire du roi, fut installé en 
audience solennelle le i3 décembre 1790. A la sortie de la 
messe de Saint-Esprit, le conseil général de la commune de 
Sedan, assemblé en la salle d'audience séant sur les hauts bancs 
et y occupant le siège, reçut des nouveaux magistrats le serment 
suivant : 

Je jure et promets d la nation et au roi de maintenir de tout mon 
pouvoir la constitution du royaume, décrétée par t'Assemhlée natio- 
nale et acceptée par le roi, et d'être fidèle à la nation, à la loi, au 
roi, et de remplir avec exactitude et impartialité les fonctions de mon 
emploi. 



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— 53 — 

M. Nicolas-Louig Dumont, greffier de l'ancien bailliage, avait 
été maintenu dans ses fonctions en qualité de grefSer du tribunal 
de district. 

A l'occasion de cette installation des discours de circonstance 
furent prononcés. 

Le procureur de la commune prit le premier parole dans les 
termes suivants : 

Memibum, 

La véDalilé de» chaires ne conveoBiit plus i un penpie libre, l'AiMinbliie 
nationale a décritd sa aupprenion. Si U reforme d'un ancien régime qui ne 
donnait rien au mérite et ne taiisail qu'A la naistance et i l'opulence, l'tocé* 
•ni places les plui importanLei de la magiitralure ; li ce retour fut l'abui souB 
le poide duquel nous avons jusqu'i présent itémi, a occasionné un ébranlement 
individuel, ce choc, devenu néceesaire A la féLicîLé commune, a assuré el assure 
pour toujours le fondement de la consUtulion. Quand le décret sur l'organisa- 
tion judiciaire a été promulgué, les ennemis de U révolution se persuadaient 
alors et ils cherchaient A l'insinuer, que les magistrats, tes hommes de loi n'ac- 
cepteraient Jamais les places auxquelles le vœu de leurs concitoyens pourrait 
les appeler; l'amovibilité, la modicité du traitement, te responsabilité devaient 
Cire autant de motifs de refus. 

Hommes pervers, mauvais français, rougissri de votre opinion ; vous svei 
désespéré du salut de l'Etat, parce que vous avei désiré qu'il ne s'opérit point. 
Le grand travail s'avance, la régénération s'opère ; nous avons trouvé des 
hommes asseï généreux pour se vouer entièrement A la chose publique, leur 
vertu Axera l'amovibilité, une vie frugale leur fera trouver dans la modicité le 
superflu où les autres rencontrent A peine le nécessaire; la reconnaissance sera 
la responsabilité de leurs travaux. 

La confiance publique vous a. Messieurs, élevé A la dignité de juges, votre 
élection universellement applaudie vous est un sûr garant de l'opinion et de 
l'estime de tous vos concitoyens. 

Vous allez, Messieurs, prêter entre les mains du Conseil général de U com- 
mune, un sermenl profondément gravé dans votre cœur ; A notre tour, nous 
y prêterons le serment de faire porter honneur et respect; cette réciprocité 
dans les engagements qui rapproche les hommes, nous retrace l'égalité U plut 

Citoyens, voilA les juges que vous vous êtes librement donnés ; respectei-les, 
bonorei-les, et dans quel qu'occasion que ce soit, ne répandet point la préven- 
tion «t l'amertume sur la vie pénible d'une classe d'hommes, qui a la générosité 
de vous consacrer tous ses moments; ils vont être les dépositaires de votrQ 
honneur, de voire fortune et ce dépôt ne pouvait être conQë i des mains plus 

C'est avec joie et empressement que Je requiers l'enregistrement de* letlrei 
patentes, scellées du sceau de l'Etat, expédiées sur le procès-verbal d'élection 
de MM. Pii-LAS, ADCt-Atna, Gbiubd, Allairb et Dbliars, la réception, de leur 
arment, etc.. . .,; 



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-54- 

' M. Baudin, maire, à aon tonr, assis et couvert, prononça le 
disêoors qui- soit : 



EUo est donc enfla disparue pour jamaii cette lApre honteuM qui, ai ioag- 
temp», infect* le corps politique eu le défigurant i elle est abolie uni retour, la 
Wnalit^ dei magistratures qui mettait t prix d'ai^ent le droit de prononcer sur 
1« fortune, sur l'honneur et sur la vie des hommes. Par quel renversement de 
tous les principes de l'ordre social, l'administration de la justice se Irouvail-elle 
déin^die jusqu'i descendre au rang de* propriétés privées, et la dignité de juge 
•ville au point d'être olTcrte au créancier du magistrat comme un gage dont 
celui-ci pouvait être i tout iastant dépouillé. 

Ab I Hessieurs, cessons de nous étonner de ce nombreux assemblage de 
acandales en voyant quelle main impure en avait souillé la surface de cet 
empire. 

Aux ténèbres épsisses d'une longue ignorance, succédait enAn l'aurore des 
beaux jours de la littérature. Les sciences transplantées une seconde fois de 
Grèce, en Italie, avaient été appelées en France par un prince qui mérita d'être 
appelé le père des lettres, François I''', dont les torts furent soux'enl ci'ui do 
■on siècle ; François, que ses qualités pcrsonnuUes rcndunt inléreasant dans ses 
malheurs cl jusque dans ses lïutes, acquit des dniils i notre reconnaissance en 
contribuant au développement et au progrès des lumières. 

Un ministre perfide, loin de profiter pour le bonheur public de celle commo- 
tion salutaire Imprimée è tous les esprits, aggrava les fers d'une nation devenue 
d^e de la liberté, A mesure qu'elle s'éclairsil. 

Le chancelier Duprat. dont le nom doit s'associer i ceux de S^jan et de 
Machiavel, proféra ce blasphème, devenu maxime d*état, qa'il n't$t point di 
Urrt ftnj teigatar, et nos augustes législaleura ont eRacé jusqu'à la trace de 
h barbarie féodale. 

Duprat ne rougit point d'attenter aux droits et i la dignité des Français, eo 
imposant de nouveaux subsides, sans appeler, comme aulrefois, les états qui 
ivaieol parfaitement représenté la nation et ses mandataires ont commencé 
lears travaux par déclarer illégal tout impôt qui n'avait pas été consenti parelle. 

Duprat, engraissé des trésors de l'église, foule aux pieds tes lois les pins 
sacrées de sa discipline. Les élections instituées par les apAtres et pratiquées 
pendant quinie siècles, font place i la nomination royale ; les ministres des 
autels sont transformés en courtisans qui viennent ramper aux pieds du trAna 
pour y briguer les prélalures, jusqu'à ce qu'enfin l'Assemblée nationale affran- 
chit le clergé de cet indigne esclavage, et lui rend ses vertus primitives, puisque 
désormais les pasteur* électifs ne devront leur élévation qu'au mérite ^1 
réuDlm les voeux en leur faveur. 

BaBn Duprat oat chercher dans la vente de* oCBces l'accroissement des 
revenus du prince et le corps législatif arrêtant le cours d'un trafic odieux, * 
voulu que la nomination des magistmts fût partout l'ouvrage de l'estime et do 
la confia Doa générale. 

Ainsi, da l'ascendant d'un confident pervers sur un roi faible dériva le déluge 
dn maux qui nous accablèrent. Ainsi wMit-ils (ou* réparé* par l'anloriU mm- 



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— 55 - 

veraioe el bienfaiMiite de aot lëgialateurs et par le concours d'un mouarque 

CitoycDi, qui m'écoutei, et qu'un serment scleonel engage au inaiDUeD de la 
coDsUtuUon, tels sont les Qëauz donl elle voui délivre et les evenUges qu'elli; 
vous procure. Que vos cceun prononcent d'après ce rapprochement, lequel des 
deux mode* de gouvernement est préNrablc. 

Le dirons-nous cependant, Messieurs, la vénalité trouva pour elle un défen- 
seur du plu* grand poids. Je ne vous eUéguerai pas Richelieu, qui, prodiguant 
avec une froide fërocilé le sang des Français pour assouvir ses vengeances, ou 
pour efTerinir son autorité, ne se montre timide que quand il s'agit de décider 
dans ion testament celle question politique ; il n'était pas digne d'en chercher 
la solution dans les principes de la morale ; mais quand l'immortel auteur de 
l'esprit des lois te déclare pour le commerce des odiccs, peut-on croire qu'il te 
dissimulât les vices d'une telle institution ? Non, Messieurs ; jugez ce qu'était 
aux yeux de ce grand homme le despotisme contre les invasion* duquel il cher- 
chait un frein jusque dans les désordres les plus révoltants. Sans la vénalité, 
tous les emplois judiciaires se concentrsient dans une seule main, de laquelle 
disposaient les ministres et déjk distributeurs de toutes les grAces, ils eussent 
8U>si peuplé les tribunaux de leurs seules créatures. 

Montesquieu ne prévoyait pas la révolution qu'avait préparée son génie. Le 
recours A des paliialifs dangereux n'est plus nécessaire pour tempérer l'inOuence 
du pouvoir absolu desséché jusque dans ses racines. C'est apris avoir établi la 
liberté nationale sur des bases inébranlables qu'on a pu régénérer véritablement 
la magistrature et non plus colorer, comme autrefois, d'un vain prétexte de 
réforme, les persécutions qu'on lui suscitait. La justice est rapprochée des justi; 
ciables, un seul ordre de tribunaux parallèles succède i cette hiérarchie com- 
pliquée de juges, dont ta compétence était souvent l'objet d'une contestation 
préliminaire et la ressource de l'appel subsiste pour le plaideur, quand ta supré- 
mati<- des cours souveraines n'éveille plus la jalousie des sièges inférieurs. Une 
noble émulation el la réciprocité des égards seront l'heureux elTel de l'équilibre 
établi entre les tribunaux qui peuvent, tour â tour, tantôt exercer et tantAl 
aubir la censure d'un second jugement et qui, lorsqu'ils redresseront le* erreur* 
des autre*, se rappelleront que leur* propres erreur* peuvent aussi être réfor- 

Vous donc, que le vœu de vos concitoyens appelle i l'honorable fonction de 
prononcer sur leurs dilTérendt, de quel feu doit brûler voire Ame pour répondre 
aux obligations que vous impose le caractère donl vous êtes revêtus. Le* 
talent* et les vertus que vous aviez fait briller, tes uns dans l'exercice de la 
magistrature, et les autres dans la lice du barreau, sont le moliF de not^ choix, 
la mesure de nos espérances el le garant de vos succè*. 

Votre cœur ne me désavouera pss, vous. Monsieur, qui le premier avec réuni 
nos suffrages, quand je dirai qu'A vos services que je me plairai toujours i 
rappeler, se joignait en votre faveur la mémoire A jamais précieuse d'un père 
justement respecté. Votre modestie, qui repousserait des éloges personnel*, ne 
•'alarmera point de recueillir en cette occasion, comme la portion la plus dis- 
tinguée de l'héritage d'un tel père, la bienveillance que lui avaient acquise son 
intégrité, son profond savoir, la simplicité de ses mœurs et ion dévouement 
inMigable ali bien public. La vertueuse- indignation qu'altamail'én tuî'Iei élcè* 



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— 56 - 

du ponroir iriiitTalre, le rsndit le précorMur de la révolution dont 11 fut auBsi 
le martyr «nlicipé, dan* un temps où la destinée de l'homme de bien était de 
fémir soua le poids de l'oppretsion. 

Et vous, Monsieur, qui, chargé de nouveau de* fonctiona du ministère public, 
rentré dani une cArrii-re ai favorable A votre éloquence, vous, l'agent et t'org«n« 
du pouvoir exécutif, vous en conneitrei d'autant niiirux la nature, In destination 
et les limites qu'aaais vous-même au rang de nos législateurs, vous aurez puisi 
dans la source l'esprit et les principes de notre constilulion. 

Htlons-nous, Messieurs, de recevoir te serment apris lequel votre ztle va 
prendre tout son essor et si^aler le début de vos travaui. Puisse bièntAL la 
renommée, publiant la sagesse de vos décisions, amener en foule auprt* de 
vous ceux qui ayant succombé dans un premier jugement, voudront recourir i 
uns seconde épreuve et dont le choix attestera hautement lea lumières et 
riquité du nouveau tribunal qu'ils auront librement rendu le dernier arbitre de 
leurs destinées. 

Le Conseil général de la commune ayant dé^ré les juges du 
tribunal du district installés et leur ayant cédé la place sur les 
hauts bancs, M. Pillas, premier juge, assis et coavert, dit : 



Appelés par le choix libre et volontaire des citoyens i l'une des plus belles 
fonctions de l'humanité, celle de rendru la juslicu, quuls devoirs nous avons i 
remplir, pour jusliSer la conAance publique ut nous élever A la hauteur do notre 
ministère. 

Etre justes, voili la dette que nous contractons cnvrrs U Pairie ; et cert«s 
ce n'est point trop de toutes lus facultés de l'Ame pour l'acquiller Un coeur 
pur, un sens droit cl exquis, la sciuncc dus lois, la conn*is»ancc des hommes, 
l'application continuelle au travail font, sans doute, di-s qualité* indi^pi-nsables, 
mais elles ne forment encore que l'ébauche impHrfaîLc du ma;:i!ilral. Le Irait 
essentiel manque à la perfisclion du tableau, le caractârc, c'cRt-A-d'ri: l'infli-xible 
imperlialilé, la fermeté inébranlabli!, 1 immiiabilité des principrs. Sans le carac- 
tire, jouflt des volontés d 'autrui, cédant A toutes les impulsions. l'oUlciur (técord 
du titre déjuge n'est pas digne de ce nom ; avec le caractère, il brave lea 
passions coi^jurées contre lui, il s'avance, d'un pas ferme, dans un aenlier bordé 
de précipices, vers le but que le devoir et l'honneur lui ont marqué. 

Marchons A ce but. Messieurs, sans nous étonner des obstacles, dont la 
carriire est semée ; pour en triompher, nous puiserons des forces dans ce senti- 
ment énergique et sublime, qui est la base el le rempart de tout état bien 
ordonné, l'amour de U Patrie. Il est l'Ame de ce corps des représentants de la 
cité que nous voyons présidée par un chef, en qui brillent les talents unis au 
plus généreni patriotisme, de ce corps où la noblesse des Tonctions du minis- 
tère public reçoit un nouveau lustre des qua1itë!> personnc^lies do l'odlcier appelé 
A les remplir, de ce corps dont l'aulorité nouvelle que la loi lui défère n'est 
entre ses mains qu'un nouveau moyen de bienrai<igncc et on gage assuré de l« 
tranquillité des citoyens. Dépositaires de nos serments, qu'ils soient les témoiim 
•t la* faranlt de notre fidélité à le* remplir. N'ayons, Ueaileur*, avec c*a père» 



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— 57 — 

da peuple, qu'un mftine vœu* qu'un mCme inUr£l et pour ain*i dire, qu'une 
Mulc tme, quand il s'agira du bien public. 

Et voiiB, oraleiira du barreau, vous enlrem aussi dans cette con fédéra lion 
de tt\e, dont le civisme le plut pur e<t le lien, dont l'utililé géudrale est l'unique 
objet. Noua avons, jusqu'i présent, reçu de vos lumières les plu» grands secours, 
vous nous aiderei encore i dissiper les orobres dont les passions humaine* ne 
cessent d'envelopper la vérité. 

En nous dévouant. Messieurs, aui travaux pénibles qui nous attendent, 
applaudissons-nous d'en voir la vénalité bannie : introduite par la nécessité des 
circonstances, elle semblait avilir la profession ta plus noble, en faisant scheter 
le droit de l'exercer et dérobait au mérite une partie de sa récompense, en 
admettant la fortune à ta pnrtofcer, La justice reparaît dans toute sa splendeur 
primitive; aucun mélange d'intérêts n'altère sa purelë; le lète de ses miniilrea 
est désormais A l'ahri du soupçon et hors des altcintea de la Calomnie. En effet, 
lorsque nous nous livrerons avec ardeur el tout entiers aux fonctions qui nous 
■ont imposées, quel sulre motif puurra-l'Oa nous prêter que celui d'un attache- 
ment inviolable A nos devoirs. 

La durée de ces fonctions eal circouTCrile : grftces en soient rendues A la 
Mgessu de nos législaleum. Par un abus qu'ils ont prcKrit, l'Iioninie. dans cer- 
taines condilions, naisTiail, pour ainfi dire et mourait inai:is!rat. \h ont pensé 
que le premier igu el la cadi:cilé élairnt peu propres A une profession qui exifco 
l'emploi de toutes 1,'s forces morales de l'honimo purvenu A son eiitiùro matu- 
rité. C'est d'aillcui-s. Mefi-ieurs, quand lu carriùro esl courte q-<'it n'e»l permis 
de se reposer qu'au terme. Une assiduilé coiintanle. une aelivité infatigable 
doivent donc remplir la période que nous avons A décrire. Il éliiit des êtres, 
qui. nul* par cui-mèuiea, semblaient n'triisler que psr leurs dignités. Nous 
existerons encore aprùs avoir di'pouillé le titre de juges. En cessant d'clro 
magistr.Us nous ne cesserons point d'élre citoyens; peul-être ne serons-nous 
pas enlicrenicnl inutiles A la pairie si. parvenus au terme du nos travaux, noua 
mérilona d'éir,i imités par ceux qui viendront nous remplacer, si les mœur* 
sans lesquelks il ne peut exister de vraie libuHé. si les ni'uura. dont l'exemple 
se propage, nous accompagnent dans notre retraite ; si, renfermés dans l'obscu- 
rité de la vie privée, KoAtant les charmes du la paix domestique, nous jouissons 
du bonhrur de former A la vertu des citoyens naissaots, dunt la nation puisM 
un jour s'honorer. 

S'adressant & M. d'Ourtbe, Commissaire du roi : 
MoirsiBvn, 

Lorsque te roi voua conBe de nouveau l'important ministère que vous svex 
exercé avec distinction pendant un grand nombre d'années, ce choix ne peut 
manquer d'être généralement applaudi ; nous eo ressentons une satisfaction 
toute particulière, puisqu'il nous met A portée de recevoir le secours de vos 
lumières et de recueillir les fruits précieux de votiv: expérience. 

De nouvelles lois vont faire le bonlieur do ta France ; leur exécution, dans 
l'étendue de ce district, vous est spécialement conGée ; ce dép6t sacré ne pou- 
vait être remis en de plus dignes mains. 

Si ce* foncliona, ai nobles, si pénibles, réclameot le tribut de toutes ros 



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forcM, te NcriBc« de tous vm îdiUdU, le prix de tanl de traviur ne peut au 
■noim vous ^happer : vous le Irourcm dans l'empressé ment de vos collègues 
i voua imiter, dans rapprobiLion de votre conscience et l'eslime de vos couci- 

M. d'Ocrthb, à son tour, s'exprima ainsi : 
MnaiBDM, 

Innstia tout t coup du pouvoir redoutable de juger souverainement vos 
concitoyens, vous allez fixer sur nous les regards de U nation. BientAt, elle 
saura si nous sommes capables de soutenir dignement le parallèle avec ces 
corps antiques qu'elle nous charge de remplacer, et si l'espace immense que 
nous avons i IVanchir pour atteindre 11 le grandeur de leur caractère, n'est pas 
■u-dessus de nos forces : mais tans doute les pmndes choses ne se font pas sans 
de grandes peines ; mais plus nous rencontrerons d'obstacles, plus il sera glo- 
rieux pour nous d'en triompher. 

En vous montrant celte ample et vaste carrière, J'oITre, Messieurs, i votre 
génie un sujet propre & l'exercer; mais ce n'est pas tout : j'ose dire que vos 
fonctions me paraissent inOnimerit plus pénibles que celles de vos prédéces- 
seurs ; en les égalant, vous lus surpasserci donc nécessairement, tel est le 
méi-ile du Ja nouvelle dilUcuIlé vaincue; Je m'explique : la nslure, la religion, 
t'Ëtet, Uaociélé, voilA les grands objets livrés à votre adminislraLion ; c'est sur 
eux que porte toute U législation. C'est donc à eux que doit s'appliquer l'étude 
ordinaire du magistrat; mais la vôtre, Messieurs, ne doit pas se borner là, elle 
doit avoir particulièrement pour objet une scrupuleuse et continuelle attention 
•nr vous-mimes, commandée par la nature du pouvoir versatile qui vous est 
confié ; en elTi:!, aujourd'hui, vous prononcerez i la charge de l'appel ; demain, 
en demiei- ressort ; alors, vous aurez donc sans cesse i vous mettre en garde 
contre les sentiments de votre Ame, da crainte qu'ils ne s'altèrent en variant 
seUin te plus ou le moins d'importance de vos décisions, et certes, ce n'est pas 
sans gène, sans contrainte, loi'squ'il faut continuellement s'observer soi-mEme 
de si près; mais ces difficultés ne serviront qu'à accroître votre gloire et elles 
disparaîtront i la vue du palriolisme qui vous anime. 

Quand Je parle. Messieurs, de l'élude du magistrat, c'est A ses mœurs encore 
plus qu'A l'étendue de ses connaissances, que J'entends rapporter ses soins et 
son allenlion. L'autorité dont il est le dépositaire n'est pour lui qu'une décora- 
tion étrangère, s'il ne donne pas le premier exemple de l'observation des lois 
qu'il doit faire exécuter. C'est par U force du bon exemple, que celte autorité 
lui devient personnelle, et qu'on ne distingue plus l'homme de sa dignité. 
Malheur au magistral dont la personne se trouve en opposition avec sa dignilé, 
et qui ne peut soutenir la comparaison de ses devoirs avec sa conduite. 

Nous allons. Messieurs, appartenir désormais tout entier k nos concitoyens ; 
nous en avons pour garant le chef même de la justice dont Je ne suis ici que 
l'écho sensible et fidèle. Ce sera, comme il le dit 1res bien, notre véritable gloire 
et la véritable dignité de noi offices. Justifions donc leur choix, leur confiance, 
et elTorçons-nous de mériter les éloges trop flatteurs du moins i mon égard, 
dont leurs dignes représentants, pNsidés par nn sage, et éclairés par l'uEie des 



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plui vives lumiire* du barreau, vimnent de noui accueillir. Hais ce n'est pa* 
li le seul hommage de reconnaiiunce dont j'aie peraonneUement & m'acquiLtcr ; 
je n'en doie pas moina au magiiLral célèbre qui préiide à ce tribunal ; comblé 
de tes honnèLelés, j'en sens i merveille tout le prix ; que ne peut-il connaître 
auaai bien toute ma sensibilité. 

Quelle jouissance pour nous, Messieurs, que celle de pouvoir concourir i 
cimenter la prospérité de l'Ëtat avec la félicité des peuples et acquérir par U 
de justes droits & leur Bratilude. Je n'en connais point de plus pure ni de plus 
touchante, et elle ne nous échappera pas, si, pénétrés de l'esprit de notre état, 
nous aimons passionnément nos devoirs, si nous nous signalons par une inté* 
grilé héroïque, si, enfin, notre entier dévouement à l'administration de la justice 
peut la conduire i son but; car c'est le bonheur de la patrie, c'est celui du 
monarque chéri qui eo est le père, c'est, eo un mot, de procurer aux familles la 
concorde, i la société M bon ordre et inspirer sue hommes en général l'amour 
et la pratique du bien et de la vertu. 



La date des élections pour la nomination des juges de paix 
avait été fixée au 28 novembre 1790. Toutefois, elles n'eurent 
pas lieu exactement à la date indiquée dans tous les cantons. 

Scdan'Vilie ayant droit à deux ju^es de paix, les citoyens 
actifs de cette cii-conscription furent répaiii». le 9 janvier 1791, 
en cinq sections. La première se réunit dans les salles du 
collège, sous la présidence de M. Tarbâ, ingénieur des Ponts- 
et-Chaussées ; la deuxième, à la Mission, sous la présidence de 
M. Gendarme, prêtre; la troisième, en la salle des spectacles, 
sous la présidence de M. Rousseau, manufacturier ; la qua- 
trième, au bureau de la draperie, sous la présidence de M. Jac- 
QUiLLON, homme de loi ; enfin le cinquième, à l'HAtel de Ville, 
sous U présidence de M. Deliars, juge au tribunal du district. 

Dès le premier tour de scrutin, M. Jean-Baptiste Ninnin, 
ancien lieutenant particulier du bailliage et présidial de Sedan, 
fut élu par ai6 voîz sur 399 suU'rages exprimés et proclamé 
premier juge de paix. Le même jour et par les mêmes élec- 
teurs, il fut ensuite procédé à l'élection du deuxième juge de 
paix. Le premier tour ne donna pas de résultat. Au deuxième, 
les suffrages se répartirent sur MM. Leoardeur aîné, qui 
obtint 64 voix ; Verrier, homme de loi, et Cumsse, ancien pro- 
cureur, qui en eurent chacun 4^ ; "° bulletin portant le nom 
de M. Cunisse avec une désignation insuffisante ne lui fut pas 
momentanément attribué et la réunion fut ajournée au len- 
demain. Au début de la reprise de la séance, le 10 janvier, 
M. Verrier ayant de Iai*même déclaré qae le bulletin réservé ne 



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-do- 

saurait être douteux et qu'il revenait à M. Cunisse, un dernier 
tour de scrutin eut alors lieu entre MM. Legardeur et Cunisse. 
Ce dernier fut élu deuxième juge de paix, par 177 suffrages sur 
3oo votants. 

La même assemblée désigna comme assesseurs ou prud'hommes, 
pour le premier juge de paix ; MM. de Vissecq db Latude ; Pktit 
DE MoRAN VILLE, hoiume de loi ; LECBAtrrEUR, brasseur; Grosselin 
père, marchand ; Coun de Curhont, homme de loi ; et pour le 
deuxième : MM. Ybbrt, brasseur; Julliot père, rentier; Pro- 
FiNBi, négociant ; Malaize, maître maçon ; Tarbb, ingénieur des 
ponts-etKihaussées ; Pierre Gavet, négociant. 

I<es électeurs des différentes communes formant le canton 
suburbain de Sedan, se réunirent en la maison des R. P. capucins 
de la ville; les élections ne durèrent pas moins de ti-ois jours. 
Le 8 janvier, il n'y eut pas de résultat. Le i3, les voix se par- 
tagèrent enti-e diffJrents candidats, dont le plus favorisé fut 
M. DoFFAGNE, de Bazcilles; enfin, le 16, M.- François Bon, de 
Torey, fut élu par 203 suffrages sur 3o3 votants. 

Dans les cantons ruraux du district, les élections eurent lien 
le 3o drcembre 1790, sans provoquer, en général, d'incidents, 
à l'exception toutefois de quelques cas isolés. 

La ville de Mouzon, qui comptait alore plus de a.ixio habitants, 
avait droit à une justice de paix particulière. Le canton de 
Muuzon se ti-ouvait par là même divisé en deux sections : 
Mouzon-Ville, d'une pai-t; de l'autre, les différentes communes 
formant le canton rural. 

Les électeurs de Mouzon-Ville se réunirent en une seule assem- 
blée, dans les deux salles contiguës de la ci-devant maison con- 
ventuelle des Bénédictins. Dès la constitution du bureau, une 
vive alteiKTation s'éleva entre le sieur Pouau, of&cier municipal 
et le sieur Gérard, homme de loi, le premier contestant à l'autra 
la qualité de citoyen actif. Une violente et insidieuse campagne 
avait été dirigée contre M. Gérard; dès la veille de l'élection, 
de nombi-eux citoyens avaient trouvé, sous leurs portes, des 
écrits anonymes et calomnieux le concernant. La loi électo- 
rale prescrivait aux électeurs d'écrire eux-mêmes Icura bulletins 
dans la salle où avait lieu le vote, et, en les déposant dans l'urne, 
de prêter un serment dont la formule était tenue à leur disposi- 



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-61 - 

tion ; des balletîns, préparés et distribués à l'aTuice, durent être 
annulés. 

Le président de l'assemblée électorale dut rappelei- au sieur 
Pouru qu'il n'était là qu'un simple citoyen comme les autres, et 
que son titre d'ofllcier municipal ne lui donnait aucun droit. 
Déjà, lors de la formation du bureau, plusieurs ofiiciers muni- 
cipaux étaient entrés dans la salle, armés de cannes et de bfilons, 
proclamant, selon ]a pittoresque expression du |*ays, « qu'ils 
venaient d'autorité pour dissoudre l'assemblée qui n'était com- 
posée que de cabalcux ». Sur les justes observations de M. le 
Président, ils s'emportèrent en invectives violentes, et, k un 
moment même, sur leur injonction, des fusiliers de la garde 
nationale envahii-ent la salle, baïonnette au canon. 

Malgré la vive opposition dont M. Geraro avait été l'objet, il 
fut élu juge de paix de la ville de Mouzon. II vnt comme asses- 
seurs : M>\l. Henry Lion ; François -StanisLi s ButiTHAND de 
La.vaux, chevalier de L'ordre de Saint-Louis, ancien capitaine 
d'infanterie; Louis Delarbre, tanneur; JoKepb LeghaiNo. jardi- 
nier. M. Gérard ayant été ultcrieui-ement nommé membre du 
directoire du département des Ardennes, une nouvelle élection 
devint nécessaire; M. Louis-Augustin Pailliard fut alors élu 
par ia8 voix sur 1^3 votants. 

L'élection dans le canton rural de Mouzon ne donna pas de 
résultat an premier tour; au deuxième, les suffrages se parta- 
gèi-ent entre MM. François Lejeune et Jcau'Nicolas Mancls, 
ancien maire de la ville de Mouzon ; au ti-oisième tour, M. Man- 
QiN fut élu à la pluralité des suffrages. 

La ville d'Y vois (Carignan), ne comptant que i,5oo babitants, 
u'avait droit qu'à un seul juge de paix. Tous les électeurs 
du canton se réunirent le 8 novembre, en une seule assemblée, 
en l'église paroissiale d'Yvois. II y fut procédé au scrutin, mais 
en raison de l'heure avancée, le dépouillement fut remis au 
lendemain (l'urne renfermant les bulletins ayant été cachetée 
et placée dans une armoire derrière le maltre-autel et la clef 
remise au plus ftgé des scrutateurs). Le procès-verbal ne signale 
aucnn incident et indique que M. Guioi de la Gol'r fut élu à 
une grande majorité, ayant obtenu a6a voix sur 36i votants. 
Le aS mai 1793, M. Guiox de la Cour, nommé lieutenant- 
colonel du bataillon des volontaires nationaux, fut remplax^ 
par M. Jean-François Lajour âls. 



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-86- 

Le dimanche 97 novembre 1790, les citoyens actife cla canton 
de Beaumont se réunirent dans l'église du chef-lieu, qu'ils avaient 
choisie pour tenir l'assemblée. M. Jean-François Gibout, membre 
du district de Sedan, fut élu par 1^3 voix sur 177 votants. 

he même jour, les électeurs du canton de Chémerj' se réunirent 
dans l'église de cette commune. L'assemblée dura trois jours. Le 
3o novembre, M. Philippe Chaupaux, de Raucourt, fut nommé 
juge de paix par 965 suOî'ages sur 5og votants. 

A Donchery, la lutte fut vive. Les électeurs se réunirent une 
première fois le 3o novembre en l'église Saint-Onésime. M. Mar- 
tinet, président de l'assemblée électorale, notaire à Donchery et 
contrdlenr des actes, réunit aaa voix alors que le sieur Cboinet 
en obtint ijS. M. Choinet qui, sur le procès-verbal, est indiqué 
comme ancien juge de paix, devait être évidemment l'ancien 
prévAt de Donchei'y. Il protesta contre l'élection, exigeant que 
son concui-rent, avant d'être proclamé, fut mis en demeure 
d'opter pour ses nouvelles fonctions et de se démettre de celles 
qu'il remplissait antérieurement. Cette prétention amena, de part 
et d'antre, beaucoup de difficultés dans l'assemblée. Le président 
s'étant même retiré sans rédiger de procès- verbal, le I4 décembre 
1790, les scrutateurs durent se rendre au greffe du tinbunal du 
district pour en dresser un. Les élections furent recommencées : 
le premier tour de scrutin ne donna pas de résultat; au deuxième 
tour, M. CaoïNKT obtint 120 voix; M. Laorive, 8a; M. Marti- 
net, 116; au troisième tour de scrutin, M. Martinet fut définl- 
tivement élu par aaa suffrages sur 397 exprimés. 

Les électeurs du canton de Douzy se réunirent à la date flxée 
en l'église paroissiale de Douzy. M. Henry-Bernard Lambin 
d'Anglkuomt de Tassiony, ancien major de cavalerie, fut élu 
an premier tour de scrutin par a6a suffrages sur 3o5 votants. 

Les électeurs des différentes communes du canton de Givonne, 
à l'exception des citoyens actifs de Saint-Menges, qui, bien que 
devant faire partie de l'assemblée électorale, ne se présentèrent 
pas, se réunirent au chef-lieu pour procéder, au jour fixé, à l'élec- 
tion du juge de paix. M. Jean-Baptiste Hillau, curé de Givonne. 
fut désigné comme président. Les membres de l'assemblée, 
avant de procéder aa scrutin, demandèrent à ce que vérifi- 
cation fut faite du tableau des électeurs inscrits, et ce, par 



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comparaison des rôles d'imposition ; aucune réclamation n'ayant 
été faite, le nombre des votants fut arrêté k 39$. Le lendemain, 
la séance fut reprise et M. Jean-Baptiste CoBDiBn, maire de 
Floing, fut élu au premier tour de scrutin à ta pluralité absolue 
des suHrages. 

L'élection du juge de paix du canton de Margnt eut lieu sans 
provoquer aucune difficulté. M. Jacques Nicolas aîné, citoyen 
éligible de Margut, réunit la pluralité des suffrages dès le pre> 
mier tour de scrutin. 

Tons ces juges de paix avaient été, en vertu de la constitution 
du la octobre 1790, nommés pour deux années; mais la consti- 
totion du 14 septembre j^gi mit prématurément fin à leurs 

FÉLIX Jac<)ubhin, 
Jufte d'instructioD 
de l'ArrondisMraenl de Sediv. 
(A suivre). 



Pour les Paysages de la Yaliée de l'Aisne 

Dans UD article des mieux remplis, des plus suggestifs, comme 
on dit mainteiiaut, M. Charles Houiu a résumé en quelques 
pages, dans la Revue d'Ardenne et d'Argonne, ce qu'il y avait 
à faire d'urgence pour la « Protection des Paysages dans les 
Ârdennes » (I). Nous l'en louons, nous l'en félicitons, noua sou- 
haitons bon succès à son initiative, à sa claire vue des choses. 

Uais il a oublié une vallée dans son énumération des sites à 
protéger, une vallée de premier ordre dans le département que 
l'on a nommé des Ardennet, et que l'on pourrait mieux nommer 
d'Ardenne et d'Aisne. C'est la vallée principale de l'Aisne, dont il 
a cité seuleineut deux vallées secondaires, celles de l'Aire et de 
la Vaui. Or, il y a dans ce long circuit de la rivière d'Aisne, de 
Condé-lez-Autry & Avaux, certainement de jolis points de vue, 
mieux que cela, de véritables sites que nous ne connaissons pas 
tous à beaucoup près, dont nous pouvons du moins mettre en 
relief les suivants, que des monuments ou des débris d'anciens 



(I) N* it MoTtnlm^Mcnibra 1906, 10* tmU, p. 10 1 18. 



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-64 — 

cb&teaux rehauBBeut eocore, en plaidant la cause dé leur conser- 
valion, savoir : 

SilPS dp Vouziers et de Vandj en Face, clocliers ; 

Site de Vuucf], vi^tiuble, i^^liise, furet. l.a Brutiilte (1] ; 

Site du Moiil-de-Jeu\. chAlcau, muuliiie de Saiut-lréuée ; 

Site de Chaibogne, prairie, cliâlfau, église; 

Site de Moiilinariu, falaise fi pic, église; 

Site de l^es^oll,'auc'ieu cliùleau, i^aieiiue; 

Site de Rethel, perspective générale, château, église (2) ; 

Site de Nanleuil, chAleau, parc, vue de Barby en [ace; 

Site de Tliir^ny, château et part: de preinier cdre ; 

Site de lUiAleaii-Purcieii, vi^rtioble, niiiies de lours, donjon (3) ; 

Sitei< de Ualliani, nionlin, puni, vues de (îumuul et d'Aire ; 

Site irAïfelil, ptuit, prairie, é^;li^e â coupole. 

Voilà une ilou:^aine de remarquables piiysa;.'es, d'où l'inTjrenl 
tant de (■oiiverii)> el de faits uii'inoiahli-^ que !a i-auvotritrde de 
leur sile ^'iiupo^e îiu point de vue lli^torique comme au point 
de vue îles beautés nalur'eites. Nous les eonnii'llons avec cuD- 
fiance, ponr que:qlle^'nn»^ ceilaînemeni, au choix de M. C.barleB 
Iloniu, qui réclame d*ailleiir<< des lecleuis de In IV-vne iI-ï nou- 
velles iiidicatiiiiis au\quel:e.-^ il fera bon droit, aprè^ cxaineti et 
coinpantiM'it. Dan» celle r<'-)rifn ''e l■'e^t poinl l'in■tu^lliali^lne 
qu'il aura h cuEuballre, ni la reub relie di's ciUTière,- à expluiler, 
mai» la culture trop inbuipive el abiitiv,- qui rompt les piHiries, 
abat sans pillé les belles raii^'éeti de peupliers, le^ saules des 
bords de l'eau, les t^areuneâ d'ormes el de bouleaux drja déci- 
mées. 

El puis, il y aura un jour à prolé^'er ces gracieux petits édi- 
lïces, presque tous du xvi* siècle, qui niontreul leurs portails, 
leure tourelles, la flèche de leurs clochers, sur toutes les cimes 
un peu élevées ou dans les recoins de la vallée. N'esl-ce pas 
assez pour plaider la cau^e de l'eusemble auprès de la Commis- 
sion déparlemeulale, instituée pour la « Prolecliou des sites el 
monuments naturels de caractère artistique »? Toule noie a sa 

(Il Une vK do Vonrq. lilhoeranhic en coalenr, se trouve dons le maonfcril des Ardennei 
inaslrées 1 l'Hdlcl de Ville de RelliH. 

\i) Cf. Hflliel piUoreiquê, articlo qne nniiii ivons (inblié. à l'orciiiiiin de l'ouverture de la 
Ktw do llpllid i SuiKuin:!, ims ['Annuaire ltfthrl"i* |>aiir 1901, lirnice à ri.irl en broeliure 
in-é' 1 iS cvi'iiiiilaii-es. aven la rue ils llcllicl en frontiisjiiee d'ii|irès Ctiudo Oiaglillon. 

i3) llans et viiei de lUilteiu-I'urcien, à dilKt«ntes ^mmucs, dans b fievue 4t Cbam- 
ptgne et de Btù, IBBS, t. l'de It l> siii», p. 11, 42, HO. 



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valeur dans le coDcerl de l'harmonie el de la beauté de nos 
campaicncR. Il ne se trouve pas de membre de cette commission 
habitant sur les bunls de i'Aif^iie, mais Imii" wjllicilude sera 
néanmoins égale puiir celle lé^rou, inréi-ieure Bans doule de 
tieaurunp comme pillute^qtie au\ vallées de U Meuse et de la 
Semoic mais non dt^parale el af^surèmenl digue d'iutérèt. On y 
viendra volontiers, de Reims comme de Charleville, mainleuant 
qu'un chemin de fer côtoie l'Âisue, de Vouziers à NeuTchilel, 
presque dans toute son étendue et en suivant ses méandres 
capricieux ()). 

Nous ne voudrions pas étendre indéfiniment ce regard com- 
plaisant sur un pays que nous aimons d'enfance, mais il noud 
resterait bien des coins et des sites à signaler dans certaines 
vallées secondaires, que n'a pas citées non plus U. Charles 
Uouin. Il ne faut pas abuser des classements, ni provoquer 
des enthousiasmes ficlices qui tiennent à l'observation, par 
exemple, d'un beau coucher de soleil sur un site de sa nature 
médiocre. Toutefois, nous disons, sans crainte d'être démenti, 
que dans les modestes vallées de l'Âme et de la Retourne (2), il y 
a des revers de côleaus entièrements couverts de sapins d'une 
charmante verdure, et burlout, aux rives des cours d'eau, des 
bordures d'arbres giganLesqnes de la plus belle venue. 

Une autre petite vallée, qui va avoir, elle aussi, son chemin 
de fer à voie étroite, ne manquera pas d'attirer le regard du 
voyageur, de Juzancourt à Séviguy-Waleppe, en passant par 
Sainl-Germainmout, Le Tbour, auprès de l'ancienne abbaye de 
la Valroy et du ch&teau de Sévii^uy, en montant plus loin vers 
Renneville el Montcornet-en-Thiérache, C'est par ce vallon, peu 
connu jusqu'ici du touriele, que nous terminons notre plaidoyer 
en faveur des sites de U vallée et du bassin de l'Aisne dans leur - 
partie ardennaiae. 

Henri Jadart. 
Beinii, le H décembre 190it. 



({} Exeariioni dani la Vallée de l'Aime, de Youùen à Atfelà. Nolct d'archéo- 
logie et d'Itiiloire, par Albert Baudau, dans YAtmanacti-AnnaatTe de la Marne, de 
l'Aime el dn Ardeanei, Malol-llraire, 1899, p. 393; 1900, p. 318, et 190!, p. i3S, 
ivec nombreuses ^urei. 

(ï) La Vallée de la Betovme (Ardfnnesi, par Al. Baudoii et PaiihPellot, dans \'Almà- 
nack-AniiHaire de la 11 r ne. de l'.ùine el dei Ardeimm, Matut-Btaiue, 1U03,.p. f85: 
1904, p. 385; 1905, p. fl3; 1907, p, in7; 190R. p. 409: 1909, p. Ï09, avetOgiires. 



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CHRONIQUE 

I. — La Société archéologique champenoise. 

Nous sommes bieu ea relard pour saluer la uouvelle Société 
qui fr'est consUluée à Reims (i;, au commencement de Tannée 
t907, sous le nom de Société archéologique champenoise et qui « a 
pour but de rapprocher les collectionDeuis et de grouper leurs 
«ffortSt de centraliser les renseignemenls, de faciliter les recher- 
ches et les fouilles archéologiques, de recueillir les objets el 
documents inléressaDl la région et se rapportant à l'arcliéologie 
«ta l'histoire. > (Art. 2 des statuts). 

La S. À- C. publie un Bulletin qui a eu trois numéros en 1907 
et est devenu trimestriel en 1908. Nous nous proposous d'en 
extraire l'indicatioa des découvertes d'objets préhistoriques, 
gallo-roroains ou postérieurs faites dans la région des Ardennes ; 
combinées avec les renseignements que nous pourrons recueillir 
d'autre part, elles formeront une chronique annuelle de l'arjhéo- 
logie du sol ardennais. P. C. 

Afin que ce tablaaa soit ansal complet que possible, nons deman- 
dons à nos lectenra de ronloir bien nons commanlqner tontes les 
trouvailles qui parviendraient & lear connaissance. Leurs comma- 
nlcations paraîtront dans la Heoue sons leurs noms. 

IL — Une nonTelle Revue locale : 

La REVUE DE CBÀMPAGNE (2). 

Sous le patronage de l'Académie nationale de Reims et la 
direction de M. A. Haudecœur, paraît depuis septembre-octobre 
1908 iiRetuede Champagne, historique, archéologique, artialique 
et littéraire. Le programme esposé dans le n' 1 est très allé- 
chant; mais les collaboraleurs de talent ne lui manquent pas. 
Nous souhaitons que son désir de remplacer la feue Becue de 
Champagne et de Brie s'accomplisse totalement. Nous mention- 
nerons dans notre bibliographie tout ce que la jeune Revue 
insérera sur les Ardennes, qui relèvent pour partie de la Cham- 
pagne. Nous sommes heureux de déclarer qu'eu le faisant nous 
«girons par bonne réciprocité et excellente confraternité, P. C. 

(1] Siège social : i, rao de Pouillr. i Reims. — Colisitians : Henbra hnnonin, 10 fir. ; 
neobiB tait, bfr. - U Ba>ieaui-Piii-is. de CeimT-les-Helms, esi Je pn'stdt'ni ; noire eolla- 
bâniour.U. Lotearl, tiucrfuii'e; M. la D' Guelliol bU iir^âdeol d'baïuisur. 

tSi P«iR tout l« feu sois k RéDi, KratHncks; tftfr. piru. 



ib.Coogle 



-87- 

UL — Rapport du SeorAtairo perpétuel de rXoadéinie 
firançaise sur le prix d'Elo<iaenoe : Vif DISCOURS 
SDR TAINE. 

Daiii M avance publique annuctla du jeudi H novanbrc ItOI, M. Tbnr«ail< 
DaugÎD, Mcrétaire perpétuel, a dooni lecture de son rapport aur lei coocourt 
de l'annëe dont le plus • vëaérable a e>t le prix d'éloquence décerné depuis 1671 
et iateiTompu seulement pendant la Révolution. Le si^et, comme nout l'avoai 
déjà dit (1), élall l'éloge d» T*ine. Voici le paitage du discour* qui concerDa 
notre illuilre compatriote : 

«... Pour 1I<03 elle avait donné comme sujet : Un discourt 
mr Tanu. Nous allendiuns avec uu vif intérêt, mais non sans 
quelque appréhension, le résultat du concours, curieux de 
savoir ce que les (rénératioos nouvelles pensaient d'un homme 
qui fut l'un des maîtres de la jeunesse de son temps, mais uous 
demandant s'il n'était pas un peu tdl pour poser une telle ques- 
tion. — Nous avions tort de douter. Le concours a été des 
meilleurs que nous ayons eus. Parmi les vingt-sept discours 
qui nous ont été envoyés, plusieurs étaient vraiment disiingués. 
Nous eu avons retenu trois. 

Le premier mérite du discours que nous plaçons en léte avec 
un prix de trois mille francs, est la façon même dont l'auteur 
a conçu son sujet. 

Au lieu de ^e borner à étudier les œuvres, il a voulu étudier 
l'homme lui-même par le dedans, l'expliquer et pour ainsi dire, 
le décomposer, le démonter. L'entreprise n'était certes pas aisée, 
pour qui n'avait pu connaître personoellemenl un écrivain soi- 
gneux de ne jamais se raconter lui-même, à force de patience 
et de curieuse sagacité, l'auteur du discours a réalisé son des- 
seiu. Son travail est un remarquable essai de biographie psycho- 
logique et morale. Je ne saurais résumer en quelques lignes une 
analyse aussi fouillée. On nous y fait voir, avec une finesse dis- 
crète qui ne laisse pas, appliquée k Taine, d'être asses piquante, 
que le génie n'est pas une puissance aveugle, livrée aux influ- 
ences extérieurea, mais qu'il s'afBrme, se précise, graudlt dans 
un conflit tout intérieur, contrôlé par la raison, et rendu souvent 
dramatique par l'action des forces morales. N'est-ce pas ce qui 
ressort, en effet, de lliisloire intime de cet ascète intellectuel 
qui n'a cessé de se surveiller, de se reprendre, de IraTailler ^ 

(l) fle». d'Ard. et d'Arg-, I. KV, p. 169. 



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-es- 
se parfaire? L'auteur explique ainsi, eu la prenaiil de beaucoup 
plus loin qu'oQ a coutume de le Taire, la crise qui modifia si 
complètement les aspirations qu'avait d'abord miiDifesLées le 
traité de l'Intelligence. Il nous montre l'éveil des préoccupations 
morales dans celte pensée longtemps as^sujettie au détermi- 
nisme, la revanche de la seusibilité sur le stoïcisme, l'intuition 
d'une vérité plus large que le pur intellectualisme, la révélation, 
la demi acceptation, au moins par le désir, de ces raisons que la 
raison ne connaît pas, et qui seules, eussent pu donner satisfac- 
tion & cette &me si droite et, au fond, si tendre. 

En somme, dans cette élude, Taine est profondément pénétré, 
exactement analysé. A peine ceux qui l'ont connu relèveraient-ils 
quelques traits mal ressemblants : ainsi étail-il moins maladif 
ou moins silencieux que ne l'imasine l'auteur. On peut aussi 
regretter que la 6n du discours où il est question des Origines de 
la France contemporaine, soit un peu écourlée. Mais à part ces 
légers défauts, je n'ai qu'à louer de rares qualités. Le ton géné- 
ral est excellent; la langue ferme, sobre et précise. Certaines 
pages ont de l'éclat, mais toujours avec goût et nuance. 11 est 
surtout remarquable de voir comme dans ce tête-à-tête avec une 
intelligence aussi puissante, l'auteur garde sa liberté d'esprit, 
ne se laissant ni dominer par la logique du maître ni fasciner 
par sa poésie. 

En l'admirant, il le juge et au besoin il te critique. Aussi après 
avoir constaté cette pondération, celte sagesse, cette fermeté, 
celle maîtrise qui témoignent d'une réelle maturité d'esprit, 
quelle n'a pas été notre surprise, en décachetant l'enveloppe qui 
contenait le nom de l'auleur, d'y trouver celui d'un jeune élève 
de l'Ëcole normale, M. Picard! L'Académie salue avec joie un 
début plein de promesses. Si, comme je le rappelais tout & 
l'heure, elle aime à se reporter vers ses loiutaines traditions, 
elle n'est pas moins curieuse de sonder devant elle l'horizon, 
'd'y découvrir et d'y encourager les talents nouveaux ; elle 
regarde comme sa mission la plus chère, de relier ainsi l'aveuir 
au passé. Aussi lui est-il particulièrement agréable de décerner 
le plus vieux de ses prix au plus jeune de ses lauréats (1}. 

Le travail de M. Férey auquel e:-l altiibué un t-ecoud prix de 
mille francs, nous fait assister, non plus aux crises inlérieures 

M. Cfa. Kcard n»t de puUitr wn 'lo|e sans le titra : H. Taine {chu k. Penin, 



T^ 



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d'un grand esprit cherchenr et inquiet, mais k l'inTentaire 
mélhoiiique des richesses liltéraires léguées par un fécond 
écrivain. C'est uu vrai discours, ayant du mouvement, de la 
..flamme. Ou y regreLle des iuégaltlés, quelques négligences de 
style, et peut-être le développement des idées de Taine a-t-il 
été moins recliligue que ne lu suppose l'auteur. 

Le discours de M. Cordouia, auquel nous réservons une 
mention, est iiitérespanl parce qu'il permet de mesurer l'action 
exercée par l'auteur des Origines sur une parlie de ses lecteurs. 
Il témoigne d'un grand effurL d'assimilation. Mais, il a le tort 
de ne s'occuper guère que de la dernière œuvre de Taïne et il 
est, par suite, incomplet... u 



VARIÉTÉ 



Communications relatiTos 
à l'hydrologie at ft la géologie ardennaisaa. 

Au cours de 1908 et au début de 1909, il a paru, dans les 
Comptes-rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des 
Sciences, trois communications qui intéressent l'hydrologie, la 
minéralogie et la paléobotanique ardennaises et que nous croyons 
utile de signaler à nos lecteurs. 

L'une d'elles se rapporte au régime des crues de !a Meuse et 
a comme titre : Sur une loi hydrologique de Minard et Betgrand, 
Note de M. E. Maillet, préseulée par M. Maurice Lévy (Comptes- 
rendus, n' du 5 octobre 1908, l. CXLVII, pp. 60B-608, avec trois 
petits graphiques). — Minard et Belgraud (I) avaient émis celle 
loi : n La Loire à Saumur, la SaOne à ChàloD, la Seine à Paris, 
la lieuse à Sedan, ont presque toujours leurs crues en mtme 
temps, de novembre à avril inclus (saison froide), et les excep- 
tions, assez rares, n'ont lieu que -pour les peliles variations de 
niveau ; celle règle he vérifie moins bien de mai à oclobre inclus 
(saison chaude). Donc, les pluies qui produisent les crues des 
cours d'eau français au nord du Plateau Central soûl des pluies 
générales ». 

Celle loi a été critiquée comme assez souvent inexacte par 

■ [IJ Cr. Bdgnud ; La Stint, ituda kyirologiqiiei, p. 391 (Puis, Ihmod, 187S}. 

DnihzPd h, Google 



-70- 

dîTcra ingénieurs (Deglande, Jollois, elc.) en ce qui concerne 
la Loire el ses arflucDls; mais iU ne font pas la dibUnctiou rela- 
tive à la saison. 

U. Uaillet a repri» l'ëlude de la loi, et il énonce ainsi sa con- 
clusion, qui esl spéciale à la saison froide et qui modifie un pea 
la loi de Mioard et Belgrand : 

T Une crue sérieuse de saison froide dans un des bassins étud^ est 
presque toujours accompagnée de crues ou de montées plus ou moins 
importantes dans tes autres bassins. L'accord esl moins absolu pour 
les petites crues, biefi qu'il soit encore fréquent. » 

La loi modiQée paraît pouvoir s'étendre à la Garonne pour les 
crues sérieuses. 

La coïncidence des crues est bien moindre dans la saison 
chaude, patTois même au voisinage de cette saison, soit à cause 
de l'éteudue des terrains perméables du bassiu de la Seine et du 
régime pluviomélrique parliculier du Massif central dans cette 
saison, soit pour d'autres raisons. 

La deuxième note est intéressante plus spécialement pour 
les minéralogîËles. Elle est intitulée : ^ur Us pseudomorphoses 
des mieroetines dans les mierogranites de la vallée de la Meuse 
(Àrdennes). Note de M. Jacques de Lapparent, présentée par 
M. Walleranl [Comptes^endus, u« du H mars 190â, t. CXLVI, 
pp. 5)^8-590). — C'est une étode minéralogique sur les micro- 
granités de la vallée de la Meuse entre Deville et Revin el 
certaines de leurs transformations. 

Ces micro^rauites cunlietment tous de:^ phénocristaux d'albile 
et de quartz dans ntie pâle à structure grenue, sphérolithique ou 
niicropegmalitiqtie, composée des mêmes éléments et de biotite. 

Certnines vaiiélés contiennent aussi des phénocristaux de 
microcline et dans la p&te, de la muscovite en plus ou moins 
grande abondance. 

La troisième note constitue uue contribution importante non 
seulement pour la ûore fossile du Lias ardennais, mais aussi 
pour la paléubolanique en général. Elle a pour titre : Sur «ne 
algue fossile du Sinémnrien. Noie de M. P. Pliche, communiquée 
par M. B. ZaWlev (Comptes-rendus, u-du 25 janvier 1903, l. CXLVill, 
pp. 2111-212). — Celte comrauuicalion particulièrement intéres- 
sante concerne une Algue dont deux échantillons ont été trouvés 
et recueilliB dans le Sinémurien tupériemr d* Rimogn* par M. Joly* 



1/ Google 



-71 - 

préparateur de géologie à rUniversité de Nancy. M. Pliche a 
identifié ces échantillons et il ajoute au eujet de celle aii^ue ; 

« L'Algue de Rimogue est uon seiilemeiil la première plante 
de celle clnsee si);iialêe d»ns le IJas ; elle e^l encore, à ma 
connaissance, la pins ancicnite Fiicacée îi slniclnre conservi-e 
connue h ce jour, car celles que j'ai .-ijriiak'cn dans le Trias 
n'avaient pu êlre étudiées que iiiacrost'oiiiquement. Elle esl inté- 
ressante encore à un autre poini de vue : en même temps {]u'elle 
est À structure conservée, les dilTérentes p:trlies de sou corps 
onl gardé leur forme, n'ont poiiil élé ^en^'iblement écrasées; 
ce double Tait a lieu de surprendre chez un végétal cellulaire 
appartenant à ces groupes dont les tissus sont f^i facilemen alté- 
rables après la mort de la piaule. Il s'explique, me semble-t-ii, 
par le mode assez spécial de fosailalion qu'elle a subi... 

"... C'est donc par une pénétration abondante et rapide de 
carbonate de cbaux, alors que les tissus étaieul peuL-èlre encore 
vivants et dans tous les cas en parfait élat, que ceux-ci se sont 
iocruslés et conservés sans que ta matière organique ail été 
complètement remplacée, comine c'est le cas chez de nombreux 
fossiles calcinés ou, plus fréquemment, siliciûés. » 

M. Fliche a dénommé l'Algue de Rimugne Liasophyeus tcytho- 
thalioides, le nom de genre faisant alluiifon au terrain dans lequel 
a été trouvé ce fossile el le nom spécifique rappelant le genre 
actuel (sqftkothalia) avec lequel les ressemblances extérieures 
sont les plus grandes. Ch. Houm. 



COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE 



Almanacb-Annoaire de la Kame, de l'Aisne et des Ardena«s, 
SI* année, 1909. — Reims, Imprimerie Malot-Braine, 1909 ; un 
TOl. in-8° (gr&Tures, portraits et caries) (Prix : 1 fr. 25). 

Comme les années précédentes, l'AImanach de 1909 fournit à ses 
lecteurs ardennais ane atrondante moisson de faits, d'études et de 
docamonls qai intéressent l'histoire, l'archéologie et lus coutumes 
de notre région. En voici rénumératiou selon l'ordre des pages : 

les pianuxiions de pins de la Champagne crayeuse, par G. Lapie 
(pp. 101-112, avec ^ gravures). 

Notice hislOTique sur Heulrêgivilie (Marne), par M. l'abbé Bosc (suite, 
pp. 113-122, avec 1 gravure). Cette partie de la notice, qui s'étend 



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_ 72_ 

de 1784 à 1795, renferme un certain nombre de détails qui concer- 
nent des localités et des personnages de notre département. 

Souvenirs ardcnnaù et verlaiinenx, par Jean Bourgu^KDon (pp. 123- 
128). Celle atlaciiante étude de notre collal)0 atcur est c<)nsacréc  
Bouillon et aux séjours qu'y lit le poète Verlaine ; la description du 
site bouillonnais y est particuliëreinent p 'écisc et pittores lue, 

Ifol'Ce h'sloriijtte .wr le caïUo.t de Gieel ÇArdennas), par dom Alboi't 
Noël (suite, pp. 129-150). Celle annâe le savant bénédictin consacre 
sa HJtice au.x communes d'Aubrives, de Cnarnois et do Cliooz. 

Un repas ardennaù (p. 171). 

Excitrsions épigraphiques ardennaises. De Vendrease à Launois, par 
Al. Baudon (suite, pp. 180-188). L'auteur nous mène d'Elan à PÎiiii 
par Balaives et Villeis-sur-le-Mont, puis donne les inscriptions trou- 
vées à Poi-it-Terron, à Montigny-sur-Vence et à Raillicourt. 

In' braci d' Proverb' el d' Dictons en patois d' Bulson (pp. 205-215). 

Regrets du passé, par Gaston Doquin (p. 225). Sonnet sur Sedan. 

Pays d'Argonne, par E. Deliège (fin, pp. 2.i7-257, avec 4 gravures). 
M. Deliège consacre les derniers cbapitres de sa remarquable étude 
aux événements historiques qui ont eu t'Argonne pour tbéitre : 
la fuite et l'arrestation de Louis XVI h Varennes, la campagne de 
TArgonne et la bataille de Valmy en 1792, le massacre de Passavant 
en 1870. 

Dijonval, par Henry Rouy (pp. 290-294, avec 1 gravure). Note sur 
la manufacture, le lieudit et son étymologie. 

La Vallée de la Relourru:, par Al. Baudon et P. Pellot(suite, pp. 299- 
312, avec 3 gravures). Continuant à suivre les bords de la petite 
rivière champenoise, les auteurs décrivent avec une exactitude pré- 
cise l'histoire, les monuments et les vestiges épigraphiques des 
communes de Bergnicourt, Saint-Remy-le<Petil, l'Ecaille, et SaulU 
Saiut-Remy. 

Conte de Noël, poésie, par Ernest Raynaud (pp. 313-314). 

Adresse à la ConvetUion, Mézières, i8 juin 1793, par N. Goffart 
(pp. 315-329, avec 1 gravure). Après une introduction explicative, 
1 auteur reproduit l'Adresse du (îonseil de guerre de Mëzières ù la 
Convention nationale (18 juin 1793) et les pétitions des citoyens et 
des municipalités de Charleville et de Mézières (22 juin n93)"conlre 
les menées et les excès du Comité de salut public des Ardennes. Ces 
quatre pétitions avaient été rassemblées en une brochure de huit 
pages in-4'', imprimée par J,-B.-L. Trécourt, à Mézières, 

Au pays du général Jadart Du Merbion. Noies el Souvenirs, par 
AI. Baudon (pp. 308-375, avec 3 gravures et 2 fac-similés de cachets). 

Vieille chanson. Chanson de frontière, par L. L. (p. 376, avec musique 
inédite. 

Nohant, poésie, par Mathilde Laporte (p. 438). L'orthographe 
adoptée par l'auteur semble évoquer le village berrichon qu'a illus- 
tré le séjour de George Sand ; en réalité le poète chante notre char- 
mante localité ardennaise, le Nohan que baigne n la claire Semoy ». 
Ch. HouiN. 

Le Gérant : E. LAROCIIK. 
8cdan. — Imprimerie Ehilb Laboche, rue Gambetla, 33. 



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Une famille rethélolse aux XVI* et XVII- siècles : 
LA FAMILLE LEFEBVRE 



Ori^nalre de Retbel, la famille Lefebvre est connue surtout dès 
le milieu du xvi< siècle. Plusieurs des siens se firent alors 
remarquer par l'empreBsemenl avec lequel ils adoptèrent les idées 
de réforme que le comte de Porcien cherchait à propager dans la 
région. A ce point de vue, noua aurons l'occasiou de rappeler 
leur souvenir au cours de travaux ultérieurs. Pleios de zèle daus 
leur adminislralion, les Lefebvre exercèrent avec sagacité de 
mulliplea emplois à l'échevinage et en l'élection de Retbel. Si 
leur nom ne se perpétue pas au-delà du xvii' siècle, la descen- 
dance féminine, issue de leurs alliances, mérite toutefois d'être 
signalée. Les actes de ceux qui se rattachent à cette postérité 
sont en effet du domaine de l'histoire locale, comme le prouvent 
certains titres d'archives largement ducumeulés. 

PREMIÈRE PARTIE 
I 

Gilles Lefebvre, échevin, gouverneur de Belbel en 1600 et 160S, 
mourut le 26 avril 1610. Il avait épousé Claude Booneau, d'une 
ancienne famille qui fournit à la ville d'excellents mandataires 
municipaux. L'acte de sépulture conceruant l'un de ceux-ci, 
semble assez curieux pour figurer eu cet endroit, dans l'origina- 
lité de son dispositif : 

« Décembre 1606. — Le mardy dix neufviesme, mourut M" Loys 

a Bonneau, estant eocbevin et grefGer de la mareschaussée. Il 

« fut porté le 2U* jour en terre sainte, par les archers des robes 

« couiies. Messieurs les eschevins et gouverneurs suivans et 

tat. t'iM- tt »'la*. T. Vn, V 3, 



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— 74 — 

« aseistaDB au cadavre, chacun avec un cierge en main, paré dee 
a anoes de ta ville (1). ii 

Gilles Lefebvre laissait de sod union Lrois enranls, savoir : 

!■ Jean, qui suit. 

f Appolline Lefebvre, alliée, vers 1600, avec Thomas Gérard, 
marchand bourgeois de Belfael, greffier en la gruerie de Relhélois 
en 1614-1636, auquel nous connaissons au moins onze enfants 
provenus de son mariage. 

3° Marie Lefebvre, décédée avant 16IJ, qni épousa, vers 16t0, 
Etienne de Houbseau [2j, gentilhomme de In grande fauconnerie 
du Roi, sieur de la Motie-aux-Caillous, y demeurant, paroisse de 
Chaumont-Porcien . 

Jeanne de Housseau, leur lîlle, née en 1610, s'engagea deux fois 
dans les liens du mariage. Le lendemain de sou décès, c'est-à-dire 
le 5 août 169j, elle fut inhumée dans l'église de Relhel, k l'&gede 
84 ans. 

François de Cury, avocat en parlement, son premier mari, 
étant mort le 23 septembre 1639, elle convola en deuxièmes 
noces, le 11 novembre 1642, avec H* Olivier de Juvigny, aussi 
avocat en parlement. 

Du premier lit elle eut trois enfants, parmi lesquels nous ne 
retiendrons que le dernier, c'est-à-dire François, qui suit : 

M' François de Cury, avocat en parlement, né après le décès de 
son père, le S décembre 1<i39, épousa Nicole Lueiller (3), 611e de 

(1) Le 19 DcneiiilHV 1556. en priiMnce de Rocier el Dehni, DoUire«, Jehin de Bftfanne, 
kajtr, sdfBeur el baron de tbye, demeunni i Reims, r nonce, mojeDnartl une indemoiû 
de Iroil erâtt Kvrei, ■ «n drukt de cluuBiige is bais de Hanseinnear le dur de Njiernois, 
uni ei la prfratUi et conU de ReUi^luis que eu lulres lient, el dont peu ï*oit esi^ tiiri dM 
andkt sieur Biron, tinl pir lettres de mondict seigneur le duc île NyTemoij que de pirolte >. 

Cet ibutbM est Mcept' par H' Jacques Bonnean, receiear du eomli de Relbel, et procn- 
rear da Roi ea r^leclioD de eett« fille. 

Noos UTons, en oulre. que Nicole Bonneau, sa Htle, fpoiiî» Jehan Hichier, ipothiciire i 
Reims, el que le contrai rie nuriage des futurs cnnjtnnls i éU rédige par le susdit nolaira 
Rogier, an chileau de Warniérirille, le 1" juin 15B4, en pn<iietKe de diverses nolibiliti'-s, m 
nombre desquelles Dguraient : noble homme Claude Pioche, consallter do Riii, g^n^nl de se* 
OniiMes en la provinr^e de Champagne ; Maître Matlmrin Pasquplte, ministre de 11 jurole de 
Dieu ; H' Jehan Elauifews, naguères é)a de Rethélois, pamùo do réponse, et Antoine Prou, 
commis au contrôle des forliBcations de Rocroi. 

(2) Etienne de Rousseau prit pour seconde femme Marguerite Cuillart, morte elle-miaw 
anntlSIS, s«eur de PierreCuiUarl, homme d armes deiordanoonces du Roi. Une de Ipurs flUes, 
Cbude de Ûousiean, avait pour mari, en 1051. H' Nicolas Spirq, greffier au coml^ de Roiojr. 

En 1567, Jacques de Hoossetu, Uioiirear 1 S^flgn;. /lail fprmier du reTcnu de la terre el 
seifnenrie ie ce nltage, coqjoiuleinent arae Jacqnes Ûarlot, mai-cliand, demeurant 1 Reima. 
(Acte de Rogitf, noliire, commiiniqaA obligeamment par notre regretté collësne el ami Adrien 
Dnchjnni, ancien snailiaire de l'Académie de Reini!.) 

(3) Celle hmiHe rMDonle 1 Robert Lunlt<>r, ^uyer, seigneur de Rome.]ea-ReIhe1, receiior 
des ttillet en rélection de Retbéloig en 1531. Lara de* Irunble.-^ religifui. il s'est rendu bmen 
par les prêches tenus dans son domaine de Rome, qu'il iTait lait forijfier et isoler k si fi{oa, 
ou noni dM «wx «nmiBulM. 



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- 75 — 

M* Pierre Lueiller, nolaire el greffier en chef de la maréchaussée 
de Relhel, el de daoïoiselle Anloinelle DubtiF. 

D'aprèri l'armoriai général, Nicole Lueiller porlail : d'argent, à 
un lixrre d'azur, sur lequel est perché un coq de gueules et soutenu de 
deux canettes affrontées de sable. 

Le même recueil donae pour armes à son frère, Jeao Lueiller, 
avocat en parlement : d'argent, à un lion de gueuUs, rampant contre 
le tronc d'un arbre de sinople. 

Frauçois de Cury, mort le 17 avril 1676, à T&ge de 36 ans, a été 
enterré le leudemain en l'église paroissiale, où la dépouille de sa 
femme, décédée daus sa soixante-quinzième année, fut également 
déposée le 13 décembre 1716. 

De leurs cinq enfants nous signalerons seulement : 

r M" Pierre-Antoine de Cury, baptisé le 17 mai 1670, maître 
ès-arls, clerc du diocèse de Reitiiî', chapelain de Sainte-Barbe de 
Notre-Dame de Namur. Il mourut à 76 ans el fut inhumé dans 
l'église le 16 mai 1743. 

i" Jeanne de Cury, baptisée le 19 mai 1672, décédée dans sa 
69* année el inhumée le 2 inai 1741, -dans la chapelle de Sainl- 
Pierre, dépendant du prieuré de Bethel. A la date du 29 juin 1701, 
elle avait épousé M" Eustacha Tiercelet, avocat en parlement, fils 
de M" Jeun Tiercelet, aussi avocat en parlement, et de Catherine 
Charbonnier. 

3" Renée de Cury, baptisée le 7 septembre 1676 el ayant atteint 
r&ge de 77 ans, quand elle mourut le 1" ociobre 17S3. Ses 
cendres reposent en ladite église de Ftethel, dans la nef de la 
Sainte Vierge. 

11 

Jean Lefebvre esL uidinairemenl qualifié voyer général au duché 

de Rethéloif, principauté dePorcien et marquisat de Montcoruet. 

C'est gr&ce à la découverte de deux actes de baptême et 
d'un acte notarié du commencement du dix-septième siècle, 
que nous avons su qu'il joignait au titre précité celui de 
membre de l'Ordre militaire du Saint-Sépulcre (1). Il n'est 

(1) Hodiflant les chartes ronslilutives, par bref du 3 mai 1907, S. S. le Pipe Ke X a prit 
m milns la Grande Milliise de l'Ordre Equtitre du Saint'Sép*icre. C'esl i II suile da 
celle r/rorme, qui en augmcnle seasiblcmi-Dt lo prestige, que le eomle Pastai-frassoni, le 
chevalier Caria A. Êvrlini el le caiiimandeur àf> Odiioiola «iennral de publier leur sanntt 
^Inde sur l'antique Milice. Ce TPlume intiiuié : Hiitoire de l'Ordre du kaint-Sèuutcrt de 
Jinualem, ei^l lllustr'^ de cumhreux iwi-traita, annoiries el omemeDls, a>ee ptancbei en 
conK-urs. Il con^litne donc une ^dilion de grand luie el l'une de> aurres les plus appr^ci^et 
qd aient Iraîl/, en ces denièrei aniifet, de* faites de la gtwieuM Imlilution, 



ib.Coogle 



- 76 - 

doDC pas superflu de les reproduire ici & titre de documeuls 
justificatifs : 

« Juillet 1613. — Le me^tne famedy VI, Jean, fils de Nicolas 
« OugnoD etJeaDneMeurier; paraio noble homme J<>an Lefebvre, 
€ chevalier du Saint Sëpulchre ; marine dame Jeanne de Gomont, 
« sa femme. » 

« 14 janvier 1616. — Barllieliemy et Dubus, DOtaire à Relhel. 
a Accord entre Louis Couslanl, laboureur, et Jean Lefebvre, 
« soi-disant chevalier du Saint Sépulcre de Hiérusalem, demeii- 

ranl à Rethel, au sujet de Barbe Bonneau, âgée de 19 ans el 
« plus, fille de M* Louis Bonneau, vivanl notaire royal à Relhel, 
H et de Jeanne PUiois, sa deuxième femme. » 

a Febvrier 1616. — Le samedi Jeanne, fille de George Vieillart, 
« et de Marguerite Cousteau. Paraiii M' Jean Lefebvre, chevalier 

1 de Hiérusalem ; marine dam"' Jeaniie de Gumout, »;a lemme. » 

On a lu, en tète de cetle notice, l'acte de décès de Louis 
Bonneau. 

Sa femme paraît descendre de Julien Pillois, seigneur de 
Lametz, conseiller et receveur à lacour des Aides, qui, en 1392, 
obtient la dignité de lieutenant des habitants de la ville de Reims. 

Jean Lefebvre, répétons-nous, dut entreprendre le pèlerinage 
de Jérusalem. La preuve en résulte implicileineul de la menlion 
accordée à son nom dans le spleuilide Libro de Oro, publié récem- 
ment par le Commandeur D. Carlos de Odrluzola y GrimautI (1). 

Comme on l'a vu pluR haul, Jean I^efebvre épousa Jeanne dé 
Gomonl, qui mourut le 8 seplembre 1619. 

Après son décèn, il fut payé 10 livres tournois à Hegnault 
Vaucher, custode de la paroisse Saint-Nicolas de Kelhel a pour 
le droit deub, A cause de l'ouverture de la saincte terre dans ieetU 
esglise, pour inhumer le corps de la ditte difuncîe Jeanne de Gomont. » 

Aux termes de son testament, elle avait létçué 3 livres à la 
Fabrique de l'église; 60 sols à la Fabrique des trépassés; 3 livres 
aux religieux Minimes de Relhel ; 45 sols aux confréries du 
Saint Nom de Jésus, du Saint-Sacreroenl et de Notre-Dame; 
15 sols aux confréries de Saint-Jacques, Notre-Dame de Saint- 
Ladre, et Saiut-Barthélemy, plus 20 sols à la paroisse d'Ecly. 



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— 77 — 

Jeanne de Gomont élait tille de M* Jean de GotnoDt(l), vicomte 
béréditaire de Porcieu, sei^eur de LécaiUe el d'Ecly en parlie, 
et d'Anne de Clèves (2). 

U* Jean Lefebvre eel mort le 17 octobre 1R42, laissant pour 
seuls enrantti nés de son mariage : 

I« Jeanne Lerebvre, baptisée le 15 janvier 1613, décédée en bas 
Age. 

i" Jean Lefebvre, bapti&é le 14 novembre 1613, mort jeune. 

3" Nicole Lefebvre, baptisée le 21 septembre 1615, femme de Henri 
Leclercq, marchand bourgeois de Reims en 1659. Elle mourut â 
r&ge de 91 ans, et Tut enterrée dans l'église le 23 janvier 1706. 

jo Jeanne Lefebvre, baptisée le 12 juillet 1617, inhumée dans 
l'église le 8 juin 170J. Elle s'était mariée, par contrat du 16 sep- 
tembre 16S7, avec M* Jean -Baptiste firodart, écuyer, sieur de 
Baracourt, conseiller du Roi, sou procureur en l'élection de 
Rethel en 16Sd et subdélégué de l'Intendant de Champagne (3). 

S" Appoline Lefèvre, baptisée le 9 août 1619, morte avant le 
mois de mars 1 627. 

DEUXIÈME PARTIE 

Une autre branche de la famille Lefebvre se développait à 
Rethel, parallèlemeul à la précédente et dans les mêmes temps. 
Bien que de multiples occupations ne nous aient pas laissé le 
temps de réunir les preuves de leur commune origine, cela ne 
doit pas nous empêcher de signaler ici la lignée à laquelle ce 
deuxième rameau a donné lieu. 

I 

M' Jean Lefebvre, né en I5S1, conseiller du Roi, notre eire, et 

élu pour sa Majesté en l'élection de Rethel, par provision du 

S mai 1 5B8 {i], était probablement frère de Gilles Lefebvre, nommé 

au chapitre précédent. 



t de Sorboa à ta fin du XVI' litett. Rein», imp, 

, _._.»' m iprtu de l'édii de 11196, René rte fJè»M. «ienr 

d( (>i-Dj. IriuninDK : dt gueulrr, frttli d'argml. Iindi« que tua parenl, \'mk do (jlèvei, 
■nmt en pirteineiit, porte : d atur, d S ctn d'or, rangre» eu pn(.— D'jpi*. Icsircliiïes 
de H. Freiuin de âi|i>ci>urt. ceiln bmïlle xurail piiur anues i d'autr, à Çaaçrf, d'or, garni* 
d'un aniita» d ar ,enl, nurmoaièe de î iloilei auiti d'ùrgenl. Nous laUtous 1 tain que 
1i int^ifue le »oin de t^i îBer la nuestlun. 



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- 78 - 

Il fait partie du groupe d'IiabilanLs dont le témoignage a été 
utilisé dans le procès-Terbul d'information, rédigé aux mois de 
septembre et octobre 16A0. Ladite enquête, poursuivie par Prao- 
çois de Népoux, sieur de Payoïault, genlilhomme ordinaire de la 
Chambre du Roi, concernait le paiemeal des poudres que feu 
H* Âuloine de Saint-Paul (t) avait vendues aux bourgeois de 
Bethel. 

11 résulte de ce document que, le 2I> avril 1S89, c'est-à-dire 
lors de la prise de Relhel par le maréchal de Saint-Paul, M* Jehan 
Lefebvre commandait au ch&teau de celte ville, od il partageait 
la surveillance avec quelques braves compatriotes. Le célèbre 
Ligueur, logé à l'hâtellerie du Sauvage, s'y rendit, après avoir 
soumis à l'agrément des échevins, en qualité de gouverneur 
militaire, Jean de Castigneau, écuyer, sieur de la Grange-au- 
fiois, alors Agé de 44 ans. Devant ta résistance opposée par 
Jean Lefebvre à l'inlroductiou du nouveau gouverneur et de 
sa troupe, SainUPauI fit lui-même faire l'ouverture des portes 
du château. Il y entra, suivi des échevins et installa, avec cin- 
quante hommes de guerre, le sieur de Castigneau, pour com- 
mander dans ses murs et tenir la place sous l'autorité du 
Maréchal € qui estoil recongneu pour gouverneur dud. lieu u {2). 

La déposition de Jean Lefebvre forme une pièce encore inédite 
de nos archives, et c'est à ce titre qu'il nous platt de la reproduire 
in extm$o (3). 

Miistra Jean Lerebvre, esleu poup l« Roy eo leilecUon de ReUtol, agi de trente 
neuf ana ou environ, tesmoing produicl jurëi comme lei précédents témoingli. 

A dicl qu'il congnoiiioit le S' de Pajimaull et sa femme, detqiieU il n'est 
parent ny allié, comme auaay il a congnu le déduncL S' de S> Paoul, et «e souvient 
qu'en Vanné mil cinq cens quatre vingtc et neuf, au mois d'apvril, autrement 
ne peult cotter le jour, luy Hit signiffié par le sergent de l'eachevinsge dudicl 
Bethel, de se tenir prest pour monter à cheval, lequel commandement se faisoit 
1 la raqueste des eachevins dud. Rethel. Mais ne luy fuit dict lors la cause et 
a'eatanl bien excusé aud. sergent, é cause d'uo mal de dent qui luy tenoit Ion, 
luy fut dict par led. lergenL qu'il n'y avoil aulcune excuse qui le peut 
empescher, qui fut cause que le depposant aussy toat >e prépara pour monter 1 
cheval, et led. mesme jour ae psrtitt avec plusieurs habitans el ung eschevin 
dud* Relhel, el sortirent par la porte du grand pont, qui est la porte du coslé 



(S) Cr. Al Banrion ; La date dt la prias de RetM par Ir Utiriehal de Satnt-Paiii, 
ifi tSSy, lia» la AsvM hulorigiu ardeuMÙs, unée 1899, p. 31t. 
m iuUm et BtIM, •étii El, il. 



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- TO — 

de RaÛM, at, •'aebMniniNiit jusque au village de Naufveliia, qui ait diaUiit duil' 
RaUiBl de deux tleq», auquel liaii fut dict au deppoaaol et aultraa, que l«t 
trouppei dud. aieur de S* Pioul a'BChemin oient vers led. Rethel et avec la Com* 
pagnie avac laquelle il esloit aorLy dud. Rethel, alla juaquea proche du village 
du Chaatellrt, et eu cheminiut luy Tut dict que le voiage qu'ili faiaoit, eatoit 
pour aller trouver Isd. Sr de S' Paoul. et de fiict aulcuua de ea compagnie 
alUrent uluer ledict S' de S' Paout, mainte deppoeant ny eitoit. Lequel S' de 
S* Paoul t'y logea le mesme jour bu village de Tagnou, auquel de la part deid. 
babilana fut porté du vin en bouteillei que lui envoyent leid. habitanti, ainajr 
qu'il fut dict au deppoeant par uog homme qui venoit de porter leid. bouteille*. 
Ne scayl le dappoiant queli propoi furent lenui par leid. habitani, aud. S' d« 
S' Paoul, au lieu de Tagnon, ay l'ili avoient chargé da priar icalluy de Sainct 
Paoul d'eilre gouverneur de la ville dud. Rethel, d'aultanl qu'il retourna d'avec 
la compagnie où il ealoit, par le mal qu'il enduroit, et le meana jour ou le 
lendemain, led. S' de S' Paoul arriva aud. Rethel, et ae logea en l'hoatellerye oi 
pend pour enteigne le Sauvaige, où ieelluyS' de S* Paoul fltaaaembler ptuiieura 
particulière habitant, avec leaqueU eatoit le deppoaant, où eatant fut remonatri, 
par led. S'' de S' Paoul, qu'il estoit venu aud. Rethel pour lea conaerver, ay bon 
leur aembloit, ou bien leur bailler quelque! peraonnagei, effln de le* conaerver 
et qu'ili y adviaaaaent. Sur quoy fut faict reponce au R', qu'on le prioit da 
patienter quelque temps, el que on feroit aaiembler le conseil pour y adviter. 
Sur ce, ledit S' de Sainct Paoul leur bailla deux heures pour y adviser, mais ne 
acayt la résolution ni conclusion qui fut faicte, aoit au conseil dudict Rethel, ou 
avecq led S' de SaincL Paoul, nj a esté présent, ni seayt le deppoeant, et n'a 
veu que ledict S'' de Sainct Paoul ayl faict charrier, ny amener audit Rethel, 
grande quantité de poudre, ny que led. S' de Sainct Paoul en ayt vendu aux 
babilana dudict Rethel, dix railliera, moyennant rail eicua. Bien a il entendu et 
eatoit le bruict en plusieurs lieux, en l'année mil Vi IIII" X ou mil Vi [Ilf XI, 
que ledict sieur de Sainct Paout avoit faict venir des pouldres, el partye d'icelles 
il l'avoit mis au chaslcau, et que pardessus il en avoit accommodé lesd. habltana, 
pour s'en servir au besoing, et que les eiohevins en avaient baillé promeiae, 
par"* laquelle promesse on obligation le depposant n'a veu, iceu, ni entendu 
que led. feu S' de Sainct Paoul ayt eaté d'aulcuae violanee ny force, envera lesd. 
habitani, durant le tempe qu'il a esté gouverneur dudict Rethel. Seayt bien le 
deppoaant qu'en l'an mil cinq cenaquatre vingtz quatorxe, par le commandement 
du Roy et du feu S' duc de Nevera, lea habitans dud. Rethel envolèrent quelque 
quantité de poudres et batlir pour le faict dud' S' au camp de Laon. Hais ne 
seayt sy lesd. poudres proceddoient de celles venduei par ledict S" da Sainct 
Paoul ausd. habitans, et n'en scauroit déppoeer et aulie ehoae n'a dict, et a 
ledict deppoeant signé en la minute des préeentei. 

M* Jean Lefebvre mourut vers 162S. 

Jeanne de Clèvea, sa femme, est à son tour décédée le 23 mars 
1636. Lors de leur mariage, célébré vers 198!», elle lui apporta en 
dol partie de la seigneurie de Sorbon, pour laquelle il rendit fol 
el hommage en 1 607, à M* René de Bezannes (1 ], écuyer, seigneur 
dominant de la place féodale de Sorbon. 



ir de Sai'bon, époosi, en Ip 



i h, Google 



L'orit;iualité de celle pièce, pleine d'attrail dans sa cbarmante 
uaïvelé, nous fail un devoir de la divulguer jusque dans ses 
muindres délails. 

19 juin 1S07. - Barthelteroy, notaire à Reth il. 

Cejourd'faui dix neufviesme de juin mil lii cens et sept, noble homme H* Jean 
Lerebïre, eileu et conseiller du Roy, ooslre sire, en l'elleclion de Rethelloi*, 
seigneur du village de Sorbon en parLye, dem' en la ville de Relhel, estant aud- 
SorbOQ, transporli exprès avec nt en la présence de laoy. Jean Barthélémy, 
notaire royal gL fadrédilaire au baillage de Victry le Trançois, prévoité et ressort 
de S** Menehould, dem> aud. Kethel, en présence de Rasse Mathieu, se:^eot 
ordinaire en la justice dud. Sorbon, Simon Charpentier, laboureur, et Ratilin 
Miqueau, nuDOUvrier, dem. aud. Sorbon. teamoingt par moy prit et appelle! 
pour l'absence d'auILre notaire, et illec icelluy Lefebvre se «eroit A l'inatant 
transporté au logis et domicil de Adam Robrrt, procureur QbcbI de la terre et 
seigneurie dud, Sorbon, où estant, en parlant ï Marie Le Hoy, u femme, 
environ les deux heures de relevée, pour scavoir sy icelluy Robert, procureur, 
avoit charge de Régné de Beianaes, escuier, seigneur féodsl dud. Sorbon, de 
comparoir pour luy et en son nom, en l'absence dud. S' de Besannes, an lieu et 
place seigneurialle et féodalle, accouslumé A faire et recepvoir les fois et homage 
quy luy sont deuba et appartiennent, i cause des tiers mouvans de lad. plsce> 
psr laquelle le Roy svoit esté Taici responce, que led. Robert n'esloit pour lors 
en son logis et qu'elle ne scavoit sy icelluy Robert, son marit, avoit aulcune 
charge dnd. S' de Rennoe*. 

Quoy voyant, icelluy S' I.efebvre avoit requis Rasset Mathieu, sergent ordi- 
naire eo U juitice dud. Sorbon, trouvé en l'sudisnce tenant es lieux accouetumé 
aud. SorboD la justice, présentement de se transporter au logis et domicil dud. 
S* de Reiaunes, et luy siguiffler el Tsire assavoir et entendre, comme led. 
Lerebvre, suivant exploict de signitAcalions i luy faicte, par led. Mathieu, 
sergent, le luody uptiesma jour du mois de may dernier, qu'icelluy Lcfcbvre 
s'estoit transporté aud. Sorbon, avec nous notaires susd., en la présence 
d«*d. tesmoioa, pour en l'instant se transporter en ladicla pUcc, et illec faire 
le* foy et homage, et prester le sernienl de fidélité i ce requis et péressaire, i 
cause et suivant la nature de son Bet, qu'il tient el advoue tenir mouvant de 
lad. place, lequel Rasset Mathieu, serpent, nous auroit dit el rapporté, scavoir 
s'estre transporté eiprta au domicil dud. S' de Beiannes, où estant, en parlant 
i dam"! Anne Feret, h femme, luy aiaot fsicl entendre el signilDé ce que 
dessus. Icelte dam"* luy auroit faict responce qu'icelluy S' de Beiannes, soi 
marit, n'estoil lors en son logis, ain* absent, et ne scavoir l'heure de «on retour, 
et que sy il plaiaoit aud. S' lefebvre attendre le retour de sond. marit, pour 
taire ce que dict est, sinon qu'il flst i sa volonté en paient le droit. Quoy 
voyant et ayent entendu, icelluy S' Lefebvre nous auroit requis nous transporter 
en lad. place féodale, ce que luy aurions accordé, et de faicL Iraosporlé en uoe 
certaine place, seize aud. Sorbon, lieud, proche de l'église et semilière dud. 
Sorbon, appelée la place féodalle dud. lieu, icelle royé la muraille desd. église 
et semilière, d'une part, el Lois Rainbaull, d'aullre, franlonant sur la rue 
publique, budant au grand jardin, où estant icelluy S' Lefebvre, se seroit pros- 
terné vers terre, sur ung genouil, la teste nue, son espée hors de sa cînture, 
et auroit diel et appelé i haulLe voie, par trois fois, Icd. S' Régné de Reiannes, 
mesme demandé s'il y avoit personne présent, pour luy, ou ayant pouvoir 
FBCepvoir led. Lefebvre, en ses fois et homage et serment de fidélité, 1 cause de 
sond. flef mouvant dlealla place, ou nulle perMOM ne i« servit priienK, af 



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faict auleune responce, c« faicl icelluy S' Lefebvre ■ diet ce* parolle» à haulte 

Monieifcneur, ie voua fay lea toy et hommage qat ie voua doiba, et vous preate 
et promet aerment de fidélité, t cause et selon la nature de mond. flef, duquel 
ie promet voua faire tenir desnombremenl devant le temps de la cou stu me, avec 
protealatiOQ que ly faire se doibt y au^tmentcr ou diminuer, ayent paie te> 
droicli attribués pour le relief quy eat de trente cinq sota, paies et délivrés aud. 
Mathieu, aergent en lad. juilice, l'ung des tesmoios-cy-dessus nommé, qui les a 
pria et receu cL promia en l'obligation de ses biens en faire tenir quitte led. 
S* L«rebvre, eorers et contre tous, dont icelluy S' Lefebvre a requis acte à luy 
octroyé aoulz caste forme, après qu'il a ai^ë le présent avec Icad. tesmoinss. 

Sifoë : J. LcremysM. 

S. CBARPBirrnR. 
RÂinjn-MHinuDT. 

B. Uatsibit, 
BADrauLBin. 

De son atliance avec Jeaune de Clèves, Jean Lerebvre eut au 
moins quatre enTants : 

1' ChriBliiie, qui suit. 

2* Jeanne Lefebvre, mariée avant 1619, avec H* Pierre Ciiralé, 
greffier au bailliat|[eelau grenier à sel de ta principauté de Porcien. 

3° U* Ëlienne Lefebvre, licencié es lois, avocat au parlement, 
puis élu et conseiller du Roi en l'élection de Relhel, mort le 
9 mai IG51, marié par contrat pai^^é devant BrisHet, notaire & 
Reims, le 2 septembre 1614, avec Marie Dori^ny, qui liépassit le 
2S mai 1 625, 611e de Nicolas Doiï>rny, l'alné, mai-cband bourifeois 
de Reims. En secondes noces. Etienne Lefebvre avait épousé, par 
contrat de Thomas Rogier, notaire à Reims, en date du i3 avril 
1624, Jeanne Lasoe, fille U* Antoine Lasne, contrôleur de la 
Maison de feu Monseigneur le Cardinal de Guise. 

4* Anne Lefebvre, mariée le 11 aoOt 1611, k M* Philippe 
Hoisnet, contrôleur au grenier à sel de Relhel, juge des terres et 
seigneuries temporelles du prieuré de Novy. Celui-ci fut nommé, 
par lettres du 16 juin 1617, receveur du duché du Rethélois, et 
présenta pour cautions ses deux frères, Jérôme Moisnet, mar- 
chand à Roucy, et M* Claude Moisnet, grenetier au grenier à sel 
de Cormicy. Un peu plus lard (1638), il est qualifié conlrôleur 
général des domaines appartenant à M**** les princesses duchesses 
de Rethélois eu leur duché. 

Anne Lefebvre mourut le 6 juillet 1612, c'est-A-dire moins d'un 
an a|>rès son mariage, vingt-quatre heures après la naissance de 
sa fille Jeanne. Philippe Moisnet se remaria, en 1613, avecNtcole 
Dorigny, at mourut lui-même le 17 novembre 1663. 



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H 

ChrisliDe Lefebvre épousa Nicolas Leclerc, marchand boui^eois 
de ReLhel, qui mourut le 9 janvier 1<135. Elle eut une dizaine 
d'enfants de son mariage, entre autres : 

Nicole Leilerc, née le 4 février 16t8 et mariée, par contrat du 
4 août 1638, au docteurCtaude Desain. 

Ceux-ci reposent tous deux dans réglise de Rethel, où l'ins- 
cription uuivanle en lettres capitales rappelle l'endroit de leur 
sépulture : 



CY GIST M« CLAUDE DE SAIN. NATIF 
DE REIMS. DOCTEUR EN MÉDECINE. LE 
QUEL APRÈS AVOIR EXERCÉ ET SERVI 
LE PUBUQUE QUARANTE TROIS ANS 
ET DÉCÉDÉ A RETHEL LE SO MARS 1676 

ÂGÉ DE 68 ANS 

ET DAMOISELLE NICOLLE LE CLERCQ 

SA FEMME 

ET SES ENFANTS 

PRIEZ DIEU POUR LEURS AMES. 



Le texte, agrémenté de divers ornements, est en outre surmonté 
d'un écusBon parti, représentant ù dexire, une plume en pal avec 
un raisin (surmonté d'une étoile} de chaque cCté, et à seneslre, 
une étoile eu chef, avec uo croissant en pointe (1). 

III 
Elisabeth Desain, leur 611e, baptisée le 26 novembre 1643, se 
maria, par contrat du 6 février 1667, avec Nicolas Durand, mar- 
chand bourgeois de ReLhel. Ce dernier était fils de M* Etienne 
Durand, époux de Jeanne Thiéry et notaire en Retbélois, qui 
périt héroïquement au temps de la Fronde, en cherchant à 
apaiser une émeute suscitée par des miliciens étrangers. On lit 

il) Cf L. pemiùoD et H. lubn ; Monogrtplùe de l'Eglitt dt nelhel. Puk, Alpb. 



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ainsi, dans le registre des sépultures, la laconique menlioD qui 
peq)étue la mémoire de cette belle mort : 

« Mars 1650. — Le 2, M. Durand, eschevin, lue par les pou- 
lonnoia. » 

Nicolas Durand, alors pourvu, comme ses ancêtres, d'un orfice 
de notaire, décéda le 23 janvier 1719, à l'âge de 80 ans. Ses realeb 
reposent dans l'église « «ntre la chapelle Saint- Barthélémy et la 
porte du cœur de la paroisse. ■> 

Elisabeth Desaiu, sa femme, morte à l'&ge de 33 ans, n'existait 
plus depuis le 18 juin 1676. 

IV 

Nous terminons ce travail, en consacrant quelques lignes à un 
de leurs euTants, dont la vie el les œuvres fei'ont sans doute un 
jour l'objet d'une étude spéciale. Il s'agit de l'avocat Etienne 
Durand, baptisé le l" janvier 1669, et décédé eu 1735. 

Voici, d'après les patientes recberube« de noire ami U. Henri 
Jadart, conservateur de la Bibliothèque de Reims, quelques ren- 
seignements indispensables sur cette uotabilité du Droit : 

Btienne Durand, avocat, commentateur de la Coutume de Vitiy, 
fut inhumé dans l'ancien cimetière contigu â l'église el supprimé 
seulement en 1780. Le texte de sou inscription a été reproduit au 
bas de L'épilaphe du docteur Desain, sou aïeul maternel, mais il 
est gravé d'une façon si incorrecte que plusieurs fautes grossières 
ont besoin d'élre rectiSées. En rétablissant dans la mesure du 
possible les lettres tronquées, voici la traduction de cet éloge 
énigmatique : 

Ici repose celui qui Jamais ne se reposa 
Etienne Durand, rethéloie, petlt-flls d'Etienne 
Durand, qui pris le premier les armas 
et mourut pour sa Patrie, avocat au 
Parlement de Paris, homme expert 

dans les lois anciennes et qui 

mourut su mois de Mvrier l'an 1780. 
Qu'il repose en paix i ()) 

Les nombreux factums que cet érudît a publiés attestent en 
effet le labeur par lui déployé dans sa résistance contre les pré- 
tentions de certains nobles ou autres personnages de marque. 

(t) a. RePtitdt Cfe<Mpsfiw*ldsSH«,iui<«1877, p.i96. — VoiranuiL. 
tt H. Jatet, «y. ait 



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-8*- 

Le glorieux (répaa in son aïeul, dont nous parlons plus haut, 
explique l'insertion, sur le Litre du commeiiUîre des Coutuniei de 
Vitry (I), d'une couronne civique el d'un chêne, avec la devise : 
Dulceti décorum est pro patriamori. Il semble tout naturel que l'au- 
teur ail pE'éft'ré ce magnifique Iruphi^e aux armes que lui attribue 
l'Ârmorial de l'élection de Relhel : if azur, à une quintefeuille Soir, 
œeompagnée de trois croisiants d'argent, deux en chef et un en pointe. 

Ce dernier blason a été tfravé sur l'un des piliers de l'église, 
au-dessous d'une inscription en lettres gothiques dont suit la 
reproducliOQ : 



» 


la Mémoire it $Hcnnc |uFanîi 




■port le 2 glais 


1S50 


ïittiint 


bt son ticooumcnt 


> SIS concitogins 




{nteiFé Um cittt 


église 



On a publié déjà, d'après une copie défectueuse, les actes de 
baptême et de sépulture du commentateur de la Coutume de Vilry. 
Non» les rapportons doue à nouveau ici, en respectant scrupu- 
leufttfineut leur teneur, telle qu'elle existe dans les registres ori- 
ginaux déposés aux archives de Bethel : 

<t Janvier 1669. — Le t*' jour... El le mesmejoura esté baptisé, 

■ par moy vicaire, Estienne, Qls de Nicolas Durand, marchaut, et 

« d'Elisabeth Desain, demeuraus à Bethel ; parin H' Philibert 

a Durand, preslre, et Antoinette Durand, demeurant à Rethel. » 

Signé : Durand D. R. P. F. P. 

Anlhoinelte Durand. Durand. 
Durad. 
« L'an 1 735, le 28* feverier, a etez inhumé au cimetière de cette 
« paroisse, M'* Etienne Durand, arocat en parlement, garçon, 
R aagé de soixante-six ans ou environ, de cette paroisse, et ont 
« Assistés & son couvoy les soussignés : Walelel, Aubert. — 
« Aubert, Pavereau. » 

Paul Pellot. 

(f ) CoulKinFii (tu BailUnge de Vilrn en Ptrlhoi'.aree un cnmmentaire el aoe description 
■br^ée de li Kublaai^e de Krance, par Uillre E^lienIM Uuraiid, tnieu m ParleiDent, demeurant 
I Relbel-Sluiria. k Cbukias, eh« Ctande Bondurd, ITtl, in-Mio, SV-90 pp. 



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LA JUSTICE A SEDAN 

39E 17S8 .A. 1S14 

(SUITB ET fin) 



CHAPITRE m 

De 1792 à l'an III 

La Gonstitntion, votée par la Convention nationale le i4 sep- 
tembre 1791. proclamait, À nouveau, le principe de la justice 
rendue gratuitement par des jages élas à temps; elle semblait 
bien établir une innovation par l'institution des lettres patentes, 
mais cette investiture était de faible importance, le roi ne pouvant 
se refuser à l'accorder ; par contre, elle étendait, dans un sens 
plus démocratique, l'accès à la magistrature, en supprimant la 
plupart des conditions d'éligibilité. Afin de donner une sanction 
à cette mesure, l'assemblée, après avoir imposé le même mode de 
recrutement aux Commissaires nationaux et aux Greffiers, décida 
que tous les corps judiciaires, y compris ces derniers fonction- 
naires, seraient soumis à une nouvelle élection ; « le faculté de 
rééiir ceux qui avaient bien mérité de la patrie étant, bien 
entendu, laisBée aux électeurs », 

La même constitution remettait au Pouvoir législatif le soin de 
régler le nombre des arrondissements judiciaires, ainsi que celui 
des juges dont chaque tribunal devait être composé. 

Les élections pour le renonvellement du Tribunal du district de 
Sedan eurent lieu les 18, 19 et ao novembre 179a ; trois sur cinq 
des anciens magistrats furent réélus. 
Le Tribunal se trouva alors composé de : 

MM. Antoine-Félix Auciaire, premier juge, faisant fonction de 
Président ; 
Jean- Antoine Alulire, deuxième juge; 
Jean-Baptiste Ninnin, troisième juge ; 
Jean-Baptiste-Claude Gbbard, quatrième juge; 
Pierre Vbrribr, cinquième juge, 
et de MM. Jean Brikt, notaire à Francheval; Henri Matbiiu, 
maire; Boubouin, le jeune; Jean-Baptiste Jacquillon, homme de 
loi, juges suppléants. 



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Ce fnt le mercredi 19 décembre 179Q (an I de la Répabliqae 
française) qne l'on procéda, avec une pompe tonte particulière, à 
la prestation de serment et à l'iDstallation des nouveaux juges et 
jugea suppléants. Cette cérémonie eut lieu en présence du Conseil 
général de la commune de Sedan, alors composé de MM. Caillot, 
maire. Absous fils, Oudin, Dbvillepoix, d'AvRANos, Hbbbulot, 
Varoquier fils, conseillers, et Vasbant, procureur. 

Le procès-verbal de la séance d'installation est conservé an 
greffe du Tribunal civil, il est rédigé dans les termes suivants : 

* Au sortir de la messe de Saint-Esprit, chantée solennelle- 
ment dans l'église cathédrale, le Conseil général de la commune 
de Sedan, assemblé en la salle d'audience, séant sur les hauts 
bancs, les portes du palais fermées et icelles ouvertes ensuite, les 
citoyens élus juges entrés et introduits dans l'intérieur du parqnet, 
le procureur a requis l'enregistrement du procès-verbal d'élec- 
tions des juges et suppléants ; sur quoi, le conseil général a reçu 
le serment sons la religion duquel ils ont individuellement juré, 
en présence de la commune assistante, d'être fidèles k la nation 
française, de maintenir de tous leurs pouvoirs la liberté et l'éga- 
lité, de mourir k leurs postes en les défendant et de remplir iivec 
exactitude et impartialité les fonctions qui leur sont confiées. Ce 
fait, les citoyens juges ont été installés par les membres présents 
du Conseil général, lesquels, descendus dans le parquet, ont à 
l'instant, an nom du peuple, prononcé pour lui l'engagement de 
porter an tribunal du district et à ses jugements, le respect et 
l'obéissance qne tous les citoyens doivent à la loi et à ses organes. » 

La loi du 18 aoûti^ga ayant supprimé les Commissaires du Roi, 
le même Conseil général avait, deux jours auparavant, installé 
M. Augustin Lehabie, homme de loi, en qualité de Commissaire 
du pouvoir exécutif près le tribunal du district, en l'emplacement de 
M. DouRTH. L'ancien greffier avait été maintenu dans ses fonctions. 

Il est à remarquer qne la constitution de 179a n'avait nullement 
modifié la compétence des diSérentes juridictions, comme précé- 
demment les juges de paix continuèrent, ainsi que leurs asses- 
seurs à composer, dans chaque chef-lieu de canton, un tribunal 
pénal. Le personnel seul de ces tribunaux fut en partie modifié. 

Les élections pour le renouvellement des juges de paix eut lien 
dans tout le district le dimanche a5 novcmbi-e 1793. 

Les électeurs de Sedan-Ville se réunirent en quatre sections : 
celle du Méuil, aux écoles du faubourg du même noQi, sous la 



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— 87 - 

présidence de M. Malaib£, rentier; — celle de l'égalité, dans la 
salle du Tribunal, sons la présidence de M. Dupont, homme de 
loi; — celle dite de Maqua, aux écoles da petit quartier, aous la 
présidence de M. Gbrard, juge an Tribunal du district; — enân, 
celle du chAteaa, présidée par M. Lbnoir-Petrb, procureur de la 
Commone, ae tint dans la salie da gonvemement. — M. Pierre 
CuNissB fut réélu. — M. Pierre Brazt, homme de loi, remplaça 
M. Jean-Baptiste Ninnin, élu juge an Tribtmal da district. — 
Dans le canton suburbain, M. Bon, juge de paix de Torcy, qui 
ne devait pas tarder à être remplacé par M. Jacqubhin, tat main- 
tenn dans ses fonctions. 

Les assesseurs des juges de paix de Sedan-Ville furent : pour le 
premier juge de paix, MM. DisnoossEAUz aîné, manufacturier; 
Ybkrt, brasseur; Raulin-Husson, manafactorier ; Propinbt père, 
négociant; Gioou de Saint-Simon; Lechantrur, brasseur; et, 
pour le deuxième juge de paix, MM. Pierre Gav»'; Ghayaux- 
Caillon, brasseur; Edouard Bechvt, manufacturier; Colin-Gour- 
HONT, négociant ; Bkrtïchb neveu, marchand ; Malaizâ, rentier. 

Dans les cantons ruraux, quelques-uns seulement des juges de 
paix sortants furent réélus. — A Mouzon-Ville, M. Jean-Baptiste 
Noél Daocourt remplaça M. Payart. — Dans le même canton, 
mais pour les communes rurales, M. Jean-Baptiste Depahbour, 
habitant de Remilly, succéda à M. Manoin. ^ A Beaumont, 
M. Antoine Quinquerellb fut élu en remplacement de M. Gibout. 

— A Carignan, M. Wainqubr père prit ta place de M. Latodr&Is. 

— A Chémery, M. Chahpbaux remplaça M. Guillaume Gérard. — 
Enfin, k Donchery, M. d'Akolkhont de Tassiony fut remplacé 
par M. Nicolas Thrillibr. 

Ces magistrats devaient être les derniers recrutés par le 
sufirage. L'établissement du gouvernement révolutionnaire, le 
19 vendémiaire an II, eut pour effet de suspendre la Constitution 
da 34 j<*i° i793t an moment où elle venait à peine d'être promul- 
guée. En même temps qne de nouveaux arbitres publics, élus 
tous les ans par le peuple, succédaient aux arbitres dont le choix 
était précédenmient laissé aux plaideurs, le nom même de juge 
était supprimé. Mais, ainsi qu'il résulte des archives du temps, 
ces réformes ne furent pas appliquées ; le Tribunal du district 
n'arrêta pas le cours de ses travaux ; les magistrats le composant 
continuèrent à prendre le titr« de jugesi on plutôt à le voir porter 



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par des snccassears choisis par les représentants du penpie, snr 
propositions des comités révolutionnaires et de saint poblic. 

C'est qu'en effet les juges du tribunal civil du district, élus en 
179a, étaient, on s'en souvient, des magistrats on hommes de lot 
ayant appartenu aux anciennes justices royales ; il n'en était pas 
de mfime des juges de paix, d'origine plus modeste; aussi les 
premiers ne devaient-ils pas tarder à paraître suspects aux 
hommes nouveaux que les guerres extérieures mirent au pouvoir 
pendant la période troublée de vendémiaire an II à fructidor 
an m, alors que n'étaient nullement inquiétés les autres que, 
cependant, leurs fonctions d'officiers de police et de juges d'ins- 
truction auprès des tribunaux criminels auraient dû exposer plus 
pailiculièrement à la suspicion, qui était le mal du temps. 

M. AucLAiRE, premier juge du tribunal du district, fut, en bru- 
maire an II, destitué, arrfité, et détenu à l'ancienne abbaye du 
Mont-Dieu, devenue prison d'Etat. Il fut remplacé le 35 nivôse de 
la mCme année par le citoyen Urbain Prionot, ancien prêtre, 
curé démissionnaire de Saint-Menges, remplissant depuis quelque 
temps déjà les fonctions de juge au tribunal criminel du départe- 
ment. Cette nomination fut faite par le représentant du penpie 
Masstbu, délégué aux années, sur la désignation du comité révo- 
lutionnaire de Sedan, qui, te quintidi de la troisième décade de 
brumaire, lui avait délivré un certificat de civisme. 

Le 13 floréal an II, MM. ALLAiRsetVEBRiER étaient, à leur tour, 
destitués, mis eo état d'arrestation et détenus à la mSme prison. Un 
arrêté du citoyen Lbvabbbur, de la Sarthe, l'eprésentant du peuple 
délégué dans les Ardennes, les remplaça dans leurs fonctions par 
les citoyens Dsbaize, de Connage, et Houorand, ancien notaire. 

Le 91 nivftse an II, M. Leharir, commissaire du gouverne- 
ment près le tribunal du district, était destitué et mis en état 
d'arrestation au Monl-Dieu. Le comité révolutionnaire de Sedan 
le remplaçait provisoirement par le citoyen Lagrive. ancien 
homme de loi à Donchery et que l'on retrouvera plus tard d'abord 
comme substitut, puis comme procureur impérial dans l'arron- 
dissement de Sedan. Le 97 prairial an II, M. Lagrivs était nommé 
administrateur du district, et à la même date, le représentant do 
penpie Lbvasseur lui donnait comme successeur le citoyen 
MoGue, officier municipal de la ville de L mes (district de Libre- 
ville), qui ne devait i-ester en fonctions que pendant trois mois. 
Charles Delacroix étant devenu représentant du peuple, le citoyen 



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MonuR fut mis, en cfTet, en arrestation et, par décision du comité 
de salut public, destitué et remplacé par le citoyen Bochguin, 
le jeune. 

Par la m^me décision, Jean-François Dupont, homme de loi, 
était nommé juge au TribunnI du district en remplacement du 
citoyen Delaive qui n'avait pas accepté les fonctions auxquelles 
il avait été appelé. 

Le 'il nivôse de l'an II. M. Glande Grra.bi>, juge au tribunal, 
adressa au Conseil permanent du district de Sedan une lettre dans 
laquelle il faisait valoir qu'avant son élection au siège de juge, il 
s'était occupé, pendant plus de 3o ans, d'administration forestière, 
en qualité de Procnrcurdu i-oi près la maîtrise de Sedan; qu'en 
conséquence, il estimait devoir rendre plus de sei*vice dans l'admi- 
nistration forestière nouvcllcinciit reconstituée; qu'il demandait, 
en conséquence, à renti-er dans ce service. Le conseil ayant 
pris en considcratinn la requête de M. GEBABn, le releva de ses 
fonctions de juge et le nomma administrateur forestier. 

M. Gérard fut remplacé [)ar le citoyen Lambert, de Donchery 
(en conséquence da certificat de civisme et de capacité que 
lui avait délivré la Société populaire). 

Le .*) vendémiaire au III, un arrêté du représentant du peuple 
Cjliarlcs Delacroix |>ourvut. on bloc, au remplacement des juges 
suppléants du ti-ibunat dn district, et, après avoir pris l'avis de 
la Société populaire, décida que « les citoyens Rouy, Egieb, 
Phivk, commis des manufactures, et Combe l'ainé, marchand, 
sei'aicnt nommés ». 

Le 12 bruniiiiif anIII, Mathieu-Nicolas Houqkand, juge au Tri- 
bunal du district, précédemment notaire, dut donner sa démission, 
en raison do la loi du a'] vendémiaire an II sur l'incompatibilité 
et afin de continuer l'exeree de la profession de notaire. 

Le 17 du même mois, le repi-ésenlunt du peuple Delacroix prit 
l'arrêté suivant : 

« Considérant que la loi sur les incompatibilités laissait plu- 
sieurs places vacantes dans les autorités constituées par l'option 
do plusieurs membres; après avoir consulté le peuple réuni en 
société populaire, sur le civisme et les talents des citoyens pi'opres 
à remplir les fonctions publiques, voulant donner au gouverne- 
ment révolutîonnaii-e toute l'activité qui convient pour assurer 
aux lois tonte leur énergie, ariête que le citoyen Uaupiebre rem- 
placera au Tribunal du district le citoyen Houorand, notaire. » 



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Le i6 germinal saivant, le citoyen Haupierre ayant été nommé 
officier de police jadiciaire auprès de l'armée de Sambre-ct-Meuse, 
donna sa démissïoo. 

A-insi qu'il a été dit déjà, peu de modifications furent appoctées 
dans le personnel des justices de paix pendant la période de 
vendémiaire an II à fructidor an III. 

Cependant, le 38 brumaira an 11, atteint par la toi sur l'incom- 
patibilité, M. Ur.uy. juge de paix de Sedan-Ville, dut démis- 
sionner pour continuer à i-eniplir les fonctions de notaire. A son 
départ, le conseil du disti'ict lui adressait ime lettre de regrets, 
rendant hommage à son civii^um. 11 fut remplacé d'abord par le 
citoyen Ybkrt, brasseur à Sedan, qui, obligé de consacrer toat 
son temps à sa très nombreuse famille, ne tarda pas à se démettre 
de ses fonctions ; puis par le citoyen Vehrier, qui, peu de temps 
auparavant, avait été nommé juge de paix du canton suburbain. 
Ces différentes nominations furent faites par le conseil du district 
composé de MM. Poupart, le jeune; Bbbnard, Aoon, Wuillièhb, 
Lagrivb, et Dehenne, pi-ocureur syndic. 

Le 37 pluviôse an II, Nicolas Barre remplaça, comme juge de paix 
de Ghémery, M. Chahpaux. A la même date, M. Léonard Thonel, 
officier municipal de Doncfaery, fut nommé juge de paix de ce 
canton en remplacement de M. Martinet. 

Le aa prairial an UI, le citoyen Houorand, agent national de la 
commune de Margot, succéda, comme juge de paix de son canton, 
au citoyen Nicolas, démissionnaire. A la même date, le citoyen 
Wainquer, juge de paix de Carignan, ayant démissionné, fut 
remplacé par le citoyen Jean-François-Olivier Desse. 

Qnand on voit, en 1793, avec quelle rapidité se sont succédé les 
magistrats du tribunal du district, avec quelle facilité ils étaient 
nommés, puis destitués et souvent mis en état d'arrestation, on est 
tenté de croire, comme d'ailleurs beaucoup de pei'sonnes le pensent, 
que, durant cette période, l'anai-cliie la plus complète régnait dans 
l'organisation judiciaire ; que le bon plaisir des comités révolu- 
tionnaires s'était substitué aux tribunaux ordinaires précédem- 
ment élus et régulièrement institués. Il n'en fut rien cependant, 
dans notre cité tout au moins. En consultant les archives du 
Tribunal de Sedan, on constate que MM. Brazt et Cunissb, ainsi 
que leurs assesseurs, qui composaient le tribunal coiTectionne) et 
assuraient le service de l'instruction, n'abandonnèrent pas un seul 



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-91 - 

instant l'exercice régulier et normal de leurs fonctions. Obligés 
fréquemment d'apposer des scellés, i-equis de £ure des perquisi- 
tions, ces magistrats ne cessèi'ent, même aux moments les plus 
troublés, en matière politique comme en matière de droit commun, 
de procéder régulièrement à des enquêtes et de concourir k des 
jugements dont l'esprit d'indépendance et de fermeté leur fait le 
plus grand honneur. 

Eu maintes circonstances, ces juges de paix élus par leurs 
concitoyens, que rien dans leur passé ni dans leurs antécédents 
n'avait semblé prédisposer aux fonctions judiciaires et qui n'étaient 
pas, comme les juges du district, des magistrats de carrièi>e, quels 
que puissent être le ton comminatoire et la qualité des plaignants, 
n'hésitèrent pas à faire bénéficier les inculpés du doute le plus 
léger qui pouvait exister en leur faveur. 

Quelques e:temples pris au liusiird en font foi : 

Un décret de la Convention nationale du a5 juillet 1798 portait 
k son article premier: 

« Toute autorité, tout individu qui se permettrait, sous quelque 
prétexte que ce sott, de porter atteinte & la réunion, ou d'employer 
quelques moyens pour dissoudre les sociétés populaires, seront 
poursuivis comme coupables d'attentat contre la liberté et punis 
comme tels. » 

L'article suivant ajoutait : « Les procureurs généraux syndics, 
les procureurs syndics et les procureurs des communes seront 
tenus de dénoncer, et les accusateurs publics de poursuivre, tous 
les di'lits de cette espèce qui viendront à leur connaissance, à 
peine de destitution. » 

Rappelant ces dispositions impératives et signalant divers faits 
lui paraissant délictueux, le Procureur Vassant écrivait aux juges 
de paix de Sedan la lettre qui suit : 

Sedan, an II de la République Françaùe. une et indivisible, 
f'itoyem juges de paix. 
Je serais destitué de mes fonctions si je ne poursuivais pas le fait tfue 
je viens vous dénoncer. 

Je vous demande en conséquence d'en faire punir l'auteur. Dans les 
moments périlleux où se trouve la Hépubliqtie, c'est avec des demi- 
mesures que l'on compromet le salut du peuple. 
Salut et fraternité. 

Signé : Vassaiït. 



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Le a septembre 1793, le citoyen Coustier, président de la sci-lioii 
de la liberté, avait refusé de remettre la clef de la salle des 
séances, que les différentes sections des sociétés populaiiH-s avaient 
en comm n, clef que le citoyen Barthélémy, président de la 
sectio I des jacobins, lui avait réclamée par. écrit. Plusieurs 
membi'cs de la section des jacobins et près de aoo citoyens et 
citoyennes, attendant à la porte et recevant la pluie, avaient été 
forcés de se rctii'cr. Ce fait tonil>aiit sous l'application du décret 
du a6 juillet Ijtj3, une information fut ouverte par les juges de 
paix Brazy et Cu.nisse. 

Le citoyen Coustier fit valoir qu'eu sa qualité de président dr 
la section de la liberté, il avait reçu des ofiiciers munici^wux une 
lettre mettant sous sa surveillance les cartons, tableaux et autres 
meubles appartt nant à la société des jacobins et déposés dans la 
chapelle du collège (salle mise par la municipalité à la disposition 
de la société populaire); qu'il avait répondu à la municipalité que 
le respect des citoyens composant la section de ta liberté était 
sans bornes pour tout ce qui rappelait le souvenir des grands 
hommes qui ont bien mérité de l'humanité, et que la société des 
jacobins devait être sans crainte du côté d'une propriété aussi 
sacrée, mais que la section de la liberté ayant décidé que la clef 
ne serait remise à d'autres sections qu'alors que ses propres 
travaux seraient terminés, il gai-derait cette clef jusqu'à ce que 
la section, dont il n'était que l'organe, en aurait décidé autre- 
ment. 

Il n'est pas trace que les juges aient donné suite à cette affaire, 

Vers le même moment, le président de la société populaire 
(section de la liberté) avait porté plainte conti'e un citoyen X... 
qui, dans une réunion, avait cherché à entraver les opérations de 
l'assemblée en disant que plus la société mettrait de célérité dans 
ses travaux, plus il tronvei-ait de moyens de les faire traîner 
en longueur. 

Le citoyen X..., cité à l'audience correctionnelle, déclai'a qu'il 
était pénétré de douleur d'avoir pu donner des doutes sur la 
pureté de son patriotisme, etc. Le Tribunal, en conséquence, 
l'acquitta, se bornant à lui recommander plus de réserve à l'avenir 
dans les propos qu.il tiendrait lorsqu'il se trouverait dans des 
assemblées publiques. 



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Le 9 tioftt de l'an II, le colonel de la ganle nationale, Ratvrvillk, 
se plaignait d'avoir été outragé dans les conditions suivantes: 

H Jo vous annonce, écrivait-il, que, faisant la ronde d'ofQcïer 
supiirirur, nous avons été insulté par des paroles dans ces termes, 
en disant mon c..., parce que c'est la coutume que l'on crie qai 
vive. Moi je nponds: i-onded'officiersupcrieur; l'on dit derechef 
mon c... pour la ronde d'ofDcier supérieur. Je fus obligé de 
prendre la force armiV île la porte de Batan pour voir les 
malveillants qui pourraient y fitre. Il s'est trouvé que c'étaient 
denx grenadiers de la garde de cette ville, un qui se nomme B... et 
l'autre C.., caporal; je les ai fait conduire à la place, etc.... » 

Entendus parMM.BRAZY&Cu.vissK, C...ctB... soutinrent qu'ils 
étaient ensemble dans la nuit du 9 août avec d'autres particuliers 
vers 10 heures, qu'ils avaient bu une goutte chez le citoyen 
Rondeau; que, comme ils se disposaient à sortir, C... dit à B... : 
nous boirons bien encore une goutte, que B... lui répondit: non. 
mon c..., je ne veox plus boire; que G... ayant encore insisté, B... 
redit sur le même ton et très haut : Allons, mon c..., je ne veux 
plus boire...; qu'à ces dernières paroles, le citoyen Uatuéville 
s'est pi-ésenté, disant qu'on l'avait insulté comme iaisant sa ronde 
d'olficicr supérieur; qu'on lui avait fait remarquer qu'il était tout 
à fait dans l'erreur; que tes propos qui avaient été tenus n'avaient 
rapport qu'entre eux et nnllement k sa ronde d' officier supérieur. 

Il n'apparaît pas que suite ait été donnée à cette atlaire. 

Le ao août 1793, les juges de paix étaient avisés qu'un crime 
venait d'être commis dans le sanctuaire des lois (société populaire). 
Délibération avait été prise par le conseil général de la commune, 
signalant aux magistrats qu'un sieur P... avait, par son attitude, 
oblige l'oOtcier municipal, en permanence an club des jacobins 
séant en l'église du collège, de dissoudi-e l'assemblée, après quoi, 
ledit sieur P..., conduit par la garde à l'hfitel de ville, s'était 
livré & des violences sur le citoyen Vabsant, procureur de la 
commune, qui l'avait fait arrêter. 

Malgré l'insistance toute paKiculière du citoyen Vabsant et des 
menaces de dénonciation dont ils furent l'objet, les juges de paix 
laissèrent P.,. en liberté provisoire: puis ils l'acquittèrent, 
motivant ainsi leur jugement : 

«. Attendu, sur le premier chef, qu'il n'est pas établi que la 
dissolution provoquée par P... au club des jacobins ail en pour 



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- w - 

but de tronbler la dite réunion; sur le deuxième chef, qu'il est 
prouvé que Vasaant et P..., se trouvant très rap]irochés l'un de 
l'antre, se sont, en gesticulant, respectivement repoussés; que 
cette voie de fait imputée k P.,., bien loin de pouvoir être consi- 
dérée comme un dessein prémédité de frapper un officier public 
en fonctions, paraît an contraire n'être que l'impulsion des 
mouvements et débats qu'avait excites entre les citoyens Vassant 
et P... la chaleur de la discussion...; enjoint toutefois à P... 
de se comporter à l'avenir avec plus de circonspection dans la 
maison commune tontes les fois qu'il aura l'occasion de s'y pré- 
senter. H 

Le 34 octobre fjgS, le curé de Tremblois et des Deux-Villes 
(l'abbé Zabé) avait porté plainte au représentant du peuple près 
l'armée des Ardenues contre les aristocrates, des citoyens muni- 
cipaux et un cbanoine de Carignan, l'abbé D..., qui s'étaient 
emparé de force, un dimanche, des clefs de son presbytère 
et de l'église et avaient fait dire s« messe par ce prêtre inser- 
menté. 

Le deuxième jour de la première décade du deuxième mois de 
l'an II, la société populaire jacobine et montagnarde de Sedan, 
saisie de l'incident, délégua deux commissaires, les nommés P... 
et C..., à l'effet de procéder à une enquête sur place. 

Le cnré de Carignan entendu déclara : que quand les chanoines 
disaient lenr messe, il y avait une grande quantité de monde, que 
quand c'était lui qui la chantait, il n'y avait presque personne, ce 
qui le mettait hors d'état de donner des principes républicains et 
d'inspirer l'amour de la patrie. 

Les commissaires firent mettre le chanoine D... en état 
d'arrestation et obtinrent de ses sœurs une caution de aoo livres. 

Le chanoine D... ayant porté plainte au sujet du versement de 
cette caution, que les commissaires déclarèrent avoir remise entre 
les mains des gendarmes, le tribunal correctionnel fut saisi et 
statua ainsi qu'il suit: Usant de modération, condamne les deux 
commissaires... ainsi qne le curé du Tremblois et des Deux- 
Villes, d'abord à restituer la somme de aoo livres, par eux vexa* 
toirement perçue et exigée de lui ; les condamne en outre chacun, 
à partir de ce jour, en quinze jours de détention, laquelle ils 
seront tenus de garder, après le délai de quinze jours, si la resti- 
tution n'a été effectuée ; les condamne aux fimis ainti qu'an coût 



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de l'espëdition du jugement qui seru remise »iix membres de la 
société populaire. 

De nombreux exemples pourraient être cités, qui tous démoa- 
treraient l'indépendance du tribunal correctionnel de Sedan et la 
i-égularîté de ses opérations pendant cette époque troublée à 
laquelle mit fin la constitution du S fructidor an III. 

CHAPITRE IV 

De fructidor an IV à l'an VIII 

La constitution du 5 fructidor an III (13 août 1795) et la loi du 
19 vendémiaire an IV modiûèrent profondément l'organisation 
judiciaire créée en 1790 et maintenue, en grande partie, en 1791. 

Le but poursuivi depuis la disparition de l'ancien régime avait 
été, comme l'indiqaent les discours prononcés lors de l'installa- 
tion du premier Tribunal du district, de mettre la justice k proxi- 
mité des justiciables ; la nouvelle organisation les en éloigne. Elle 
laisse subsister la sépai-ation entre les juridictions civiles et les 
juridictions pénales, qui continuent k être composées de juges 
distincts. 

Tous les tribunaux civils de district disparaissent et font place 
à un tribunal unique pour tout le département et siégeant au 
chef-lieu de la préfecture. Ce nouveau tribtuial était composé de 
vingt juges titulaires et de cinq juges suppléants, répartis en 
plusieurs chambres, nommés à l'élection pour cinq années et 
rééligibles. A la tête de chaque chambra se trouvait un président. 
Le tribunal dont il s'agit était complété par un commissaire du 
gouvernement ainsi que par des substituts nommés et destitnables 
par le directoire exécutif, et enfin par un ou plusieurs greffiers. 

Les tribunaux civils des départements connaissaient, en premier 
ressort, des litiges dépassant 4,000 livres ; ilsétaientjugesd'appel 
des décisions des juges de paix, des arbitres et des tribunaux 
de commerce. 

En outre, comme dans le système de 1790, les tribunaux civils 
de départements étaient, en ce qui les concernait, juges d'appels 
les uns par rapport aux autres, ces appels étaient portés devant 
un des trois tribunaux des départements les plus voisins. 

La précédente répartition territoriale des tribunaux correc- 



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— 98 — 

tioimcls se trouva modîfi(\<. Il n'y eut plus de dinti-icts, disque 
département fut divisé en an-ondisscmeiits correctionnels au 
nombre de trois au moins et de cinq iin plus. Les tribunaux 
correctionnels furent composes d'un prcsidcnt pris à tour de 
rdlc, et tous les sis mois, parmi les; juges du tribunal civil du 
département, et de doux assesseurs qui étaioiit le ou les ju^s de 
paix du chef-lieu d'arrondissement ainsi que leurs suppléants : 
auprès de chaque tribunal correL-ticnnel se trrui-aient dis 
commissaires du gouvernement et dos greffiers et ccmmis-grt ffiers. 
Les juges de paix continuaient, comme auparavant, à être chaînés 
des fonctions de juges d'instruction. 

L'ancien district de Sedan se trouva considéi'ablemeut aug- 
menté et forma le ti'oisième arrondissement du département des 
Ardennes. Aux anciens cantons qui le composaient précédemment 
vinrent s'ajouter les cantons de Saint-Juvin, de Brieulles^ur-Bar, 
de CbAtel. de Buzancy, d'Auby, de S.) int-Pier remont, de Nouart, 
de Briquenay, de Grandpré, et, le 5 ventôse an IV, le canton de 
Bouillon. 

Les juges de paix en exercice dans ces divers cantons, au 
moment où ils furent rattachés à l'arrondissement de Sedan, 
étaient : 

A Saint-Jnvin, M. Antoine Cocbin ; — à BrieulIes-sur-Bar, 
M. Antoine Daumont ; — à GhAtel, M. Pierre-Grégoire Robert ; 

— à Auby, M. Louis-François Percbehon; — à Buzancy, M.Jean- 
Nicolas Bernier ; — à S*-Pierremont, M. Jean-Baptiste Richard ;— 
À Briqnenay, M. Guillaume Pertrisot ; — à Grandpré, M. Chris- 
tophe Noël; — à Bouillon, M. Damillot ; — pour Sedan, 
MM, AdCLAiRS et Verrier; — à Beaumont, M. Comeil Picard; — 
k Cartgnan, M. Dessb; — à Donchery. M. Léonard Thonel; — 
à Douzy, M. Nicolas Tbeillier ; — k Chémery. M ; 

— à Givonne, M. David Parence ; — à Margot, M. Jean-Baptiste 
Bertrand ; — à Mouzon (ville), M. Noël Daugoort ; — à Mouzon 
(villages), M. Depauboub. 

Les présidents qui, de six mois en six mois se succédèrent, à 
la tête du tribunal correctionnel de Sedan (troisième aiTondisse- 
ment des Ai-dennes), furent, de l'an III à l'an VIII : MM, Jean- 
Baptiste Paris, Millet, Dehaye, Jean-Baptiste Ninmn, Jean- 
Baptiste Thierry, Michel Taellefer. Louis-François Gentil. 

Pendant cette même période, les deux juges titulaires furent: 
UM. Antoine-Félix Auclairb, juge de paix de la partie orientale, 



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-97- 

et Pierre Verrieb, juge de paix de la partie occidentale de la 
Tille ')< Sjdan. En cas d'cmp£clicmL-n^ d'n i di'S m i^istials, le 
tribunal fut fréquemmuj t c mplété par les iisses-scuis dent les 
noms suivent : MM. Ji an-Baptiste Ybert, imcien juge de paix, 
Josepîi-Hermance Blchet, Pierre Gavet, C lia ries Bertèghe, 
Lonis Dauiun. 

La constitution de l'an III mit an à la période intermédiaire 
entre l'organisation judiciaira de l'ancien régimo et les tribu- 
naux de le société moderne. 

Il serait difiicile et un peu long de rechercher ce que devint 
cette longue théorie de magistrats qui se succédèrent pendant 
l'époque que l'on vient de parcourir. Qu'il suffise de rappeler le 
sort qui fut réservé aux juges ayant composé le premier tribunal 
de Sedan. 

De l'an VIII à 1807, M. Pillas, ancien lieutenant généra] du 
bailliage de Sedan, premier juge élu de 1790 à 1791, revint comme 
simple juge du tribunal civil de Sedan, sous la présidence de 
M. NiNNiN qui, au Bailliage et Présidial, avait été son lieutenant 
particulier. En 1807, il devint à son tour président du môme 
tribunal. M. Pillas naquit à Sedan le i3 février i-j^b et mourut 
dans cette même ville le 4 juin 1816. Son nom occupe une grande 
place dans l'histoire locale et a été donné à une des rues de 
la cité. 

M. Claude-Jean-Baptiste Gérard, originaire de Mouzon, juge 
au tribunal du dîstrtct de 1791 à l'an II, avait, alors que trois 
de SCS collègues étaient déjà destitués et incarcérés, donné sa 
démission et obtenu l'emploi d'administrateur des forêts. Il fut 
guillotiné à Paris le 3 mars 1794- Une page retrouvée d'un compte- 
rendu d'une séance du club des jacobins montre dans quelles 
circonstances M. Gérard perdit la faveur populaire. 

(Gérard rebute ceux qui ont besoin de secours, Gérard fait de 
la bière pour les riches et non pour les pauvres. Gérard enfin est 
l'ami de Bfzier, l'un des scélérats qui voulurent arracher 
Mazeron, nn de nos frères, de la tribune lorsqu'il y donnait 
lectui-c de notre s >blime constitution républicaine et qui, en 
présence du représentant du peuple Mabsieu, jetèrent au milieu 
de la salle des séances de la société une cocarde blanche, au 



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— at — 

moment où elle n'était composée que de membres éner^ques qui 
savaient braver tous les dangers. 

ir Les Tribunes indignées déclarent tfue Gérard a perdu leur 
confiance, n 

Absous dit marquis d' Absous, etc.... 

La société arrête que tous ces reuseignements seront remis aux 
représentants du peuple pour leur servir au besoin. 

Vassant fait lecture, etc.... 

On chante un hymne patriotique et la séance e&t levée.) 

M. Pierre Vkrhiek, qui fut détenu à l'abbaye du Mont-Dieu, 
avait été condamné à mort le i5 prairial an II. Se trouvant malade 
à Paris au jour Qxé pour l'exécution, il dut à cet incident et à 
l'insistance de son médecin, qui exposa l'inbumanité qu'il y aurait 
à arracher un moribond de son lit pour le porter à l'échafaad, 
de ne pas partager le soi-t de son collègue Gehabd. Revenu k la 
santé, le 9 tliermidor lui rendit la liberté. 

Il fut plus tard juge de paix, puis juge au Tribunal du district 
et enfin procureur impérial. 

M. Allaire, après avoir été détenu à la prison du Mont-Dieu, 
devint notaire à Mouzon. Il décéda dans cette ville en 1818, à 
l'&ge de 67 ans. 

M. AucLAiRB, qui fut, lui aussi, un des hâtes de la célèbre 
abbaye du Mont>Dieu, devint conseiller à la cour de Metz. 

M. Jean-Baptiste Ninnin eut la bonne fortune de traverser 
tous les orages de la révolution sans être atteint; son fils et son 
petit-fils devaient occuper après lui la présidence du tribunal de 
Sedan. Après avoir débuté en qualité de lieutenant particulier du 
Présidial, il fut successivement juge de paix de Sedan, juge au 
tribunal du district, juge au tribunal civil du département des 
Ardennes ; à deux reprises, président du tribunal correctionnel 
de Sedan, enfin président du tribunal civil de Sedan. M. Ninnin 
était le fils du procureur au Bailliage de Rethel ; il décéda le 
3i janvier 1807. 

M. Drliars, né en 1754 à Mézières où il décéda en i83a, fut un 
des juges de la première série du tribunal du district. Il devint 
successivement député, maire de Sedan, puis inspecteur des eaux 
et forêts. — M. Deuars est une des figures les plus sjnnpathiques 



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de la grande époque k laquelle il appartînt ; il mérita que l'on dise 
de lai qu'il était de ceux qui réunirent l'activité, le labeur, les 
connaissances juridiques et administratives. 

En prenant possession de son siège de juge, il remerciait les 
électeurs dans les termes suivants: — Je jure, que je mettrai tow 
mes soins à ne jamais m' écarter de ces sentiments qui dans un juge 
assurent essentiellentent te repos, les biens et la vie de ses semblables, 
et si quelqu'un de mes compatriotes aperctsait dans ma conduite un 
seul mouvement capable de m'écarter du chemin de Chonneur et de la 
justice, comme ce mouvement serait involontaire, je le supplie 
instamment de m'en avertir et d'être persuadé d'avance qu'il ne 
pourra jamais me rendre un sertice plus essentiel et dont je ne puisse 
avoir une plus vive obligation. 

CHAPITRE V 

De Fan VIII à 1814 

La constitution de l'an VIII marcjua une ère nouvelle dans 
l'organisation de la magistrature. De profondes modifications en 
forent la conséquence, tant en ce qui cont^me la compétence que 
le mode de recrutement des magistrats appartenant aux différentes 
juridictions. 

Le système électoral flt place au choix du gouvernement, les 
juges furent nommés par le Pouvoir exécutif, qui, dernier vestige 
de la Révolution, devait les choisir parmi les citoyens actifs de la 
circonscription. Tous les magistrats, à l'exception des juges de 
paix, étaient nommés à vie. 

Les tribunaux d'appel ne tardèrent pas k devenir distincts des 
tribunaux de première instance. Le caractère dominant de la 
réforme fut la suppression de la distinction établie, depuis 1790, 
Mitre les tribunaux civils et les tribunaux de répression pénale. 
A partir de l'an VIII, comme avant la Révolution, les mêmes 
magistrats, alternativement, siégeront an civil et au pénal. 

Un tribunal de première instance, composé d'un président, de 
trois juges et de trois juges suppléants, était créé an chef-lieu de 
chaque arrondissement. Ce tribunal était appelé à connaître des 
afiaires civiles et des affaires correctionnelles. 

Le ministère public recoavraît le droit d'accusation et repré- 



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-lOOJ- 

sentait le pouvoir centra'. Un sénatus-consulte du 38 floréal an XII 
(18 iiini 1804) donna aux commissaires du gouvernement le titre 
de procure ui-s impériaux. 

Un «n'été du a nivôse an XI i-établit l'antique cérémonial en 
même temps que le costume judiciaire que le décret du 8 bru- 
maire an II avait aboli. 

Le tribunal de première instance de l'arrondissement de Sedan 
fut placé le onzième sur la liste des tribunaux de deuxième classe. 
Un décret du aa floréal an VIII, signé par Cambacérès, second 
consul, désigna les magistrats appelés à constituer ce nouveau 
tribunal. Ce furent : 

MM. Jean-Baptiste Ninxin, juge a Charleville, président ; 

Pillas, ancien président du tribunal du district, premier 

i'ige ; 
Brazy père, ancien juge de paix, deuxième juge ; 
AoBHY, ti-oisième juge. 
Les juges suppléants étaient: MM. Auclaire, ancien juge du 
tribunal du district; Pierre Lakontaine, homme de loi, et 
Desba.v... 

Par le même décret, M. Paris, juge au tribunal civil des 
.A.rdenncs, qui, en cette qualité, avait par deux fois présidé le 
tribunal correctionnel de l'arrondissement de Sedan, était nommé 
commissaire du gouvernement, — M. Pierre Verrier, l'ancien 
juge de paix de Sedan, substitut ; ^ M. Dumont, était maintenu 
dans ses fonctions de greiBer. 

La division du département des Ardennes en cinq arrondisse- 
ments judiciaires remontait à messidor an VII ; les juges de i^ix 
constituant aloi's le tribunal correctionnel en avaient été avisés 
par la lettre dont la teneur suit : 

Charleville, le 14 messidor an Vil de la République française, une 
et indivisible. 

L'accusateur public pris le tribunal criminel des Ardennes, aux 
Virecleurs du Jury des arrondissements de Sedan et Helhel. 

Citoyens, 
Le Triliunal de l'arron-lissemenl de Vouziers étant installé depuis le 
ft de ce itim, tous voudrez bien ne pins connaître des délits qui se com- 
mettront dans tes ci-decanl districts de Vousiers el de Grandpré. 
Salut el fraternité. 

Signé : Blan'chbt. 



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- 101 - 

Le troisième jour compVmentaire de l'an VIII, les membres du 
nouveau tribunal de Sedan se réunirent en la chambre du conseil, 
en présence du citoyen Jean-Baptiste Paris, commissaire du Gou- 
vernement, et prirent les dispositions d'ordre intérieur qui 
suivent ; il fut décidj ■. u -: 

« i' Le Tribunal tenait audience pour les affaires civiles, les tridi 
et quintidi de chaque décade ; il donnait pareillement audience 
pour les affaires correctionnelles et pour les matières forestières 
ou champêtres les octidi et nonodi, 

3° Les affaires concernant les droits domaniaux, qui se jugeaient 
à bui-eau ouvert, devaient être présentées au tribunal les primidi 
et quintidi; il s'en occupait depuis dix heures du matin jusqu'à 
midi. 

3^ Le tribunal devait s'assembler dans la chambre du conseil 
les duodi et septidi à dix heures du matin, pour y conférer sur les 
affaires mises en délibéré et sur tous les autres objets qui pou- 
vaient l'intéresser. 

4" Le sextidî était employé par le pi'ésident au visa et it la 
signature des jugements, à la taxe des frais et aux autres fonctions 
qui lui étaient particulières. 

50 II y avait audience extraordinaire de relevé toutes les fois 
que le tribunal le jugeait convenable ; il en flxait l'heure, le jour 
et la durée. 

6° Les audiences en matièi-e civile et en matière correctionnelle 
se tenaient du premier vendémiaire au pi-emier gei-minal. de dix 
heures du matin à une heure de l'api-ès-niidi ; et du premier ger- 
minal au premier vendémiaire, de neuf heures du matin à midi.)) 

Ce règlement fut signé par MM. Ninmn, Pillas, Brazy, Aubby 
et Paris. 

Un décret impérial du 11 mars 1811 créa la cour d'appel de 
Metz, dont le premier président fut M. Voïsin de Gartëhpe, 
ancien conseiller au parlement de Bordeaux. L'ancien présidial de 
Sedan avait jadis appartenu au parlement de Metz. Le tribunal 
de l'arrondi s semeni de Sedan fut rattaché à cette nouvelle cour. 

L'installation de la cour de Metz eut lien le ir mars 1811, sous 
)a présidence de M. le Comte Charles- Antoine Chabost, sénateur 
titulaire de la sétiaterie de Metz, qui prononça un discours par 
lequel : « en présentant divei-ses époques de l'administra tic» de 
a la justice, il montra combien était plus heureux l'Etat dans 
<( lequel les lois de S. M. l'Empereur et Roi l'avaient amené et ât 



- lœ - 

H ressortir combien la magistrature était devenue recommandable 
« par l'éclat dont le Prince ne cessait de l'environner. » 

M. le Premier Président prit ensuite la parole: «il a retracé 
« les vertus qui distinguèrent l'ancienne magistrature française. 
« 11 développa les justes motifs d'espérance quu donna la forma- 
te tion de la cour impériale pour l'accomplissement des hauts 
« desseins de l'Empereur, ce héros sans pair, appelé à tout 
« recréer, à toutannoblir(i). » 

Conformément aux décrets des 6 juillet 1810 et 13 janvier 181), 
M. Lambert, conseiller à la cour de Metz, fut, sur les réquisitions 
de M. le Procureur général, délégué pour procéder à une nouvelle 
installation du Tribunal de Sedan. 

Cette installation eut lieu en audience solennelle le 35 murs 1811. 

En 1813, il fut procédé à l'adjudication des imprimés qui pou- 
vaient être nécessaires au Tribunal ; les prix d'alors sont inté- 
ressants à rapprocher de ceux d'aujourd'hui. 

La feuille d'impression in-4° coûtait le premier cent ■2^.»» 

— — — ... le deuxième cent 8.»» 

La demi-feuille in-4'' coûtait le premier cent la.n» 

— — — le deuxième cent 6,»» 

Le quart de feuille le premier cent ^.»» 

— le deuxième cent 3.»» 

La page le premier cent 5.»» 

— le deuxième cent 3.5o 

La demi-page le premier cent 4 - ^ 

— le deuxième cent 3.35 

La ligne le premier cent o.5o 

— le deuxième cent o.aS 

M. J.-B. NiNNiN fut président du Tribunal civil de Sedan jusqu'à 
son décès survenu en 1807 ; il eut pour successeur M. Pillas, dont 
la présidence dura de 1807 à i8i5. 

Sous la présidence de M. Ninnin, MM. Dbsban et Lafontaine, 
juges suppléants, furent titularisés ; ils furent remplacés par 
MM. B0URG111K et RoBBRT. 

M. Paris, qui était procureur impérial à Charleville quand il 
remplaça M. Verrier comme procureur à Sedan, devint dans la 

(1) Bttrui du procis-varbil de li léinc*. 



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- 103- 

saite conseillera ia Gonr de Metz; il mourut dans cette ville à 
l'ftge de 73 ans. 

En 1814. au départ de M. Paris, M. Lagrive, substitut, fut 
nommé procureur impériaj à Sedan. Originaire de Donchery, 
homme de loi sous l'ancien régime, commissaire du gouvernement 
sous ta République, puis membre de l'administration départe- 
mentale, il mourut accidentellement en iSaS, ftgé de 58 ans. 

Le 17 juillet 1817, M. Fontaine remplaçait, comme Procureur 
du roi, M. Laorive. A la même époque, M. Prouveur du Pont, 
qui devait plus tard devenir procureur, puis préaident du 
Tribunal de Sedan, y était nommé substitut. Ce magistrat, né à 
Valenciennes le 10 juin 179^' appartenait à une famille de robe. 
Il devint conseiller à la Cour de Metz en 1838, chevalier de la 
légion d'honneur en i853 ; il mourut à Versailles en 1869. 

M. le président Pillas, dont le nom a été si souvent prononcé 
dans les pages qui précèdent, décéda, toujours en fonctions, le 
4 juin 1816. II fut remplacé par un ancien magistrat, M. François 
DE Flandre de Bruiïville, né en 1795, qui, le 17 juin 1818, fut 
nommé conseiller à la Cour de Metz, ville dans laquelle il mourut 
le 26 octobre i83o. 

FEUX Jacquemin, 

Juge d'instruction 

de VArrondiBBemeot de S«din, 



BRBATUH. — A la p. 31 de la Revne, il Taut lire ; • Donchery hisait 
partie du nelhiSloia qui, eu 1083, avait iU ërigé en duché-pairie en hveur 
(l'Armand-Cbarla» de la Porte, mari d'Hortente Mancini. ■ 



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- 104 - 

POESIE 



La VIEILLE ROUTE 

Elle est Irixlc et boueuse avec de grosses pierres, 
La pauvre vieille i-oule; on a peur d'y passer, 
Tant elle est délabrée et pleine d'omiires; 
Puis un jeutie chemin ailleurs nous est trace. 
Elle va par les champs et déroule jaunâtres 
Ses détours otibliés. Que de choses pourtant 
Elle pourrait conter! Aventures folâtres. 
Amours, drames sanglants, elle en vit tant et tant! 
Elle vil éclater Couragan de la guerre. 
Hrûler ferme et hameau, pleurer la vieille mère ; 
Elle, a vu repasser et les vainqueurs poudreux, 
Les troupeaux affolés el /es fuyards honteu-r; 
Elle a tu se jurer des amours èlernelles. 
Secrètement frapper des haines criminelles. 
On ne sait plus son âge, elle fui de tout temps; 
Toujours on la suicait, jeunes et vieilles gens: 
Tout le monde en parlait, tous avaient besoin d'elle. 
C'était comme une amie à Pamilié fidèle, 
Le chemin du foyer, le chemin du bonheur. 

C'est fini tout cela, la vieille route meurt. 
Parfois un paysan, qu'une ancienne habitude 
A conduit par hasard sur votre vieux chemin. 
Vient d'un pas chancelant troubler sa solitude; 
Parfois des amoureux, se prenant par ta main. 
Viennent y chuchoter les gammes d'une idylle. 
Tout cela n'est plus nen : la vieille roule meurt, 
La belle et forte roiHe oit l'on passait sans peur. 
Et l'herbe vient coucrir le chemin inutile. 
A peine maintenant, traînant de loin en loin. 
Parmi les champs déserts, ijuelgue morceau disjoint 
De la route oubliée en indique la trace; 
La plaine s'unifie el la route s'efface. 

H. Sarthoy. 



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- t05- 
CHRONIQTTE 



Acquisition récente de deux ouvrages de Gerson 
par la Bibliothèque Nationale. 

Dans son rapport adressé au Ministre de l'IustrucUon publique 
et des Beaux-Arts sur les services de la Bibliothèque Nationale 
pendautranaée 1908, rAdmiiii^trateurgéDéral signale l'acquisilioii 
de plusieurs incunables de valeur Taile par le département des 
imprimas de cette bibliothèque. 

Parmi ces incunables, acquis dans le courant de 1908, le 
rapport cite, en particulier, un recueil de pièces gothiques qai 
renferme, entre autres mretéiî, deux ouvrages de Gerson. L'on 
d'eux, intitulé De probaiione spiriiuum, est une impression de La 
Talleur, le premier imprimeur rouenuais, antérieure à 1481; 
Tautre, qai a pour litre : De modo vivenâi omnium fidelium, est un 
traité sorti des presses de Jean de Westphalie, le célèbre 
imprimeur des Pays-Bas. C. H. 



VARIÉTÉS 

I. — Un cyclone & Sedan en 1730. 

Personne n'a oublié le terrible cyclone qui ravagea le pays de 
Sedan, le 9 août 1905. Nous trouvons la mention d'un pareil 
cataclysme, le i juillet 173U, dans le Livret des familles landouzy, 
Brice et Jouter, de Beimt, publié par M. H. Jadart (1 ) : 

1 Le 4**" Jutlielle 1730, il a fait sur les quatres heures après 
mîdy une orage, il y tomba une grêle dont il y a eu des gréions 
gros comme des bouteilles d'une pinte, se qui causa un grand 
domage par tout le pays. Dieu nous préserve de pareille 
accident. » 

M. H. Jadart ajoute une note qui complète cette curieuse 
roentioD ; 

# L'aa 1730, le i juUel, sur les 3 heure et demie après miiUt 
il tomba pendant un quart d'hœur (sic) une grêle extraordinaire 
qui ruina plus de 80 lieues de pays, depuis Le Bourget près Paris 
jusqu'à Sedan. Il y eut des grelles qui pesoienl 16 livres, an 

II) r^MM ie VAtad. *al. dt Rtim$, !«• ml. (1M6-190T, b t", p. fil). 



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- 106- 

milieu desquelles on Irouvoil une pelile boute de croy (craie] 
cy (sic) dure que l'on avoit peine à les casser avec un marteau. 
On Tait monler la perle des bleds, -viRnes el réparationR à plus de 
3110.000 Ib. u jExliail du l. III des Œuvres poétiques de Ckaligny de 
Plaine, note ajoutée à la p. 557 et reproduite au Catalogue desmss. 
de la Bibl. de Reims, t. II, p. 4S4.} [Cf. Bibl. de Verdun, Calai, des 
mis., n- 311 à 319, pp. 525 à 527.) 

n. — Jean Bodin dans les Ardennes (1B72-Itt73). 

Jean Bodin est incontestablement le plus grand publiciste 
français du xvi* siècle ; il est, on te sait, l'auteur des Six Liores 
de la mpublique. 3a vie a été écrite et son œuvre jugée dans 
l'ouvrage classique de Baudrillarl : Jean Hodin et son temps, 
Paris, 1853. 

Quelques points de la vie de Bodin ont été, faute de documents, 
laissés par lui dans le vague, eu paTticulier la question si 
importante de ta religion de Bodin ou de son irréligiou ; Baudril- 
lart rapporte, d'après une source non indiquée, que Bodin eut 
beaucoup de peine à échapper au massacre de la -Saint- Barthé- 
lémy et dut fuir de Paris un certain temps après. Nous avons tout 
lieu de croire que Bodin n'étail pas protestant : son nom ne ligure 
pas dans la France Protestante; d'autre part, il ne fut pas mallraité 
à la Saint- Barthélémy, puisque nous savons désormais qu'à cette 
époque, il était dans les Ardennes, occupé à passer des contrats 
de tous genres, en qualité de commissaire de « Ludovico, duc de 
Niveruois, piince de Mantoue, comte de Rethélois ». C'esl ce que 
nous apprenons par le registre T* 23 des Archives du Palais de 
Monaco : inventaire des Coniractz faicis par Mans' Bodin au comté 
de Retehys, 1572. Par ce registre el quelques autres pièces des 
carions de Monaco, on peut suivre l'itinéraire de Bodin dans 
notre pays, où il exerça ses fonctions de oommissaire du 
25 juillet 1572 au moins au 11 mars 1573 au moins. Le 24 août 1572, 
il signait un ■ bail à cens m pour « une place etviele masure » en 
ia ville de Uézières. 

Peut-être le dépouillement des autres carions se référant au 
Relheloia me procurera-l-il de nouveaux documents surBodi[i(1). 

Paul COLLINET. 

(1) Cf. moD article d»$ li Nouvelle Berne biitorique du Droit françaii et étraitger. 
lomeSl, 1908, pp. 753-756.— Duscctanicle, lire: h d'Angerini lu lira <f« < d'Angcnn > 
(Nute d« H. Loau Bossa}. 



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- 107 - 
COMPTES-KENDUS BIBLIOGRAPHIOUES 

H. Tainb. — Pages Choisies, avec une introducUoD, des notices et 
des notes, par Victor Giraud, professeur de littérature française 
moderne à l'Université de Fribourg. — Paris, Hachette et C'°, 79, 
Boulevard Saint-Germain, 1909 ; vol. in-lti, xv-383 pp.— 3 fr. 50. 

L'œuvre de Taine est si considérable et si diverse : philosophique, 
historique et critique (1), que, pour lui plus que pour tout autre 
écrivain, un recueil de Pagex Chiiixies s'imposait. Nos compalriot«s, 
en particulier, pourront ainsi se faire plus facilement une idée de 
l'immense domaine travaillé avec tant de ténacité par le plus illustre 
des Ardennais contemporains. 

Nous devons donc remercier M. Victor Giraud, auteur de VEssai 
sur Taine, son enivre et son influence, et de la Hibliograiibie critique 
de Taine, qui s fait précéder ces pages choisies d'une inlroduclioa un 

Ïeu trop courte, où il mai-que d'une façon parfaite les qualités de 
aine: à la fois romantique par son slylej ses images, classique par sa 
formed'esprit, optimiste intempérant et (tessimisteipreeldouloureux, 
réaliste par tant de cdtés, mais idéaliste instinctif et moraliste intran- 



Des Pages Choixies ne s'analysent pas; nous louerons l'éditeur 
d'y avoir rassemblé tout ce que Taine a écrit de meilleur, de plus 
parfait (â); nous le louerons aussi d'avoir fait précéder ces extraits 
de notices substantielles, où chaque ouvrage du Haitre est expliqué 
et jugé avec une compétence, avec une admiration qu'ont partagées 
les plus grands esprits de notre époque : les Sorel, les Brunetière et 
autres. Paul Collinbt. 

La Franc-Haçonnerie en France des origines à 1815, par Gustave 
Bord, tome I : U» ouvriers de l'idée réeotuUonnaire, 1688-1771. — 
Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 8j, rue de Rennes ; 1909 ; un 
volume in-S", xxvi-551 pp. — 10 francs. 

L'abondante littérature relative à la Franc-Maçonnerie est, en 
majeure partie, œuvre de controverses passionnées ; voici, au 
contraire, le premier volume d'une histoire très documentée et 
suflisamment impartiale. L'auteur étudie rapidement les précurseurs 
des Francs-Maçons au Moyen-.\ge et, avec plus de détails, en Angle- 
terre au xviii* siècle. Il expose alors les débuts de la Franc-Maçon- 
nerie en Franco, son organisation, etc. 

L'état des loges existant en France en 1771, qui tient dans le 
volume plus de 150 pages, nous donne des Jodications C3) sur les 
deux loges de Charleville et les quatre de Sedan. 

Nous trouvons aussi des renseignements très curieux sur le Grand- 

(1) La Rev. ilti ltta»-ilondet [15 mars et 1*' avril 1909) 'iei' ^^ pablicr les TrapiiMte 
ifim roman de H. Taine : • Etienne Majnin i. 

13) K signaler, pagD 36!, ta reproduction de la fcélue de Taine aui Ardenna lUntlréei. 
(3] Uut tiabm d'Ecoiitol au tien de d'Hionkl, p. 410. 



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— 108 — 

Oi'ieDt schismatique de Bouillon, loge directement influencée par les 
Sluart et fooiiée par le Duc de Bouillon à l'instigation du Jacobite 
Ramsay (pages 02 et sq., 129, 136, 137. 236 et sq.). 

Parmi les ligures maçonniques les plus caractéristiques, se trouve 
celle de Jean-Baptiste de Puisieux, né à Alland'buy le lU janvier 1&79, 
mort il Paris le î> février 1776 (pages 123, 30J-303) (1). 

Pau) COLLINBT. 

Inat 4a moDOgrapbie trdeonaiM : Noyers. Poot-Maogis. Chan- 
mont, Saint-Quentin, par Henry Rout. — Sedan, Laroche, 1908, 
in-8*, 152 pp. 

,Le travail de H. Rouy, honoré de la médaille d'argent par l'Aca- 
démie de Reims, ne peut manquer d'instruire dos compatriotes, 
comme toutes les mont^raphios de communes. Ce n'est pas la faule 
de l'auteur, s'il reste Tort peu de documents sur les agglomérations 
dont il s'occupe. Il est toujours méritoire, au contraire, de s'inté- 
resser aux humbles. Une étude comme celle-ci ne s'analyse pas; 
nous signalons simplement comme les plus originaux les chapitres 
d'histoire contemporaine, ceux sur le caractère, les coutumes, le 
Mtois, les lieux-dils. Nous nous permettrons pourtant de cootreoire 
M. Rouy sur l'origine (trop savante) qu'il donne de Liry. Liry doit 
4tre, comme lous les noms en y, un nom de lieu formé sûr un 

S milice (cf. Liri-aeum = Lirec (Vienne); et Luri-aau zz Lurey, 
ray, Lury, Luré, dans Itolder, Ali-k^uchtr Spraducbats, k cm 
nots). P. C. 

Mdacloa experts et médecine légale au HV siècle, par Louis 

Bossu. — Paris, A. Picard, 1908, 39 pp. in-8° (extr. du Dro& 
médical). 

Dans cette curieuse brochure de notre collaborateur, faîte d'après 
les rares registres criminels du xiv* siècle qui ont survécu, nous 
trouvons la mention de deux compatriotes, qui ne font pas honneur 
aux Ardennes : une sorcière, devineresse ayant des rai)pDrts avec 
» Haussibut •, suppôt de Satan, Jeanne la Gordière, originaire de 
Donchery, brdlée le 19 aodt 1391 après coodamnation du ChMelat 
de Paris; et un ermjle d'Etrépigny, Jehan lePorchier, accusé d'a.«air 
voulu empoisonner le Boi et Hgr de Touraioe, pendu leffîiuiyet 

i39o. P. a 



[■ i3, le Dom de Aleundre-Usar Fn'rnin, biron di 



Le Gérant : E. L.'^ROGHK. 
Sedan. ~ Imprimerie Bmile Labociie. rue G«mbetta, Sï. 



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La Vallée de la Vence 



lia plu toute la nuit; la vieille horloge aux poids suspendus 
par des cordes carrées, la vieille horloge dans son sarcophage 
sonne des heures énergiques qui nous étonnent et nous réveillent 
dans l'obscuvitc. 

On entend un vent triste et violent sur les bords de la Vence. 

II règne dans cette chambre une odeur d'encens et d'étable. 

Les cbevaus du fermier, dans l'écurie voisine, s'agitent par 
intervalles; ils frappent avec leurs sabots et secouent leur chaîne. 

Au petit matin, je revois, aux murs de cette longue pièce froide, 
les lithographies représentant des scènes religieuses, une image 
allégorique figurant « le Chemin du Ciel » ; et la housse du fauteuil 
est ornée de la figure, brodée avec du fil d'or, d'Alexandre I*'. 

Quand arrive i'aube grise, la tête barbue et chauve de ce tzar 
brodé est d'une majesté sinistre. 

Sur la cheminée, il y a des fleurs en papier dans des vases en 

La petite alcôve où se trouve le lit est blanchie au lait de chaux 
et sur la muraille blanche, paraît un crucilix de bois noir. 

Riv. o'Ard. et d'Ahg. t. XVI, a- i. 



D,;,,l,zPdb,>^.0 



yogle 



— 110 — 

Au jardin, ce matin, les poireaux et les choux sont toat bleus 
do rosée. 

Le lierre mouillé monte le long de la cabane des lapins et le 
disque de cuivre du cadran solaire (i) ruisselle sous le prunier. 




routa natianala. 



C'est un paysage d'un sentiment très doux, tout en nuances 
vertes : le vert doré des blés, le vert bleuté des avoines, avec des 
nappes rouges de coquelicots ; les verdures plus sombras des 




8Blnt>PUrr«>iiir>VnuM. 



|t) Ce cadran avsii é\é «Icnl^ el . ^. . __ 

de Bbgnj, nd à Sedan le 33 août 1833, mort i BouJztcouii ei 
U Dépêche du Ardennet, a° du 17 mai 19U7. 



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- 111 - 

bords de la Vence, les verts plus lointains encore des bois, sur 
l'horizon aux olives austères. 

Seule, la Route trace en blanc son gnad ruban oolithiqne, an 
bord des villages jaunes aux toits bleus. 

C'est la Route nationale. 




C'est la compare de la Rivière et de la Voie ferrée. 
Toutes les trois ont un rdlc prépondérant dans la vallée. 
La Vence est glauque et la Route est blanche ; les frênes gra- 
ciles l'escortent et donnent à la vallée une grftce ténue. 




Route de Ouignioourt. 



Dans les prés sèche le regain et paissent quelques vaches 
blanches. 
C'est une modeste vallée, d'humble fralchenr... 



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- 112 — 

Viens, Jap !... Tandis qae je gagnerai le haut de la colline par 
le chemin en lacets, tu te rouleras dans les Inzemières ; ta galo- 
peras sur tes grandes pattes noires ; tu feras des bonds extrava- 
I agitant tes oreilles comme des ailes. 




BauIxiooDFt (qui 



A nos pieds, dans le fond de la vallée, les Villages aux mai- 
sons jannes regardent passer la Route nationale. 

Ce sont des maisons à la queue-leu-Ieu, interminablement, le 
long de la route. 

Elles forment la baie, comme les soldats quand passe le général. 




Farms do Vill»-«uf'Vi 



Et Toid OU grand quadrilatère de peupliers. Ils frissonnent 
doucement, et, comme des soldats aussi, je les imagine les pieds 
en éqnerre et l'anne an bras. 



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— 113 — 

A c6té, il y a nue rooloUe ; elle est verte et janne. 

A l'entrée du soir, le petit feu des « camps-volants » met 
une étoile claire sur le talus assombri. 

Une bohémienne aux jambes brunes vient chercher de l'eau à 
la petite rivière qui fait du bruit sur le barrage, tandis que des 
enfants aux beaux yeux noirs courent, pieds dus, vers les pre- 
mières maisons mendier de ta paille et du pain. 

Demain, à l'aube, en me réveillant, le campement aura dis- 
paru; mais le soir, je retrouverai à ta même place, une autre 
roulotte qui, cette fois, sera ronge et noire. 

Une antre femme, presque la mAme, s'en ira puiser l'eau à la 
rivière, et d'autres beaux enfants, aux yeux trop grands, iront 
quêter la paille et le pain, chez le paysan avare. 

C'est la Route nationale. 










SalQt-PiBrre-nir-V»noe. 

Souvent, an tournant d'Yvemaumont se forme un petit nnage 
rond de poussière blonde. 

Il s'enfie très vite, ce nuage; il emplît toute la route... et, 
comme un énorme cmstacé, l'auto sursaute avec vacarme, gran- 
dit, passe et disparaît. 

La poussière, en lentes fumerolles, s'rai va mourir de chaqne 
cdté de ta route, le long des champs. 

C'est la Route nationale. 

L.e long de la voie ferrée, il y a des gares. 

Ce sont de petites maisons tristes qui dorment, entourées de 
jardinets candides ; les pauvres gares des pauvres communes et 
des chefs-lieux de canton. 



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- 114 - 



Elles sont posées au bord de la Voie, comme des pendules 
en pierres. 

Et, quand le train va passer, elles se réveillent et font entendre 
leur petite sonnerie. 

Parfois, sur le quai, il y a un panier ou une caisse qui sem- 
blent attendre dans une attitude insolite ; car ils n'ont pas 
l'habitude de voyager. 

Ce sont des gares de famille où l'on entend les gens causer, 
d'un air bon enfant, avec l'accent du pays. 
Elles n'ont pas ta solennité triste des gares de métropole. 
Puis, le petit vacarme terminé, la gare reprend son sonmieil 
interrompu en face de la colline ensoleillée. 

La nuit, rien ne la signale. Elle est aussi noire que la nuit, 
et sa petite sonnerie, dont les ondes vont se perdre dans la haie 
nocturne, a une sonorité lugubre. 
Elle vient de là-bas, la modeste rivière, de la région idyllique 
des bons pommiers ; les 
vergers ont égayé lliori- 
!0n clair de son enfance. 
Mais vite, il lui a fallu 
se resserrer entre les ma- 
melonnements ternes aux 
aspects de terrains va- 
gues, où ne poussent que 
des pierres, où les villages 
sont comme en exil, en fkce 
des paysages maigres. 

Et puis, après les gares, 
les villages et les c6teaux, 
elle finit tristement, cette 
Paysanne, en pauvre ou- 
vrière, ses eaux salies dans 
la banlieue métallurgique 
de la ville. 

" ""'"' Une dernière halte dans 

les belles prairies ; quelques instants de répit dans l'herbe verte, 
après les scories noires. 
Et c'est le Fleuve, le confluent... 

Et sa destinée modeste, à la petite rivière, se termine devant 
le regard distrait d'un pécheur à la ligne. 

Boolticoart, 1908. Geoi^ Deiaw. 




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A propos de RIMBAUD 

SOUVENIRS FAMILIERS 

(sotte et fin). 



A Charlea Houih. 
XI 

Au mois de novembre suivanl, j'eus l'occasion de passer une 
semaine à Paris. Vos lecteurs se moquent un peu de savoir que 
pour la première fois de ma vie je mettais le pied sur le seuil d'un 
aussi déplorable séjour. Et peu leur importent mes sensations 
initiales. Quand j'aurai dit que je fus étonné d'abord de voir 
qu'autour de moi tout fitre vivant, bipède et quadrupède, avait 
l'ur de se sauver devant quelque chose; quand j'aurai nommé la 
chose en question, depuis découverte par ma sagacité profonde; 
quand j'aurai 8péci6é que le monstre s'appelle de son petit nom 
Pénurie, seule reine en cette capitale où affluent tant de richesses 
mais où toute espèce monnayée fond comme glace en avril et, 
par conséquent, n'a aucune espèce de valeur; quand j'aurai 
précisé que celte foule toujours en fuite, tel un ruisseau dans la 
vallée, c'est l'écoulement perpétuel des fruits du labeur, des 
économies, des calculs savants, patients... ou canailles; quand 
j'aurai, par esprit de conciliation, offert de remplacer le mot 
débâcle par le mot pourmite, et admis que le Parisien, c'est comme 
qui dirait un malheureux qui court toujours après une pièce de 
cent BOUS qu'il a perdue la veille, les abonnés de la Revue d'Ardenne 
et ^Àrgonne s'écrieront : « Assezl AssezI... Parlez de notre grand 
et cher poète : c'est lui qui nous intéresse el non votre sociologie ! » 

Je dirai donc tout de suite qu'il mes premiers pas devant la gare 
du Nord, je vis, tout en haut d'une maison à six étages, une 
gigantesque image d'Epinal peinte, j'ose dire, « à la détrempe », 
avec un talenl de coloriste éperdûment candide, fantaisiste et 
audacieux que même l'art très raffiné de l'affiche moderne ne 
saurait faire oublier à mon esthétique de sauvage mal dégrossi. 
L'image représentait un long, long, très long monsieur, avec des 
cornes, avec aussi une queue terminée en fer de flèche; d'une 
main il tenait uae corne d'abondance et de l'autre une fourche, 
ainei qu'il convenait à sa qualité ; car autour du merveilleux 



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-116- 

peraonnage, dont la figure, qui voulait être méphistophélique 
— naturellement ! — exprimait cepeudant une bienveillance 
extrême, se déroulait une immense banderole portant l'inscrip- 
tion : « Au bon diable ». Et cela me fit penser à Rimbaud. 

A défaut d'une adresse positive et sûre de mon erratique ami, 
j'avais celle de Paul Veriaine : M, rue Nicolet. 

C'était une sorte de petite villa, jadis entre cour et jardin, qui 
datait probablement de Montmartre encore banlieue. Le jardin, il 
me sembla, n'existait plus ; restait la cour, de manière que la 
façade, ainsi éloignée du Irotloir, conservait à la maison l'air 
cossu d'une habitation de rentier à son aise. Autrefois même il 
dut y avoir « écurie et remise », le mur de clôture comportant, à 
c6té d'une petite porte, une plus grande, et à deux battants, ce 
qui impliquait la possibilité de cheval et voiture. 

Je sonnai modestement à la petite porte. Une bonne vint 
ouvrir; si je la disais jolie, je mentirais, mais je commettrais aussi 
une injustice grave si je n'ajoutais qu'à ma question elle répondit 
avec la plus grande politesse et le plus gracieux sourire : a Oui, 
c'est ici que demeure M. Verlaine ». Me laissant aller aussitôt à 
cette précipitation d'esprit dont j'ai depuis donné tant de preuves, 
je formulai mentalement le jugement ci-après : « Cet homme est 
bon, puisqu'il a d'aimables serviteurs ; mais l'on craint dans sa 
famille qu'il ne fasse la cour aux servantes ». Gomme il arrive 
dans les raisonnements trop rapides, la seconde proposition 
constituait un a jugement téméraire » ; d'autre part, la première 
devait, en toute équité, s'appliquer non moins au beau-père du 
poète : M. Mauté de Fleurville, véritable maître de cette bonne 
et légitime propriétaire de cette maison, « élevée sur cave «, 
c'est-à-dire que l'on accédait aux appartements par un perron. 

Je fus introduit d'abord dans un petit salon situé à gauche du 
vestibule d'entrée. C'est celui qu'a décrit Verlaine dans le passage 
de Confessions où il raconte les premières visites qu'il fit rue 
Nicolet au temps de ses fiançailles. Or il se trouva que la bonne 
avait agi non sans étourderie, que ce n'était pas dans le petit mais 
dans le grand salon qu'elle aurait dû me faire attendre. Elle se 
h&ta de réparer sa faute, me fit monter au premier étage et me 
laissa dans une assez grande pièce demi-luxueuse dont la déco- 
ration s'inspirait d'un goût très averti comme tout l'intérieur 
de la villa et disposée avec une ingéniosité très particulière. On 
avait imaginé cette oliose très simple — mais que tout de mdme 



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- 117 — 

il fallait trouver — de couper eo deux parties une vaste salle au 
moyen d'uoe glace eana tain reposant sur une cimaise; les deux 
pièces de cette manière, s'éclairaient mutuellement et chacune 
avait l'avantage, tout en conservant sa commodité spéciale, de 
sembler une fois plus spacieuse. Un détail dont je me souviens 
plus encore, c'est que la bonne, véritable « tête à l'évent », 
paraissait ignorer l'art, pourtant élémentaire, de fermer les portes 
— non qu'elle les laissit ouvertes, mais simplement, comme 
on dit, n poussées » — et que le fait de tourner un bouton 
lui semblait excessif et totalement superflu. A cause de cela, 
j'entendais à droite et à gauche, dans les chambres voisines, je 
ne sais qui aller et venir, et parler... Un moment, je discernai 
la voix d'une vieille dame qui termina ainsi une phrase évidem- 
ment à l'adresse de moi intrus: « ... encore déranger monsieur 
Verlaine !... » Four ne pas en perdre l'habitude, je proférais 
immédiatement un autre jugement définitif : « Notre homme 
appartient à une famille qui redoute pour lui les mauvaises 
fréquentations o. Cette dame, que je ne vis pas, était l'excellenle 
M'" Mauté à laquelle l'auteur de Sagesse consacra un beau poème 
de reconnaissance attendrie, la belle-mère exceptionnelle qui 
dans le ménage de sa fille joua le rOIe de couciliatrice, la pauvre 
femme qui aurait tant voulu éviter l'inévitable ; je veux dire 
ce chapitre douloureux, que vous connaissez, de l'histoire de 
Verlaine, la rupture de l'union si chère et si délicieusement, 
autrefois, chantée. Alors sa réflexion se comprenait trop bien, 
n'est-ce pas ?— Encore une visite!... Encore une occasion, pour 
ce malheureux Paul, de sortir, d'aller au café I... 

Et j'avoue que si jamais crainte fut justifiée, c'était bien celle-là; 
vous allez le voir tout à l'heure. 

Je n'eus pas le temps de me sentir vexé, car j'éprouvai, la 
seconde d'après, une émotion formidable. J'ai dit que la sacrée 
bonne avait la rage de ne fermer aucune porte. Eh bien I figurez- 
vous que celle qui se trouvait en face de moi — et qui donnait 
sur quelle partie de l'appartement t je n'en sais rien, je n'ai pas 
besoin de le savoir ; — apprenez, cher ami, que je vis cette porte 
s'ouvrir... ohl avec quelle douceur étrange et quelle terrifiante 
lenteur ! . . . qu'elle s'ouvrit non pas comme poussée par un 
homme, ou par une femme, ou par lèvent, mais d'un mouvement 
continu, régulier, sinistre, comme sous l'immatérielle et irrésis- 
tible impulsion d'un fantOme I Et tout à coup, dans l'embrasure. 



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-1*8- 

muel, terrible, un chien énorme, un chien qui avait l'air d'un 
•ion. Il s'arrêta 8ur le seuil. Il me regardait fixement, d'un œil 
interrogateur, de l'œil de quelqu'un qui va dire : n Qu'est-ce que 
TOUS faites ici?... Qui vous a permis d'entrer?... Qu'est-ce que 
vous voulez?... Puis toujours silencieux, toujours sans me quitter 
du regard, il Qt vers moi deux pas en avant. C'était le moment 
de commettre encore quelques jugements précipités : « Ce chien, 
pensai-je, n'aboie pas ; donc il est féroce ; il va me dévorer, la 
chOËe est sûre... sapristi!... que la bonne ne m'a-t-elle laissé 
dans le petit salon d'en bas!... » 

Le chien s'arrêta un quart de minute, sans détourner de moi 
ses lar|j;es, flamboyantes prunelles. Je me dis: « C'est pour 
prendre son élan «. Il recommeuça d'avancer... en allongeant la 
gueule. J'étais assie, je pensai : r II va me saisir d'abord par le 
ventre ». Je me résignais, ennuyé — je n'avais seulement pas eu 
le temps de voir Paris! — mais enfin je me rét-ignai», déjà me 
comparant aux martyrs dans le Colosseum, quand l'animal vint 
poser sa grosse tête sur mes genoux, en me regardant avec une 
expression tendre qui suppliait, qui demandait pardon pour cet 
irrépressible besoin de caresser. Je pris un ton protecteur, je 
l'appelai « beau chien », je lui passai la main sur la tête, je lui 
tapotai les flancs... puis une portière s'écarta ; Verlaine parut. 

La Revue d'Ardenne et ^Àrgonne a reproduit naguère le beau 
tableau de Fantiu-Latour : Un Coin de teAle, qui appartient actuel- 
lement au poète Emile Blémont. Vos lecteurs se souviennent que 
ce tableau, parmi divers portraits (filémont, d'Hervilly, Pelletan, 
Elzéar) contient également ceux de Rimbaud et de Verlaine, tous 
d'une ressemblance parfaite, mais ce dernier plus encore, peut- 
être, que les autres. La seule crilique faite parfois, c'est que le 
Verlaine de Fantln-Latour est un peu figé; mais cela prouve 
uniquement la conscience et la justesse de vision du bon peintre : 
ayant à faire un nerveux, qui avait bien plus peur de bouger 
qu'un homme calme — tel que Pelletan, par exemple, ou 
d'Hervilly— il ne pouvait le reproduire autrement qu'il le voyait, 
c'est-à-dire se raidissant, et, par suite, plus ou moins « bonhomme 
en bois » : vérité au moment de la pose, vérité temporaire, soit ; 
mais, enfin, vérité, le plus sûr idéal de toutartiste. Or le Verlaine 
qui se présentait devant moi était celui que, quelques mois 
seulement plus lard, devait peindre Fan tin-La tour, avec cette 
différence qu'il ne posait pas pour son portrait. Je le vois encore 



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- 119- 

tel qu'à cet instaot j'éprouve la même seuBatioD que j'eus alors 
d'étonnement... raBsuré et charmé. Etonné pourquoi t Rassuré 
pourquoi? Voici. D*abord vous savez que l'on est surpris de ce 
qu'une chose arrive telle qu'on l'avait prévue, parce que, la 
plupart du temp?, c'est le contraire ; et je m'étais imat^iné un 
Verlaine qui se trouvait tout à fait c dans le genre » de celui qui 
venait d'entrer dans le salon. Puis, j'étais en droit de supposer 
qu'à l'égard d'un petit houime bien insignifiant, avec qui jamais 
il n'avait eu aucun rapport, le poète »eruit, sinon froid et majes- 
tueux, tout au moins reclus en cette politesse mesurée, expec- 
tative, qui répond à la question d'un visiteur, lui donne le 
renseignement qu'il demande, et... va te faire lanlaire. Mais ce 
fut bien difTérent. 

On va m'interrompra ici pour savoir tout de suite que) air il 
avait, quel aspect physique... Je vis un jeune homme de taille 
élancée, d'allure timide et souple, à tête Une, douce et ardente : 
large front dont l'ivoire s'ombrait légèrement de rares cheveux 
très bruns qui descendaient en boucles soyeuses, beaux yeux qui 
semblaient de velours parce que voilés par de longs cils noirs, 
teint mat, 6ne moustache blonde ; la Sgure entière en détails et 
nuances contradictoires qui s'opposaient en parfaite harmonie. 

Après le premier regard de curiosité comme enfantine, il me 
sourit, me fit un signe de tête amical, prononça ces mots: 
« Bonjour, cher ami... » Je disais que j'avais été étonné. Tout de 
mfime — et pour cette nouvelle raison — vraiment, il y avait de 
quoi I... La vérité, c'est qu'il me prit d'abord pour un autre; mais 
par une attention d'amabilité exquise, le poète eut soin,cejouMa, 
de ne pas ajouter cette explication qui eût pu altérer, si peu que 
ce fut, l'heureux effet d'un aussi charmant accueil. Et j'eus non 
moins de quoi être rassuré quand, pour répondre à mes formules 
de salutation cérémonieuses, m'excusant de me permettre... sans 
avoir rhonueur d'être connu de lui..., etc...., il prit si gentiment 
le ton d'un bon petit collégien qui cause à un camarade : 

— Rimbaud?... Parfaitement!... Où il perche?... Damel... un 
peu partout, même nulle part... Aujourd'hui, je sais où le trouver : 
si nous allions le voir tous deux?... Voulez-vous?... 

Et voilà I... Ce qu'avait craint la bonne t/L™ Mauté : une occa- 
sioQ de sortir I... Moi, égoïste, j'étais plein d'orgueil et de joie. 

Uaintenaot que vous savez de quelle façon il m'avait reçu, 
vous pensez bien que, le tempa de remonter la rue Ramey, de 



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-120 — 

descendre ensuite la chaussée Cli^^nancourt, nous étions de vieux 
amis. Dailleurs, je dois déclarer, pour que l'on connaisse bien 
cette extraordinaire nature d'homme et de poète, que n'importe 
qui eût obtenu avec lui le même résultat, puisqu'il fut toujours, 
inguérissablement, ce que l'on pourrait appeler le « camarade 
d'enfance » du premier venu. Et puis, si le tendre-délicat-réveur- 
cordial-timlde-ardent, qui dort depuis douze années au cimetière 
des Batignolles, pouvait sortir de la tombe, s'il jetait les yeux sur 
ces pauvres lignes où je l'évoque, plein de gratitude pour sa 
bonté, peut-être qu'il s'écrierait, taquin : n Du tout, du tout!... 
C'était parce que lu parlais de Rimbaud ». 

— Oui, mon vieux !... 

Arrivés sur le boulevard extérieur, noua fîmes, a comme de 
jusse », une première station au café du Delta. Verlaine, pour ne 
pas me scandaliser, prit un simple bitter, breuvage à présent 
passé de mode et qui n'existe pour ainsi dire plus, détrftné qu'il 
est, depuis belle lurette, par l'amer Picon. Après quoi, nous 
escaladâmes allègrement l'impériale de l'omnibus Montmartre- 
Place Saint-Jacques qui nous mit boulevard Saint-Micliel. On ne 
disait pas encore, à cette époque, « le boul' Mich' >, et l'on a 
cessé, je crois, de parler ainsi depuis peu — de même qu'il sera 
plus populaire, un jour, de ne pas dire < auto » mais « automobile » 
tout simplement, de même que quelques-uns ont essayé de nous 
faire dire un « bus », un « tram », mais que nous préférons dire 
R une omnibus » et « un tramcay », en6n que, bravant les plus 
cruels supplices, nous dirons toujours « Vagon n, tant la langue 
française, en dépit de mille hérésiarques, demeure une institution 
pieusement chérie et respectée, tant nous avons son « pur et 
clair génie » dans le sang, dans la peau, avant même que de 
l'avoir dans la bouche. Ce que je puis assurer, c'est que le 
boulevard Saint-Michel est peut-être, de tous les coins de Paris, 
celui qui a le moins changé depuis quarante ans. A. peu 
d'exceptions près, c'est toujours la même distribution d'hôtels, 
« maisons meublées », restaurants, cafés, boutiques. Notamment, 
je vous recommande une papeterie, à deux pas de la Source 
(laquelle eut si grand tort d'abandonner ses amusantes rocailles). 
A. la devanture de ce <i magasin u (pour employer une expression 
de l'ardenaais vocabulaire) vous verrez un petit monument en 
graphite qui s'y trouvait déjà en 1S71, et fut en la grande ville le 
premier objet de mon admiration. De même le pan coupé situé à 



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- 121 - 

l'aboutissement commun de la rue Racine et de la rue de l'Ecole- 
de-Médeniiie est toujours orné, à son balcon, de la même enseigne 
composée des mêmes lettres d'or : Hôtel des Etrangers : 

— C'est ici, dit Verlaine, que le tigre a sa tanière... 

Cette foie, ma mémoire chancelle, je ne puis dire s! nous 
mont&mes jusqu'au second ou pas plus haut que le premier 
étage. Ce dont je me souviens, c'est d'un salon garni de divans 
et de tables; ce que je me rappelle, c'est des gens très barbus, 
généralement, et à longs cheveux pour la plupart, qui échangent 
avec mon comgagnon des poignées de mains, et ce que je vois 
surtout c'est, couché sur un divan, Rimbaud qui se lève à notre 
arrivée, qui se détire, qui se frotte les yeux, fait la grimace 
pitoyable de l'enfant brusquement tiré d'un lourd sommeil. Déve- 
loppé, mis debout, il me parut immense. Déjà, depuis quelque 
temps avant son départ de CbarlevlUe, j'avais remarqué, non sans 
une pointe d'envie, que le gaillard poussait, poussait en hauteur; 
mais la rapidité de cette croissance depuis son installation à 
Paris, et par suite. Je suppose, d'un complet changement de 
régime, s'était exagérée d'une manière étonnante ; il me dépassait 
maintenant de toute la tête; il avait, en quelques semaines, 
grandi de plus d'un pied. Alors, bien entendu, adieu les joues 
rondes d'autrefois, mais sur ses traits allongés, osseux, rou- 
geoyait, terrible autour des yeux d'azur, le teint d'un cocher de 
fiacre. Adieu aussi la mise correcte imposée par « maman » pour 
supporter les regards sévères de la bourgeoisie ardennaise — 
laquelle exigea de tout temps qu'un jeune homme ait « de la 
tenue » : désormais, gr&ce à l'indulgente inattention des popu- 
lations affairées sur les voies parisiennes, Rimbaud ^ s'en fichait 
pas mal ». En sorte qu'il s'estimait assez « faraud » vêtu d'un long 
pardessus mastic deux fois trop large, et froissé, fripé lamentable- 
ment, pour avoir passé des quarante-huit et des eoixanle-donze 
heures sans quitter ses épaules l'espace d'une minute ; en sorte 
que le petit chapeau melon soigneusement brossé d'antan était 
remplacé par une coiffure en feutre mou qui n'avait « de nom dans 
aucune langue » ; en sorte que le faux-col, provenant du même 
hercule qui avait fait don du pardessus, laissait autour de la 
pomme d'Adam s'ouvrir de vastes abîmes ; en sorte que le nœud 
de cravate, par sa négligence, rappelait évidemment « les plus 
mauvais jours de notre histoire ». 11 nous expliqua qu'il venait 
d'absorber du kasehi^, et s'était couché ainsi pour avoir les 



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- 122 - 

délicieuses visioDg promises. Uais four complel. Il avait vu des 
lunes blanches, des lunes noires, se poursuivant avec des 
vitesses variables, el puis c'était tout... sans compter de l'em- 
barras d'estomac et un fort mal de télé. Je lui conseillai de 
prendre l'air. Nous fîmes une assez longue promenade eur le 
boulevard et autour du Panthéon. Il me montra des déchirures 
qui blanchissaient les colonnes : « Ce sont les balles », dit-il. 
Partout, du reste, ,on voyait sur les maisons de ces traces laissées 
par les griffes de la mitraille. Je lui demandai où en était Paris 
au point de vue <■ idées ». D'un ton las il répondit quelques mots 
brefs qui révélaient un écroulement d'espoir : 

— Néant, chaos..., touteB les rétutiotu possibles, et même 
probables. 

Bans ce cas, pouvait-on prévoir une insurrection nouvellef 
Restait-il des > communards » f 

— Oui, peu... 

Il en connaissait, des enragés, qui tireraient des coups de fusil 
jusqu'à ce qu'ils fussent morts... II serait avec eux... son idéal 
aurait cet aboutissement, il n'en voyait pas d'autre... 

Mais cette libre et puissante vie intellectuelle qu'il était venu 
chercher?... 

Il eut un mouvement d'impatient dédain. En les deux mois 
écoulés depuis le jour où je le quittai à la gare de Charleville 
toute retentissante de ce cri de victoire : n Les voyageurs... 
pour BouLsicourt, Poix, Launois, Rethel, Reims, Paris... en 
voiture 1... » une épreuve écrasante venait d'anéantir les illusions 
du provincial. Paria... « ville-lumière », Paris « tète et coeur 
de la France » : blague immonde!... Paris était un lieu où l'on 
venait pour gagner de l'argent. .. Quelques idéalistes s'y donnaient 
encore, par une vieille coutume, rendez-vous ; mais quelle erreur, 
puisque là aussi venaient, par millions, les vanités les plus bêtes, 
les cupidités les plus cyniques, les appétits les plus brutaux, les 
pensées les plus grossières de toute la nation I Nulle part les 
âmes n'étaient plus lourdes, plus sourdes, plus aveugles ; nulle 
part la philosophie, la poésie plus ridicules, et cet anormal 
mélange de respirations qui mutuellement s'empoisonnent, celte 
folle agglomération de bâtisses, au mépris de l'espace qui s'offre, 
de l'air pur que l'on dédaigne, consliluaient, en somme, l'endroit 
le moins intellectuel du monde. 

Je récoulais, stupéfait. Une sorte de nuit semblait s'être 



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- 123 - 

abattue sur les eothoUBiasmes du révoluliouDaire. C'était eu 
réalité dans son cerveau qu'une révolutiOB se faisait peu à peu, 
irrésistible et angoissante parce qu'imprévue, parce qu'il n'en 
discernait pas encore la formule qui devait éclater plus tard dans. 
les affres à'Une Saison en enfer. 

Je parlai d'autre chose. Quel était ce cercle, salon, café... d'où 
nous sortions?... Content d'être enlevé à ses pensées lugubres 
— et sur lesquelles je supposais, & tort, que la céphalée due 
au hascbich n'était pas sans influence, Rimbaud retrouva sa 
bonhomie habituelle. 

— Un cercle? pas précisément... Un salon? oui, si l'on voulait... 
Uucafé? encore... sans être cela, tout en l'étant... Les <> bons 
hommes » que j'y avais vus : artistes, écrivains — parmi eux 
quelques débris du Parnasse — avaient trouvé ceci : louer un 
local pour y causolter, buvotter, fumotter... dans une liberté 
relative, c'est-à-dire sans êlre astreints à des procédés céré- 
monieux vis-à-vis d'un bdte, ni exposés aux voisinages, souvent 
ennuyeux, parfois hostiles, des gêna que l'on rencontre dans les 
lieux publics... Le personnage que j'avais remarqué tout d'abord, 
cette figure émaciée à barbe grisonnante, aux grands yeux exta- 
tiques ? C'était Cabaner, un musicien, un poète. El Rimbaud 
chantonna quelques rythmes vagues, sur une musique bizarre- 
ment soupirante : 

SoufQea de l'air 
Plein* d'hannonie, 
Soufilci embaum^B 
Qui paaaem, 

Rapides, 
Sur mon toit, 
Pour vou« le* jeter je cbenge en triitei sont 

Hea lanDes I... 

— Comme lu peux en juger, dit-il, c'est un homme très gai... 
cependant, un de mes ai^is les meilleurs. 

Il ajouta qu'en fait Cabaner et lui étaient les véritables « tenan- 
ciers » de l'établissement. Du moins, ils avaient la sérieuse et 
respectable mission d'acheter les liqueurs, assurer le bon entretien 
de la salle, veiller au rinçage des verres, etc. Ils s'en acquittaient 
avec toute l'irrégularité qu'exigeait leur réputation d'espnts très 
originaux. Mais un nuE^e restait à l'horizon : quelque jour on 
découvrirait ce repaire, et le fisc odieux serait bien capable de 



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- 124 - 

leur faire payer patente ; alors ce serait rabominatiOQ de la 
désolation prédite par le prophète Daniel... 
Tels sont les détails qu'il me doDDa avec ta plus grande corn- 
, plaisance dans les parages du restaurant Pilieau, qui existe 
encore sous ud autre nom, et du Bceaf-à-f huile, beuglant qui ne 
beugle plus, mais dont l'afficlie portait, ce jour-là, parmi des 
attractions diverses : « Les Cuirasaiers de Reischoffen, chanson 
patriotique », ce que je ne mentiouue pas dans l'intention cou- 
pable d'insinuer que nos maltieurs nous ont divertis à toutes les 
époques. 

Depuis, et jusqu'en 1879, je revis souvent Bimbaud, mais 
presque toujours à Charleville où revenaient sen pas errants... 
prêts à repartir. Ces périodes de repos avaient des durées 
variables : deux, trois mois, parfoib davantage. 11 n'avait plus 
guère de relations, Bretagne, Deverrière, Izambard ayant disparu. 
Comme j'étais cloué par des obligations professiouneUes, je ne 
pouvais le voir que deux jours par semaine. Les dimanches, on 
partait le matin, on revenait le soir : tout l'arrondissemeut de 
Mézières fut ainsi parcouru, pédestrement le plus possible, car il 
n'aimait pas — répondait-il à mes proposilions insidieuses — 
« engraisser u les compagnies de chemins de fer, et si l'on avait 
quelques sous, il était plus humain de les dépenser pour se 
payer en route un péquet ou deus. Il tenait essentiellement, par 
exemple, à ce que ce fût dans « le plus beau café » du village, et 
il avait fait cette constatation intéressante que, d'habitude, c'est 
celui qui s'intitule « Estaminet de la Jeunesse «, le « Rendez-vous 
des Voyageurs » étant douteux... 

Et sortant de la, ragaillardis, on fredonnait en chœur ce refrain 
des Cent Vierges, seul morceau d'opérette qu'il eût retenu de sou 
séjour â Paris, mais qui lui procurait d'innocentes délices : 

Heureusement, 

Qu'à ce moment, 
Nous n'avons pas perdu la tète. 

Et qu'en nageant 

Adroitement 
NouB avons bravé la tempfte. 



S'il pleuvait trop, l'on restait « en ville a et on allait voir les 
■ dandies » au Café de la Promenade. Il nous arriva d'y rencontrer 



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-125- 

d'ancieuB camarades, de cenx qui antrefois avaient ttié « hon 
hou ! s quand Rimbaud sortait dn collège. Haintenant as&a^B, 
graves, ayant pris du « poids >>, munis d'ambitions légitimes et 
d'une sorte de sagesse que j'appellerai « ad hoc a, faute d'un 
terme pluslprécis. Je 1«b trouvais impressionnants, et Rimbaud les 
déclarait n très bien », impItcHant^aans doute, rKBRpnix îroniite : 
« ... pour ce que j'en veux faire ». Quelques-uns s'approohalenl : 
ff Rimbaud I... Tiens 1... Qu'est-ce que lu fais de bon Y... Cette 
question posée dans l'ingénuité ta plus absolue, notez bien. Lui, 
gentil, les invitait à s'asseoir auprès de nous, puis, pour satisfaire 
leur curiosité, prenait plaisir à s'attribuer tes métiers les plus 
effroyablement abjects, et aussi des mœurs dont la desoription, 
qu'il circonstanciait férocement, (?ûl du faire tomber tous les feux 
du Ciel sur les vitrages du café. Ces messieurs échangeaient des 
regards à la fois constemés et ravis de trop et pas assez com- 
prendre ; effarés de la mystification atroce, iln avaient de petits 
rires de chèvres, cherchaient une contenance, n'en trouvaient 
d'autre que de se tamponner le menton avec leur canne & pomme 
d'ivoire, finissaient par s'en aller d'un air aimable et digne; 
Rimbaud, les voyant partir, gloussait, amusé un peu de leur 
dégoât, mais surtout de voir que j'étais navré de plaisanteries 
aussi imprudentes. 

Les jeudis, je pouvais lui consacrer deux heures que l'on 
passait généralement au Café de fUnnert. Bien qu'il fât voloutiers 
prolixe en détails sur les artistes et gens de lettres qu'il avait 
fréquentés & Paris, Je ne lui parlais plud de buts littéraires. Sons 
ce rapport, toute intention, chez lui, était morte. Son parti pris 
de renoncement à n'importe quelle gloire, m la vérité datu une 
^Ime » (1), le « devoiT A chercher n (2j, la réalisation ainsi bien 
complète et bien sûre de son idéal démocratique, la muet triomphe 
de tenir au moins ce ■ pas gagné » (3), restait son secret que je 
n'ai deviné que longtemps plus tard, quand j'eus le spectacle 
entier de sa vie, commenté par ses demi-confidences. 

Nos conversations roulaient principalement sur des voyages 
contés avec cette force de pittoresque et cette puissance de gaieté 
que tous lui ont connues. Il retournait aussi à la bibliothèque ; 
il y rencontra deux Jeunes gens qu'il fit ses amia et par suite les 
miens — c'est une nouvelle obligation, non la moindre, que j'ai 

(l-S-3) Vu Stinm en enfer. 



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— 126 — 

à ?a chère mémoire. — Celui que je cilerai le premier, parce qu'il 
D'est plus, parce que mon esprit porle encore son deuil, était le 
doux, le candide, le fervent Ernest Millot [1]; l'autre, gr&oe à 
Dieu, bien vivant et bon vivant, c'es^l l'historien de Pache, Louis 
Pierquin. Je n'ose dire tout ce qu'il vaut comme écrivain et 
comme érudil, parce qu'il m'en voudrait; cependant, il y a uue 
chose que je ne puis taire — ma fois tant pie ! — c'e&t que Louis 
Pierquin, l'un des plus intelligents sectateurs de Itimbaud, s'est 
mis dans la têle, un beau jour, que l'auteur de Bateau ivre serait 
glorifié par un monument dans le square de Charleville, et qu'avec 
la complicité — le mot u'est pas trop fort pour ud tel crime — de 
M. Bouchez- Leheu Ire, et de quelques autres, il .a réussi k per- 
pétrer l'atteotat. Mais vous-même, cher ami, avec votre Remu 
d'Ardenne et d'Àrgonne qui a l'air, vérilablemenl, de faire de 
Rimbaud son dieu, fùles-vous bien inuoceut dans cette alTalre?... 



Ernest Delahaye. 



(1) Mort juge de paû en Uffnt 




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- 127- 
RECHEBCHES STATISTIQUES 

SUR LA POPULATION DES ARDENNES 

AVANT LE XIX" SIÈCLE 

OnATRlÈlie ARTICLE {1) 



Ddnoznbrement de la Provinoe et Frontière 
de Champagne de 1773. 

Les Archives départementales de la Marne (2) possèdent, sons la 
cote G. 430, un registre grand in-folio, intitulé : Province ei frontUrt 
de Champagne. — Dénombrement général a éclaircissemem relatifs à 
i'apprédalion des récoltes : année 1773. Ce registre constitue le plus 
précieux document statistique du xviii* siècle pour deux raisons. 
D'abord il donne les renseignements les plus précis sur la condition 
de l'agriculture en détaillant, colonne par colonne, le nombre des 
animaux, ou des arpents ensemencés de différentes façons; mais 
tout cela n'est pas ce qui nous intéresse. En second lieu, les rensei- 
gnements sur la population sont eux-mêmes plus détaillés qu'ail- 
leurs, puisque le registre indique : 1° le nombre de feux ou ménages 
pour chacun des trois ordres, clergé, noblesse, roture (soit trois 
colonnes) ; S" le nombre des personnes divisées en hommes ou 
femmes au-dessus de 7 ans, garçons ou filles au-dessous de 7 ans 
(soit quatre colonnes). 

Nous n'avons pris que les villages ou autres lieai habités faisant 
actuellement partie du département des Ardennes. Aussi ne troD- 
vera-t-on pas ici au complet les élections de Reims et de Sainte- 
Henehould ; au contraire, l'élection de Bethel a été rapportée 
m extenso (3). 



(1) Voi. Rev. d'Afdeniu et d^Argonne. l. XV (1907-11108), p. 1S6 M n 
wiilns cotés ensomble C. !OST (Ardi. Hirne) Boni du Un 
I iDdkilion de 11 poputtlim. 
le lieui sont qnelquefolt esiroptés ; le leetaur Ih ritibUn beilenwiil, erojaw- 



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- 128 - 

Election de Reims 



DENOMBREMENT DES HABITANS 



iiaint u rici M itttGis 



VILLES. BOUnnS i PAROISSES 



NOMBRE l)B PERSONNES 



GATÇQin niUi 



Adilon 

Aire 

Allaud'huy 

Anlheny el Paroisse . . 

Aoust et Lafférée 

Ardeuil 

Artaise et le Vivier. . . 

Asfcld-la-Ville 

Asreld-le-Château 

AUigny 

Avanron 

Aubigoy 

Avesgre et Marvaux . . 

Aure 

Aussonce 

Auvillers-les-Forges. . 

Bairon 

Balham 

Banogne et Rousselois. 

Bay 

Bazancoui't-s/-Bai- 

Beaumont-en-A rgonne 
BeaumoQt-en-Aviot. . . 

Begny 

Bignicourt 

Blanchefosse 

Blanzy 

Blomfiay et Paroisse.. 

B(^ny-les-Murtia 

Bouconville 

Boult-s/-Suippes 

Caurov-les-Macliaux. , 

Chagn y-les-Omont 

Chappês 

Chateau-Portien 

Chaudion 

Chaveuge 

Chaumont-en-Portien . 

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VILLES, BOUIIGS & PAROISSES 


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51 
64 
16 


Coulommes-les^Atligny 


Deville et Layfour 










Estalles 


Eslrebav 






Flaigne-ie&Oliviers 
















Hannapes-et-Paroisse 




Harnicourl et Boyaux 














Justine 


Labesace 






Lai obbe et Paroisse 

1 La Neuville aux Tourneurs 
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NOMS 

Dis 

miBS, BOURGS t PAROISSES 


DÉNOMBREMENT DES HABITANS 




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NOMBRE DE 


PERSONNES II 


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25 
25 
30 
16 




Le Ch&telier près RimoKDes 
L'Echelle 


Le Chenoy-les-Alleadhuy.. 

Le Mesml-le>-Epmois 

L'Epron et dép"«" 


Les Maisons du Mont-Dieu. 
Les Mazures et Anchamps.. 
Les Petites Armoises 


Les Tnimbleaui [U TiaMJ. 




Logny-les*haumont 

1) les-Renwez 






















Montcoruet-en-Ardenne.... 


















Nouvion-en4*ortien 

Olizy. . 




PauTre-«u-Cbuttpa£De — 
PoilGourt - 





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VILLES. BOURGS « PAROISSES 



DÉNOMBREMENT DES HABITANS 
£ H mi m IDUUS NOMBRE DE PE RSONNES 



Prez 

Prix-Iefr-Maizières 

Quatrechamps 

RenneTill».«t-Sericourt . 

Recouvr&nce 

Remaucourt 

Rflmilly 

Renwe^t-Onchamps . . . 

Rimogne 

Roches 

Rocroy et dép 

Roisy 

RocquigDV 

Rouvroy-fes-Pothées 

Rubigny 

Rumigny 

S'-Agnan 

S'-Clément 

S'-Ferjeui 

SMÏennainmoiit 

SWean-aux-Bois 

S'-Marcel-les-Clavy 

S'-Pierre-à-Arnes 

S'-fluentin le Petit 

S'^Vauxbourg 

Saulce-ChampeDoise 

Saux S' Remy 

Ser^nioQ 

Sermcourt 

Sermonne 

SerTioD et Sont 

Sery 

Secnaui. 

Secheval 

SéTigny 

Sévigny-la-Forèt 

Signy-I Abbaye 

SigDV-le-Petit et Brognon 

Son.'. 

Sorbon 

Stonne 

Tainay 

Taizy 

Tarzy. . ; i 



704 
74 

(75 
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59 

173 
39 
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57 
75 
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140 
174 



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141 
254 



105 
130 
297 

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VILLES, BOURGS à PAROIS^S 



Tin-Ie-Moutier 

Vaax-les-MouroD 

11 Rubigny 

Vieil-S'Jlemy 

Vieox-Ies-ATaux 

Vieux-Ies-Haare 

Villers-dav' le Thour. . 

n de' Haucourt . . 

» le Toarnear. . . 

WadLmoDt 

Wasigny 

ToDcq 

K^aowex 



DËNOMBREHENT DES HABITANS 

NOMBRE DE PERSONNE} 
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Eleotion de Rethel-Hazarin 



AUncourt 

Amaigofl 

Ambly-sar-Aixoe 

Amblv-sor-Bar 

Aanellas 

Armais»-Ia^raade, 

Arreux 

Aoboncourt'et^Tîire .... 
» les-Vauzelles.. 

Anthe 

Aatruclie 

AyTelle-)a-Gr 

» Petite 

Kaalon 

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Bâleivre. 

BarbaiM 

Barbvfl 

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BeÏTal 

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VILLES, BOUEtGS * PAROISSES 



Boarq 

Boutancourt. . . . 
BoaTellemoDt. .. 

Briancourt 

Brienne 

Brieul-3-Meuze. . 



Bux . 

Chalandry 

Champigneulle. . . 

Charbogne 

Chardeoy 

Cbatilloa4-Bar. . . 

GhaumoDt 

Chemery 

Chçry 

Cheppe 

Cherpette 

Chevrière 

ClaTy 

Coflgny 

Gondè-snr-Aixiie.. 

Connage 

Corbon 

ContreuTH 

CorDy-lt-Ville.... 

Coucy 

Oamouzy 

Dom>l&-M 

Donchery 

Doux 

Dricourt. 

Escordal 

Salaire 

Estrepigny 

EstioD 

Esvigny 

Faux 

Faisseaalt 

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MLLES, BOURGS A PARWSSBS 



Gennont 

Glaire 

Grivy 

Gruyères 

Guignicourt 

Guincourt 

Hagnicourt 

Hannogne-S'-M 

Hocquemont 

Houdizy 

Jandun 

Iges 

ïnaumont 

Jonval 

Ivernaumont 

L'abb. de Landève 

La Gassiue-le-Duc 

La CeDse de Corny-la-Cour. 

B » Haut 

H » L'autrepe 

u la Trahiëre 

» » Maaimoat 

» H Soiru 

» n Thièves 

La Croix les Longwé 

La Ferme de Beaumont . . . 

» » GrèTecœur. . . 

» da Temple 

» de la S'-MartiD.. 

La Francheville 

La Haute Clefay 

La Horgne 

La Mets 

LaHorteau 

La Neuville-à-Maire 

La Sabotterie 

La Vielle Ville 

Launois 

Le Chatelet 

Le Cbesiiois et Rivières . . . 

Le Chesne 

LeDancourt 

L'Effincourt 

Le Ménil-les-Annelles 





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iLe Moulin Faveau 


Les Alleux 


La Ferme de Télines 

La Maison de la Pereuse... 






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Machaut 




Maire 


Maizières 


Malmy 


Marqueny-aux-Bois 

» au Vallage 


Maudigny 




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Mohon 






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DËNOMBREHENT DES HABITANS 



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NOMBRE DE PERSONNES 



Rethel 

Rilly-aux-Oyes 

Romance 

S'-Etienne-à-Arne 

S'-Lamberl 

S'-Loup-aux-Bois 

» en Champagne 

S^-Marie à Py 

S" » sous Bourg 

S'-Marcel-sur-le-Mont . 

S'-Morel 

S'-Pierre-s-Vanze 

S'-Remy le Petit 

S'-Souplet 

Sapogne 

Sauseuil 

Saviguy 

Sauces-aux-Bois 

Saull-les-Rethel 

Sauville 

Selles 

Semeuze 

Semide 

Semuy 

Seuil 

Sevricourt 

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Singly-au-Vallaga 

w les Aumont 

Sompy 

Sorcy et le Territoire de 

Bauthemont 

Soreau 

Sugny 

Sury 

Suzanne 

Tagnon 

Terron-s-Aixne 

» lesVendresse 

This-les-Neuville 

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Tholigny 

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VILLES, BOURGS k PAROISSES 



DËNOMBREHENT DES HABITANS 



NOMBRE DE PERSONNES 
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Tourcelles 

Tourne 

Tourteron 

Tnigoy 

Tugny 

Vandy 

Vaudezincourt . . 

Vaux-en-Ch 

Vauimontreuil.. 
Vauxelles 



Verrières 

Ville-s-Tourne 

Villelte 

Ville-s-Vanze 

Villiers-s-Bar 

Villiers-deT.-Héziéres. . 

» s-le Mont 

» le Tigneux 

Viviers-au-Court 

Voacq 

Vouzières 

Vrignemeuze 

Vrizy 

Vuagnon 

Vuarcq 

Varnicourt 

Wignicoui't 



Election de S^-Menehould 



Andevanne 

Apreraont 

Aulry 

Baricourt 

Bar-les-Buzancy 

Beaufeu et le ftlorthomme. 

Boux-aux-Bois 

Brecy 

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DËNOMBREHENT DES HABITANS 
a HimHinisy | nombre de PEBSOWffis 



VILLES, BOURGS k PAROISSES 



ChalUrange 

Champigneulles en Argonne 

Ch&tel-en-Argoniie 

Chehery 

Cheïières 

Chéhery et LandreTille . 
Coadè-les-Autry et hameaux 

en dép* 

Cornay 

Ezcermont 

Fléville-en-Argonne — 

Grand Han 

Grandpré 

Haricourt 

Imécourt et ADiépont. . 

Lançon 

Landres 

Le Bois des Dames 

Marc 

Mouron 

Nouart 

Oclies en Argonne 

Olizy et la Ferté 

Remonville 

S'-Georges 

S'-Juvin 

S'-Pierremoot 

Senne 

SiTTy-les-Buzancy 

Somme-Haute 

Sommerance 

Tailly 

Termefr^n-Aigonne 

Theaorgues 

Vaux-on-DueîtIet 

Verpel 



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79 
107 



159 
103 
117 
100 
319 

74 
159 
103 

35 
128 
449 
219 

74 



177 

27 



72 
138 

70 
340 

97 
112 
138 
174 

83 
132 
107 



Paal CoLLiNirr. 



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CHRONIQUE 

I. Une nouvelle Revue : LES MARCHES DE L'EST. 

Notre régioL ardennaise, qui poesèiie plusieurs périodiques 
spéciaux, était déjà englobée dans uop revue rayonnanl sur uu 
vaste domaine de la France, les Annales de CEst et au Nord. Elle va 
ëlre comprise aussi dans le champ immense des Marches de l'Est [1 ) 
que le Journal des Débats présente en ces termes très élogieux : 

(I Nous signalons avec plaisir l'apparition d'une iuiucuse publication 
trimesiriellequi a pour but de rassembler les souvenirs épars des régions 
situées sur la fponlière nord-est de la France : Alsace-Lorraine, Luxem- 
bourg, Ardennes, Pays wallon. Ces pays, désunis par les hasards des 
guerres el des traités, ont connu des gloires communes et onl toujours 

[inrticipé it la même civilisalion. La revue des Marches de l'Est étudiera 
sur histoire politique et mililaire et fera revivre lu littérature el l'art 
des provinces comprises entre le Rhin et l'Escaut. 

M. Maurice Barres a écrit pour les Marches de C Est une éloquente 
lettre-préface où il met le nouveau périodique sous l'invocation de Colette 
Baudoche. Il demande pour la jeune fille de Metz une place h dans le 
cortège des filles romanesques de la rive gauche du Rhin ». Selon lui, 
ic il s agit de réveiller, de dégager, brel de créer la conscience littéraire 
de ces puissants et pleins territoires, qui, depuis Cliarlemagne, ttans 
cesser de rêver en commun, se sont interrompus d'accorder leurs voir... 
Pour tous ces paj's d'Auslrasie, séparés politiquement de la France, la 
culture française est l'élément civilisateur. C'est par elle qu'ils commu- 
niquent avec l'univers. Mais à la France, que de services ils rendenll 
Ils sont nos bastions avancés I » 

Dès le premier fascicule des Marches de CEsl, les collaborateurs de 
la revue affirment l'unité de leurs pi-éoixïupiitions. Nous y trouvons, h 
enté d'études historiques el littéraires, des !rai;ments inédits du Romnn 
alsacien que prépare M^'deNoaiiies, un article de M. L. Dumonl-Wllden 
consacré à la prochaine commémoration de la bataille de Jemmapes. 
Dans quelques tories pages inlitulées les Francs d'Auslraiie, M. Georges 
Ducrocq, directeur des Marches, précise les données historiques dont 
s'inspirera la rédaction. Ajoutons enfin que de nombreuses gravures 
rehaussent le caractère artistique de la publication, ii 

n. Fondation d'une Société des Amis du Vieux Reims. 

Le 3 révrier 1909 a été couslituée une " Société des Amis du 
Vieux Reims » sous la devise : Urbium sacra senectus. 

Présideul d'honneur, M. le Maire de la Ville de Reims; Vice- 
Présidents d'honneur, MM.V. Diancourt, ancien Maire el Sénateur, 
H. Henrol, ancien Maire. — Président, M. Hugues Kraffl ; Vice- 
Présidents, MM. Louiti Robillard et le Vicomte de Brlmonl ; 
Secrétaire général et Secrétaire, MM. H. Jadarl et P. Gossel; 
'Trésorier, M. A. Mandron ; Archiviste, M. Ë. Kolas. — Adhésions 
reçues, ISO membres titulaires el fondateurs. 



(I) Prix du iDinéro : 5 (r. {t maiisj. — Prii de raboDDtnwDt (qnatra nunrfrot pvio) : 
VU fr, M6 mnis). — Toui les ibonaés de li revue des Unrehei de i'E»t rMoivmt paloito- 
nmit Le Meuai/er d'Altaee-Lorraint, journal hebdomidaire illustré. — Toute correspOD' 
duce coacenuuit li rédactioa doit êlre adressée au rédaclenr an nbef da 11 Renn : H. Piun 
Brina, me Si-Julien, 1, NaQcjlH.-et.Moe), ou an Diredeor de U René: H. Georges Ducrocq, 
boolevird Hupail, W, Pvis. — Adminiiiritioo et iboniMnieDte ; me du Reganl.lO, Paht. 



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-140- 
VARIÊTÉ 



Les Inscriptiona des paroisses ardennaises 
de l'ancien Décanat de JuTÎgny. 

Le tome VI, 4* série, des Mémoiret de la Société des Lettret, 
Scienca et Arts de Bar-U-Dae (année 1 908), contient les Inscriptions 
de l'ancien Décanat de Juvigny, publiées par M. l'abbé Nicolas. 
Le Décanal de Juvign; comprenait les paroisses de : Bièvres, 
Frumy, La Ferté, Herbeuval, Mar^ny, Margut, Moiry, Sapogne et 
Signy-Montlibert, localités qui font aujourd'hui partie du canton 
de Carignan (Ardeunes). Nous avons relevé, dans ce travail, 
diverses inscriptions intéressant des familles ou des personnages 
ardennals. 

La quatrième inscription est celle de trois enfants de Jean 
d'Allamont, seigneur de Halandry ; elle se trouve dans l'égliBR 
d'Avioth. 

Au mur extérieur de l'église de Bièvres, orienté au nord, on 
remarque un monument funéraire qui porte l'inscription sui- 
vante, gravée à l'intérieur d'une croix : 

CY GYST 

JEAN 

FRANÇOIS 

QVINET 

VENERABLE DEFINITEUR DU CHAPITRE 

DE JUVIGNY ET CURE DE BIEVRES 

DECEDE 

LE 3 NO 

VEMBRB 

i781 
R. I. P. 

L'enterrement de ce prêtre a eu lieu par Jean Favier, curé de 
Thonne-les-Préb, doyen du Cliapître de Juvigny, en présence de 



ûgle 



- 141 - 

Jacques Fondenier, vicaire de Lamouilly, et Nicolas Quinet, 
▼icaire de Uoiry, neveu du défust. 

M. l'abbë Nicolas ajoute : « La mémoire de Jean-François 
Quinet est toujours Tivanle à Bièvres. Non conleut de s'occuper 
de l'intérêt spirituel de ses paroissiens, le bon curé travaillait a 
améliorer leur sort temporel. Ainsi, il leur conseilla la plantation 
et la cullure des arbres fruitiers ; conseils dont l'exécution 
procura aux babilants une aisance jusqu'alors inconnue, u 

Nicolas Quinet fut vicaire au Trembiois en 1792-1793; ayant 
refusé de prêter serment, il fut condamné a la déportation. 



La clocbe de Han-lez-Juvigny a eu pour marraine Alexisse- 
Hadelaine de Vassinliac d'imécourt, abbesse de Juvigny, née à 
Sedan, petite-fille du pasteur Phil. Jenolean. 



Dans la chapelle d'iré-les-Prés, écarl de Moalmédy, on lit sur 
une pierre fixée dans la muraille : 

CY GISTRE M. PIERRE 

CHARLES WALEET VI 

VAUT CONSeaLER DV 

ROY MAIRE ROYAL DES VILLES DE 

MONTMEDY ET MEDY BAS AGE 

DE 79 ANS DECEDE LE 4 OCTO 

BRE 1769 ET M. FRANÇOIS WAL 

LET SON FRERE A COTE DE LUI 

CONSEILLER DU ROY SOUOIUET 

MAIRE ROYAL DESDITTE VILL 

ES INHUMES DANS CETTE 

EGUSE LE MEME LIEV DE H 

JEAN FRANÇOIS LEVRS AYEUL 

MATERNEL PRIEZ DIEV POVR 

LEURS AMES REQUIESCANTE fije; 

IN PAGE AMEN 

(1) Il T k Ira le mMTe : aON. 



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— 142 — 

Pierre-Charles Wallel était le père de Nicolas 'Wallet, curé de 
Sifpiy-MoDllibert, député suppléant du clergé pour le bailliage 
de Sedan en 1780, emprisonné au Mont-Dieu et mort à Sigoy le 
15 janvier 1809 à l'âge de 72 ans. 



Dans l'église de Juvigoy, onvoitlesépitaphesdedeuxabbesses 
de la famille d'Iniécourt. Le D' Vincent a donné ces épitaphes 
dans ses Inscriptions de rarrondis$ement de Vouxien (page 240). 



La grosse cloche de l'église de Lamouilly a eu pour parrain 
François Hizette, fils de François Hizette, propriétaire du moulin 
de Lamouilly, La sœur de ce parrain, Elisabeth Hizette, née à 
Lamouilly, est morte à Villy le 11 novembre 1856 ; elle a demandé 
à être enterrée à lamouilly, dans la sépulture de sa Tamille. 
Elisabeth Hizette a douné ses biens à Itiospice de Sedan. 



La tour du clocher de l'église de Margul porte l'inscription 
suivante, qui se lit sous une niche {virée de sa statue : 

Hano Turrim propriis sumptibus, 

Erexit Huart Hubert pastor 

Et rector et dominus temporalis 

De Mouzon vie. 27 mai 1728 

Sur le fronton est un calice avec ces mots, traduits du 
Ps. cxv. V. A : 

Je prendrai le calice du salut 

Et j'invoquerai le nom du Seigneur. 

Pour l'abbé Huart, voir l'Histoire de Margut, par l'abbé Hamou. 



Dans l'église de Montmédy-Haut se trouvaient autrefois les 
inscriptions de la famille d'Allamont. H. l'abbé Nicolas les 
reproduit d'après les Annales d'Yvois-Varignan et les travaux de 



ibX-OOgle 



-^ 1*3 - 

M. LëoD Germain. L'inscription de Jean IV d'ÂlIamont existe 
encore. 
On lit aussi, dans cette église, l'inBcription suivante : 

Ci gist M' François de Roucy ch' 

Seigneur de Villette ^'i. Fouraoyl') et 

1. o evl... vroiB vlllegruy et ecury 

0... a... s armées du roy. 

lieut. de Sa Maiesté au gowernem' 

de Montmédy et capitaine de son 

château de Chauvency aagé de 74 

ans qui est décédé le 3 du mois 

de Feb. de l'année 1676 

Et dame Suzanne de Merbrick 4^' son 

épouse âgée de 77 "' qui est 

décédée le S6 iour du mois de 

Décembre de l'année 1678. 

Priez Dieu pour leurs âmes 

François de Roucy élail fils de Paul de Roucy, seigneur de 
Villetlc, décédé le 7 février 1651, âgé de 85 ans, enterré dans 
l'église Saint-Laurent, à Sedan. 

Les cloches de la ville basse de Monlmédy eut été fondues par 
Pierre filanpaio, de Buzancy. 

E. Henry. 



(I) Viltette, commuDe da GUire, cinton nord de Sedtn. 
{3) Lisez Finnois. 

(S) llerbrick «1 le nom do bientaiteur de Sedan nui avvt donné son hdiel de Tu^e de II 
ne do Rîn|« el de la ive de l'Horioge 1 la ville de Sedan pour hira un hdpiUl. Cesl k tact 



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COHPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE 



La Romance de Joconde, par Hathilde Alinic. — Paris, PEon, 
Nourrit et C, 1908, un vol. iii-16. — Prix ; 3 fr. 50. 
Souvenir vieillot, murmure romantique évoquant Tombre fine et 

discrète de quelque aïeule, voilà ce que rappelle en nous la mignarde 

romance : 

Et roD revient toujours 
A u« première! KinDuni. 

Mais Hathilde Al&nic, avec son talent coloré, incisif et cbaud, prôte 
une allure nouvelle au souvenir d'antan et donne au vieui refrain 
oublié un sens tout moderne dans son rom&n : La Bomanee de Joconde, 
qui, fait assez rare de nos jours, peut être mis entre toutes les mains. 
L'héroïne, Claude Hoi^at, est bien la femme, idéale de notre 
XX* siècle, libérée de toute entrave amoindrissante par sa belle har- 
diesse d'être très intelligent qui a compris de bonne heure la vie parce 
3ue cette dernière l'a rudement traitée. Elle a senti, suivant le mot 
'un de nos fins psychologues, que i nos douleurs privées seraient 
cruellement inutiles si elles ne nous amenaient pas à chercher l'oubli 
de notre propre destinée dans le dévouement désintéressé â nos 
idées. ■ Lart a étë^ après la déception amoureuse, la sauvegarde de 
sa vie, et c'est à loi encore qu'elle ira demander la paix et l'oubli, 

Suand, généreuse jusqu'à l'héroïsme, elle laisse à l'amie délicate et 
ne, être frôle que la vie peut briser, le fiancé d'antan ; lui, voudrait 
écouter la romance de jadis et revenir, repentant et épris, 

A. M» premières amours, 
mais Claude, un instant éblouie par le mirage du passé, se ressaisit. 
Avec un sens tout moderne, elle comprend que si < l'on revient 
toujours à ses premières amours •, on y revient avec une àme 
changée, que les blessures de la vie ont couturée de sanglantes 
cicatrices...; suivant l'adage antique, i on ne boit pas deux fois au 
même fleuve ■ . 

Ce qui fait le charme et la note artistique de ce livre, c'est te cadre 
si bien approprié qu'a choisi l'auteur : Bouillon et ses environs. 

Fines colorations en grisaille de l'Ardenne sauvage et pittoresque, 
soleil rouge et voilé, collines brumeuses aux tours féodales baignées 
par la Semoy, rivière onduleuse et calme qui serpente entre les rives 
austères, manteau rose des bruyères qui jette une note de fête 
bientét éteinte dans les bleus du soir, cloches du couvent paisible où 
les exilées de France soni venues s'abriter en étrangères blessées au 
cœur par toutes les misères morales de leur patrie, si proche, hélas ! 
qu'elles caressent du regard et où elles ne rentreront plus ! 

Comme chez l'héroine, l'àme s'apaise devant ces tableaux de la 
nature et de la foi ; avec elle nous rêvons > une vie nouvelle OÙ l'on 
entrerait l'àme pacifiée, guidé par l'art et la charité. L'on souhaite 
de s'en aller ainsi doucement, jusqu'au bout, les veux tournés en 
haut, vers l'infini... > ' H. C.-G. 

Le Gérant : K. L.\RO(;HE, 
Sedan. — Imprimerie Ehilk I.aiiocub. rue Gambetla, 11. 



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RÈGLEMENT 



DE LA 

(1687) 



Le règlemenl de la Police de DoDchery, extrait deB Archives 
du Palais de Monaco (T. 77), n'a pas été connu de ses historiens, 
HH. Lagneau el Séuemaud, parle fait qu'il n'en existe, croyODS- 
noue, aucune copie aux Archives communales ou départemen- 
iaies. 

Ce document, malgré sa longueur, est encore incomplet. Il ne 
touche qu'à une partie des questions dont la complexité formait, 
sous l'Ancien Régime, la matière de la Police. Tel quel, il cons- 
titue, comme tous tes documents du même genre, une source 
précieuse pour la connaissance des mœurs publiques et privées 
d'une petite ville militaire ardennaise du xvii* siècle. 

Nous laissons au lecteur le soin d'en juger la valeur. Il nous 
sufSra de faire remarquer deux choses : 

1> Le texte a été écrit sur deux colonnes^ La colonne de 
gauche renferme tes observations sur les articles écrits d'une 
façon conlioue dans la partie droite de chaque page. Nous 
imprimons eu it<^ique ces r observations ». 

2° Le lecteur découvrira bien vite que de l'ensemble des 
observations ressort cette idée maîtresse, cette « philosophie », 
dirait un pédant, que les articles d'intérêt général demeurent 
souvent lettre morte, soit à cause des conflits de juridiction 
entre les maire et échevins et les ofSciers du duc de Retfaélois, 
soit parce qu'ils dépendent trop étroitement, comme aujourd'hui 
encore, d'intérêts privés (voy. p. ex. art. XLY sur l'alcoolisme), 
soit enfin à cause de la guerre. 

Paul COLLINET. 
Rit. v'Am. r b'Am. T. XTI, a* S. 



yogle 



Police du 27 Octobre 1687. 

Le conseil a are^^té d'inces^ament faire travailler au Clocher de 
l'horloge, de la jellor en bas, d'en coDslPuire un nouveau sur 1p 
inodèlle du Sieur Gruge, pour y parvenir, il sera employée la 
somme de Trois cens livres donnée par monseigneur le duc, et 
le surplus à quelque somme qu'il puisse monter sera fourny par 
la ville, et pris sur les deniers coirmuiis, préférablemenl à loul 
autres despences aliti de mieux seconder les désirs de mond. 
Seigneur. 

Sigjies : Maillard, Camion. Brassart, 
Bourgeois, Boze et Henin. 

— L'ouvrage en a esté fait et la dépense a esté bien de trois mil 
livres, qui a esté payée aiuc entrepreneurs et dont les comptes de ville 
en sont chargés. 

Règlemens de Police faits de l'avis de mon dit 
Seigneur. 

I. Premièrement on abandonnera les corps de garde à quelques 
particuliers, à la charge d'y faire une cheminée pour lanl et s'y 
longtemps qu'il plaira à sa Majesté, après publication faite. 

— /^ corps de garde mentionné en l'ariicle, a esté démoli par ordre 
de l'ingénieur qui a eu la conduite de ta consiTuction des murailles de 
la ville et les matériaux ont estez employés. 

II. Item a esté arresté que mons' Gruge fera visite de la 
Chambre du coni;eil, pour la rendre sQre. 

— L'article a esté exécuté. 

III. Item a esté aresté, que le 12* article du résulta du 7 juillet 
1684 sera exécuté. 

— Les officiers de monseigneur n'ont point connaissance dud. article 
n'estant point pour lors en charge. 

IV. Item a esté arresté, que M" le Curé, Bailly et Procureur 
fiscal, feront inventaire des litres de la maison de la Charité avec 
M" les Eschewins. 

— L'article a esté exécute suivant le rapport des Sieurs EschCKins 
qui estaient pour lors en charge. 



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- 147- 

V. llem que l'on cherchera iDcessameut, ud homme capable 
pour eslabllr une manifaclure (sic) et un lieu propre pour mestre 
les ouvriers, monseigneur a promis moitié du fond, à la charge, 
que tes autres parliculiers doaiieronl l'autre moitié, et à celte fin, 
00 demautlera à achepter la maison où demeure le S' Baudet. 

— L'article est demeurée sans exécution. 

VI. Item qu'on fera publier de rechef les [fol. 1, y] deffenses 
de tirer aux Baptesmes et aux Tambours d'y battre leurs caisses. 

— L'article est beaucoup négligée par ces [fol. 1, •o'} messieurs les 
maires, assesseurs et esekeicins et Procureur du roy prétendent d'en 
connoistre comme d'une chose depprndante de la Police, 

VII. llem qu'on Tera condamnera l'amande ceux qui laisseront 
aller leurs chiens n l'églize ; Chaumout est chois; pour les 
chasser, il aura pour ses saillaires moitié de l'amende et outre 
ce t'Esglise luy donnera par an Six livres, du consentement de 
monsieur le Curé. 

— L'article s'exécute et vumsieur le Curé en a grand toing. 

VIII. Item qu'on fera venir incessament au catéchisme les 
enfans et autres particuliers qui jouent dans les portes, sur les 
bastions et dans les fossez, les officiers de police j feront la 
visite et l'on punira d'amende ceux qui y seront trouvez. 

— Jly aun catéchisme réglée tous les Dimanches depuis un« heure 
jusques à deux exceptée pendant l'Avant et le Caresme et les Pères et 
Hhres ont grand noin d'y envoyer leurs enfans. 

IX. Item que le Procureur fiscal fera mettre incessament en 
exécution ta sentence rendue contre monsieur le prieur de 
Donohery. 

— La Communauté est encore en procès contre le Sieur Ahares, 
présentement Prieur, pour plusieurs chefs de demandes et qui est 
appellant d'une sentence rendue aux requettes du Palais au profit de 
la dite communauté contre luy. 

X'. Item que le sindic payera tous les ans sept livres six sols, 
à la fabrique de l'église pour la fondation de deffunt monsieur 
Minet. 

— L'article ^exécute poinctellement tous les ans et les comptes de 
CEglwe en sont chargez. 



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- 148 - 

XI. Item que messieurs de !a ville s'éclairsirODt du bien 
alliénée de la maison de Charité et de l'Eglise, scavoir de quatre 
muids, huit septiers, un quartel Iromeot, que la maison de la 
Charité avoit droit de prendre sur le moulin Banal de Donchery ; 
ainsy qu'avance mons'' le Curé dud. lieu, de dix huit septiers de 
grains moilage, que la dite Esgliee avoit droit de prendre but la 
censé de mous'' de Real à Torcy, et encore deux muids de grains 
augsy [Fol. 2, r°] moitage qui estoienl à prendre sur une censé 
size à Frenois, de tout qaoy mond. Sieur le Curé a promis de 
donner tous les éclairsissenienl des alliénationE. 

— Monseigneur sera asseurée et informée, qu'il y a eu arrest du 
Conseil de la liquidation des délies de la Communauté, dans lequel la 
maison de la Charité et l'Eglise ont estez compris pour le prix des 
aliénations mentionnées en l'article et qui sont payées comme les 
autres créanciers. 

XII. Item a esté arresté que l'estapier sera mandé pour scavoir 
s'il veut Iraitter de Fournir maigre les jours de Vendredy et 
Samedy pendant le Caresme, aux Irouppes du Roy, au lieu de 
viande et, en cas, qu'il s'y veut engager monseig. veut bien luy 
donner neuf deniers pour chacun soldat. 

[Fol. 2, r«], — L'article n'a point eu d'exécution n'y ayant point eu 
d'Estapier depuis le présent règlement. 

XIII. Item qu'on ira compter les arbres de la Torest pour scavoir 
combien il y en peut avoir à vendre pour faire un fond pour 
employer au rétablissement du Pont, mesme on pourra faire une 
cueillette volontaire chez les particuliers du dit lieu, et sy l'on 
fera faire aussy des corvées, tant par les laboureurs qu'autres 
habitants; monseigneur a promis d'en escrire k monsieur le 
Controlleur général et à monsieur Voizin. 

— L'article n'a point d'exécution, le Roy n'ayant pas vollu permettre 
pour le rétablissemeni du Pont quoy qu'il y ayt eu plusieurs requeltes 
présentées à messieurs les inlendans pour ce sujet. 

XIV. Item a esté arresté que desomavant les arbitres de pain, 
seront les personnes de messieurs le Curé, Brassart, Jacquemin 
et Baudet. 

— Monsieur Jaquemin, Cun des arbitres, est déceddé et monsieur 
Brassart est fort aagée et sy trouve très peu de différences entre les 
bourgeois pour se senir de leurs ministh-e. 



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- 149 — 

XV. Item que les notaires auront un regltre pour mettre les 
expéditioDS qu'ils feront, lequel sera paraphée par le Juge par 
premier et dernier et servira d'inventaire. 

— Les notaires sont obligées par un arrêt du conseil de tenir un 
înoentaire de tous les actes qu'ils auront passez, à cause du du (sic) 
droit de ControUe. 

XVI. [Fol. 2, v]. Hem que les eschevins n'entreprendront point 
de procez, qu'en suite de l'avis de toutte la police. 

[Fol. 2, v>]. — L'article s'exécute ponctuellement et l'on [n']entreprend 
aucuns procez sans un résultat de la chambre de ville. 

XVII. Item que l'avoine et orge cera livrée à racle, comme le 
froment, qu'on ira en police à la halle pour établir c'est (tic) 
ordre mesme de temps en temps dans les greniers. 

— L'article ne s'exécute point et messieurs les maire et eschevins 
prétendent qu'il est entièrement de leur compétence à Fexclusion des 
officiers de monseigneur. 

ZVIII. Ilem que les fermiers de la Rivière exposeront en vente 
tous les vendredis de chacuone sepmaine, au marché publique, 
au moins six plats de poissons, qui sera vendu scavoir cinq sols 
la livre de brochet, perche, et truitles, et de toutes autres espèces 
deux sols six deniers, seront tenus de se tenir au marché au 
moins pendant deux heures, pendant lequel temps sera fait 
deffenses aux taveroiers d'en achepter. 

— L'article ne s'exécute point non plus, pour la mesme raison qu'il 
est de la police. 

XIX. Item qu'il sera mis affiche à un poteau ou sera écrit le 
prix du pain et de la viande. 

— L'article ne s'exécute point pareillement quoy qu'il soit de la 
demtire importance, lesd. Sieurs maire et Eschevins voulant absolu- 
ment en eonnoitre sans les officiers de monseigneur. 

XX. Item que les chemina publiques seront incessament 
restablis à corvée par les laboureurs de cette communauté et 
par le tiers de ceux des villages de la prevosté qui sont au delà 
de la Ueuze et aussy, par les manouvriers. 

— L'article n'est point exécuté les laboureurs estons d'ailleurs 
beaucoup fatiguez. 



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— 150 — 

XXL Item qae les rues seronl nettoyez toua les Veadredy et 
Samedy de chacqu'une Sepmaine. 

— L'artiek eit vne charge ordinaire de la ville, il y a «n fond 
destinée pour cela tout Us ans par un notice/ arrit du conseil et atnty 
Carrit s'exécute. 

XXII. Item qu*il sera fait deffenses à toutes personnes, mesme 
aux enfans, de Taire aucunes immondices dans les [Fol. 'i, r] 
ROee, les pères et mères seront responsaOles de leurs enfants, et 
les maiatres de leurs domestiques. 

— Il se fait fort peu d'immondices dans les rues et, s'y peu qu'U y 
en a, ils sont [Fol. 3, r°] mleeée chaque sepmaine par fadjudicataire 
des boxies. 

XXIII. Item que la ville donnera douze escus pour faire des 
latrines en plusieurs endroits des Remparts, monsei|;ueur a 
promis pareille somme, lesquelles latrines seront vuidées et 
netoyez lorsqu'elles seront & demy pied rez de chaussée et les 
matières seront portées à demy quart de lieue de la ville. 

— Lors de la construction de Cenceinte l'on a fait deux latrines sur 
Us remparts. 

XXIV. Item les anciens fossez des Terres seront vutdez aux 
temps ordinaires et pour c'est (sic) effet les vibiles ordinaires 
fieront continuées. 

— Les officiers de monseigneur connaissent de cet arUeU et ton 
condamne à l'amende ceux qui n'ont point relevée les anciens fossez. 

XXV. Item qu'U sera assigné un lieu hors la ville pour y 
transporter les immondices au dessous du moulin et Sera ^ne^. 

— L'articU s'exécute. 

XXVI. Item que les propriétaires des maisons seront obli^E 
de restablir le pavée rompu devant la porte, maison et jardin, 
sur peine d'amande ; monseit^neur a promis de donner deux 
escus tous les ans pour sa part des réparations d'ycelluy et la 
ville autant, les propriétaires contraints. 

— Il y a aussi un fond destinie par un dernier arrit du conieit, 
pour entretient du pavée de la vilU. 

XXVII. Item qu'il aéra fait deffenses de jetter des pierres ou 
de la neige dans les ru€B aux passans, d'effrayer les chevaux 



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- 151 - 

et aux jeunes garçonâ et enfans île tenir des armes, sur peine 
d'amende arbitraire qui sera payce par les Pères, mères et 
maiaires. 

— Lesd. sieurs maire et eschevins veulent connoitTe dud. article, 
comme estant de la police. 

XXVIII. [Fol. 3,v°]. Item qu'il sera fait defTenses aux bouchers 
d'avoir des troupeaux séparez et n'en auront qu'un entre eux 
auquel Us ne pouront metlre que chacun viu^t bestes pour le 
débit de leur boucherie. 

[Fol. 3, v°]. — De mesme Uid. sieurs maires et eschecins veulent 
eonnoislre du présent article. 

XXIX. Item qu'il sera fait vi&ite pour Eçavoir ceux qui sont 
establis en la ville depuis deux ans pour sçavoir s'ils sont receus 
Bourgeois, s'ils onL cerliâcaL de leur vie et mœurs et s'ils ont au 
moins valant quarante escus, anlremenl qu'ils seront chassez. 

— Lesd. sieurs maires et escKenins exécutent les articles sans en 
donner connaissance aux officiers de monseigneur. 

XXX. Item que monseig^ueur créra uti garde de plaine qui sera 
sei^nl de police coiijoi[n]leinenl avecCordier, auquel il donnera 
Tiugt cinq escua par chacun an à la charge qu'il veillera qu'on 
ne chasse point et qu'il fera ses rapports de ceux qu'il trouvera 
chassantet qu'il arreslera, et mènera prisonniers, les pauvres qu'il 
trouvera mendian, et pourra [se] faire assister en cas de besoin 
des Bou^eois, que les capitaines des quartiers seront tenus luy 
fournir et partout sera aussy tenu de chasser hor^ la ville les 
mandiens estrangers, mon dit seigneur a promis de donner deux 
sols par jour à ceux qui seront emprisonnez, dont le procureur 
fiscal tiendra registre lesquels deux sols seront touchez du 
receveur des amandes et droits casuels, dont luy sera tenu ' 
compte sur le certificat du procureur et à fin que les deifenses 
soient publiques, elles seront lues [Fol. i, r°] et publiez et sera 
tenu led. receveur de rendre compte d'année en année. 

— .Monseigneur a estably depuis son règlement un garde de chasse 
auquel il a baillëdes prooisions, qui fait son devoir pour ce qui regarde 
la chasse; le reste de l'article ne s'exécute point y ayant peu de 
man(tians sinon quelques soldats estropiées qui demandent l'aumône 
en passant. 



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— 152- 

XXXI. Item qu'il sera fait deffenses aux pauvres de la ville 
d'aller mandier ans villages et de donner l'auraOne aux portée 
sur peine de trente sols d'amende. 

[Foi. 4, r"]. — L'article est exécutée, les pauvres n'aiUmt plus por 
iu portes, les dames de la charité y ayant pouneu. 

XXXII. Item qu'il sera fait un Roole des véritables pauvres 
pour estre rapporté à l'assemblée afin de pourvoir à leur besoin 
juaques à suffisance. 

— L'artiele dépend du précédent qui est exécuté. 

XXXIII. Item que mous'^ le Curé avec les officiers de la justice 
et police iront par les riies chercher les charitez des Boui^eoïs 
pour Scavoir le fond d'icelles. 

— Il y a un 6ur«iu de Charité estably pourquoy il n'est plus besoin 
daller par les rues (l). 

XXXIV. Item que l'on fera rendre compte ceux qui ont estez 
juaques aprésent administrateurs du revenu de la maison de la 
charité. 

— Tous lesd. comptes ont estez exactement rendus. 

XXXV. Item a esté aresté et résolu que desornavant il y aura 
sis lits dans la maison de la charité, trois pour les hommes et 
trois pour les femmes, chaque lit pourra couster soixante livres. 
Il faudra autant pour l'entretenir ; qu'il y aura un hospitalier qui 
en aura le soin et pour le tout bien arrenger; il faudra une cuisine 
et deux chambres, afin que les lits des hommes soient séparez de 
ceux des femmes, et on [n*]; mettra à chacun lit qu'uue seule 
personne ; l'appartement qui est louée à Poncellet sera pris, et 
est & remarquer que lesd. lits ne serviront que pour les habitants 
du lieu, et un soldat véritablement malade y poura estre admis. 

— Les deux filtet devottes que monseigneur a estably occupent toutes 
tes chambres de la maison de la Charité avec les pauvres fiUet de la 
mesme maison, qui sont toujours en nombre de dix ou douze et qui ont 
toutes leur lit séparées dont monsieur le curé en prend soin avec les 
deux sœurs, 

XXXTI. Item qu'il sera fait deffense de bastir sans avoir pris 
auparavant allignement sur peine d'amende. 

— L'article s'exécute mais par les sieurs maire etEchevins et procureur 
du Roy sans la participation des officiers de monseigneur quoy que U 
droit d'allignemait luy appartient. 



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- 153 — 

XXX VIT. Item qu'il sera ordonné, que les ouvriers [Pol. 4, v<] 
qui travaillent du marteau ne pourront s'en servir que depuis 
quatre heures du matin jusques à neuf heui'es du soir. 

[Foi 4, v], — L'article s'exéeuu. 

XXXVIII. Item que la retraille sera sonnée à neuf heures du 
soir en esté et à huit heures en hiver ; après lequel temps sera 
fait deffenses de sortir de la maison sans nécesBité et sans 
lanterne ordinaire qui ne sera point sourde. 

— L'artielf s'exécute à t égard de ta retraitte et non pas pour te reste. 

. XXXIX. Item qu'il sera fait deffenses de courir la nuit, de 
crier dans les rués et de hurter aux portes pourquoi empêcher 
monsei^'' a promis a trois personnes qui feront la patrouille une 
fois la sepmaine chacun trois sois qui seront payée par le dit 
Receveur des amendes sans qu'il soit besoin d'autre ordonnance 
de nous seulement justiSra eu ses comptes d'un certificat de 
notre procureur, et sindic de la ville à quoy messieurs les 
eschevins ont promis de tenir la main. 

— L'arUete s'exécute très peu par tesd. siews maire et esclievins. 

XL. Item a esté arresté qu'il sera retiré des pauvres filles en la 
maison de la charité, et monsei^eur leur a promis tous les ans 
vingt livres et autres vingt livres pour une fois payer pour 
survenir et estre employez en achapt de meubles pour lesd. filles. 

— L'articte a eu son exécution comme il est dit ey devant. 

XLI. Item a esté arresté qu'il sera fait un Roole de tous les 
enfans depuis l'aage de sept ans, jusqu'à quinze, afin de scavoir 
sy l'on pourra entretenir deux maistres d'esoole à quoy on 
adjouLera ce que l'on touche sur la vUle l'église et les trespassez 
et les dix escux que mon dit seigneur a promis tous les ans. 

~ liy a présentement deux maistres ^escale qui font très bien Uw 
devoir. 

XLII. [Fol. 5, r']. Item que messieurs les Eschevins feront 
incessament rétablir le pavée ce qui est deub de la ferme de la 
Chaussée et à cette fin que le sindic poursuivra les redevables 
qu'ils feront faire aussy uo dessein et un devis pour rétablir 
l'horloge incessament. 

[Fol. S, ro]. — Le ritablissevunt du panée a esté fait et les fermien 
de la Chaussée ont payes, ce qu'Us dévoient. 



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- 154 — 

XLIII. Item a esté arreelé qu'il j aura dorsanavanl trois 
matlreases d'Ëscolle auxquelles moDeel^neur a promis tous les 
anB Cent cloquante livres, chacune année commancan au premier 
jour du mois d'octobre, les habitants et commuuauté de lad. ville 
et la maison de la charité ont promis de fournir le pardessus de 
leur uourilure et entretien montant à deux cens livres et pour 
régler les affaires de la charité les assemblées seront tenues de 
deux dimanches l'un. 

— Ha esté répondu au prétaii article par tes précéientt. 

XLIV. Item que la maison de la charité abandonnera les 
quatre cens livres qui luy reviennent par l'arrest de liquidation 
aux pauvres de la ville, et que l'ou fera en sorte d'obtenir deux 
cens livres des deniers communs pour nourir et entretenir les 
pauvres malades et en cas que l'ou rëussisse mou dit seigneur a 
promis tous les ans autres soixaute livres, mons'' le vicaire trois 
livres, et monsieur le curé douze livres en establissant néan- 
moins lesd. lits, dans la d. maison de charité. 

— La maison de ta ckariié n'a pu fournir tes guatre cens livres 
parce qu'it y a eu surceanee au payement des créanciers de l'arrêt de 
liquidation à cause des grandes et urgentes affaires qui sont surxienues 
à lad. communauté depuis la guerre. 

XLV. Item qu'il sera fait defTenses aux vendeurs d'eau de vie 
d'en donner à boire aux enfants et nottament au-deosous de 
douze ans mesme à toutes autres personnes de tout sexe, 
autremeut qu'à petites mesures et sans assiette. 

— La boisson (Tenu de vie est plus commune que jamais en assieU 
ou au^ement, c'est un mal général dans la province auquel il est 
difficile dy remédier ; les fermiers des aydea du roy y trouvant leur 
proffit. 

XL VI. [Fol. 5, V"]. Item sera fait deffenses aux taverniers et 
vendeurs de vin de vendre vin par assiette aux enfans de famille 
n'y de faire crédit à qui que ce soit en peiue de pure perte, le 
cabartier n'ayant point d'action. 

[Foi 5, to]. — L'on ne voit pas que tes tatemiers fassent crédit aux 
enfans de famille et sy raclion en estait intentée par lesd. taverniers 
ils ne seroienl point reeevables suivant la loy et les articles. 



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- 165 — 

ZLVII. Item ne seront receus aucuos paistres au dessous de 
quinze ans. 

— Il se praUqw ainsy. 

XLVIII. Uem les ivrognes seront condamnez à une amende 
arbitraire et ceux qui se trouveroDl la nuit ou de jour dans les 
esglises, sans forme de justice conduits en prisoii pour j 
demeurer vingt quatre heures au pain et à l'eauë et seront les 
cabartiers convaincus de leurs avoir donnez à boire condamnez à 
une amande arbitraire. 

— Il se voit peu ^ivrognes publiques. 

XLIX. Item deffeases de chanter des chansons Injurieuses, 
scandaleuses, impudiques et aux pères et mères de souffrir que 
leurs enfants en chantent en peine d'amande, non plus que d'en 
composer sous les mesmes peines. 

— L'on [n']enUnd aueune plainte de ee qui est portée m ^artieU. 

L. Item seront tenus les pères et mères, maîtres et maistresses, 
de veiller à la conduite de leurs filles et servantes et en cas de 
grossesse, seront tenus de l'éducation de leurseufans solidairement 
avec les coupables sans préjudice aux amandes et autres peines. 

— Lorsque le cas arme le procureur de monseigneur a soin de faire 
punir ceux et telle* qui tombent dans cette faute. 

Ll. Item deffenses à toutes personnes de retirer chez soy gens 
vagabons sans adveu et mal famez, ordonnée aux propriétaires 
des maisons de les dénoncer en peine d'amende. 

— L'artiete est exécutée par le» sieurs maire et etchevint. 

LIl. Item ne seront receu aucuns commédiens, opérateurs n'y 
farceurs sous quel que prétexte que se puisse être. 

— 11 y vient tris rarement des opérateurs en cette vilU et ne 
s'addressent qu'au maire pour avoir la permission de dresser leur 
théâtre et vendre leurs onguents. 

LIII. [Fol. 6, r>.] Item quand la ville aura la commodité, les 
eschevins seront tenus de la pourvoir de sceaux, crochets et 
eschelles pour les incendies. 

[Fol. 6, r'^.—ll serait bien nécessaire que l'article s'exécuta y aytmt 
eu un incendie de sept ou huit maisons arrivées en la rue des tdmureurs 
depMÛ cinq ou six ans. 



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- 156 - 

LIV. Item seront condamDez à ramende ceux qui mettroot le 
feu à leur cheminez et pour éviter obligez de Taire ramonner leurs 
cheminez au moins une fois l'an pendant le mois d'octobre. 

— Messieurs les maire et esehevins connaissent entièrement de cette 
article. 

LV. Item on tiendra la main k ce que les propriétaires des 
terres n'ayent pas plus de brebis et de moutons qu'un par arpent 
et ceux qui n'auront point de terre plus de six en peine d'amande 
et les plus privilégiez douze. 

— L'article n'est point suivy n'y exéeutée, les pauvres gens ayant 
besoins d'un plus grand nombre de bestail pour leur subsistance et pour 
fournir aux frais de la guerre. 

LVI. Item moutons, porcqs el ojea en préz deffendus. 

— L'article est exécutée et ceux qui y contreviennent sont punù 
(Romande par les officiers de monseigneur. 

LVIl. Ilem pour mettre une bonne police et règlement parmj 
les pigeons sera le règlement de monseigneur observée lequel à 
cette Gn restera au greffe du Bailliage et police. 

— Ujf a peu de personnes qui nourissent de pigeons aud. Donchery 
linon ifuelques pigeons de pieds n'y ayant que le S' Hamesse qui a un 
colombier à Frenois. 

LYIII. Item deffenses de nourir chiens et de les mener à la 
campagne sans billons. 

— Il est difficile que l'article s'exécute à cause de la guerre et des 
garnisons. 

LIX. Item deffenses aux boulangers d'exposer en vente, pain 
qu'il ne soit préalablement marquée daulant de rond qu'ils 
pèseront de livres en peine d'amande. 

— Lesd. sieurs maire et eschevins s'attribumt la connoissmice de cet 
article comme fait de police. 

LX. Item le fournier public sera tenu d'enrourner ses paius les 
derniers. 

— // n'y a point de plainte sur cet article. 

LXI. Item au chirurgiens et barbiers pareillemeut deffenses de 



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- 157 - 

faire la barbe D'y les cheveux aux jours [Fol. 6, v) des fêtes et 
dimanches. 

— Cett un mal général fut se commet dans toutes les miles auquel 
il est difficile d'y remédier pendant la guerre à cause des fréquentes 
garnisons. 

LXII. Item pour tenir la main k l'exécution des présents 
règlements de charité et de police, ou s'assemblera tous les 
dimanches à la sortie des vespres. Dimanche prochain se sera 
chez monsieur le curé, et le dimanche suivant en l'hostel de ville 
pour les affaires de la police et l'on cODlinura a toujours ainsy 
de dimanche en dimanches pour raisons des dites affaires de 
charité et de police. 

\Pol. 6, v°J- — Tous les articles du présent règlement estant de pure 
police messieurs les maire, assesseurs et esehevins ne prétendent point 
que les obiers de monseigneur se trouvent dans leurs assemblez comme 
estons les seuls juges de police, quoy qu'auparavant la création d« 
lew charges les officiers de mond. seigneur eonnoissoientconcurrement 
avec les sieurs exchevins de toutes les affaires de police et le juge estably 
par monseigneur y présidait et prononçait tout les jugemens que le 
sieur maire ne veut plus souffrir. 

LXIII. Item les affaires et toutes les difâcultez qui naistront à 
l'occasion de la charité, de la police, de l'hospital et autres 
pareilles, mesme entre particuliers seront renvoyez à l'arbitrage 
des advocats du conseil de monseigneur et on s'adressera a 
monsieur Roger intendant de mon dit seigneur. 

— Une t'y rencontre point d'affaires n'y des difficultés qui mérite 
cette diseution. 

LXIY. Item arresté que la petitte Place qui est entre réglise et 
le four sera iucessament nettoyée pour ensuite estre pavée, 
monseigneur a bien voulu donner soixante livres la ville s'est 
engagée aud. seigneur de fournir le reste ; monsieur le prieur en 
sera advertit et priée d'y contribuer et sera fait incessament us 
Baon |t| portant deffenses d'y porter immondices en peine 
d'amande. 

— La place est encore en mesme estât et aussy tiUle que jamais, 
tout le monde y jeltant ses immondices. 



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LXV. Item sera au premier jour de beau temps fait vieîtte du 
rampart pour a¥ieer au moyen de l'a^raudir en [Fol. 7, r>] eu 
telle manière qu'il ; ait neuf pieds de libre en toua endroits sans 
dietinclion et on voira monsieur de la Tournelle de la part de 
monseigneur, à ce qu'il réduise son jardin de la Tournelle sur 
l'alignement dea autres et ce fait y seront planiez des arbre^i pour 
son ornement. 

— Ce ranpart de lad. viUe de Donehery est tris beau depuis la 
eonttntction de Fenceinte, ayant dix ktiit pieds (fol. 7, r») de largeur 
par tout. 

LXVl. Item les defTenses seront réitérez de porter des immon- 
dices dans la rivière, du canal du moulin sur peine d'amende 
considérable, les pères et mères, maistres et maltresses respon- 
sables de leurs enfanu et servantes. 

— L'article est exécuté. 

LXVII. Item seront faites déffenses au commancement de 
chacun esté de s'aller baigner, près du moulin, et au roldon 
comme en masque au carnaval. 

— L'article estant de police, mess" Us maire et esekenins en prennent 
connaissance. 

Fait et arresté à Donehery le vingt troisième octobre mil six 
cent quatre vingt sept. Signez : Fouhnieb el Launois, le d(i.c 
Mazarin, Maillard, Cauion, A. Bourgeois, Brassart, Baudet. 
RozE et Henik. 



Goutinuation de Polioe du dimanche 21 Déoembre 1687. 

LXVIII. Deffeoses sont faites à tous maîtres maistresses et 
vendeurs de Point couppé et d'Entelles (sic), et autres marchan- 
dises, de compter avec leurs fadeurs et ouvriers n'y de recevoir 
[Fol. 7, v] aucuns ouvrages d'eux, aoit par achapt ou autrement; 
comme aussi pareilles dépenses, ausd. facteurs el ouvriers de se 
présenter chez lead. maistres el maîslresses marchands, ven- 
deurs pour leurs en rapporter, ou vendre, k jours de fesles et 
Dimanches, à quelque heure de la journée que ce soit, le tout en 
peine de au contrevenant de dix livres d'amande pour la première 



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fois, et ea cas de rescidive de plus grosse amande mesme de 
conBscaUOD deb ouvrages el marchandises s'il y escboit. 
— L'article est de difficile Fxécution à cause de la guerre. 

LXIX. Deffenses aueey à tous bouchers et vendeurs de viande 
d'habiller leurs bestiaux n'y d'en dépiesser el coupper les chairs, 
devant les portes et sur rues ausd. jours de fes'tes et Dimanches, 
aué^sy & quelque heure que se soit, en peine de pareille amende ; 
à eux toute fois permis d'exposer en vente dedans leurs boutliques 
ausd. jours en les tenans toutefois fermées, hormis qu'il leurs 
sera libre d'en oster une planche et seront tes présentes deffenses 
publiées es lieux accouslumez de cette ville, k la dilligence du 
procureur sindic. Signée : Maillard, juge, Cauion, Brassard, 
A. Bourgeois, Roze: el Henin. 

[Fol. 7, fl"]. — L'article est exécuté par lesd. Bouchers. 

[Fol. 8, r"]. Ce jourdhuy quinziesme du mois de Janvier, mil 
six cent quatre vingt huit, le Conseil assemblée, a donné pouvoir 
au sieur Roze, sindic, de faire achepter des arbres nécessaires 
pour le rétablissement du moulin Banal de cette ville, qui ne 
pouront se trouver dans les câblez et surnuméraires de îa coupe 
de l'année, à condition toutefois de ne point clore le marché que 
de conserve avec les sieurs escbevins. Signez : UAiixARn, 
Cauion, A. Bourgeois, Roze et Henin. 

Collationné et fait conforme k son original, représentée par le 
sieur Cicquet [lisez : Clicquet], Procureur fiscal au Bailliage de 
Donchery et à luy rendu, par nous notaires, au duché et Païrie 
de Uazarin résidens à Donchery Soubsignez ce requérant le 
premier jour du mois de Febvrier mil six cent quatre vingt seize. 

[Signatures del Boulangsr. 

Cliquet. Devrignes. 



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LES PRISONNIERS DU MONT-DIEU 

FIHDA5T LA ÏLÊTOLUTIOI 



ADDITIONS & RECTIFICATIONS 



Mous avons publié, dans la Revue d'Ardenne et SArgonne 
(tome XIV, année 1906-1907}, un IraTail sur les prisonniers du 
Mont-Dieu, pour lequel H. l'abbé Hublgnon nous avait fourni 
quelques renseignements, notamment sur les prêtres, les religieux 
et les religieuses, en nous demandant de ne pas citer son nom : il 
est mort en décembre 1907, alors que noire travail venait de 
paraître. Nous rendons aujourd'hui hommage à sa mémoire. 

En 1908, M. l'Arcbivisle des Ârdennes a été autorisé & 
communiquer des dossiers de la série L concernant les détenas 
du Mont-Dieu, dont la communication avait été refusée jusqu'à 
cette date. Nous avons trouvé dans ces dossiers des notes qui 
nous onl permis d'identiSer quelques noms et d'ajouter quelques 
détails t;ur les personnes et les motifs d'arrestation. Nous proGtons 
de l'occasion pour faire une série de rectifications. 

On lit dans la revue La Rétolution française (année 1 894, pag. 229), 
sous la signature de M. Stéphen Leroy, le passage suivant : 

a Le fils du député Jean-Pierre Mangin et non le député, fut 
a détenu à la Chartreuse du Mont-Dieu du 16 messidor an II au 
n i«f fructidor; l'ordre d'arrêt était du début de pluviôse; mais 
v il s'était réfugié dans les bois et caché dans un trou recouvert 
o d'une pierre où il fît ensuite graver ces deux vers : 

• Du Umps qu« Robespierre éftorgeait l'univers, 

• Ici pendant trois mois j'échappftis k ses fera, s 

t II était médecin et mourut avant son père, le 26 décembre 
1808. » M.Leroy ajoute : « Nous tenons ces détails de la famille. » 

La famille a, de bonne foi, induit M. Leroy en erreur. 

Les documents déposés aux archives des Ardennes, série L, 
établissent le contraire de ce qui précède. 

Jean-Nicolas Maugiu a protesté contre ses détentions et il a 
fait précéder sa signature de ses prénoms et de ses titres d'ancien 
député et d'ancien maire. (Voy. le n" 402 de notre liste). 



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— 161 — 

1.— ABANCOURT. Dêlenu au Mont-Dieudepui3le2l septembre 
1793, soupçonné d'anslocratie. Ce soupçon était détruit par le 
désaveu de son dënoucialeur elle Conseil général de la commune, 
li fut mis en liberté par arrêté du Comité de sûreté générale du 
13 uivôse an III. 

AGUENIN ( Marie- Louise), femme divorcée de Scellot 
d'Inaumont, marchande, 36 ans, quatre enfants. Incarcérée au 
Mout-Dieu le 11 frimaire par arrêté du ci-devant Comité d'Inau- 
mont et par jugement du tribunal criminel du département. 
Soupçonnée de distribution de faux assignats et de mauvaises 
inœurs. (Rectification du n" 275 de la Rerue d' Ardenne el d' Argonne, 
t. XIV). 

6. - ALEXANDRE {Thomas- Camille), né le 19 février 1756, à 
Charlevîlle, homme île loi à Charleville, ci-devant procureur 
fiscal à Sijjny-Lîbrecy, notaire à Charleville sous l'Empire. 
Poursuivi devant le tribunal criminel des Ardeunes comme ayant 
détourné des objets précieux dans le mobilier de l'abbaye de 
Signy, il fut acquitté le 1" nivôse an II. Mort à Charleville, rue 
d'Aubilly. le 18 août ISt7, étant juge au tribunal civi). 

10. — ANCIENNE (Jacques-François), né à Oignies (Belgique) ; 
il est mort à Pied-Selle (écart de Fumay), le 19 octobre ISI4, ûgé 
de 70 ans. 

13. — ARNOULD, né à Polckling (canton de Forbach, dépar- 
temenl de la Moselle), le 14 janvier. 

42. — BELLILLE, femme de Sedan, parait être Delisle, femme 
Uongelas, de Charleville. 

62. — BOURGUIGNON. Poursuivie devant le tribunal révolu- 
tionnaire comme convaincue d'être antenr ou complice de 
conspiration contre le peuple en entretenant des correspondances 
avec les ennemis, en faisant passer des secours aux émigrés, 
mais qu'elle ne les a pas commis avec des intentions contre- 
révolutionnaires, elle a été acquittée, mais reconduite dans la 
maison de son département oiii elle était précédemment détenue 
(Moniteur vniversd, réimpression, vol. XXI, p. 766). 

74. — BRIQUEMONT. A obtenu sa liberté du tribunal criminel 
des Ardennes. 



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84. — A ce numéro il y a lieu d'ajouter : 

Dès le 7 brumaire an II, Delecolle annonçait au Comité de 
Balul public que soixante hommes suspects partiraient bientûl de 
Givet pour Reims faute de maison d'arrêt à Givel. Le 15 fructidor 
an II, Oh. Delacroix écrivait au Comité de salut public qu'il avait 
été frappé de voir un grand nombre d'arrestations des citoyens 
de Givet faites toutes à la raêine époque ; il avait craint qu'elles 
ne fussent relatives à quelque conspiration tendant à livrer cette 
place aux ennemis de la République ; qu'on lui a présenté 
aujourd'hui l'expédition d'un arrêté pris par Levasseur, le 
U thermidor, qui ordonne que plusieurs de ces détenus seront 
traduits au Comité de sûreté générale. 

190. — Au lieu de DOBIVAL, lire DORVAL, née vers 1755, 
veuve le 3 août 1785 de Gabriel Tanton, marchand orfèvre à 
Sedan, mort à 31 ans. Elle fut incarcérée le 18 brumaire comme 
accusée de mettre la vie des Jacobins en danger. Sortie le 
SB frimaire, rentrée le 27 nivôse, ressortie le 8 pluviôse. Lorsque 
l'on 61 la levée des scellés chez elle rue Maqua, ses enfants étaient 
absents, partis pour aller la voir au Mont-Dieu. Elle est morte à 
l'hospice de Sedan le 23 juillet 1 833, âgée de 75 ans. 

227. — FRAIPONT (Thérèse- Lambertine), veuve Delahaiil, 
est morte à Cari^nan le 23 nivôse an IX, âgée de 66 ans. Elle fut 
incarcérée le 3 frimaire, le même jour que son Qls, la veuve 
Charière, DesLenay et M"" Destenay, tous de Carignau. 

238. — GARNIKR dit GASPARD (François), ex-frère des 
écoles, connu sous le nom de frère Gaspard, mj^tre d'écritures, 
né à Morizecourt (Vosges). En arrestation depuis le tridi pluviôse 
par suite de bavardages d'une femme Ûubal chez qui il était eu 
pension et sur la dénonciation de Trouslard, chef des charrois 
militaires, rue Sainte-Barbe, à Sedan, qui l'accusait à tort d'avoir 
dit que les clubistes étaient allés chez Henraux, fourbisseur, 
pour acheter des poignards. 

241. — GENNOTTE. Elle fut emprisonnée le i nivôse en même 
temps que les autres religieuses anuonciades de Mézîères : Louise 
Lancelot, Catherine Raulin, M. -H. Rousselet et Perette Watelel, 
dans la cellule n" 31. 

242. — GENTIL. Le 16 pluviôse an II, Massieu écrivait qu'il 
avait destitué les administrateurs du district de Hoc-Libre et 



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lancé UQ mandai d'arrêt conlre Gentil et deux prêtres, touB 
gravement suspects. Le 30 messidor an II, Levasseur écrivait 
qu'il transmettait un arrêté pour faire conduire devant le Comité 
de sûreté générale les nommés Leroy et Gentil et mettre en 
arrestation d'autres individus absents, lesquels se sont déclarés 
en rébellion ouverte contre la souveraineté nationale. 

246. — GIBOU. Ne paniîl pas être allé au Mont-Dieu. Sea 
fonctions de receveur du district étaient difficiles à remplir, et, 
comme on ne trouvait pas de successeur, il fut laissé k ses 
fonctions, tout en étant gardé à vue chez lui. 

258. — GODFRIN. Né le 23 janvier 1701 et uon en \To\. 

269. — GOUJARD (Jeanne-Marie], 25 ans. Incarcérée au 
Mont-Dieu le 30 brumaire sans savoir par quelle autorité, ni 
pour quel motif; mise en liberté par ordre de Levasseur du 
26 prairial. 

Page 73 de la Revue, t. XIV, note au bas de la page. HABRAN 
était employé dans les vivres àBouillon. Le 8 thermidor, Vassaut 
annonça qu'il avait fait saisir Habran et l'euvoyait au Comité de 
salitt public pour prononcer sur son sorL Les cinq citoyens dont 
l'arrestation était ordonnée étaient M. el M"" d'Huart, M. et 
M"' de Vissée de Lalude et M. Habran. 

290. — HOUGRAND (Simon), 6u ans, né et demeurant à 
Margut, es-maire pendant huit mois, détenu au Mont-Dieu 
depuis le l" pluviôse an II sur la dénonciation de Lambinet, 
greffier de la municipalité du lieu, qu'il avait accusé de devoir 
3,000 livi-es et les intérêts à un émigré (le baron de Maret, de 
Bronel). 

385. — LAHRIEU (Jean) dit CHEVALIER, perruquier à Sedan 
depuis 1770, rue Saint-Michel, &gé de 53 ans, né à Coudom en 
Guyenne, a servi 8 ans dans le régiment Bourgogne infanterie, 
lieutenant de grenadiers dans la garde nationale de Sedan 
[bataillon de l'Egalité), a été en détachement àDouzy, Blancham- 
pagne, Cariguan, Florenville et Slenay. Incarcéré au Mont-Dieu 
le 18 brumaire an II pour avoir fait partie du club de la Vendée. 
Le 3 frimaire an II il réclama contre son incarcération, expos» 
ses titres de donateur pour l'armée, ses bons services et les 
dettes contractées par lui pour le service de la patrie. 



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- 164 - 

346. — LECOUPEUB [Marie), Incarcérée au Monl-Dieu avec 
huil autres sœurs de Relhel et detis de Chàleau-Porcien, cellule 
D° 5. Elles y restèrent IS mois el sortirent le 16 nivôse au III. 

362. — LEMARIÉ. Né le 23 avril 1741, mort le 9 août 1810. 
Incarcéré au Mont-Dieu le 7 frimaire an II, rtlâché, puis repris 
et réintégré au Moot-Dieu. Le 3 germinal an II il demandait 
à sortir et il expliquait que le 28 mai 1791 il avail demandé 
l'expulsion de Sedan des frères de la doctrine chréUenoe et fait 
chasser les capucins. 

386. — LOBBET. Vassaiil écrivait à Levasseur le 27 messidor : 
" J.-B. Lobbel, ex-curé de Pouni, a troublé ses concitoyens par 
se.i manœuvres fanatiques et est cause qu'il règne encore à 
présent une division funesle entre la municipalité el le Comité 
de surveillance. « 

398 bis. ~ MALCOTTE [Jean-Fban.;ois]. Né le 13 mars 1766 à 
Bevin où son père était prévOt, fut vicaire de Revin, vicaire 
épiscopal de l'évêque Philbert, de Sedan, en décembre 1791, 
curé conslitutionnel de Vireuic-Wallerand en décembre 1792; il 
est mort à Vireux le 9 octobre 1818. 11 figure sur une liste de 
détenus qui restèrent peu de temps au Mont-Dieu. 

446. — MONFRABEUF. Née le 30 avril 1771. 

623. — RAHN, au lieu de RAHU. 

529. — REGNARD. Né à Pumay, il était inspecteur des eaux 
et forfils à Fumay quand il y mourut le 28 août 1810, âgé de 
53 ans. 

647. — ROGER. Vicaire à Saint-Loup-Terrier en 1777, desser- 
vant de l'bôpilal général de Kethel et professeur au collège de 
Relhel en 1780. 

Nicolas Roger, son oncle, faillit porter sa tète sur l'échafaud 
révolutionnaire. 

669. — Ecrire SINGEVIN (Marie-Alexisse), de Chagny, où 
elle est morte le 12 mars 1826, Agée de 68 ans. 

679. — De SINGLY. Mort à Monlhois le 19 mai 1806. 

583. — STASSART. Est mort curé à Douzy le 11 germinal 

au XI, âgé de 70 ans. 



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694 et 695. — TINET (Jeanne), née à Paris le 26 janvier 1 772, 
morle à Châtel-Chéhéry le 26 seplembie 1855 ; elle était fille d'un 
avocat au Parlement de Paris et Tut emprisonnée an Mont-Dieu 
à cause de l'absence de son père. 

TINET (Anne- Jean ne), née à Paris le 17 mai 1782, sœur de la 
précédente, 

600. — TONNELIER. Mort au Che&ne le 5 vendémiaire an XI. 
Page 174 de la Revue, t. XIV, et 96 du tii-é a part, ajouter ; 
VESSERON (Marie), de Chagny, a reçu le pain pendant sa 
détention au Mont-Dieu. 

612. — VILLAIN. de 8igny-le- Petit (et non de Sedan), recul 
le pain pendant sa délenlion. 

Page 215 de la Bévue, t. XIV, et 120 du tiré à part : 
POGNON (Jeanne-Elisabeth), Temme de Jean-Charles Watrin, 
cultivatrice à Banlheville (Meuse), née à Fossé, morte à la ferme 
de la Thuilerie, écart de Bantheville, le i fructidor an XIII, Agée 
de 47 ans. 

Page 198 de la Revue, l. XIV, et 102 du tiré à part: 
COTAT, c'est COLLOT, n» 120 de notre liste. 
DEBBEUX. Mort curé dEteignières le 12 décembre 1817. 

H. Jacquemin a publié, page 98 de la Revue 4'Ardenne et 
d'Argonne, t. XVI, qn'Allaire et Verrier, magistrats au tribunal de 
Sedan, avaient été détenus au Mont-Dieu ; c'est une erreur. Comme 
magistrats détenus, il y eut Auclaire, Bourguin jeune, Lemarié, 
Jacquillon et Lafontaine. 

E. Henry. 



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POËSIE 



-A. OR"V.A.Xj 

C'est là qu'était caché le riche monastère, 
Enfoui dans ses bois comme dans sa prière ; 
Croyant toujours se clore en son vceu monacal, 
Le couinent poursuivait son réee d'idéal. 

Pourtant il a suffi d'un seul jour de colère 
Pour jeter bas donjon, cathédrale de pierre ; 
L'herbe même a poussé sur les ruines d'Orval, 
Les couvrant d'un manteau d'oubli, linceul fatal. 

Les ruines cependant sous cette herbe persistent ; 
Et presque tout finit par doublement périr, 
Vabord soi-même on meurt, puis meurt le souvenir. 

Ortal est presque heureux : de son passé subsistent 
De vieux murs, des piliers, qui rappellent encor 
Mathilde et son anneau, le lacet son trésor. 



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- 167 - 
CHRONIQUE 



I. Objets mobiliers existant dans les églises du d6ptu>- 
tement des Ardennes classés comme monuments 
bistori^es (1). 

Par arrêlês du Minislre de l'InBtructLion publique et des Beaus- 
Arls, des 25 juillet el 5 décembre 1 908, les objets mobiliers siiivanls 
ont été classés parmi les monumeiilR historiques : 

Acy. — Dalle fuDéraite à eftigie gravée, d'Hubert de Boutillac, 
151t. 

^i>e. — Tribune, bois sculpté et peint, 1588-1601. 

Antielleâ. — La Descente de Croix ; le Christ et la Samaritaine ; 
rApparilioD du Christ à Madeleine, toiles par J, Wilbault. 
xviii* siècle. 

Asfeld. — Vierge de pitié, statue de pierre, 1604. 

Aitigny. — Idaitre-autel, marbre et bois sculpté, xvii* siècle; 
dalle funéraire à efligie gravée, pierre, xviii* siècle. 

Avaux. — La Nativité de la Vierge, toile par J. Wilbault, 
XVIII" siècle. 

Balham. — Vitrail du chœur, 1536. 

Barby. — Epitaphe d'Elisabeth la Chardenière. mère de 
Gerson, MOI. 

Bosséval. — Cloche, 1 520. 

BouU-aux-Bois. — Cloche, xvi« siècle. 

Braux. — Gioche, 1410 [détruite; portée par erreur] ; Saint 
Jean, statue pierre peinte, xV siècle; Saint Pîerre-ès-liens ; Saint 
Dominique ; Saint Nicolas, bas-relieff du maître-autel et des 
autels de la Vierge et de Saint Nicolas, pierre, xvi' siècle. 

Carignan. — Cloche, 1663. 

Champù/neulsur-Vence. — Cloche, 1538. 

Charleville, éylise Noire-Dame. —Le baptême de Clovis ; Descente de 
Croix ; la Résurrection, toiles par N. et J. Wilbault, xviji" siècle. 

Châleav^Porcien. — Saint Eloî ; Saint Thibault, toile par Nie. 
Wilbault, xviii" siècle. 

C&M/piiy-ifeiçA*.— Maître-aulel, marbre elbois sculpté, xvii* siècle. 

Cliran. — Cloche, 1358. 

l'obligeuice de noirs ami U. Henri Dacremont, qai i bien 



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~ 168 — 

Condé-iez'llerpy. — L'AssomplioH, anges musiciens, toiles par 
Wilbault, xviii' siècle. 

Ihymmery. — Dalle fuuéraire gi-avi^e de Jean d'Argy, 1640, et de 
ses quatre femmes. 

Ecordal. — Dalle fuuéraire à efiig:ie gravée de Jacques d'[vory, 
âeigneur d'Ecordal, pierre, xvi° siècle. 

faiawe. — Saint Sébastien, statue bois, xvr" siècle; Pietà, 
groupe pierre, xti» siècle. 

Givry. — Croix, cuivre doré, 1581. 

Gomont. — Chandelier pascal, xvi" siècle. 

Orandpré. — Slalles du chœur, bois sculpté, lin du xvi' siècle. 

Hannogne-Saint-Marlin. — Saint Martin, statue buis, xvi' siècle. 

Haybes [en riatilé Moihain], — Dalle funéraire à effigie gravée 
d'Allard de Chimay, seigneur de Haybes. 

Uerpy. — L'Assomption ; l'Institution du Rosaire, toiles par 
N. Wilbault; Sainte Claire, toile par J. Wilbault, xviii' siècle. 

Juzanœurt. — La GuérisOD de l'avaugle, toile par J. Wilbault, 
xviii° siècle. 

MachauU. — Dalle funéraire gravée de Pierre de Macbaull et de 
sa femme, xiv= siècle. 

Mézières. — Vitraux, xv" et xvi' siècles; Christ de pitié, 
XVI' siècle. 

Monigon. — Dalle gravée commémoralive de l'amende honorable 
faite par le sieur de Wignacourt, 1577. 

Montkermé. — Fonts baptismaux, pierre, xii* siècle. 

!Vtmleuil. — La Descente de Croix, d'après J. Jouveuet, par 
N. Wilbault, 1787. 

Nouvionsur-Meme. — Retable: scène de la vie du Christ, bois 
sculpté, XVI" siècle. 

Ifovion-Porcien. — Chasuble brodée, xvi' siècle. 

Olizy. — Panneaux d'une porte, bois sculpté, xv* siècle, 

Pargny-Reason. — Cloche, xvr siècle. 

Pailcowt. — Dalle funéraire de Jean de Coucy, 1622. 

Puilly et Ckarbeaux. — Restes de peintures murales, xvi' siècle. 

Raucourl. — Fonts baptismaux, xi' siècle. 

Retkel, église Saint Nicolas. — Les Noces de Cana ; la Pêche 
miraculeuse, toiles attribuées à Nie. Wilbault; Ja Descente 
de Croix ; l'Assomption ; la Samaiilaine ; Saint Nicolas, loiles 
attribuées à J. Wilbault, zviii° siècle ; la Guérisou du boiteux 
par Saint Pierre, toile signée Vibert, 1638. 



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Relhei, église Saini Remy. — Le Couronnement d'épines; le Chrisl 
à la colonne, toiles attribuées à J. Wilbault, xviii* siècle. 

Revin. — Le Martyre de Saint Pierre de Vérone, 17U ; l'Insli- 
lution du Rosaire, 1726, toiles par le frère André, xviii' siècle, 

Rilly-aitx-Oiei. — Piscine, pierre sculptée, fin du xv siècle; 
vitrail, xiv-xv* siècle. 

Rumigny. — Cloche, 1744. 

Saint- Ferjeax. — La Résurrection ; i'InstitutioD du Rosaire, 
toile» par J. Wilbaull, xvm* siècle. 

Sainl-Germainmont.—La Descente de Croix, toile par J. Wilbaull ; 
la Vierge de pitié, bas-relief pierre, 1319. 

Saint -Loup 'Terrier. — Fonts baptismaux, pierre sculptée, 
XII» siècle; dalle funéraire à effigie gravée d'Alix du Planier, 
pierre, xv» siècle. 

Saint-Marcel. — Dalle à effigies gravée» de Gratien Maillard, 
seigneur de Saint-Marcel, el de sa femme, pierre, xvi* siècle. 

Saint-Marcel, chapelle de Giravmont. — Les trois Marie, Jean 
Lbommelet, statues bois, xvi" siècle. 

Saint-Mord. — Scènes de la vie de Saint Maurice, bas-reliefs 
provenant d'un retable, bois, xv« siècle. 

Sainte-Vaubùwg. — L'Annonciation, bas-relief, pierre, xvi* siècle ; 
l'Adoration des Mages, bas-relief, pierre, xvi* siècle. 

Savigny. — Dalles funéraires gravées de Jean Bricot, 154fî, et 
d'Honoré Valentin de Savigny, 15C4. 

Semuy. — Saint Nicolas, statue pierre, xvi' siècle. 

Séoigny-Waleppe. —Porte en fer forgé, xV siècle; le Triomphe 
de ia religion, toile attribuée à J. Wilbault, xviii* siècle. 

Termes. — Bénitier ea fonte de fer, xv» siècle. 

Tkin-le-Moutier. — Edicule de Sainte Berlande, pierre, 1540. 

Le Thow. — La Prédication de Saint Berthault; l'Annonciation, 
toiles par J. Wilbault, xviii' siècle. 

Tournes. — Dalle funéraire à effigies gravées de Reguaud d'Ai^, 
1638, et de sa femme, 1637. 

Vandiy. — Chaire à prêcher, pierre et bois sculptés, fin du 
XVI' siècle. 

Vava-en-Diealet. — Chàsse de Sainte Gertrude, bois sculpté et 
peint, XVI' siècle. 

yie:Me-lez-AsfeUi. — Dalle funéraire à effigie gravée de Jacques 
de Ham, 1S85. 

Wwreq. — Vitraux, xvi' siècle. 



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n. Ardennais lauréats de l'Acadâmie nationale 
de Reims, 

Les pris et médailles décernés par l'Académie nationale de 
Reims dans sa séance publique anauelle du 1" )uillet 1909 ont 
récompensé de la façon suivante nos compatriotes ardennais : 

ÉCONOMIE POLITIQUE. 

Une médaille d'argent grand module à M. Eugène Mahout, à 
Sedan, pour sou Etude de sociologie. 

photographie. 
M. Charles Hehherlé, à lUonlhois. 

Au concours de photographie très réussi qu'avait oivanîsé 
l'Académie oaLionale de Beim^, M. Hemmerlé avait envoyé sept 
épreuves : Chdleau des Rosiers, Eglise de ChvffiUy, Château de 
Landretille, Château de (irandpré, Portail de l'église de Vona/, 
Sainte-Anne de Lançon, Scieur de long. 

Parmi les autres concurrents, signalons MM. Jules Matot 
[médaille d'or] et Q. Beaussebon (médaille de vermeil), dont 
quelques épreuves photographiques intéressent les Ardeunes. 

Nous voyons en effet dans l'exposition de M. J. Matot : 
Intérieur d'une boutique de cloutier ardennais à J oigny-sur- Meuse ; 
Vieux Château et l'Eglise de Saint-Juvin (deux épreuves) ; Vieux 
Hêtre de la Forêt d'Àrgonne; et dans celle de M. J. Beausseron : 
Uetabk de Seuil ; Vase de Château-Poreien. 

m. Découverte archéologique ft Serainoourt. 

I^ 18 juin dernier, M. Pernand Rapp, cultivateur au hameau 
de Forest, commune de Seraincourt, a mis à jour, dans une 
carrière de marne, un sarcophage eu pierre de l'époque gallo- 
romaine ou mérovingienne. Notre correspondant et M. J. Carlier, 
de Hannogae, le sympathique membre de l'Académie de Beims, 
s'étant rendus sur les lieux, nous pouvons compléter nos rensei- 
gnements. 

La carrière est située sur le versant sud d'une colline, non 
loin d'une source importante. Le sarcophage est de l'époque 
mérovingienne, mais n'est pas complet dans sa hauteur. 11 
recouvrait le squelette d'un guerrier avec ses armes en fer fort 



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- 171 • 



oxydées, soil poigoarde ou couleaux el deux petits pots eu terre 
cuite, dont ud, comme nous l'avons dit, encore en entier. Dans 
le lerraîD caillouteux, on remarque des traces de sable et des 
ossements. 

Il e^i regrettable que les ouvriers raatneurs aient brisé la 
pierre du sarcophage à coups de pic. 

Ajoutons que ces dernières années, notre correspondant et 
d'autres personnes ont déjà découvert, à quelques centaines de 
mètres de cet endroit et sur d'autres points du terroir de Serain- 
court, des traces et des restes d'habitations gallo-romaines, des 
tuiles romaines, meules et raunnaies gauloises et romaines, 
débris de poteries de différentes époques, de curieux objets en 
silex, haches, grattoirs, lames, tranchets et anneaux de bronze. 
(la Dépêche des Ardennes, a" des 21 et 22 juin 1909). 



IV. Trouvaille de monnaies anciennes à Yoncq. 

MM. Louis Didier et Alcide Chariot, de Voucq, ont trouvé, 
dans une cave ancienne d'une maison brûlée l'an dernier, trois 
pièces d'or du seizième siècle. L'une est de l'époque de Charles I", 
roi d'Espagne ; une autre à l'effigie de Philippe II, roi d'Espagne, 
et la troisième de Charles IX, roi de France. 

Ces pièces ont une grande valeur et sont très bien conservées. 
(La Dépêche des Ardennes, n" du 19 juillet 1909). 




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— 172 - 
VARIÉTÉ 



Note relative à l'origine torrentielle des roches 
minifonnea calcaires. 

Les roches ruiniformes sont fréquentes dans les terrains 
calcaires ; on en rencontre de nombreux spécimens dans les 
terrains secondaires et primaires de notre région. L'origine de 
ces roches, aux aspects si divers (perl'oréa, pédonculaires, 
columnaires, etc.)< est altiibuée par la plupart des géologues 
à la seule action météorique des vents et de la pluie. 

M. Ë.'A. Martel, dans uue commuaicatiun lue à l'Académie 
des Sciences (I), reprend la thèse contraire qu'il avait toujours 
soutenue el selon laquelle de vrais courants torrentiels ont été la 
principale cause de ces accidents morphologiques. Il cite un 
certain nombre de faits qui tratiËformeut en certitude sa théorie 
d'il y a vingt ans. Pour lui, par conséquent, la croyance, abso- 
lument erronée, au rdle prédominant des agents atmosphériqueti 
était due à l'inexactitude et à l'insuflisance des observations 
comparées dans les phénomènes en question. Le rûle réel de 
l'érosion torrentielle, autrefois bien plus puissante que mainte- 
nant, est irréfutablement établie par les faits matériellement 
constatés, en tous pays, parmi les lapiaz, villes de rochers, 
chaos et canons calcaires. 

M. Martel si^^nale comme exemple dans notre région la fameuse 
Table du Diable, au sommet des falaises de Sainl-Mihiel, dans les 
calcaires coialligènes des Cdtes de Meuse (Cgure dans le texte). 

Il cite un autre exemple dans l'Ârdenne belge, à la Galerie des 
Sources près de Chaleux [commune de Furfooz), dans un bras 
souterrain de la Lesse. MM. Rahir et Van den Broeck ont trouvé 
une roche pédoucuiaire dans le lit du ruisseau qui parcourt la 
grotte : la corrosion chimique a achevé de rendre le pied du 
champignon extrêmement mince ; mais, dans une caverne, la pluie 
et le vent ne sauraient entrer en ligne de compte. 

M. Martel ajoute quelques réflexions sur le creusement des 
vallées actuelles, qui n'est ni achevé, ni surtout aussi ancien 
qu'on le prétendait. Les anciens lits de puissants courants ter- 
tiaires (même miocènes) ont été depuis peu retrouvés très haut 
sur les surfaces des plateaux calcaires ou Causses du Massif 
central. Ch. Hocin. 

(I) Publiée dus les Comptes-rendus hebdotaadairet des Séanctt de l'Académie 
dei Seieneei, n> du â juin 1908. lame CXLVI, pp. 13S0-13&I ^«tm i Ognres). 



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COMITES-RENDUS BIBLIOCKAI'HIQUES 



Association française pour l'avancement des Sciences: Compte- 
rendu de la 36'^ session : REIMS (1907). Notes et Mémoires. — 
l'aris, 28, rue Serpente, l'.)08, 2 vol. cartonnés yi'. iii-8". 

Reims en 1907. — Reims, H. Matot, gr. in-8°. 

L'A. F. A. S. a tenu sa 36' session à Reims au mois d'août 1907. 
L«s volumes publiés ù cette occasion contiennent quelques études 
1,'éologiques, botaniques, anthropologiques, agronomiques, archéolo- 
giques, sur la Champagne el la Lorraine, dont nous indiquons 
seulement celles qui se rapportent aux objets de nos études, 

M. Ch. Bosteaux-Paris, dans une communication sur te Pays rémoU 
aux èpoi/ues prèhùtoj-tques, a. passé eu revue le paléolithique, les dtlTé- 
renles phases du néolithique, tant en outillage qu'en silex, les 
souterrains primitifs et les derniers vestiges des monuments mégali- 
thiques de la région rémoise unie aux Ardennes crayeuses (t. I, pages 
811-824. ~ Discussions, t. H, pages 272-274). 

M. le D' 0, Ouelliot, sous le titre Réminiscence-i préhistoriques en 
Champagne, étudie quelques objets recueillis par lui dans la Marne et 
surtout dans les Ardennes, qui, quoique jdus ou moins jeunes, 
présentent un faciès ancien et même préhistorique et pourraient 
être confondus avec de vrais objets préhistoriques (t. I, p. 933-988, 
— Discussion, t. Il, p. 28U-290). Signalons aussi les études de 
M. C. Moreau-Bèriilon : Le Mouton en Champagne (t. I, p. 1471-1487), 
Amélioration de la Culture de l'Avoine en Champagne (l. 1, p. 1487-1497). 
Dans les Découvertes archéologiques faites au profit du Musée «te Heiots 
depuis quinze ans (1893-4907), M. H. Jadart mentionne quelques 
pièces remarquables de Monl-Sainl-Reray (t. I, p. 1661-1064^. 

Les procès-verbaux des séances de sections contenus au t. Il 
renferment : des communications de M. Reslel : Climat des Ardennes, 
la pluie cl la température (p. 193-194), Les ossements d'un mammouth à 
Allandhuy (p. 221), Sur la flore de l'Ardenne (p. 237h de M. L. Puzô- 
nat. Bibliographie géologique du yord-Est (Ardennes, Champagne, etc.) 
(p. 219-220); de M. Roquillon, L'âge de la pierre à Boueonville 
(p. 276); ae M. le D' Barillet, Journal d'un fouilleur [M. Blaval, à 
Reims, dans l'Aisne et les Ardennes] (p, 305); de M. Haudecœur, Les 
églises dépendant de l'ahbaye de Saint-îtémi de Reims, au point de vue 
archéologique (p. 539); de M. L. Demaîson, Souterrairts de refuge du 
jMys rémois [et près de Chàleau-Porcien] (p. 540). 



Le volume abondamment illustré ■ Reims en i9ffl >, publié à 
l'occasion de ce congrès, contient plusieurs travaux qui Intéressent 
non seulement le pays rémois, mais la Champagne toute entière et 
i'Argonne. Ils ont le mérite de présenter une synthèse très claire des 
questions qu'ils étudient, 11 importe de signaler d'abord les t études 
scientiiiques sur le pays rémois • par M. J. Laurent (Géographie, 
géologie, climatologie, eaux souterraines, etc.]. 

Ensuite, les considérations générales sur • la llore de la Marne i, 



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- 174 - 

par- M. A. Guiltaume, très inlëressantes naturellement pour l'Argoane. 
Cette étulie est accompagnée d'une carte géologique. — M. te D' 0, 
Guelliot, qui s'occupe spèriatement du ■ préhistorique dans la Cham- 
pagne rémoise >, complète d'une façon particulièrement savante sa 
précédente élude sur la • Préhistoire des Ardennes >. 

Les autres notices sont plus spécialement consacrées i\ la ville de 
Reims: < Aperçu de l'histoire de Reims ■, |iar MM. Dematson et 
Jadart; — i L'Architecture à Reims ■, par M. Gosset ; — « Les 
statues du grand (Ktrlail de Reims • par M. Chambertand ; — 
< Archives, Ribliotliéques et Musées >, par MM. Demaison et Jadart ; 
— œuvres d'enseignement, œuvres sociales, dëmogi-aphie, etc., etc. 

P. COLLINET. 

Villers-Cernar, PraDcbeval et antres villages i travers l'histoire 
de l'ancien flef de D0UE7 et de la Principauté de Sedan, par 
M. l'abbé TotisaAisT, t. I". — Sedan, E. Laroche, iîKH», i9'à pp. — 
(Prix : 3 francs). 

Le volume de M. l'abbé Toussaint, qui doit son apparition à 
l'hospitalité de l'Echo des Ardennex, représente un long travail dont 
nous devons être reconnaissjints à l'auteur. >'ous déclarons cependant 
de suite qu'il sera moins utilisable qu'il eût pu l'être, a cause de 
l'absence presque complète de références, ou du vaj!;ue des références 
quand il y en a. La source principale de l'auteur est le très cuneus: 
manuscrit de son pré<lécesseur, le curé Lambert Aubertin, dont les 
nombreux extraits sont pleins d'inlèrôt; mais les autres sources — 
surtout les documents d Archives — ne sont [mis indiquées ou le sont 
imparfaitement. Nous ne pouvons donc les contrôler et les critiquer ; 
c'est là une exigence de la façon moderne de comprendre l'iiisloire 
que nous regretttous de ne pas voir satisfaite. 

Ce t. !" s'arrête à l'année 11)44. Nous ne pouvons songer à résumer 
les vicissitudes de Villers-Cernav et des autres communes à travers 
le Moyen-Age, les guerres des xvi' et xvii' siècles, ni à faire 
ressortir les mille traits de mœurs, qui (disons-le à la louange de 
l'auteur), éclairent d'un jour nouveau en particulier les relations 
des protestants et des catholiques dans la Principauté, ou ceux qui 
proviennent du volume (parfaitement inconnu de nous) du voyageur 
Langlès (Amsterdam, 1W7). Nous ferons pourtant remai-quêr que 
l'auteur, cliose rare, a fort bien compris et exposé les institutions 
politiques et le droit privé du Moyen-Age, et nous rectilîerons une 
erreur qu'il serait désastreux de voir se perpétuer : M. Toussaint 
cite, page 24, une ctiarte de janvier 1245 [l24fi, n, si. '?] t extraite du 
cartulaire rouge du duché de Bouillon, p. 15') > (où est déposé ci' 
cartulaire '?) par laquelle Hughes, abbé de Mouzon, concède des bois 
à Gilles Milet, Sbignbuh de Sedan. L'auteur, trop contîant dans 
le texte, n'a pas discuté le nom de ce personnage. Or, l'extrait est un 
simple résumé et une traduction de la charte même. En plus de 

fautes certaines (comme chofe soit |>our commue ; ènograpke pour 

cirograpke), il n'est pas douteux que l'extrait a traduit mal h propos 
le {)assage latin : ABainii's, hilbs, rominus ub Seoan < Gilles, ch(«- 
valior, seigneur de Sedan >. Ce seigneur est sjins doute Gilles do 
Hiet^s et de Jnuclie, membre de la famille qui posséda au xm' siëclu 
l'avouerie de Sedan et Balao. P. Collinht. 



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- 175- 

Etndes sur Léonard de Tinci. Ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu, 
par Pierre Duhem. Deuxième Série, — Parts, A. Hermana el fils, 
190:i ; un vol. in-S", iv474 pages (Prix : 15 francs). 

Ce volume est le deuxième (1) de la série dans laquelle l'auteur 
étudie, sur les précieux cahiers de notes de I^onard de Vinci, 
i'inHuencc qu'ont exercée sur lui les doctrines enseignées de son 
temps. 

Ce travail d'une érudition profonde restitue avec une limpidité 
admirable l'atmosphère intellectuelle de cette époque intéressante. 
A l'aurore du xvi' siècle, les penseurs luttaient depuis un siècle 
pour se d^ager de l'autorité traditionnelle et tyranniquc des idées 
d'Aristote. En même temps que les idées s'élargissaient, un travail 
de classement important allait séparer la physique de la métaphy- 
sique. Le prodigieux artiste que fut Léonard de Vinci résume et 
condense en sa j)ersonne tout ce conHit intellectuel par lequel la 
Renaissance italienne va devenir l'héritière de la Scolastique pari- 
sienne. 

Parmi les scolastiques dont les ouvrages et les idées furent utilisés 
par Léonard de Vinci, M. Duhem cite souvent le nom de noire 
compatriote Juan db Jandun, • philosophus acutissimus et perspi- 
cassimus • , dont les Quœsliones sublilissimo! sur les ouvrages d'Aristote, 
très répandues au moven ùge, furent éditées à plusieurs reprises au 
xvi* siècle (2). ' C. H. 

Un grand seigneur bibliophile. Henri de la Tour d'Auvergne, 
vicomte de Turenne, par Kené Faob. — Paris, Imprimerie 
Nationale, 1<J08 \ une brochure in-8°, 15 pp. (Extrait du Bulletin 
hUtorvjwe el jihtlologvjue, 1907). 

A propos d'un passage de l'ouvrage du chanoine Marsollier : 
Histoire de Henry de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon (Paris, Barois, 
1719 ; 'à vol. in-12), passage relatif h la riche bibliothèque rassemblée 
à Sedan par le duc de Bouillon, t. III, pp. 281-283, H. René Page, de 
la Société archéologique du Limousin, raconte l'histoire de la 
première bibliothèque et des belles reliures que Henri de la Tour 
avaient recueillies pendant sa captivité de deux ans et dix mois à 
Hesdin, après avoir été fait prisonnier par le duc de Parme sous les 
murs de Cambrai en avril 1581. 

L'auteur a reconstitué celte histoire d'après une série de lettres el 
de billets adressés par Henri de la Tour, pendant sa captivité, à son 
valet de chambre Cuichard. Ces lettres et billets, qui se trouvent 
aux Archives nationales. H* 5i, sont relatifs à des achats de livres 
anciens el contemporains, de riches reliures, d'instruments de 
gë(%raphie et de cosmographie. Pendant cette longue épreuve de 

(1) Cf. le compte-rendu Je b Première S^rie dam la Hevii'. d'Ardenne et d'Argonne, 
I. XIV, f. 9S. 

(31 A la pige 11, il est question d'un Nicolat d'Outreeourl au iTAvtrecouTt (Nicobus 
itp Uttricuria), DOD identifia, dont 60 propasJlions tarent condamnées en VUS par l'Untversilé 
de E^3 et nui arait ad-ipU dans sa lotalilë la phjsiiiue épicurienne, [Cf. Bulaeus : Uîtlona 
UnivenUaltt /'amientii, I. IV. pp. 308 el si].). 



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— 17« — 

Hesdin, le futur prince de Sedan milrit son esprit, uombla les lacunes 
de son instruction, dcTint un letli'é et un savant ; son amour des 
livres et des belles reliures date de cet internement. La bibliothèque 
qu'il avait créée dans sa prison, il la transporta plus tard à Sedan, 
l'augmenta, l'enrichit de manuscrits et en fit une des plus précieuses 
collections de son temps. Après la réunion de Sedan à la France, 
celte bibliothèque fut dispersée, et son petit-lils, le cardinal do 
Bouillon, ne put en réunir que quelques débris. 

L'intéressante communication de M. René Fage avait d'abord été 
lue au 45' congrès des Sociétés savantes, tenu à Montpellier en 1907. 

Ch. Houis. 

Carte topographiqoe du Grand-Duché de Laxsmbourg, ù 1/^0.000°. 
levée et publiée par i. Hansbn. — tjuinze feuilles gravées, tirées 
en 5 couleurs, sur format 50xfiô, chez M. J. Hansen, 4, me 
Laromiguière, à Paris. [Prix de chaque feuille : en couleurs, 'i fr.; 
en noir, i fr. 25. Prix de la carte complète (les feuilles séiKirées) : 
en couleurs, 37 fr, 50 ; en noir, 28 francs,] 

La carte de M. Hansen est la première carte sérieusement dressée 
du Grand-Duché de Luxembourg. Cgmmencéo en 1883, elle a coûté 
vingt^uatre années d'efforts ininterrompus ;i son auteur. C'est un 
véritable monument scientifique, d'autant plus remarquable qu'il 
est l'œuvre d'un seul homme. 

Cette œuvre persounelle |>eut rivaliser avec les cartes les plus 
scientitiques. Elle est d'une claire exécution, en cinq couleurs, et 
prouve un rude labeur sur le terrain et dans le cabinet. Par la 
scrupuleuse conscience avec laquelle les |ilus minces détails, la plus 
petite maison isolée sont représentés, elle rendra de grands services 
aux savants comme aux touristes ardenoais. C. H. 




Le Gérant: E. L.\ROCIIE. 

Sedan. — Imprimerie Emile Laroche, rue Gambelta, 3Ï. 



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La Cartographie du Département des Ardennes 
et des Réglons voisines 

D'après quelques ouvrages récents 



Le colonel Berthaul (aujourd'hui géoéral), chef du Service 
cartographique de l'ariuée, a publié, de 1398 à 1902, deux ouvrantes 
en quatre gros volumes qui odI une importance capitale pour 
l'étude du développemeDt de la topographie et de la cartographie 
fraaçaises. L'un de ces livres (1] expose la part considérable 
qu'ont prise les anciens ingénieurs géographes militaires dans le 
relevé exact du sol de la France. L'autre ouvrage (2), le premier 
en date, relate les travaux qui ont présidé à la confection et à 
l'élaboration de la Carte de France ou Carte d'Etat-Major. 

Ces deux publications présentent, outre leur intérêt général, 
un intérêt particulier pour la région ardennaise et pour les 
travaux de certains géographes originaires de notre contrée. 

C'est pourquoi nous avons cru utile de les résumer en fusionnant 
les indications qu'elles fournissent, tout en conservant le plan 
d'ensemble de l'auteur. 

Nous avons partagé cette élude en trois divisions principales : 

\' L'œuvre cartographique de l'ancien i-égime ; 

2° L'œuvre cartographique de la Révolution, de l'Empire et de 
la Bestauralion ; 

3" L'établissement de la Carte de France. 

(1) Lei Inginieun géograpliet miiilaira llSli-îèSI). Etude hiatonque ptr le coloDel 
Berthaut. Paris, Imprimene du Servit» géographique de l'Armée, IWx ; 3 tdI. io-J*. 
xvt~l67 el x-SâS pp. (nombreax plans bon le\tc). 

" " " " 50-W9SJ. Elude h 

ue de l'Armée, 1S>. 
, . . . , . . vs, dans le leite el hors leite). 

Les travaux du colonel BerlhiuL ont Tait naître i rélnogar quelques étudea bistoriques sur 
la cartographie de l'ancienne Fraoce : leurs auteurs, W. STÀVENnUEK et H. WiUMEK, les ont 
puUJÏssen 190i, i903elia(U. 



FtlT. b'Am). et d'Arg. 



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Première Partie 

L'ANCIEN RÉGIME 

Le colonel Berlhaut a distingué, dans l'œurre cartographique 
de l'ancieu régime, quatre périodes principales que nous repro- 
duisons d'après lui. 

Première période: 1624-1715. 

• En Prauce, le déreloppement de la géographie et de la topo- 
graphie ne date vraiment que du xvii" siècle. En 1640 (1), Jean Le 
Clerc présenta à Louis XUI une carte de France en neuf feuilles, 
gravée sur bois, et dont l'exécutioD fut regardée comme ud 
chef-d'œuvre. On ne peut guère citer d'autre ouvrage gravé avant 
Louis XIV. En fait de topographie militaire, il n'existait que des 
dessins en demi-peispeclive, intéressants et curieux d'ailleurs, 
dans le genre de ceux qu'ont laissés Caltot, Châ,tillou, Sébastieo 
Le Clerc, Israël Sylvestre et surtout Beaulieu (2). 

La création des ingénieurs géographes militaires donna uo 
essor nouveau à la cartogiaphie. Ces ingénieurs ont eu la même 
origine que le corps du Géuie. Au xvn° siècle, on les voit qualifiés 
des titres d'Ingénieurs géographes, Ingénieurs aux fortificaticms. 
Ingénieurs des camps et armées, Ingéniewi ordinaires du Roi, etc., 

(1) La date de 1640, donnte par le colonel Bertliaut, me semble fort donteose, et Jeu 
Le Clerc deiait tue inort dopuis longtenipi. Les jditioiu du Théâtre giogrttphiqtie du 
nya^'Mde France, i partir de tSÎÏ,»o( publiées parlateuve de i'^ileu^graTeiir parisien. 

(i) Les travaui eariegrapliiqnes spéciiDX, consacrés aui rdgioas champenoise, arsonnaise 
et araenmi&e «a dehors des inîtnieurs géograplieB militaires, ne rentreat pas dans Te cadre 
de noire élude. 

Od trouvera nombre d'indicatians utiles sur les léognpbes et les cartograpbM josqu'l li 
fin du xvur* siècle dans les ouvrages suiTanU : 

&. Feummd : Lu Allai françaii iMmàêia Amociation fnneaiiepourraviincemettt 
éei Science), 33- 'le&sian, Grenoble, 19(U. - Volume des Noies et Mémoires, pp. 139S-14U) . 
— Description des AUas nationaui de Bouguereau {159t), de Jean Le Clerc (Ind), de l^ssin 
neai], de Boisseau (1643J, de Tavemier (1613), etc., qui sont tris înléresunts pnttr tes 
AnleiiDes . 

L. WiEMER : Euai de carUtaraphie dt la Lorraine (Nanej, iSH, io-S*. Bilnit des 
MÉmairel dt la Soc. d'Archéologie lorraine, 1896j. 

Emile Chantriot : Let carte* ancieanei de la Champagne. Calalogtte* et obacr- 
Doliont critiquen (Ninq-Paris, Berge^Leïraull, 1906 ; in-S", vin-QO pp.;. — Ce dnmier 
uuvrage est particuliiremeat précieui pom: l'histuire cartographique de notre région : outre le 
catalogue des caries depuis le xvi" siide jusqu'à ta Révolution, il contient des renseinenMQts 
critiques sur les cartographes eui-ménies. depuis Ortelius et Mercalor jusqu'i Louis CapHaine 
el Baiin, en passant par Danileo de Templeui. Jean Jubrîen, Nicolas Sanson el beaDcêop 
d'autres, sur lears procédés, la valeur et rinsufllsance de leurs SDvrea, llnUrfit qu'ettas 
présentent pour l'élade des nomi de paya il j»\>r la nomenclature géographique de la etntrte. 

Signalons le magniliquc eiemplaii-e de l'Aiias de Tavemler (1613), qoe la UbliotUqM 
municipale de Grenotilc possède en entier (3 tomes in-Tulio) et dont la DÎMioIhèCfM Natiosde 
n'a que des fragments. M. Citanthut n'a pas eu connaissance de ce recneil rvisHma, enriesi 
pour noua i cause de certaines cartes de \. Suuon, de J. Jobrien et de la PiMb (gnwK). 



), v^n.>v_ivn- 



- «79- 

Bans fonotioDS oetlement définies, sans qu'ils forment un corps 
spécial. 

A partir de 1667, le nombre des ingénieurs s'accrut : une partie 
d'entre eux étaient boue les ordres de Colbert, d'autres sous ceux 
de LouTois. C'est alors qu'on vit paraître les premières œuvres 
topographiques importantes, quoique faites toi:ù*>i"^ ^^^^ trian- 
gulation d'ensemble, sans méthode régulière, sans signes conven- 
tioDoelB UDifonaes et précis, et avec l'usage de la perspective 
cavalière pour la représentation des montagnes et des détails de 
la planimétrie. De cette période datent les levés et plans des 
ingénieurs Sainte<Colomhe, Pivert, etc. (1). 

Pendant tout le règne de Loui^ XIV, il y eut, outre une organi- 
sation insuffisante, une confusion constante entre les différents 
services des ingénieurs militaires, mais même entre ces derniers 
et ceux des Ponts et Chaussées. Ce n'est qu'en 1748 que fui 
proposée la création d'un corps spécial et d'une école du Génie, 
et ce n'esL qu'en 1776 que ce corps reçut son organisation 
complète et s<m titre définitif. 

A partir de 1691, en dehors des levés topographiques faits par 
les officiers du Génie, quelques ingénieurs commencèrent à élre 
spécialement chargés de ce service à l'exclusion de tout autre. 
Leur titre était celui d'Ingénieurs pour les camps et armées ; ils 
éLaienl attachés pour ordre aux régiments d'infanterie, avec des 
brevets ou des commissions parliculières. On n'en comptai! au 
début que cinq ou six, qui se distinguèrent dans les guerres de 
la Ligue d'Âugsbourg et de la Succession d'Espagne. Leurs 
productions, très conudérables et en grande partie inédites, 
réunies autrefois au DépOl de la Guerre, se trouvent aujourd'hui 
aux Archives des Cartes du Uinislère de la Guerre. 



u rùam, mstowar on mm et uneet, géotnptae do Roi, dmil les Mmbmaei owfrM wnl 
ifine* dut dîftn dépta PuHGt •! notimncnt dut lu coltoio M do CabloM iu Btlimpw 
i tiRbliothèqneNiliOlÛls.Cf.iur IniF. Loppinot : Mémoire* lU U Soeiité phitomathigue 
d» f«n(wi, t. XIV, 18M, M D- J. J^M : Revae ifArrlênne et iTArgoniu. t. Vil, 
ff. 14S-U9. 

Llmaliin de la ftollectùin DesUillcDr, an CtbiDet des BsUnpes, publié ipria ti natics de 
y. Uip^aat, éipûki den ulres deuiu de I* (Nûitte : ose tus de ReUie) et poe fae do 
cUleu d^lrépign^f. 

a eirb)(nphiqiM da léognphe Tenhnuii, dea %abM kUttmoBt dirao- 



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— 180 - 

Nous avons relevé la liste suivante des priDcipale» oeuvres 
topograpbiques inédites qui iotéreasent le déparlement des 
Ardennes et les régions limitroplies : 

La carte générale de ia France, avec une bonne partie des pays 
voisins, par Gabriel Pérelle, pour servir à l'histoire des guerres 
de Louis XIII et de Louis XIV. 

Une carte des frontières d'Artois, Flandre et Bainaut, au 43,200*, 
datée de 1650. 

Une carte de Luxembourg, par d*Àulhy, de 1685. 

Divers itinéraires en Lorraine, de 1687, par Duvivier. 

Le cours de la Ateuse, par Naudin, avec les camps de Câlinai, 
en 1686. 

Diverses cartes du cours du Rhin et de la Meuse, datées de 1 693. 

Plans de la ville et du pays de Liège ; camps de 1693 à 1695, par 
l'ingénieur Favpot. 

Dtoerses parties de l'évicbé de Liège el les camps français de 1703. 

Les environs de Ckarlemont et ceux de Condé, A 3 lignes (38,900"j, 
par Roussel. 

LeRainaut, par Roussel, 1710 et 1712. 

PkilippevilU, par Roussel, à 3 lignes pour 100 toises. 

Les Naudin commencèrent, sous Louis XIV, la carte det, 
Irontières mililalres de la France. La fronlière de l'Allemagne et 
des PayS'Bas fut entreprise pendant la guerre de la Suucession 
d'Espagne, en quinze feuilles, et terminée en 1736 ; elle fut 
ensuite réduite au 86,i00". 

Deuxidmtf période: 1715-1756. 

De la mort de Louis XIV à la guerre de 1733, la topographie 
subit un ralentissement, puis reprit une nouvelle acUvilé. Pour- 
tant, on donna un commencemeut d'organisation aux ingénieurs 
géographes en mettant un ingénieur en chef à leur tète : ce fut 
d'abord Roussel en 1716, d'Hermand en 1719. En 1732, on nomma 
M. de Lilliers directeur des ingénieurs géographes pour les camps 
el armées, auxquels on donna un uniforme spécial, et en 1738 on 
leur attribua le titre tl'lngënieurs ordinaires pour les camps et armées. 
De cette période datent : 

.La carte d^s Pays-Bas, au 59,530', par les frères Masse, 1726, 
l'une des meilleures du xviir siècle comme topographie. 



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- 181 - 

Le Camp de Dousy, par d'Arnaiilt, capitaine au régiment de 
Provence. 

La carte des frontiiret de ta Champagne, par les ^èree Masse 
(entre 1738 el 1741). 

Plans des marches et quartiers d'hiver de Varmie française de 
Charlemont-Givet à Dusseldorf, soua le maréchal de Maillebois 
(1741), par de Beauvilliers, nax ordres du marquis de Salière, 
maréchal général des logis de l'armée ; à t ligne pour 100 loises. 

La Guerre de la Succession d'Autriche marque une étape impor- 
tante dans rhistoire de la topographie. C'est en effet dans la 
campagne de Flandre qu'apparaissent les premiers géodésieus, 
qu'on appelait trigunomètres. La nouvelle méthode, fondée sur 
une triangulation rationnelle du terrain, donna lieu aux travaux 
suivants : 

Carte-minute de partie des Pays-Bas autrichiens, levée de 1741 à 
1745 sous la direction de Cassioi <ie Thury ; première carie 
dressée suivant la méthode de Cassini et basée sur une triangu- 
lation d'ensemble, à l'écheile de 6 lignes pourlOO toises[14,400'*). 

Plans divers de Luxembourg (1741), de Ckarleroi, de Mons (1746). 

Camps de 1747 dans i'évêché de Liège, à 6 lignes pour 1 00 toises. 

Marches et mouvement de l'armée française dans I'évêché de Liège, 
en 1748. 

De la pais d'Aix-la-Chapelle à la Guerre de Sept Ans (1 748-1 756), 
l'activité se ralentit de nouveau ; mais on Qt des travaux 
d'ensemble el des études de longue haleine. En juin 1748, le 
comte d'Argenson, ministre de la Guerre, remit à M. dePuyzieulx 
ses instructions au sujet du règlement des limites du royaume, 
en ce qui concernait t'intérêt militaire. Les caries à grande 
échelle déjà faites de la frontière du Nord-Esl devaient favoriser le 
,tracé détaillé de cette frontière, elle moment était favorable pour 
obtenir de la cour de Vienne le règlement des articles en litige. 

Troisième période: 17SB-1777. 

L'organisation de 17H9 réglementa d'une façon plus précise les 
fonctions des ingénieurs géographes en temps de paix el en 
temps de guejTe ; leur nombre fut porté à quarante environ, el le 
service topographique prit progressivement une grande extension.- 
La somme des travaux produits k l'armée par les ingénieurs 



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peudacl laQuerredetieplAns Tut considérable pour rAllemag^DC ; 
mais DOUB n'avoDS rien à citer pour la réfcion ardennalFe. 

Après la paii, on employa les inj^Dieura & des travaux k 
l'JDténeur du royaume. Leurs progrès comme fréodésieQs et 
comme topographes s'affiriDèrenl pendant celte période : préciston 
plus grande, vérité dans les détails, méthode scientifique. 

A la suite d'un voyage de M. de Cnumarlin sur la frontière du 
Nord pour examiner sur place les questions de délîmitaliou en 
litige, ou entreprit une série de travaux nouveaux sur cette 
frontière. Le maréchal de camp de (jrandpré, employé comme 
maréchal général des logis, reçut la mission de faire des recoD- 
naissasces sur le Nord-Est. 

U. de Grandpré, dit le colonel Berlhaut, s'était déjà signalé 
dans des opérations de la même nature ; il avait rédigé d'inté- 
ressants mémoires sur la frontière entre la Meuse et le Rhin, 
avec reconnaissance à l'appui : élude des lignes de défense 
successives, marches d'une ligne k l'autre, itinéraires le long de 
la Ueuse et plan de défense du fleuve. Il avait levé le cours de la 
Ghiers, sur lequel il avait rédigé un projet de défense avec 
itinéraires et étudié des marches entre la Meuse et la Moselle. Il 
s'était également occupé des rivières entre la Ueuse et la mer. 

Les mémoires de M. de Grandpré, généralement accompagnés 
d'extraits de cartes de Jaillot (1] comme cartes d'ensemble, datent 
de 1764 à 1767. Depuis lors, il avait été commissaire du roi pour 
le règlement des limites avec l'Espagne, dans les Aldudes, puis 
détaché sur la frontière entre la Manche et le Rhin, où les diacuB- 
Bions étaient interminables. 

On mit i. la dispositioa de M. de Grandpré les ingénieurs 
géographes Chauchard et Jolly et le lieutenant d'infanterie de 
Montigny. Le travail qu'on leur demandait conslBlait A établir la 
carte de Dunkerque à Landau sur trois à quatre lieues de profon- 
deur, carte qu'il s'agissait de compléter et de rectifier, en parlant 
des documents déjà produits sur cette frontière ; il leur fallait 
aussi lever les nouvelles chaussées qui pénétraient dans l'évÊché 
de Liège. Il existait bien déjà une carte générale du pays: c'était 
la carte de France, connue sous le nom de Carte de l'Académie 

(i) Halierl Jaillot, franocoaibiis (1610-1713), fut on urtognphc 1res tteoaà. ~ 
M. E. Cbantriot (op. cit., Mge 9) mentioiuie de liù ane carte do GôuTernemeiit général d« 
ChimpuDe et me carte du Vardimoit et da QenoonloU et ajante qu'il s'est boné i nfrotUdre, 
ea (rn^nnt ta (nrure, les urtei de Nicolts Suuoa rekliTss à h QiuDpa|iie. 



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ou Carte de CaBsioi, sur laquelle nous revleadrone plus lois. Mais 
cette carte, dont te goiiveniemeat de Louis XV avait abandonné 
la confection à une société privée, fourmillail d'erreurs pour la 
région du Nord-Est et ne donnait qu'une représentation très 
sommaire des formes du terrain [1 ). 

Les travaux comnieacèrent en août 1771. A. la fin de cette 
année, tout le terrain élait 1ère jusqu'au-delà de Philippeville et 
de Hariembourg. Les ingénieurs passèrent l'hiver à Giret, rédi- 
geant définitivement leurs dessins et ieuri; mémoires, avec avis 
motivés sur les (racés qu'il conviendrait de donner aux routes. 
En mars 1773, Us reprirent le terrain en commençant par les 
environs de Givet. Mais le temps fut détestable ; Chauchard et 
Jolly tombèrent malades, et le premier flt même une chute de 
cheval qui l'empêcha de marcher. 

Pendant ce temps, de Grasdpré était occupé de ?on côté à la 
délimitation de la frontière sur la Meuse et la Moselle et discutait 
avec les Liégeois sur le tracé des fameuses routes de l'évêché 
(roules de Givet k Sedau, de Givet à Mariembourg, etc.]. 11 faisait 
travailler directement aux reconnaissances, sous ses ordres, 
deux autres ingénieurs géographes : le chevalier du Cheyron, à 
Guise, Philippeville d'autres lieux ; et le chevalier de Chasteigner, 
à Chimay, Itegniowez et environs. 

En 1774, Chauchard et Jolly, ayant terminé la besogne sur la 
Hense, étendaient leurs levés de la frontière en se dirigeant de 
Maubeuge vers la mer. Les affaires de délimitation avaient retardé 
la marche régulière des opérations : ce ne fut qu'à la fin de cette 
campagne que la topographie du premier front de défense depuis 
la Meuse jusqu'à la Lys put être remise, avec une concordance 
parfaite entre les cartes, les notes diverses el les mémoires. Eu 
1776, les ingénieurs reçurent Tordre de rentrer au Dépât de la 
Guerre. 

Quatrième période : 1777-1791. 

A la suite de l'ordonnance du 31 décembre 1776, qui donnait 
pour la première fois à l'institution des ingénieurs militaires le 
titre de Corps royal du Génie, l'organisation des ingénieurs 
géographes fut entièrement changée. Malgré leurs proteslalious 
et celles du Dépôt de la Guerre, ils furent rattachés aux Direc- 

(1) ArtUTea bisloriqiMs, DépAt de U Guerre. Inginieun giographei: Penonnel et 



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— 184 - 

lions du Génie ; désormais, tes travaux lopograpbiques furent 
faits en commun par eux et par [es ofiiciem tlu (Sénie. lugéoieure 
géographes el oIEciers du Génie eurent pour chefs : M. de Vaull, 
lieutenant-général, Directeur du Dép6t de la Guerre, et M. du 
Vignan, colonel d'infanterie, clief de brigade du Génie, qui vint 
de l'Ecole du Génie de MézJères prt-iidie ses nouvelles fooctioDS 
eu mai 1777. 

D'importants travaux topographiques el géographiques furent 
alors accomplis jusqu'à la Révolution, surtout daus les régions- 
frontièrps du Nord et de l'Est. 

TraTtni topographiques faits dans la Direction du Génie 
de la Lorraine et des Trois-EvAchés. 

Cette Direction était, en 1777, sous les ordres de M. Daublgny, 
résidant à Metz. Elle avait daus ses Archives, entre autres 
documents topogrâphiquee : 

Une carte de la fronttàre entre la Motelte et la Meuse, à 1 pouce 
pour 2,400 toises, sans figuré de terraiu ; 

Le cours de la Meute, de Nenfchàteau à Verdun, de Verdun à 
Mouzon ; la Chiers ; une partie de la Semois ; la Chiers et la Meuse, 
de Stenay à Charleville ; 

De nombreux environs de villes : ceux de Bouillon, à 15 lignes ; 
ceux de Carignan, levés en 1759 à I pouce pour 100 toises, par 
de aorlus, d'Ai^ent et Canlel, topographes ; et 2 cartes des 
environs de JfonCin^v> l'uQQ de 1758, à :i lignes, et l'autre de 
1698, à 19 lignes pour 2,500 toises, s'éteudauLde Sedan à Longwy. 

M. de Vault se fît envoyer ces documents pour les examiner et 
s'entendit avec le directeur du Génie Daubigny pour les levés 
topographiques à prendre. 

En 1778, le travail de triangulation s'étendit sur la frontière du 
Luxemboui^, depuis Uouzon et Carignan à l'ouest jusqu'à 
Longwy et au-delà vers l'est. En 1782, le travail des levés, 
marchant toujours vers l'ouest, avait dépassé Montmédy el se 
dirigeait vers Carignan, En 1783, il ne restait plus à lever que les 
euvirons de Sedan jusqu'à Donchery et le duché de Bouillon. Ces 
parties furent faites daus l'aunée, sauf une lacune près de Sedan 
que l'officier Clausade combla au début de la campagne suivante. 
Oq se trouva alors complètement raccordé avec les levés de la 
Direction du Hainaut el de la Champagne. 



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Les offlcierB du Génie qui avaient exécuté ces travaux étaient 
HM. de MoQTille, de Laprade de Lavalette, Hervel, Clémencet, 
Crublier de Saiot-Cyran, Clausade et Gobert. Us avaient agi de 
concert avec les iagénieurâ géographes Laulauier et Goguelat, 
lesquels opéraieuL sur la Meuse et ]a Semois pour la Direclioo de 
Champagne, eu raccordant avec eux leurs triangulationB, qui 
avaient beaucoup de points communs pour les deux Directions 
voisines. 

Tous les canevas géométriques et les levés étaient terminés en 
1785, travaux exécutés consciencieusement et avec soin. Le 
calcul des points de la triangulation fut effectué par Laulanier, 
qui Bt la carte de la frontière de la Meuse vers Mouzon el Sedan. 

En 1786, par ordre du Dépôt de la Guerre, les officiers suspen- 
dirent leurs opérations sur le terrain pour s'occuper de la rédac- 
tion d'ensemble à 1 ligne pour 100 toises.de tout ce qui avait été 
produit à 6 lignes. 

Traniiz topographiqoea faits dans la Direction da Qént» 
de la Champagne et da Hainaat 

Cette Direction avait à sa tête, en 1777, M. de Caux de Bla- 
qaetot (t), résidant à Maubeuge. M. de Caux estimait qu'il ne 
restait pas graud'chose k faire sur cette frontière tant de fois 
levée el reconnue, notamment en dernier lieu par M. de Grandpré 
et ses adjoints ; mais M. de Vault ne partagea pas l'opinion du 
directeur. La Direction était d'ailleurs pauvre en archives topo- 
graphiques, parmi lesquelles nous citerons : 

Un cours de la Meuse au-dessus d'Aubrive, à 9 lignes pour 
50 verges, et les levés y relatifs, à 2 pouces pour tOO toises, par 
de Verville, topographe ; 

Quelques levés de la rive droite de ta Meuse, par tes ingénieurs du 
roi, k 6 lignes ; 

(I) Les Caux di Buquetot se sont distingiiés dtos Ib service dn gMe : 

Gain deBlaqueUt (PienWeut), né i He«din en iT!0, mort m 1791; diredenr des 
ItiniticatiDDS à Cfaerboorg en 1777, maréchal de camp en 1780. 

Caui de BLiqDetot (Jeaa-Baplistej, bire du précédent, né i Honlreuil-sor-Her en 1T23, 
mort en 1 793 ; résida à Givet, où naouit l'un dé wf enluUï ; (Urecteur dn (énie à Maubeuge 
en 1777, émlgra en WeslpbaLe en 17^3 el Doiuiit la attata année. 

U flis de Jean-Bapti^ie. Louis-Vkior Cii» da Blaquetot, ai i Douai en 1775, mort en 
IftlS, ancien élive de l'ïxo\e dn Génie de Métières eo 179Ï, fût nommé tous la HesUuiilioo 
inspecteur des fortiQcâtiunseimarédmldecdmp, pairda France, miaUlre de b Gnerre en ItJiB. 

t>ur U famille de Caui, es. Hétérend : rmonai du premier Empire, 1, 191, et 
Titrei Âe la ifei la lira lion, II, S91 ; Nouvelle biographie géttérMU. Biographie dei 
fiommci vivant! {îSî6~iSI8) ; Bourrousse de Lalbra : A'otiliaire de Guyenne. Article 
B»Tii*r d* U S*m. ... 



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LaetrtedêtamowBetteeluautéetkLiésf, à 9 lignée pour 50 rerges ; 

Le$ awiroHi ie Cfutrknont et de Giwt, par Hasee, k 3 pouces 
pour 100 toises. 

Le capHaine du Géoie ChareTel de, l'Isle, de la brigade de 
Mtubeuge, et l'iDgénieur géographe Gi^uelat furent choisis pour 
exécuter le travail topi^raphique sur \p» frontières de ta Gham~ 
pagne et du Uainaut. Ils devaient opérer dans la région comprise 
entre Mariemboui^ et la Meuse, et l'ordre leur fut donné 
d'entaoter aussitôt les opéralione, en consmençant par l'établiase- 
mentd'uo canevas géométrique fait pour deux ans d'avance. 

fin juillet 1 777, on Bt counattre i U . de Vergennes la néceasHé, 
surtout pour faciliter la tracé dee chaussées liégeoises qu'on 
devait ouvrir, de- lever, en même tempe que la frontière, la partie 
de l'Etal de Liège eompriBe entre Hariembourg, Qivet, Ta' Meuse 
et Rocroi. M. de Vergennes s'euteadit avec le Ministre de Liège, 
M. Sabalier de Cabres, pour que les aulorisatious fussent données 
en conséquence, et le logement ainsi que les guides nécessaires 
assurés aux officiers. On se basa, par analogie, sur les mesures 
déjà prises eu 1778 en faveur du lieutenant-général de Ferraris, 
admis à faire des opérations de triangulation et de topographie 
dans le pays de Liège avec les ingénieurs autriduens eous ses 
ordres. 

Eo attendant l'autorisation de fraaohir la frontière, Cbaravel de 
risle, seul au début, leva les environs de Bocrot ; puis il s'établit 
à Fuma; et leva la rive gauchede la Meuse. Goguelat se consacra 
plus spécialement aux environs de Mariembourg. Tout l'espace 
compris entre Mariembourg, Fumay et Rocroi, fui trlangulé par 
les deux officiers ensemble ; mais ils éprouvèrent des difficultés 
sérieuses pour rélablisRemeat du canevas. Les points de Cassini 
ne s'accordaient pas, à t>eaueoup près, avec les travaux autérietirs 
dos ingénieurs géographes. La Direction de Maubeuge fil alors 
l'acquisition d'inslrumenlB de i^éodésie, au compte du DépOl de 
la Guerre, auquel oes iw8tni<&ea>B devaient reeter. 

En novembre 1777, Oaguslat et Chanvel achevaisBi ïeur oam- 
pagne et s'inslatlaient â Chariemont pour y procéder à leur mise 
au net et à la rédaction de leurs mémoires. Hs avaient pu 
constater et corriger de grosses erreurs commises daoe la triaO' 
gulalion de détail faite par les ingénieurs de Cassini, erreurs qui 
avaient entraîné des déplacements notables dans la position des 
villages sur la carte de l'Académie. ^>. 



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Malgré les ordres et Ie8 recotamati dation B de t'évéque de Liège, 
les officiers aTaîeal rencontré daos le pays une bostllilé marquée : 
les habitants enlevaient et faisaient disparaître let signaut, 
vt^iest les jalons, exigeaient comme salaires de porte^halne ou 
de guide dee prix exorbitants {iy. Exploités sous tons les prétextes 
et & toute occasion, les officiers uo pouvaient s'en tirer avec 
leurs appoinletnents joints k leurs indemnités. C'est surtout au 
cours de ia triangulation qu'ils eurent k souffrir de la malTeillanee 
et de la cupidité des habilatits. Enfin, sur les réclamations 
réitérées de M. de Vei^^nes, le prince de Liège rendit une 
ordonnance fixant k 29 sols par jour le salaire d'un homme et le 
prix de location d'un cheval. 

Pour la campagne' de 1778, Laulanier, lieutenant du génie, 
remplaça le capitaine Charavel de l'Iele, tombé malade. Goguelat 
leva, cette année-là, les parties comprises entre Cbim^ et Couvin, 
et Laulanier, se raccordant avec lui, leva la région au and de 
Oouvin jusqu'à Regniowez. ' 

En 1779, les deux mêmes ofGciers furent occupés : Goguelat 
sur les deux rives du Viroin, dans le pays de Liège, à l'ouest de 
Gharlemont ; Laulanier, de Fumay & Couvin. Ils terminaient le 
1" novembre, après une inspection de U. de Caux de Blaquetol. 

En 1780, ils levaient les deux rives de la Semois, depuis la 
frontière du Luxembourg jusqu'à son confluent dans la Meuse, 
en s'ùleudant le pluS possible sur la rive gauche, dans une région 
boisée où ils eurent des difficaltée Bérieuses avec l'Adminislralion 
des Forêts. Ooguelat av^t fait couper, au nom du rui, des 
branches d'arbres pour déga^r certains signaux, qui, pour la 
plupart et par économie, consistaient en simples perches lermi^ 
nées par des drapeaux et fixées sur des arbres. Une trentaine de 
ces signaux avaient pu être installés pour la somme de 1 33 livres. 
L'Administration des Forêts, agissant aussi an nom du roi, inOtgea 
à Goguelat une amende de 300 livres. Halgré l'intervention du 
prince de Uontbarey, ministre de la Guerre, auprès du directeur 
général des Fiuances, on ne put obtenir aucune concession de 
l'Administration, dont la mauvaise volonté rendit Impraticable la 
suite des levés dans les bois d'Hargnies et ceux des environs, 
dépendant de la maîtrise de Givet, pays accidenté et très couvert 
où il était impossible de rien voir sans faire quelques percées et 

{)) Udibu UihNÎqaet, DSpn dk U Giwfn : Corrap&itdaMe topograpHi^met A. 9. 



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- 1S8- 

o£i 1*00 ne pouvait songer à Iransporler de grands signaux 
démontables. Les agents Toresliers reçurenl de leurs chefs l'ordre 
d'arracher tous les signaux plantés. 

Eu juillet 1780, des commissaires furent nommés pour arrêter 
la direcUon de la roule de Givel à Couvin. M. de Pardaillon 
fut désigné pour cette affaire, sur la proposition de M. de 
Vault, et une convention fut signée avec le Gouvernement des 
Pays-Bas. 

En 1781, M. de Vault, k la suite de nouvelles démarches, obtint 
une entente avec l'Administration des Forêts, en vue du rétablls- 
aemenl des signaux et de la continuation du travail. Les agents 
locaux de l'Administration reçurent du directeur général des 
Finances de^ ordres en conséquence, auxquels ils ne se réso- 
lurent à obéir qu'après avoir soulevé de nouveau toutes les 
difScultés imaginables. 

Ces résistances n'étaient pas des faits isolés. Au même moment, 
l'ofQcier du génie Clémencet en éprouvait de semblables pour 
l'érection et la conservation des signaux dans le duché de 
Bouillon, et M. Daubigny se joignait à M. de Blaquetot pour 
sollicitei' des mesures rendant soit les agents des forêts, soit les 
communes responsables des destructions. 

La campagne de 1781 fut presque entièrement faite par I^u- 
lanier seul, Goguelal étant tombé malade. Elle porta sur le cours 
de la Meuse aux environs de Revin, sur le cours de la Semois et 
les raccordements avec les levés antérieurs. 

En 1782, Laulauier fut également seul sur le terrain ; Goguelal 
ne reprit son service qu'en avril 1783. Il fut rappelé à Versailles 
en 1784. Presque tout était alors achevé. Il restait cependant à 
lever à grcinde échelle une partie du pays aux environs de 
Nouzou (I), ayant trait à la position prise par le maréchal de 
Créqui en 1677. Les derniers travaux furent rerais par M. de Bla- 
quetot au Dépôt de la Guerre en mars 1785, 

Les ingénieurs géographes et les oftîciers du génie, outre les 
opérations que nous venons d'énumérer, eurent souvent à colla- 
borer avec les ingénieurs et les agents des Ponts et Chaussées 
pour les tracés d'ouvrages intéressant la défense du pays. Il en 
fut ainsi, en 1779-1780, pour le tracé des routes de Givet à Liège, 

(1) Is eohMul toit ifouan. C« dojl Un une eitata ; il lUit Bre certaiBemaiit t/oiuon. 



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de Verdun à Longwy (1). De même, en 1785. Clavauit, capitaine 
de dragons, ayant le titre d'ingénieur du roi, s'occupa des canaux 
projetéK de l'Ourcq à Paris, de la Marne à la Meuse, de la Meuse 
à la Moselle, de la Meuse à la Saône. 

Résumons celle longue période d'un siècle et demi. La topo- 
graphie ne commença à prendre de l'inlérêl qu'A partir du règne 
de Louis XIV, et elle s'affirma sous Louis XV. Mais les topopraphes 
civils ou militaires, longtemps confondus sous des appellations 
vagues et sans attributions bien déOoies. ont rarement produit 
autre chose que des itinéraires ou des plans locaux, lant que 
leurs œuvres n'ont pas été fondées sur des triangulations calcu- 
lées, selon la méthode inaugurée par Cassini de Thury. 

 partir de la pai.v de Paris en 1763, l'activité des ingénieurs 
géographes n'eut plus d'aliment suffisant. C'est alors qu'on aurait 
pu les employer aux travaux de la Carte générale de France, mais 
ces travaux avaient élé abandonnés par l'Etat pour être confiés à 
une société privée. On disposa des ingénieurs géographes pour les 
colonies, pour les cartes des côtes el pour d'autres levés d'un 
intérêt militaire plus ou moins grand. On laissa l'efTectif se 
réduire par l'extinction, on le rattacha au corps du Génie, et l'on 
s'achemina vers sa suppression, qui se fil en 1791. 

Deuxième Partie 
LES TEMPS CONTEMPORAINS 

Nous distinguerons, dans cette deuxième partie de notre étude, 
quatre périodes naturellement indiquées par les événements 
politiques : Révolution, Consulat, Empire el Restauration. 

Première période : la Révolution. 

L'Assemblée Constituante supprima, en 1791, tes ingénieurs 
géographes mililaires, mesure réclamée surtout par le corps du 
Génie qui leur était peu favorable. Les ingénieurs protestèrent 
inutilement. Le Dépôt de la Guerre, presque totalement dépourvu 

de personnel, n'exista plus guère que de nom. 

{H M. E. Chanlriol (op. cri., pp. 51-53) donne onelques détails sar les travaux de cirlo- 
irapliie rautiAre eiécut^s par les iif ^nleurs des Ponts et Cbauss^es soirs les règnes de 
Louis XV el de Louis XVI. Il si([Dale particullèreaienl la Carie itinéraire de la province el 
fTOntièr.r itt Champai/M, diiiiièe luivant lei doute ileclioni, dressée sous b dlrMlion 
de l<e Jolivel, ingénieur en cM des Ponts el Chau^.si'e»: de U Et'ni'ralil^ de Ctitlons : cette carte, 
dont un dessin original est conservé à la bibliothèque de Clulnns-sur- Marne, tf[, dil-H, •■u, 
document pr^cieui sur l'étal de la riabilit* en Champ^ne i la veille de lu R'—'-" — 



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- 180- 

Ed 1 794, le Comité de Salut public imagiiu ud organe nouveau, 
{Agence de* Cartel ; mais le désordre et l'eDCombremeot ; furent 
la règle et l'Ageoce des Cartes rendit peu de Berrices aux armées 
de la République. Le général Caloo, nommé directeur du DépOl 
de la Guerre, épura le personnel et s'efforça de développer ses 
moyens d'action et ses atlribuLioas. Aussi les ingémeurti géo- 
grafthes, nénessaires aux armées, furent-ilB bientôt rétablis avec 
les fooctîonB qu'ilH avaient avant leur suppresBion. Parmi les 
premiers employés recrutée par le général Calon, âgure l'élève- 
iagénieur Boone, fils de l'ingénieur hydrographe ardennais 
Bigobert Bonne (!]. 

k cdté de l'Ageoce des Cartes et du Dépdt de la Guerre qui 
absorba cette Agence, un troisième organe fut nréé : le Cainnet 
tofograpkique du Gointrnemmt, qui fut supprimé en l'ao V. C'est 
laque débuta un autre Ardennais, le géographe Lapie (2) ; il y 
travaillait à la copie des documents et en surveillait la confection. 

Ls Directoire donna au service une nouvelle oi^anisation, et 
les ingénieurt géographes prirent le nom d'Ingénieurs artùus. A 
la section topograpbique du DépOt se trouvait Bonne, qui venait 
de l'armée du Nord ; on l'y chargea de la oonstrucUon des cartes 
nouTelles. Lapiey fut occupé au dessin lopographique à l'intérieur. 

Pendant cette période révolutionnaire, le service des ingé- 
nieurs ne dressa aucune carte intéressant spécialement la région 
ardennaise (sauf quelques plans de Valmy et de Sprimoul, près 
de Liège). 

(1) RwOKKT Bothi, nt k RmoHirt 1« 6 oetobra 1727, mort 1 Paris la S noTuiibra 17K, 
€i^m Bdcluot : Bioarifhie ard«nnaùe. looe [, p. 1S1. Li Grandt Bncyclopédie 
doane cooiim dilat de fi uissuice et de b mort le T octobre <71T el le 8 ftimiire in IT 
(n novembre 1795]. CT. é|ilemeat StcHinn-CBUiER : Bludet liittoriqua nr Raucaurl 
et Htraueourl, pp. 283-lU. — Onlre mi travux comme incënieur hydrographe de b 
BiriM, U esl l'inteor de dinne» pabUntioBi arMfmphiquM etUnéei. dool on Iraann la 
Bsie diM le CataUgut gètUrûl det livre» imprimit de ta BibUotkegue Kaiionmte, 
tone XV (1903), ail. ftU-945. Il eU prineipileaNBt emon per le tjiUaie de pnjectkra 
earkfrapbiqiM qn'il a prtowisé et tëxl idopter par le» féognphes. Ce tjstème, Aulsseioent 
aUribsi 1 Floiéaife, mil UémtM pnuiine pir le* caHofr^lie* àa xvp uArJê ; an 17&S, 
BoBoa ea lit restortir (ou \» nutajef, et eetle prqjeclion rui pan k oea eoipioide pour lei 
cHtee iqMfrwUm* dAailMeï. basées sur des tem Iriniiométiwws. La preoiiira appAcâtiaB 
an {nuM an lid Ikiia par la flb même de Boom poor 1a arte oe Bavière aa lOO.OÏlO*, e 



IV«JU liei projection* de> earUi géographiqaei (Paris). 

Cuau».ltNoanMlMw Bonke, dit )e oktauu Bonw. lia oa prcuinM 
ttjainl771,nMcllParitlel3 ooreabrs 1838. Géodésien, topocrapha, ùg^ 
d ht ii<iiil< M 163S cowna martcbal de camp el dorinl l'tn des inenibret i 
SMiéU de i^Hnph** <>« P*^ 

m PmnUra^BtlVtitnt la 11 aoU 1771, niW t Parlaen 18» a 
eelM «itiNrIiatn-. Cf. Bouluot. tew II, p. tu. 



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-191 - 

Deuxième période : le Goxuralat. 

Malgré le défaut d'orgaaisatioD du corps des ingénieurs (céo- 
grapbee, le Premier Cousiil tira parti de ce qu'il avait sous la 
main, el il 61 procéder immédiatement aux reconnaiesanceB les 
plue urgentes sur les Trontières. Parmi les six ingénieurs et 
deBsioaleurs altschés à ees reconnaiesancee, figuraient Bonne et 
Lapie. 

Sous le Consulat, des travaux de grande envergure furent 
entrepris : c'eslalorsques'organisèreatleB bttnmue topograpKiqua 
régionaux, opérant régulièrement à la suite des armées dans les 
pays conquis ou rendus A la paix. Bonaparte altacliait aux cartes 
topographiques une importance capitale ; ses besoins et ses 
exigences amenèrent un développement extraordinaire des études 
topographiques, un travail excessif au Dép6t de la Guerre comme 
dans les bureaux des armées et dans les services régionaux. En 
même temps, lee ingéDieurs perfectioanaieot leurs méthodes, 
acquéraient plus d'habileté, s'entraînaient à faire vite et bien. 

En l'an IX, on comptait soixante officiers portant le titre d'ingé- 
nieurs géographes, commaDdés par quatre chefs de brigade, 
directeurs de bureaux topographiques. Bonne était parmi les 
quatre. 

Après les paix de Lunéville et d'Amiens, les bureaux topogra- 
pbiques régionaux eurent un vaste programme à exécuter : il fut 
décidé d'étendre la Carte de Cassini hors d$s ancienaes frootières. 

C'est alors que le Bureau topograpkiqae ^t Départements réunù 
commença la carte des départements de la Roër, de Rhin-el- 
Hoselle, du Mont-Tonnerre et de la Sarre, que le bureau topogra- 
phûjue de Bav^e, sous la Direction de Bonn^, entama la triangu- 
lation derEIectorat(l). 

Au même moment, commençaient à m former les ricb.«8 
collections du Cabinet topographique de Napoléon, des aqua- 
relles militaires et des plans en relief. 

(À suivre). Cii. Hooim. 



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PROJET DE REPUBLIQUE ARDENNAISE 

EN 1792 



Les Archive! du HiDiEtère dei AITaires «ïlraDgtres (1) poBAèdenl une s^rïe da 

documentB sur la RévalutioD dane le pays de Bouillon qu'un historien laborieui 
■urail avantage à uLiliaer pour compléter les ouvrages qui louchent i ce sujet [i). 
Les événements de Bouillon, si curieux par eux-mimes, intéressent d'ailleurs 
aussi Sedan, i raison des rapports qui ont existé entre les deux villes, plus 
encore depuis 17RB qu'auparavant. Mais il ne peut être question, en ce moment, 
que d'une piice qui, cammc on va le voir, présente de l'intérêt pour une partie 
de l'Ardenne française. 

Ce document n'est rien moins qu'un projet de formation d'une • République 
■rdennaise t sous la protection de la France. L'auteur, Pinson fil: (3), de Bouillon, 
raconte lui-même dans la lettre qu'il adresse au Ministre des AfTsires étrangères 
Lebrun, sa vie, ses titres A Être pris au sérieux, sa carrière politique qu'il 
commença très Jeune, i 2i ans, comme beaucoup de révolutionnaires exaltés, 
comme Vassant entr'autres. qui fut son condisciple au collège de Sedan (i\ 

La date de la lettre (13 décembre 1792) est si^ificative : elle suit de quelques 
jours la mort du duc Godefroî-Charles-Henri de La Tour d'Auvergne, arrivée 
le 3 décembre. Le jeune politique saisît l'occasion de proposer au Ministre 
français un audscieui • coup d'iudëpendance i, un affrancliissement de le petite 
principauté et des territoires voisins. Le document montre, en effet, que le 
projet de Pirson comprenait le lone limitée par Arlon, Monthei-mé, Mesnil- 
Saint-Blaise, Rochetort, Laroche, HoufTaliie, Bastogne. C'eût été une République 
vraiment ardennaise, car elle renfermait la presque totalité de l'Ardenne belge 
et un morceau de l'Ardenne française. Par la basse Semois, elle eût pénétré sur 
le territoire du département des Ardennes. 

Mais... le projet resta A l'état de projet ou de rêverie politique comme te« 
Ministres en reçoivent i foison. Nous connaissons l'accueil fait i la proposition 
par le passage suivant d'un discours de Pirson (28 frimaire an II) ; 

( Je l'avois [c-i-d. mon projet] déjà envoyé A Lebrun, ministre des affaires 
étrangères, que Je croyois meilleur patriote, il ne m'avoil pas repondu et son 
silence a Différentes Lettres révolutionnaires m'svoit un peu refroidi... • (5). 



{1) Arch. Min. AIT. étr.; Allemagne (petites principautés); BouilloD, reg. 16. 
(3) En particulier, ÏHiiloire de ta ville et du duché de Bouiiton, de J.-F. Ozeraj 
(S* éà., Bruielles, 1864, ! toi), est tro)i brève sur la périodo r^volutioimaire. 

(3) Quelques notes sufllroDl ici. E^rson [FriDCDis-Gérard], né à Sarl-Custtnoe, paraisse 
de Gédinae, duché de Bouillon, le U novembre 1765. £l ses i^lude? au Collège de Sedan, 
voulal entrer dan^ le cooioicrce à Dunkerque, oiais se lança dans la politique que, de |irès ou 
de loin, il ne ressa de cultiver Jusqu'à sa mort A Uiitint le 1*' mai 1850. — &i biogiaphie, 
vérilable pani^Eyrique, a été toile par Ad. Siret et reproduite dans Oieray, op. cit., t. 11. 
p. 5B9-SI1. (Vuv- aussi les Communes luxembovgfoiiei. t. VI A, p. J95 et siiiv.). 

(4) Pirson sut poursuivre liabileoienl crtlc carrière au milieu des vicissltudet; de» diverses 
révDlutian.s bouillonnais^ où il joua loqjuurs l'ua des premiers rdles, souvent le pi-cmier. Ce 
n'e^l pis id le lieu d'y insister. 

(5) Arch. Ajf. étr.. wl. eilé, fol. 63 f. 



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De ce beau projet le litre Mal Tut repris — et pour ne pei ivoir grand auccii 
— par une adreaae de la Société populaire de Bouillon au peuple Bouillonnaia dn 
1" TeDtftae an II (1). Les citoyena Bel, président, WnaasnnnuCH fila et Chadcbbt, 
aecrétairea, lea pins avance des révoluUonnain» de la petite vUle, y excitaient 
lean comptlHoles i demander (art. 3) : ■ la proclamation du pays de BoutUon 
en République, «ou* le nom de Bipabliqat ardennette. ■ 

PanI COLLIHBT. 

Plan potir former une petite République de tout le 
pays ardennois, sous la protection de la France 12). 

Citoyen uinistre. 

Dès les premiers Jours de la révotuLîoD iraoçoise J'eu ai éié 
le partisan. Combien de eensalioDS Différeulefi J'ai éprouvées 
alternativemeDl ! aus plus vives allarmes succeiioil l'espéraDce : 
et puis eoiin les choses en sont venues au point désiré pour tous 
les révolutionnaire:!, aciuelement la carrière est Belle pour 
faire des projets. Je crois devoir Vous faire part de celui dont 
l'exécution me seroit possible, si vous et le conseil exécutif 
françois l'approuviez ; mais auparavant je dois me faire connoitre. 

Je suis citoyen du Duché de Bouillon. Au mois de Juillet 89, 
J'élois k Paris ou j'avois été conduit par le désir de voir la 
capitale de France et des proches parents, le citoyen el citoyenne 
Vigneuil fermier de Messageries, i-ue d'Enfer, place S'-Michel, 
où ils sont encore. Je revins dans ma patrie entousiasmé de la 
révolution. Je publiai au mois de décembre suivaut un écrit 
dont le But étoit de dcooer l'éveil à mes concitoyens, et J'y 
réussi. Âussitâl décret de prise de corps contre moi; mais 
aussitôt des gardes du corps, le peuple. Pendant l'hyvers Je 
vios à Bout de réunir les procurations de toutes les commu- 
nautés du Duché pour convoquer une assemblée de représentans. 
Dans le mois de mars 1790 J'envoyai mes Lettres circulaires; 
Je déterminai la forme des élections : pas un député convoqué 
ne manqua de se trouver & l'assemblée qui eut lieu le sept dudit 
mois de mars, et qui a donné au Duché de Bouillon la conslitulion 
par moi présentée. Je n'avois pas vin){t-ciDq ans dans le moment 
Di!i Je convoquai cette assemblée, en conséquence Je ne parus 

(1) Pièce iapriméa [même ni, fol. 67 ^). 

(C) Anb. M- éU., BoniDon, rag. tS, fi)], il-43. - Le litre liMi que qwhjncs intm 
meotioi» : f* Divitian, Bouitlon, IS Xi>r* 179!, René U 1S Xin; et Pinon < ierit 
MHS seconde Uttre tur le nisme mjel ont iii îmcrits par Im (irdea des Arcliim. U 
Mfin4B Ml* ig eirwn occupe tu fol. ^-^, nais parte a^tip m^ 



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— lîW - 

que comme adjoint el non comme député, la première Législature 
esl acluelement en exercice elJ'ai l'honneur d'en être Le président. 
Voilà en deux mois l'histoire de notre révolution qui a en des 
Ennemis au dedans el au Dehors : Des Seigneurs appuyés par 
des Seigneurs françois ont eu (mais sans succès), la protection 
de Votre cidevaol Boy qui a écrit a noire Duc (actuelement 
défunt) une Lettre qu'il nous a fait parvenir dans son tenis. 
d'autres se sont adressé au gouvernement de Bruxelles, ils 
m'ont accusé de soulever la province de Luxembourg el d'être 
salarié par les révolutionnaires françois. J'ai fait tomber ces 
Bruits par la fermeté que J'ai montrée aux officiera de l'empereur 
el au gouvernement lui-même auxquels J'ai écrit plusieurs lettres. 
Je ne dois pas oublier i>e Prince mitre de Liège qui a fait des 
protestations imprimées el qui a voulu revendiquer le Duché de 
Buuilloo auprès de l'empire ; mais notre Duc avoil été assez 
adroit dès le commencement de la révolution pour s'en montrer 
le partisan de manière que l'on a respecté ce que l'on a supposé 
élre sa vobnté souveraine. 

Tous ces Détails éloient nécessaires pour me faire coanoitre. 
S'ils ne suffisoient pas et s'il vous restoil quelque deSance, vous 
pouvez dans ce moment parler de moi (mais sans en Laisser 
appercevoir la cause) au Chancelier du Duché envoyé auprès du 
citoyen Boland, ministre de l'intérieur, relativement (sic) aux 
subsistances de ce pays, dans le cas Bien entendu ou le projet 
que je vais vous soumettre méritera votre attention et celle du 
conseil exécutif. Voici ce projet. Je voudrois faire une petite 
republique de tout le pays ardennois, pays que Bien vous 
connoissez. La ligne de Démarcation entre la republique françoïse 
et la republique ardeniioise seroil la rivière de Semois depuis Arlon 
Jusqu'à Mont-liermé : depuis Monl-hermé nous suiverious (sic) 
les limites actuelles de la France jusqu'à Menil-S'-Blaise près 
Givot : de Menil-S'-Blaise nous irions sur Rochefort, pays de 
l.icge, de Rochefort sur la Roche, Houfalise, Bastogne, Arlon 
(il seroil possible de convenir d'une autre démarcation], cette 
ri>publique seroit sous la protection immédiate de la France a 
laquelle elle foumiroil un petit contingent en hommes mais 
plulùl eu argent. Voici les avantagea qui en resulteroient pour 
la France. Celte petite republique sopareroit la Belgique de 
Luxembourg qui resteroit avec un trop petit territoire pour 
demeurer indépendant; nécessairement il deviendroit françois 



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— lœ — 

ainsi que toute la rive gauche de la Semois. L'abbaye d'Orval 
qui se trouve dans cette partie produiroit seule des millions 
à la France ; Bouillon seroil égalemeot françois. du reste il y 
auroil peu de secours a attendre des ardeunois et la France 
seroit obligée de faire toutes les avances pour l'exécution de ce 
projet ; mais il ne lui en couteroit rien de plus pour assurer ce 
nouvel ëtat puisqu'elle veut et doit chasser ses ennemis actuele- 
menl réfugiés dans le Luxembourg, et que Nécessairement il faut 
que son existence politique et ses idées républicaines soient 
reconnus par les nations elrangere^. Voici les moyens d'exécu- 
tion, courrir a cheval vers toutes les communautés, dont on 
veut le territoire ; donner un projet imprimé de conslitulion : 
annoncer la convocation d'une convenlioa ; autoriser provi- 
soirement les babitaus a nommer leurs administrateurs, les 
Dégager du Joug des Seigneurs, rendre VolonlaJres les frais du 
culte religieux : leur prouver qu'il est possible d'avoir un 
gouvernement qui ne Leur couteroit pas un sol attendu que les 
Biens des cidevant souverains l'Empereur et le Duc de Bouillon 
et ceux des maisons religieuses produjroient de quoi y subvenir, 
annoncer une Liberté Entière pour l'entrée et la sortie des 
Denrées, promettre une aliance (sic) solide avec la France. Sans 
ce nouvel état la France ne peut rien gagner du cfité du Luxem- 
bourg ni du Duché de Bouillon qui Jamais ne proposeront de 
réunion, a moins qu'avec la Belgique, encore ne prévois-je pas 
qu'ils adopteroient ce dernier parti, ils sont séparés par des 
mœurs, de? usages et des Loix absolument Différentes. 

S) mon projet n'est pas Entièrement a rejetler. J'attends voire 
réponse soit que vous me mandies a Paris pour convenir des 
moyens, soit que vous m'autorisies de suite a faire les premières 
Démarches, dans ce Dernier cas, il faudroit que J'eusse avec 
moi une petite escorte, non que J'aie a craindre le peuple qui 
est tout disposé, mais bien la haine de tous les petits tyrans 
subalternes, le second objet nécessaire seroit de quoi subvenir 
aux frais iadispensables. Je n'ai aucune fortune, elle est encore 
entre les mains de mes parens : tout ceci Je vous l'aurois dit de 
vive voix si mon père eut voulu payer mon voyage de Paris ; 
mais déjà la révolution de Bouillon lui a coûté Beaucoup, sans 
compter les dangers auxquels elle L'a exposé, de manière qu'il 
n'aime pas de bazarder de nouveaux sacrifices et que dans 
L'incertitude du succès nous sommes convenus, si Je suis ch&i^ 



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(le quelque opération, d'avoir l'air d'être en mesinlelligence et 
ite vivre séparés pour un petit lems. il est aoloire qu'en cas 
d'échec il pourroit perdre cent mille livres de Bien situé dans 
la province de Luxembourg el une grande partie du reste de sa 
fortune qui placée sur l'extrënie frontière du Duché de Bouillon 
pourroit ê(re ravagée. 

Suit que vous adopties ou desapprouviez ce projet, vous ne 
deves pas mettre d'entrave dans les négolialions dont le chancelier 
de Bouillon homme d'esprit et de cœur est chargé auprès du 
ministre de l'intérieur, mais dans le premier cas vous pourries 
lui faire sentir que la republique françoise ne peut voir avec 
plaisir ses voisins el ses allés (sic) conserver une forme de 
gouvernement qui maintienne ces Dénominations qui ne peuvent 
exister sans un reste de tyrannie. 

Je n'ai plus qu'uo Désir c'est de pouvoir Signer Bientôt en 
(piulilé de républicain Lorsque J'écrirai a un républicain. 

PiRSON. 

Au Sari [Sart-Cusline] le 13 X^" 1792. 

?.-S. Je ne vous ai pas asses parlé des Bonnes dispositions de 
touô le» Luxembourgeois qui avoisinnent le Duché de Bouillon 
dont la révoluliou a fait la plus forle sensation parmi eux. Je suis 
parfaitement connu, un grand nombre de communautés m'a 
envoyé différentes fois des Députés pour me prier de travailler 
a établir parmi eux un ordre de choses semblable a celui du 
Duché ie Bouillon, Je m'y suis constamment refusé parce que 
le moment n'etoil pas venu. Mais il n'y a plus de tems a perdre 
parce qu'il se trouve dans le pays de Liège un petit canton 
nécessaire pour former notre arrondissement et Bientôt la 
convention Liégeoise va convoquer les députés des communes. 
Uon adresse, , 
Au citoyeu Pirson 61s 
à Bouillon. 



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CHRONIQUE 

La Tente de la Bibliothè<iae de H. Aiinoonrt. 

U. J.-B. Briucoiirt, dont nous avous annoncé la mort l'an 
deniiei', avail réuni une quantité considérable de livres concer- 
nant les Ardeones, la Champagne et les pays voisins, et d'ouvrages 
écrits par des Ardennais ; il avait également rassemblé une 
précieuse collection formée par les livres sortis des presses des 
Jaunon. Bibliophile éclairé et intelligent, il aimait W ouvrir sa 
riche bibliothèque aux chercheurs ardennais. Aussi nombreux 
sonL-ils, ceux qui regrettent la dispersion de ces belles collec- 
tions, si patiemment et si amoureusement acquises. 

La vente de la première partie de la Bibliothèque a eu lieu à 
Paris, dans les salles Sylvestre, 2tt, rue des Bons-Enfants, du 
mercredi 30 juin an samedi 3 juillet 1909, par le ministère de 
U* André J>esvouge», commissaire-priseur, assisté de MM. Em. 
Paul et ûts et Guillemin, libraires-experts. Les quatre vacations, 
comprenant 629 numéros, produisirent la jolie somme de 
20,220 francs. Le catalogue publié à cette occasion constitue par 
lui-même, avec ses 120 pages de texte, un curieux répertoire 
bibliographique pour rbisloire ardennaiee (I). 

Bien que les compatriotes de M. Brincourt fussent plutôt rares 
à la salle Sylvestre, la somme totale de la vente montre que les 
enchères furent activement poussées par les amateurs, et certaina 
ouvrages atteignirent même des prix très élevés. Nous croyons 
intéressant de donner à nos lecteurs un aperçu des principales 
enchères. 

Les livres composés par les Ardennais, surtout par les théolo- 
giens, furent relativement négligea. Pourtant, certaines œuvres 
de Gerson, incunables du xv* siècle, montèrent à 190, 58, 33 et 
MO francs (n" 8, 9, 10 et 12 du Catalogue). — Le Calvaire de ta 
Vierge Marie, composé par le R. P. Frère Michel Le Conte, prieur 
des Hiéronymites de Pumay, et imprimé en 1630 à Charleville, 
fut vendu 125 francs (n* 21). — Une Apologie pour S. Grégoire, par 
A. C. Cai-you, de 1603, monta a 145 francs [o" 28). — L'entière 
deseonfiture des erreurs de ce temps, par le P. Gontery, première 

(t) Catalogue de U Bibliothèque de feu M. J.-B. Brincimrt, de Sedan. Premiire 
partie... — Vam, Km. Piul et fib et GmlIsmiB, ISW ; 1 nd. !>-<•, ISO pp. 



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— 198- 

impressiou signalée à Charleville et daUat de 1613, atleignit le 
chiffre de 205 francs (o" 31 ), — D'une façon générale, les ouvrages 
des théologiens et controvei-sistes René Biltuart, Sin&art, Pierre 
Du Moulin, Charles Drelincourl, Pierre Jurieu, Samuel Desma- 
rete, Louis Cappel, Louis Heranld et Pierre Massuel eurent de 
faibles enchères. 

Certains ouvrages scientiSques, surtout médicaux, eurent plus 
de succès : une Leare de M. Didier (docteui- eu médecine à Sedan, 
place de la Halle) sur les eanx minérales d'Aix-la-Chapelle, 
imprimée par Fr. Chayeren 1661, fut vendue 225 francs (n" 85); — 
le Traité de la Peste, par Fr. de Courcellea (médecin mort à Sedan), 
imprimé par Âbel Rivery eu 1595, veudu 45 francs [u" 39} ; — les 
Bemèdes populaires pour ckasser la Peste, par R. Tiercelet, médecin 
k Bethel, atteignirent 190 francs {W 90). 

Quelques volume» de littérature furent disputés plus Apreraent 
encore, particulièrement à cause de leurs reliures riches ou 
curieuses : les Carae^es de Tbéophraste, édition de 1688, mon- 
tèrent à 68 francs (n" 77) ; — lus Six Livres de la Bépublique, de 
Bodin, à 110 francs (n" 81) ; — un Virgile, de 1555, a 150 francs 
(û^llS);— un Prudence, de 1562, à 720 francs [u» 119), à cause 
d'une reliure du xvi° siècle aux armes de Henri de La Tour, duc 
de Bouillon. Ce chiffre fut l'enchère la plus élevée de toute la 
vente. 

Citons encore les œuvres du poète sedauais Charles de Navières, 
dont les Douze Heures du Jour artificiel, édition originale de 1 595, 
se vendirent 250 francs [n' 1291 ; — le Jardin médicinal parsemé de 
moralitez, par François Desreumaux, imprimé à Sedan en 1659, 
vendu 565 francs (n" 132) [Desreumaux était sedanais, d'une 
famille originaire des environs de Lille et qui disparut a la 
Révocation] ; — la Turenneide, poème épique en XII chants, par 
M. W**, manuscrit du xviii* siècle, vendu 221 francs [n° 135) ; — 
le Triomphe de Louis le Grand, réprésenté par la jeunesse du 
Collège de Bouillon, simple plaquette de 4 pages imprimée à 
Sedan chez Adrien Thesin, vendue 105 francs (n° 155). 

Parmi les ouvrages d'histoire générale, quelques-uns montèrent 
à d'assez hauts pris, à cause des armes de la Tour d'Auvergne 
dont ils étaient ornés. Signalons notamment le a* 246 du 
Catalogue, exemplaire aux armes de Godefroj-Maurice [et non 
Frédéric-Maurice] de La Tour d'Auvergne, vendu 299 francs. 

Les livres et brochures sur l'histoire régionale et locale, en 
nombre très considérable, ont été adjugés le plus souvent à des 
prix modérés. Il serait d'ailleurs difficile de citer des chiffres pour 



), '^iv.'v.ivn- 



— 199 — 

tous ces ouvrages, doiil beaucoup ont été veadUB ea lois. Une 
collection de la Renue de Champagne et de Brie est montée à 
230 francs (n° 388) ; — treize années de la Revue d'Ardenne et 
d'Argonne, à 65 francs (n" 389) ; ~ une copie du manuscrit du 

P. Norbert sur l'Histoire de Sedan, i 210 francs (u" 398). 

Plusieurs lots de faclums, documents, mélanges et pièces 
diverses coucernaDt les Ardenues out atteint respectivement les 
prix lie 30ii francs (n" Ï82, réunion de 290 brochures et opuscules 
(les xv)ii° et XIX" siècles), 130 francs [o" 4 13, réunion de 180 pièces 
imprimée:; sur la principauté de Sedan), 38(i fraucs (n" 434, plus 
de GOO pièces sur la Révolution), 122 francs (n" 444, 2b pièces sur 
Charieville), 210 francs (u''501, plus de 80 pièces sur des localités 
anlenuaises) et 430 francs (n" 300, 120 pièces sur le duché de 
Bouillon). 

Nombre de factums, de feuilles volantes et de pièces historiques, 
si répandus au xvii" siècle, ont été l'objet de fortes enchères, et 
les prix de 20, 50, 80 francs out été fréquemment payés pour des 
plaquettes de quelques pa^es par les amateurs qui se les dispu- 
taient. Elles sont, du reste, Irès intéressantes pour l'histoire de 
Sedan, Relhel, CliarleTÎUe, Ghàteau-Forcien, Donchery, Mouzun, 
Beaumonl, etc. Nous nous contenterons de si^^naler les cbiflTres 
les plus élevés. 

Un ouvrage rare, de 1i)85 : Réduction et Avaluation des Mesures 
et Poids anciens du Duché de Relhélois à mesures et poids royaux, par 
François Garrault, exemplaire sur peau de vélin relié aux chiffres 
entrelacés de L. de Gonzague el Henriette de Clèves, a été adjugé 
à 310 francs {a" 4S9), — Un in-4° de 40 pages, comprenant 
l'oraison funèbre de six princes de Sedan, par Jean Tenant, 
pasteur, imprimé par Abel Rivery en 1594, a été vendu 102 francs 
[n" 5ii8}, — Une Déclaration du duc de Bouillon, de 1387, petit 
in-12 de 15 pa^es, vendu 109 francs (n" 516). — Un Discours des 
droicts et prétentions de Mgr Frédéric- Maurice de la Tour, de 1636, 
payé 103 francs (n" 522), — Une Requeste présentée au Roy par 
Messire Henry Robert de La Mark, de 1fi44, vendue i'iO francs (n» 524). 
— Une Apologie du Cardinal de Bouillon, de 1707, aux armes de 
Cli.-Godefroy de LaTour d'Auvergne, adjugée à 107 francs (n" 529). 

La dernière vacation s'est terminée par la mise aux enchères 
d'une série spéciale d'ouvrages imprimés par Jean Jannou à 
Paris, puis par Jean Jannon et ses fils à Sedan. Cette série 
comprenait 88 numéros, qui ont produit à eux seuls la somme de 
4,850 francs, G'est à Sedan que Jean Jannon a édité ces chefs- 
d'œuvre de l'imprimerie gréco-française, ces volumes aux carac- 



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lèresmitfoacopiques, " d'ime léniiiti- H d'une (tf^licatepie char- 
mantes ■, seloo l'expression de M. Bi-incourl (1), dont plusieurs 
sont de toute rareté et même coinplëleincnl inconnus des biblio- 
graphes. La dispersioD d'une telle collection, unique en son genre, 
est profondément regrettable. 11 s'est heureusement trouvé un 
bibliophile sedanais qui a pu en rdclielei- la meilleure part. 

La majorité de ces impressions obtint des adjudications élevées. 
Voici quelques chiiTres. — Le Tribun françeit, in-B" de 16 pages, 
pièce contre les Jésuites, de 1611, et premier livre cité comme 
imprimé par Jean Jannon à Sedan, monta à 103 francs {a* 549). 

— Le Dernier Désetpoir de la tradition contre rEtcriture, par Paul 
Ferry, de 1618, vendu iOS francs (n^SfiBl. — Deuslut^ coinprenaut 
26 thèses latines de théologie, imprimées de 16!n à 1633, Greut 
360 francs (n<- 571 et 572). — Un in-4" de 12 feuillets : Etpreuve 
des Caractères nouvellement taillez, fut poussé jusqu'à 350 fr«ncs 
(n" 574). — Une édition des Epigrammes de Martial, en caractères 
microscopiques, aux armes de La Tour d'Auvergne, vendue 
260 francs [a" 593). — Une édition <le Virgile, monument hisio- 
rique de l'art typographique, remarquable pour l'exiguïté de ses 
caractères et de son format, monta de même à 261 francs [n" 598). 

— Une édition des œuvres d'Horace, imprimée avec les mêmes 
caractères que le Virgile, vendue 90 francs, prix de tieaucoup 
inférieur à la valeur de ce curieux petit volume (n° 599). — Deux 
petits livres de Psaume» en allemand, composés en caractères 
microscopiques pour les ouvriers allemands réfugiés à Sedan, 
ouvrages de toute rareté, vendus 85 francs (n° 608]. — Une Bible 
de 1633, aux armes de La Tour d'Auvergne, fut payée 160 francs 
(d° 613). — ËnSn, une édition microscopique des Pseaumes de 
Dmid, mis en rime française par Clémeal Marot et Théodore de 
Bèze, de 1644, fut adjugée k 231 francs (n' 625). 

H. J.-B. Brincourt possédait aussi une collection de monnaies 
et médailles, de cartes et d'atlas, dont un amateur sedanais fit 
l'acquisition directe, On annonce, pour l'hiver prochain, la vente 
aux enchères de la deuxième partie de la Bibliothèque, qui se 
composerait principalement de portraits et d'autographes. 

Ch. HoniN. 



'I fit*, Uun «Mirct (dv» Remte 4'Ar<Unne 



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VARIÉTÉ 

Une déclaration de grossesse à ReoouTrauce (1802). 

FOtct un acte fort sintfùtier — dont il ne doit pas exista beaucoup 
d^exemptes — extrait tftin i^e^istre de détib^ation de fannenne 
commune de Reeoufiranee (aaj. dépendance de Bannogne). C'en une 
déclaration de grossesse, très naïve et tris curieuse, faite par une 
fille-mire qui désigne expressément le pire naturel. Nous nous abstenons 
de tout commentaire (1 ). 

« Oejourdltuy deuxième jour complémentaire de l'an dix de la 
République une et indivisible (18 septembre 1802). 

Et comparu au grefle de la municipalité de la commune de 
Recouvrance et devant nous maire de la dite commune, Marie 
Jeanne François fille de Jean Nicolas François et de Marie Nicole 
Le Roy ses pères et mères, habitants domiciliéti dans la commune 
du dit Recouvrance, laquelle Marie Jeanne François a fait par 
devant noue maire susdit el Jean Charles Nicolas Oanhut el 
Pierre Carré domiciliés dans la commune pour entendre la dite 
déclaration ; laquelle nous a déclarée être enceinte des œuvres du 
nommé Harlhélémy Warniez domestique serviteur chez le nommé 
Ponce Loilier cultivateur au dit Recouvrance, d'environ trois 
mois a commencer vers le {*' Messidor jusqu'au dix, l'ayant vu 
une fois dans la grange vers la S' Jean représentant le tS messidor 
en liant des boites de vivres, une autre fois dans les champs en 
allant répendre du fumier ensemble k Bannogne dans une pièce 
de terre appartenant à l'hotel-Dieu de Reims, lieu-dit le chemin 
de Bétancourt ou le Bois Cellier Vers neuf heures du matin ; 
laquelle a dit vouloir user de son fruit en personne de qualité 
et d'honneur, s'en rendre mère et l'accomoder selon son pouvoir, 
lui faire recevoir le saint baptême et lui administrer toutes les 
cérémonies de l'église tel qu'il est en usage, lui donner tous les 
secours nécessaires pour le rendre au monde en pleine vie et lui 
être utile en tout temps sous ses risques et périls et fortune-, 
a quoi obtempérant, nous avons reçu sa déclaration en bonne et 
dû forme. Laquelle a déclarée ne savoir signé ni écrire. 

Nous avons signés le jour, mois et an que dessus. » 
P. Cabré. Danhut. Carre, maire. 

Pouf eopf « conforme : 

J. Cablieb. 



I, Hiiloirt €l ertiif M di$ riglet lur l* preuet de le filMion du tnftnû 



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— 2oa — 

COMPTES-RENDUS BIBLIOGRAPHIQUES 

CoQp d'œîl sar Attigny, par L. Péchbnabt, curé-doyea, docteur ea 
théologie et en droit canonique.. . — Reims, Typ- et Lith. Lucien 
Monce, 1904 ; un vol. gr. in-*", xii-434 pp. (avec couverture illustrée 
de E. Auger, nombreux plans et vues hors texte). [Prix : 8 fraucs]. 

Notre compte-rendu vient bien tardivement et l'auteur voudra 
bien nous excuser et nous pardonner si diverses circonstances, indé- 

rndantes de notre volonté, nous ont empôclié de signaler plus tdt 
nos lecteurs l'importante contribution que son étude apporte à 
l'histoire ardennaise. 

Attigny, localité d'origine gallo-romaine (AUiniaca mlla), joua dans 
l'histoire un rAle considérable pendant l'époque franke et princi- 
palement sous les Carolingiens. Or, depuis le livre de l'abbé Hulot, 
en 1826, presque rien n'avait paru sur cette antique petite ville. 
Aussi convienHl de féliciter l'auteur pour avoir entrepris de combler 
une lacune fâcheuse et pour avoir mené à bonne fin une tâche ardue 
qu'il a trop modestement intitulée Ctmp d'œil sur Atiigny. 

Le volume, précédé d'une alerte et humoristique Lettre-Préface de 
M. l'abbé Broyé, un enfant du pays, et d'un Avant-propos où l'auteur 
rend justice à ses devanciers et à ceux qui l'ont aidé dans ses 
recherches, le volume est divisé en quatorze chapitres que nous 
passerons rapidement en revue. 

Le chapitre i décrit le nom, l'origine, la situation, l'aspect général, 
la nature du sol, les principaux Ifeux-diis, les monuments d'Attigny. 
A propos des lienx-diis, M. Péchenart s'abstient le plus souvent d'en 
chercher les étymologies : il eût été curieux de les retrouver (1). 

Le chapitre II est consacré à Attigny sous les dynasties mérovin- 
gienne et carolingienne. L'histoire de ces temps a été renouvelée par 
les travaux allemands et français de ces dernières années ; néanmoins 
elle est restée si dinicileet si pleine d'obscurités que l'auteur a mieux 
fait de se borner à un simple aperçu. Cependant il eût peut-être 
été bon de donner la liste complète' des actes diplomatiques datés 
d'Attigny, liste utile pour les itinéraires des rois et des empereurs. 
L'histoire d'Attigny à cette époque et ù ce point de vue est encore à 
faire : on s'aperçoit que l'auteur ne s'est pas servi des travaux 
d'histoire générale, si nombreux en France et en Allemagne depuis 
une vingtaine d'années sur cette période. Les ouvrages ou les recueils 
des allemands Bœhmer et Muhibacher, B. Simson, E. Diimmier, von 
Kaickstein, des français Ecket, Lauer, F. Lot, R. Parisot, oic., auraient 
fourni à M. Péchenart une foule d'indications précieuses sur les rois 
qui ont séjourné à Attigny ou qui ont eu des rapports avec cette 
localité. 

Dans le chapitre III, nous voyons les comtes de Champagne se 
substituer aux rois de la seconde race dans la possession de la terre 
d'Attigny, sans qu'il puisse ôlre affirmé rien de précis sur la date et 
le mode de cette substitution. Aussi obscur reste le changement qui, 
peu de temps après, lit passer le domaine sous la puissance temporelle 

(1 Voir ponrUnt TinUressaDte note 1 de I« pafe 138 sar le ]i«ii-dit let Jfafuru. 



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des archdvdques de Reims. Ce chapitre est excellent, quoique un peu 
sommaire sur les franchises. 

Le chapitre IV contient la description de l'église et de ses œuvres 
d'art (avec deux bonnes photographies et un plan) une étude rétros- 
pective sur les anciens remparts et l'enceinte fortitiée (avec la repro- 
duction d'une vue dessinée par Chastillon h la fin du xvi* siècle), 
des recherches sur la Haladrerie et l'Hôtet-Dieu. 

Les chapitres V et VI, reprenant la suite des événements locaux, 
mettent en relief l'importance d'Attigny au point de vue militaire 
pendant la guerre de Cen tAns, les guerres du xvp et du xvii" siècle 
(guerres de religion, Ligue, Fronde, etc.). Ce chapitre est un bon 
résumé de l'histoire militaire de la petite ville avec pièces tirées soit 
d'études déjà publiées, soit des papiers de la Fabrique. 

Le chapitre VII, suite du ch. IV, est consacré à la vie seigneuriale 
sons les archevêques de Reiras depuis le xvi' siècle jusqu'à la Révo- 
lution. Nous y relevons, pages 168-183, une pièce tTiédite de 1757 
donnant l'Etat des Droits seigneuriaux appartenant aux archevêques 
de Reims dans leur chàtellenie d'Attigny. 

Le chapitre VIII traite de la Paroisse' et du Doyenné d'Attigny, le 
chapitre IX de la Fabrique paroissiale. Ce sont ae très intéressants 
chapitres avec des indications sur l'état de la paroisse d'après les 
PouiUés et l'Inventaire de la Bibliothèque de Reims (à signaler parti- 
culièrement l'Etat de la paroisse en 1774), des détails historiques sur 
les Curés et les Vicaires jusqu'à la Révolution, sur les démêlés avec 
la Communauté, sur la vie de Jean Codart, sur l'origine du culte de 
saint Héeu. On y trouve également les inscriptions, peu nombreuses, 
des murs extérieurs de l'église. 

Le chapitre X évoque l'administration municipale, les impdts, la 
justice seigneuriale, l'enseignement primaire avant la Révolution et 
quelques figures d'érudits et de poètes originaires du pays (Jean 
d'Att'^ny, les Renauldin, Nicolas Brizard et Degaulle). — Les pages 58 
et suiv. du chapitre III auraient peut-être plus rationnellement figuré 
ici : quelques contradictions auraient été ainsi évitées. Pour citer un 
exemple, le maire n'était pas, comme il est dit page 354, le délégué des 
habitants, mais celui du seigneur qui pouvait le révoquer ad nuiwn 
(cf. page 60). 

Le chapitre XI fait revivre l'histoire d'Attigny sous la Révolution : 
cahier de doléances en 1789, situation ecclésiastique de la Paroisse, 
profanation de l'église, luttes contre l'étranger, partage des biens 
communaux, Douvelle organisation de la commune. — L'auteur ne 
cite aucune pièce des Archives départementales oîi les séries révolu- 
tionnaires sont, à la vérité, encore di^cilement abordables. 

Dans le chapitre XII se déroulent les faits historiques locaux sous 
le Consulat et le Premier Empire. Outre une biographie de l'abbé 
L. Hulol on y trouve de curieuses notes inédites de cet abbé sur le 
passage des Russes en 1814 et divers événements de 1815 (pp. 332-345) 
et du général Longuet sur l'occupation d'Attigny par les Russes 
(pp. 345-347). 

Le chapitre XIII embrasse la période de 1815 à 1870, et le cha- 
pitre XIV et dernier, suivi d'une conclusion et d'un Appendice des 
pièces latines, expose l'état de choses actuel. 

L'ouvrage de M. l'abbé Péchenart a le grand avantage sur celui de 



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l'ibbi Halet et le ff%ad mérite d'&v»ir utiliaA de aombrflux docu- 
ments d'archives : on y trouve sufBsaïament de textes réédités ou 
inédits. 11 énonce ses idées particulières sur les érénaments ou la 
situation du pays k chaaue époque : ces jugements donnent un 
caractère général k son livre ; mais, comme ils sont personnels à 
l'auteur, nous n'avons pas k les discuter. 

Ce travail se place certaÎDemetit parmi les meilleures monographies 
locales qui aient été publiées. Il nous paraît complet, et si quelques 
fautes de détail le déparent (1), ces légères taches n'enlèvent rien à 
la valeur de l'œuvre. 

Ch. Hoam. 

La Confrérie d« Notra-Damt de Divers-iEMts i Famaj (Ardennes), 
par Georges Bourgbois. — Reims, Matol-Braine, 1908, 95 pp. 

Cette monographie d'uoe des plus célèbres confréries des Ardeanes 
est présentée au lecteur par une préface de M. l'abbé Mailfait, 
docteur es lettres, qui, rappelant ses souvenirs personnels, met dans 
«ne vive lumière les qualités fortes et charitables des ardoisiers 
famaciens. 

Après une introduction générale sur la vallée de la Meuse, H. G. 
Bourgeois retrace, dans une premi^% partie, l'histoire de la Confrérie 
jusqu'en tÔlO; il n'hésite pas k la faire partir de l'an 466 en se 
fondant sur un parchemin de privilèges rappelé dans un acte de 
1551 ; cette date nous par^t, comme à d'autres personnes, devoir 
être changée en celle de 1466. La façon de dater par les années de 
Jésus-Christ ne se trouvait pas au v* siècle ; ao contraire, l'omission 
de ■ mil > dans les dates est assez fréquente ; l'auteur a cédé, un peu 
facilement, au désir si honorable de vieillir les origines de son sujet. 

Nous regrettons, pour notre part, qu'il n'ait pas publié la bulle 
d'Alexandre VI de 1499, ce qui lui etl été facile en en demandant 
communication aux Archives du Vatican, an lieu de publier deux 
fois la confirmation de 1551 (pp. 30-32 ; pp. 75-77), pour laquelle il 
eût suffi de donner en notes les variantes. 

Ces deux critiques ne nous empêchent pas, d'ailleurs, d'apprécier 
favorablement celte première partie qui, comme la seconde (1610- 
1794) et la troisième (17^4 k nos jours), se fait remarquer par une 
documentation aussi complote que possible et un style alerte et 
courant, qffi nous change de la forme soavent pénible des ouvrages 
d'érudition. 

Ajoutons que plusieurs illustrations fort bien tirées, des index 
bibliographique et alphabétique augmentent eoicore la valeur de cet 
ouvrage. P. G. 



^ r._..'s (p, ai., pige 30, note 1 : fl. Con .. _ .. , , 

aa fnignialiqaM {nte 58, note 2, où est SKnatée Due brodiore Echevinagu ruraux de 
TSgliie dt Reimi auv XII' et XIII' Hèclet. c. r, £29-96 : qu'tst-c« i dire ?; ; ~ ou 
ineucles Ipages 111, note 1: BiU. Nal., Fonds Reth. 8tbO, lit. Foods tranfiis; — pat[e 238, 
not. i : 13, 71, 663 du. Ht. Arcfa. ut., JJ 71, n* 663 M [U référeau exacte est dooD^e 
MI Pièeei jmtJHcatives]) ; — on absentes (p. ei., page 166, cHition d'nn des [riiids 
(ëii'rani mds indicitiaii de source). 

Une table aiphaUtiqne générale des noms de lieux et de persoimes a 



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Le Soldat Bernard^ par Paul Ackbr. — A. Fayard, éditeur, 20, rue 
du SainlrGothard, Paris, 1909, un vol. ln-8" (a'ec 105 illustr.). — 
Prix : 1 fr. 50. 

L'antimilitarisme et toutes ses doctrines. les apôtres de cette 
Douvelle foi dévoués jusqu'au renoncement aosolu, la vie de caserne 
arec ses rebutants détails et son noble but, le travail lent mais sûr 
qui s'accomplit dans l'âme d'un jeune soldat enrégimenté la haine 
au cœur, gagné peu à peu par l'atmosphère qui l'entoure, l'hérédité 
de fidélité au devoir et aux traditions qui renaît dans un cœur 
dévoyé, voilà la thèse si sérieusement traitée par M.Acker dans son 
Soldai Bernard. ~ Le réel mérite de cette œuvre réside dans sa 
franchise d'accent ; chacun s'y montre ce qu'il est : hommes et 
institutions avec leurs défauts ou leurs noblesses. Les personnages 
incarnant les idées maîtresses sont dessinés en traits vigoureux (un 
critique diflicile pourrait reprocher h ce dessin trop de dureté de 
contours, exagération peut-être de leur netteté même). 

Henguy, le directeur des Feutileu, organe de propagande. < dont 
le regard avait une acuité presque intolérable et révélait à l'instaut 
une énei^ie concentrée que rien ne devait alTaibiir... ■, son disciple 
Bernard, l'étudiant âls de famille gagné à ta cause par l'insolence 
de quelques Saint-Cyriens, Pauline, la secrétaire dévouée aveuglé- 
ment aux doctrines du m^tre et chez laquelle l'amour ne sera 
encore qu'un moyen de servir les idées auxquelles elle sacrifie tout 
son charme de femme, toute son éloquence d'amoureuse. 

C'est dans les régiments de l'Est que le jeune Bernard va propager 
les doctrines chères à son maître : ■ Les populations demeurent 
encore très militaristes par là... ; elles ont souffert de la guerre et 
beaucoup, loin de la haïr, la désirent... i Sauf l'étrange idée de 
transformer les noms de nos cités (Réziers pour Mézières, Vouzion 
pour Nouzon), M. Acker a fait un tableau très fidèle do la monotone 
petite ville aux rues obscures dont la principale seule s'éclaire le 
soir, de l'aspect nouveau que lui donne te printemps : ■ Mars 
s'achevait, le ciel était bleu, la Meuse douce et limpide, l'herbe des 
rives plus verte et Réziers presque joyeuse > ; puis aes marches d'été 
dans la campagne : i A deux kilomètres de Réziers, lo plateau 
dominait la Meuse d'un cOté et de l'autre des carrières et des étangs, 
si vaste t^ue trois bataillons ne s'y aperceraient ^oint... Au loin, des 
bois épais et des collines fermaient l'horizon, l'air était vif, un vent 
rude soufflait qui couchait les herbes... i 

Au régiment, de nouvelles silhouettes apparaissent: Surot, l'anar- 
chiste bruyant; Morvan, l'honnête • bleu ■ qui pleure ses champs, 
sa mère, sa Sancée, mais qui sent obscurément qu'un grand devoir 
le retient i& ; croquis militaires qui deviennent peinture de valeur 
dans la personne du lieutenant Herbel, champion du devoir et des 
idées hautes et nobles : < Une armée n'est puissante que si les officiers 
aiment leurs hommes et si les hommes aiment leurs officiers... Nos 
soldats sont nos camarades : nous collaborons à la même œuvre... • 
Bernard l'antimilitariste reconnaît que l'armée vue de prés n'est pas 
celle entrevue à travers les feuillets rouges d'une revue ; révolté par 
les moyens d'action de ses < frères •, touché par le mérite de certains 
officiers, la pauvreté de beaucoup, l'honnêteté de presque tous, il 



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criera la vérité k Menguy et, entre deux servitudes, il préférera • celle 
qui ne se présente pas sous le masque d'une fausse liberté •. 

Bernard a rompu avec son parti, avec son ami, avec son amour. 
Herbel le sauve Se ta folie île la désertion, et c'est aux grèves de 
Nouzon que se révèle à Bernard la véritable doctrine. Quelle simpli- 
cité calme que celle où vont se dérouler les sanglantes scènes : 
• Bernard embrassait toute la vallée, le fleuve où reposaient inutiles 
les longs bateaux, les bois qui escaladaient la montagne, les prés 
rares el solitaires.... > Sur la petite ville industrielle, jusque-là 
paisible, passe comme un soura grondement le chant de Vlnter- 
nalionale ; ici, hélas ! l'auteur n'a eu qu'à commenter les lugubres 
récils de nos journaux. Bernard, devant l'action, n'a plus discuté ; 
lorsque Herbel seul, désarmé, va succomber, Bernard et Horvan 
s'élancent pour défendre le chef et tomber avec lui... Puis, plus rien, 
le grand trou noir de la douleur, de l'oubli ; le réveil dans un lit 
d'hépital, où Morvan mourant, Herbel mort reçoivent, lugubre 
ironie ! la visite des Ministres. Ces messieurs, corrects et indilTérents, 
viennent honorer ce qu'ils combattaient naguère, et, au milieu des 
déclamations, des contradictions, des déchirements, Bernard, apaisé 
soudain, voit clair en lui : < C'est toute la douloureuse grandeur de 
l'armée qui éblouit Bernard, toute sa noblesse, toute sa nécessité, 
puisqu'elle seule cultive encore ce qu'il y a de plus généreux dans 
l'homme : le mépris de l'intérêt privé, le mépris des injures et le 
mépris de la mort, le naturel accomplissement du devoir el te don 
spontané de soi-même au pays. • M. C.-C, 



CORRECTIONS 

Page 18, ligne 8, au lieu de : F. Chos-Mayhevibllb, lire : F. Chos- 
Maybbvieillb. 

Page 34, ligne 1*1, au lieu de : Donchery qui faisait partie du 
Relhelois..., lire : Donchery faisait partie du Itethélois qui... 

Page 166, vers 10, au lieu de : Et pre-ique Umt finit par doublement 
périr, lire ; Et puùque loul finit par Houblemeni finir. 



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TABLE DES MATIÈRES 



I. ARTICLES DE FOND. 

A propos de Rixabaud, SouTenirâ familiers (suite 
et fin) (Ki-nest Delahayk] 19, 115 

Cartographie (La) du département des Ardennes 
et des régions voisines d'après q[uelqiies ouTrages 
récents |à suivre) (Ch. Houin) 177 

Famille (Une) rethéloise aux XVI' et XVII* siècles : 
La Famille Lefebvre (Paul Pellot) 73 

Justice(La) à Sedandel78gàl814(F(^lix Jacouemin).^), 85 

Pour les Paysages: I. La Société pour la Pro- 
tection des Paysages (L. de Nussac). — n. La Pro- 
tection des Payages dans les Ardennes (Ch. Houin). 1 

Pour les Paysages de la Vallée de l'Aisne (Henri 
Jadart) 63 

Prisonniers (les) du Mont-Dieu pendant la Révo- 
lution : Additions el rectifications (Ernest Henry) ItiO 

Projet (Un) de république ardennaise en 1792 

(Paul COLUNET) 192 

Recherches statistitrues sur la population des 
Ardennes avant le jCIX° siècle (4° article) : Dénom- 
brement de la Province et de la Frontière de 

Champagne en 1773 (Paul Colli»et) 127 

Règlement de la Police de Donchery (1687) (Paul 

Collinet) 145 

Vallée (La) de la Vence (George Delaw) 109 

II. CHRONIQUES. 

Acquisition récente de deux ouvrages de Gerson 

par la Bibliothèque Nationale (C. H.) 105 

Ardennais lauréats de l'Académie nationale de 

Reims 170 

Découverte archéologique à Seraincourt 170 

Fondation d'une Société des Amis du Vieux Reims. 139 

Nouvelle CU*!©) revue : Le.i Marches de t'Est 139 

Nouvelle (Une) revue locale : La Rame de Champagne 

(P. C.) 66 

Objets mobiliers existant dans les églises du 
département des Ardennes classés comme 

monuments historiques 167 

Rapport du Secrétaire perpétuel de l'Académie 
française sur le prix d'éloquence : Vn diseours 
sur Taine 67 



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